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Brigitte Macron a qualifié ce dimanche soir de "sales connes" des militantes féministes du collectif #NousToutes. Ces dernières avaient interrompu la veille un spectacle de l'humoriste Ary Abittan, accusé de viol en 2021 avant que l'instruction n'aboutisse à un non-lieu.

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00:00Des sales connes, je vais les foutre dehors. Une première dame devrait-elle dire ça ?
00:04Les propos de Brigitte Macron n'en finissent pas de faire réagir, Roselyne.
00:08Et on va en parler en plateau avec Fatima Benamard. Merci d'être avec nous, militante féministe,
00:12présidente du collectif Coudacoude, Vincent Vantiguem du service police justice de BFM TV,
00:16Noémie Vira également, qui est à vos côtés. On va revenir quand même sur les circonstances de ses propos.
00:22La première dame qui était en fait un spectacle d'Harry Habitant. On est en coulisses et tout ça est filmé.
00:27Oui, exactement. Et ça se passe dimanche soir au Folie Bergère. Harry Habitant donne son spectacle.
00:32Mais en fait, pour comprendre ce qui s'est passé dimanche, il ne faut pas parler d'abord de samedi soir.
00:36Le spectacle samedi soir a été interrompu par quatre militantes du mouvement Nous Toutes
00:40qui sont rentrées dans la salle et qui ont scandé « Habitants, violeurs, perturbant le spectacle ».
00:45Le lendemain, à nouveau le spectacle. Et juste avant que ça démarre,
00:48Brigitte Macron est en coulisses avec le comédien Harry Habitant et il fait part de sa peur.
00:53Il dit « Oui, j'ai peur qu'il y arrive la même chose qui s'est produite hier ».
00:56Et Brigitte Macron tient alors ses propos.
00:58S'il y a des sales connes, on va les foutre de...
01:01Alors, on ne peut pas montrer cette vidéo. Il faut expliquer ça aux gens qui nous regardent.
01:04On ne peut pas remontrer cette vidéo pour des raisons de droit.
01:07Ça aurait été important de l'avoir et peut-être évidemment l'avez-vous vu
01:09parce qu'il y a évidemment le fond essentiel, les mots qui sont prononcés,
01:13mais il y a aussi le ton. Elle dit ça sur quel ton ?
01:16Elle dit ça sur le ton de la rigolade, on va dire. Elle parle des bandits masqués parce que la veille,
01:20les quatre militantes qui ont interrompu le spectacle, arboraient des portraits, des masques à l'effigie d'Harry Habitant.
01:25Elle dit ça sur le ton de la rigolade. On a un petit peu du mal à croire qu'elle n'est pas au courant qu'elle est filmée
01:31puisque la caméra ou le téléphone qui la filme est juste derrière elle et on l'entend distinctement tenir ses propos.
01:37S'il y a des sales connes, sous-entendu, si ce soir aussi il y a des sales connes,
01:40on va les foutre dehors, Harry Habitant disant c'est ce qu'on a fait hier, hier on les a exfiltrés du spectacle.
01:45Alors ça a provoqué évidemment beaucoup, beaucoup de réactions.
01:47L'entourage de Brigitte Marcon dit qu'en fait elle critiquait la méthode.
01:51C'est audible pour vous Fatima, la méthode de cette intrusion ?
01:55D'abord je voudrais commencer par dire quelque chose.
01:58S'il n'y avait pas dans ce pays ces sales connes des féministes pour passer un énorme temps bénévole
02:03pour s'occuper des personnes qui ont subi des violences et de les accompagner,
02:09je pense qu'il y aurait une fente vers l'enfer qui s'ouvrirait sous les pieds de ce pays.
02:13Parce que d'accord ça a été la grande cause nationale,
02:15mais je pense qu'il y a l'unanimité des associations qui disent que ça n'a pas été suivi de moyens et d'effet.
02:21Et souvent, le couple Macron d'ailleurs, les deux, vont arborer une pseudo-position neutre.
02:28Et pour moi ce n'est pas le cas.
02:29C'est-à-dire qu'à chaque fois, à chaque situation,
02:32ils ont exprimé leur empathie et leur foi en la parole des accusés.
02:35Quand Emmanuel Macron dit « moi, Depardieu, je l'ai eu au téléphone, je lui ai donné ce cadeau-là ».
02:41Et c'est un homme qui renfer à la France.
02:44Entre-temps, c'est dommage pour lui, il a été condamné.
02:46Il exprime son empathie.
02:48Il dit qu'il donne ce privilège à M. Depardieu de l'appeler.
02:51Il n'appelle pas la plaignante.
02:52Alors qu'elle a eu le courage pour le coup de s'exprimer le visage découvert.
02:55Quand, sur l'affaire Darmanin, il dit « moi, je lui ai parlé d'homme à homme ».
03:00Il n'a jamais appelé Sophie Spass, par exemple, ou l'autre plaignante.
03:04Quand Brigitte Macron est là, elle est face à réhabitants.
03:08En vérité, elle est en empathie avec lui.
03:10Parce que je peux vous dire, pour écouter beaucoup de victimes,
03:12oui, quand on entend leurs mots, quand on est face à leurs regards,
03:15quand on éponge, comme on fait nous, leurs sanglots,
03:19c'est sûr qu'on les croit.
03:20Donc, eux, ils font le choix de croire, d'exprimer leur sympathie, leur empathie,
03:25de couver les hommes accusés.
03:27Nous, alors, laissez-nous le choix et l'espace d'aller porter la voix de ces victimes
03:32que vous recevez rarement au plateau,
03:34parce qu'en vérité, elles sont ramassées à la petite cuillère.
03:36Ce n'est pas votre faute, hein ?
03:37C'est elles qui ne peuvent pas.
03:38Voilà, c'est ça.
03:39C'est-à-dire que quand elles peuvent parler, nous les recevons.
03:40Elles sont ramassées à la petite cuillère.
03:42Et chaque fois qu'on vient en plateau,
03:43on est hanté par le poids de leurs sanglots et de leurs détresses.
03:46Je comprends.
03:47Laurent Neumann, une première dame, ne devrait pas dire ça pour reprendre le titre ?
03:50Alors, je vais redire ce que j'ai dit il y a quelques instants.
03:53Effectivement, il se trouve que, vous faites référence, madame, à l'affaire Depardieu,
03:59j'avais ici même critiqué les propos du président de la République sur Gérard Depardieu.
04:04Mais je crois que les deux situations ne sont pas les mêmes.
04:06Il se trouve qu'en disant cela, Brigitte Macron,
04:10et il s'agit d'une injure, je l'ai dit, d'une insulte,
04:12mais l'insulte ou l'injure n'est pas une limite à la liberté d'expression.
04:15En revanche, elle pose un débat important, et il faut en débattre.
04:19Est-ce que des méthodes radicales sont justifiées pour contester l'autorité de la chose jugée ?
04:25Est-ce que c'est vraiment le sujet ?
04:28Ah bah oui, puisqu'elle dit, s'il y a des petites connes qui viennent,
04:32on les mettra dehors.
04:35On n'est pas obligé de les traiter de petites connes, pardon Laurent.
04:36C'est la partie insulte et injure.
04:40Vous en pensez ce que vous voulez,
04:42et vous avez le droit de dire que ce sont des mots déplacés.
04:45Mais je répète que ce n'est pas une limite à la liberté d'expression.
04:47En revanche, est-ce qu'on peut contester l'autorité de la chose jugée ?
04:51J'ai dit il y a quelques instants,
04:52et je pense que vous serez, madame, d'accord avec moi,
04:54dans ce pays, quand il y a 100 plaintes pour vol,
04:57viols, pardon, il y en a 10, 10 qui vont au procès,
05:01et pour une condamnation à la fin.
05:03Et ça, tout le monde doit le déplorer.
05:05Mais pour autant, une fois que la chose est jugée,
05:08est-ce qu'on peut contester les jugements ?
05:11Mais une fois que la chose est jugée,
05:13est-ce qu'on peut continuer à contester au prix de méthodes radicales ?
05:16Mais pardonnez-moi, je pense que ce n'est pas le sujet, moi.
05:18Oui, je pense que ce n'est pas le sujet,
05:19parce que là, on ne parle pas de l'action,
05:21qui est l'action qui, évidemment, peut être contestée et contestable.
05:24On parle des mots prononcés par la première dame.
05:26Ces mots-là ont un poids.
05:28En fait, ce qu'il faut rappeler aussi,
05:29c'est qu'Harry Habitant, qui a été accusé de viol
05:32et mis en examen pour ses faits de viol sur une ancienne de ses compagnes,
05:35a bénéficié d'un non-lieu qui a été confirmé en appel.
05:38Donc, c'est-à-dire qu'on a estimé qu'il n'y avait pas des charges suffisantes.
05:40Donc, le jugement est définitif.
05:41Ce n'est même pas un jugement, c'est avant le procès.
05:43C'est-à-dire qu'on ne l'a pas renvoyé devant une formation de jugement.
05:45Mais c'est vrai que, pour reprendre ce que Christophe disait à l'instant,
05:48ça, c'est effectivement l'autorité de la chose jugée.
05:50Mais si on le met de côté, qu'est-ce que vient nous dire cette petite phrase ?
05:52Elle vient aussi comme un symbole sur le combat mené par l'exécutif,
05:56par le gouvernement, par les autorités,
05:58pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles.
06:00Ça a été rappelé, c'est la grande cause nationale depuis 2017.
06:03Et les chiffres...
06:04Juste avant, on va aller écouter les Français. Allez-y, madame.
06:06Allez-y.
06:06Dans un pays où il y a 10% de non-lieu, c'est-à-dire, on se dit, on ne va pas au procès.
06:11On n'offre pas à la victime, au moins, cette petite chance d'aller défendre sa cause et sa voix
06:15et de se faire entendre.
06:16Mais ça, c'est le travail des magistrats.
06:18Quand il y aurait eu 20%, 40%, 50%, déjà, j'aurais commencé à tiquer.
06:22Quand on est dans un pays où il y a 83% de non-lieu,
06:26notamment dans ce genre de dossier, parce que moi, je vais plonger un petit peu dans le dossier,
06:29c'est-à-dire un dossier où la victime a été exemplaire.
06:32Pour moi, il n'y en a pas qui ne sont pas exemplaires, mais elle.
06:35Elle va directement au commissariat.
06:37Assez vite pour pouvoir constater, par l'expertise médicale,
06:40multiples lésions, le sang qui coule encore, tout ça attesté par examens médicaux.
06:45Et deux juges ont reconnaît son traumatisme de stress post-traumatique indiscutable.
06:50Et tout ça ne lui vaut pas un procès.
06:52C'est-à-dire qu'aujourd'hui, ne croyez pas que quand il y a des non-lieux,
06:55c'est que vraiment le dossier est vide.
06:56Avec tout ça, avec la meuf qui vient sanguinolente dans un commissariat
07:00faire constater ses blessures, avec deux juges qui disent
07:03« Écoutez, vous êtes traumatisés, comme on s'est constaté,
07:06mais on ne vous donne pas cette ultime chance
07:08d'aller vous faire entendre dans un procès. »
07:10Et donc il n'y a pas eu du sujet.
07:11Je suis d'accord avec vous, mais encore une fois,
07:12comme on le rend mal, ce n'est pas tout à fait le sujet.
07:14Le sujet, c'est l'expression de Mme Macron.
07:16– Excusez-moi, c'est mon sujet.
07:18– Oui, bien sûr, bien sûr.
07:19– Mais les Français, tiens, comment vous réagissez-vous
07:22à ces propos, à cette situation ?
07:24Noémie Vira, on vous retrouve en direct.
07:26Vous êtes allé à la rencontre des Badeaux.
07:29Qu'est-ce qu'on en dit de cette affaire ?
07:32– Exactement, je suis avec Pierre, 22 ans,
07:36un 1100 de 31 ans.
07:38Et tout d'abord, je souhaite remercier Pierre
07:39parce que c'est le seul homme qui a accepté
07:41de répondre sur ce sujet.
07:43Qu'est-ce que vous pensez, vous, des propos tenus par Brigitte Macron ?
07:46– Moi, je trouve que ces propos,
07:48ils ne sont pas acceptables en tant que première dame,
07:50d'insulter des personnes qui veulent défendre une cause
07:53de quelque façon qu'elle soit faite.
07:57Ce n'est pas possible en tant que première dame
07:58de mal parler comme ça et d'insulter des gens
08:01qui essaient de défendre une cause.
08:03Surtout qu'on est dans ce cas précis où c'est un non-lieu
08:06et ça ne veut pas dire que le mec est non-coupable.
08:08Donc elle ne peut pas...
08:10– Et vous, Mélissande, qu'est-ce que vous pensez
08:14de ces propos maladroits ?
08:16Pas élégants ?
08:17– Alors maladroits, ce n'est pas le cas
08:18puisqu'il y a aussi une histoire de symbole là-dessus
08:22et tout a été rappelé sur la cause nationale.
08:24Moi, je tiens à dire déjà que...
08:26Je tiens à remercier chaleureusement
08:28toutes les salles connes de ce jour et passé
08:31qui nous permettent et qui nous ont permis aujourd'hui
08:34d'avoir la vie qu'on a.
08:36Je me sens offensée, je me sens insultée,
08:39je me sens méprisée, je me sens incomprise
08:40et ça ne pourrait pas en être autrement
08:45puisque ce sont des insultes.
08:50Voilà.
08:51– Pour vous, ces propos, ça minimise justement
08:53la cause des femmes, les violences sexuelles, sexistes ?
08:57– Oui, parce que le propos de Brigitte Macron,
08:59si on étudie les mots, elle ne parle pas de la méthode
09:02mais vraiment, et déjà, le choix des mots n'est pas anodin,
09:06le mot sale…
09:07– Exactement.
09:08– Déjà, le mot sale est une chose de très dure.
09:12Conne, on revient encore à ces époques
09:15où les femmes, quelle que soit leur pertinence,
09:19leur niveau de compétence, etc.,
09:21sont encore rabaissées systématiquement
09:24et moi, je tenais à dire qu'il faut avoir
09:27beaucoup de courage pour prendre du temps,
09:30pour avoir des engagements
09:32et je suis très fière qu'il y ait beaucoup de femmes
09:35qui fassent ça aujourd'hui
09:36et en fait, j'ai juste envie de dire
09:37que l'aveu de Brigitte Macron,
09:39puisque c'est un aveu en fait,
09:40elle vient juste confirmer le fait
09:43qu'on est dans un état d'hypocrisie totale
09:46et que le symbolisme de lutter contre les violences
09:50sexistes et sexuelles
09:51est vraiment une histoire de com'
09:53et pas de fond, en tout cas,
09:54c'est géré de cette manière-là.
09:56– Merci beaucoup à tous les deux.
09:58Voilà, vous venez d'entendre l'avis de Pierre et Mélissande.
10:01– Oui, constat d'échec, effectivement, Vincent,
10:03la lutte contre les violences sexuelles, sexistes,
10:05ça n'avance pas tellement.
10:07– Oui, il y a quelque chose, en fait,
10:08dans les propos de Brigitte Macron
10:09qui nous donne une première indication
10:11et aussi dans les explications
10:12qu'elle a fournies derrière,
10:13c'est-à-dire, moi, je critique la radicalité,
10:16la façon dont ces militantes s'expriment aujourd'hui
10:18en venant perturber le spectacle.
10:20J'ai envie de dire que si les militantes
10:22avaient permis de faire bouger les choses
10:23en écrivant des tribunes,
10:24en manifestant lors d'une manifestation déclarée,
10:27elles n'en viendraient pas à cette situation-là.
10:30On en parlait de cette grande cause nationale
10:32depuis 2017,
10:32il n'empêche qu'aujourd'hui, c'est un constat d'échec,
10:35toutes les 23 secondes,
10:38j'ai regardé les chiffres,
10:38toutes les 23 secondes,
10:39il y a une violence sexiste ou sexuelle,
10:41tentative de viol ou viol,
10:42toutes les 2 minutes 30.
10:43– D'un mot, est-ce qu'elle doit s'excuser ?
10:46– Moi, personnellement, je n'en attends plus rien.
10:48Au final, je vous rejoins.
10:50Elle a sa subjectivité,
10:51elle est en connexion empathique,
10:52elle l'a exprimée avec Harry Habitant.
10:54Nous, nous affirmons aussi notre subjectivité,
10:57les personnes qu'on a entendues,
10:59qu'on a vues pleurer,
11:00et donc on est venu faire cette action pour elle.
11:04C'est toute l'histoire du mouvement féministe
11:05d'avoir fait des actions radicales,
11:06c'est peut-être triste,
11:07en tout cas, vous pouvez les étudier,
11:09et c'est ce qui a fait avancer les choses,
11:10parce que nous avançons dans une histoire
11:12qui nous a été historiquement hostile.
11:14– Sous-titrage Société Radio-Canada
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