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00:00Bonjour docteur Alain Moreau, merci beaucoup d'être avec nous.
00:06Vous travaillez au centre de recherche du CHU Sainte-Justine au Canada,
00:11vous êtes chercheur à l'université de Montréal,
00:13vous travaillez sur cette pathologie depuis une bonne dizaine d'années
00:15et vous avez à partager ce matin avec nous quelques bonnes nouvelles sur cette maladie.
00:21Mais avant cela, question de base, cette maladie, l'encéphalomyélite myalgique, qu'est-ce que c'est ?
00:30Donc, l'encéphalomyélite myalgique est une maladie qui n'est pas une maladie rare.
00:36Donc, c'est une maladie qui, dans 75 % des cas, est déclenchée par une infection virale.
00:42Donc, évidemment, suite à la pandémie et la COVID-19 et la formation des COVID longs,
00:49il y a une resurgence des nombres de cas.
00:52Donc, à peu près 50 % des gens qui ont la COVID long vont malheureusement développer
00:58l'encéphalomyélite myalgique, alors que d'autres vont développer d'autres types de séquelles.
01:05Donc, l'encéphalomyélite myalgique est un syndrome, une maladie débilitante physique.
01:10Donc, ce n'est pas une maladie imaginaire.
01:13C'est une maladie qui affecte à la fois plusieurs systèmes, le système immunitaire,
01:17les différents organes, le cœur, le cerveau.
01:22Donc, avec ce qu'on appelle le brouillard cérébral ou en anglais le brain fog.
01:27Donc, c'est une fatigue persistante qui dure depuis au moins six mois chez l'adulte
01:31qui ne peut pas être expliquée.
01:32Et le symptôme cardinal de cette condition, c'est vraiment le malaise post-effort,
01:39donc qui est déclenché suite à un effort physique minime ou même un effort cognitif
01:47très, très minime et qui va créer non seulement un ensemble de symptômes
01:51qui va amener à ce que les patients eux-mêmes appellent des crashs.
01:54Donc, ces patients-là vont être complètement mis KO, si je peux dire.
02:02Au moindre effort, effectivement, Dr Moreau.
02:05Au moindre effort, effectivement.
02:07La prévalence est en train de doubler, voire tripler dans le monde, selon certains chiffres.
02:13Quelles sont les raisons à cela?
02:16Évidemment, la raison principale aujourd'hui, je vous dirais, c'est l'exposition au SARS-CoV-2,
02:22donc ce qui causait la COVID-19, parce que ça a touché des millions d'individus.
02:28Mais on peut aussi s'attarder sur le réchauffement climatique avec l'augmentation de la prévalence.
02:34Donc, on parle ici de la maladie de Lyme ou sa forme chronique.
02:38Donc, on parle aussi de plus en plus d'autres virus.
02:41Donc, vous savez, la dengue, le Zika, le chicken gooeya qui remontent du sud vers le nord.
02:52Donc, on doit s'attendre, malheureusement, à ce que le nombre de cas d'encéphalomythes myalgiques
02:59augmente dans la prochaine décennie, ne serait-ce qu'à cause des changements climatiques
03:06et d'autres pandémies qui risquent de se poindre à l'horizon.
03:10La maladie est reconnue comme maladie neurologique par l'OMS depuis 1969.
03:16Mais malgré cela, le corps médical reste peu formé à cette pathologie.
03:21Alors, on a souvent parlé de grosse fatigue, on l'a assimilée à de la dépression,
03:26mais c'est absolument autre chose.
03:28Effectivement, la fatigue chronique survient dans différentes conditions ou dans certains cas,
03:39suite à des traitements assez invasifs, quand on parle de certains traitements anticancéreux, par exemple.
03:44Donc, les gens vont être très fatigués.
03:46Mais l'encéphalomythes myalgiques, c'est plus que la fatigue.
03:49C'est vraiment le malaise post-effort qui est assez unique à cette condition-là
03:53et qui permet de discriminer cette condition-là par rapport à d'autres conditions
03:58où, oui, il y a une présence de fatigue, mais qu'on peut expliquer.
04:03Ici, on parle de perturbation du sommeil.
04:06Le sommeil n'est pas réparateur.
04:07On parle de problèmes d'intolérance orthostatique.
04:11Donc, tout ce qu'on appelle dans notre jargon les dysautonomies.
04:15Donc, qui amènent des tachycardies orthostatiques posturelles.
04:18Donc, dans presque 40 à 50 % des cas, les gens ont des tachycardies incontrôlées
04:24qu'on peut moduler un peu avec les médications existantes.
04:30Mais ça fait partie d'un ensemble de symptômes qui affectent plusieurs systèmes.
04:34Donc, c'est très, très invalidaire pour les personnes qui en souffrent.
04:38Avec des malades, souvent, qui ont l'impression d'être abandonnés à leur sort, Dr Moreau,
04:44ils essayent de se faire entendre.
04:45Je vous propose d'écouter rapidement un extrait d'une petite vidéo réalisée
04:50par des personnes souffrant de cette maladie,
04:54en tout cas par leurs proches, leurs familles.
04:55On se retrouve dans quelques secondes, si vous le voulez bien.
05:01Alors, tu l'as vu, ma vidéo ? T'as compris ?
05:04Pourtant, je suis toujours pas aux infos.
05:06Même ma famille est prête à enlever le haut.
05:09Je suis sûre que tu me connais.
05:11Tu connais ma mère, ma fille, j'étais ton voisin.
05:14Et puis, tu ne m'as plus vue.
05:15Tu crois que j'ai déménagé ?
05:17Pourtant, je suis toujours là, dans mon lit, enfermée.
05:20Je suis Julia, Lise, Gabi, Nadine, Quentin.
05:24Je souffre d'encéphalomyélite myalgique.
05:26Un extrait d'une petite vidéo de malades souffrant de cette maladie,
05:32l'encéphalomyélite myalgique.
05:34Docteur Alain Moreau, on a parlé d'errance médicale tout à l'heure,
05:37puisque cette maladie a beau être reconnue,
05:40le corps médical n'est pas formé à cela aujourd'hui.
05:43Comment est-ce qu'on explique ça aussi ?
05:45Il y a différentes raisons,
05:48et c'est vrai, je vous le dirais, partout dans le monde.
05:51Premièrement, pour investiguer une personne
05:53qui va être atteinte d'encéphalomyélite myalgique,
05:55ça prend du temps.
05:56On ne peut pas, dans une visite médicale de 10 minutes,
06:00faire le tour de la question
06:01et essayer de comprendre ce qui affecte les patients.
06:06Et il y a aussi des sous-groupes cliniques de patients.
06:08Donc, les patients n'arrivent pas tous avec les mêmes symptômes
06:11et ça peut évoluer aussi dans le temps.
06:15Donc, ça prend du temps.
06:17Et comme la rémunération, ici au Québec,
06:20on a encore une rémunération à l'acte,
06:23c'est très incompatible avec le fonctionnement du corps médical.
06:28Et vous l'avez bien mentionné,
06:30ça devrait être une maladie qui est sous le parapluie des neurologues.
06:34Les neurologues ne touchent pas ces patients-là.
06:37Je vous dirais que peut-être que les spécialistes les mieux placés
06:40sont soit les infectiologues,
06:42les spécialistes du système immunitaire
06:43ou encore les médecins spécialisés en médecine interne,
06:48puisque ça touche plusieurs organes en même temps.
06:52Souvent, les cardiologues vont être invités à intervenir
06:55pour tout ce qui va être le volet d'isautonomie.
06:58Mais il faut aussi avoir une approche un peu plus globale
07:01parce qu'il y a d'autres systèmes qui sont invalidés dans cette maladie.
07:05Docteur Alain Moreau, maladie orpheline, on l'a dit aussi,
07:09pas de traitement curatif connu à ce jour,
07:11pas non plus de test de dépistage fiable.
07:14Ça, c'est pour le côté ombre, on va dire, de notre interview.
07:17On passe maintenant au côté lumière.
07:20Il y a des pistes de solutions pour les malades,
07:24des pistes que vous connaissez bien, puisque vous travaillez dessus.
07:27Qu'est-ce que vous pouvez nous en dire ce matin sur l'antenne de France 24 ?
07:31Donc, on a développé et publié un test de dépistage moléculaire
07:39qui utilise comme biomarqueur des micro-ARN.
07:45Donc, ce sont des petits ARN non codants
07:48qui sont associés à différentes conditions.
07:54Et c'est pour ça qu'on parle d'un panel,
07:56parce qu'il n'y a pas un seul micro-ARN qui est associé à une maladie spécifique.
08:00Mais lorsqu'on regarde la signature obtenue pour les personnes
08:03atteintes d'encéphalomyélite myelagique,
08:05on est capable à presque 100 % aujourd'hui
08:09à diagnostiquer la maladie,
08:12non seulement en disant qui est atteint d'encéphalomyélite myelagique,
08:15mais aussi de quel sous-groupe de patients
08:18qui vont être associés à des symptômes plus persistants,
08:23comme par exemple la tachycardie orthostatique
08:26ou les dits d'autonomie, par exemple,
08:29mais aussi de discriminer cette condition-là
08:31avec des maladies apparentées comme la fibromyalgie.
08:34Donc, on a vraiment une photo claire du test
08:39qui nous dit qui est atteint de fibromyalgie
08:41versus d'encéphalomyélite myelagique.
08:44Et malheureusement, dans presque 50 % des cas,
08:47on a des personnes atteintes d'encéphalomyélite myelagique
08:49qui ont également la fibromyalgie.
08:51Donc, deux conditions assez validantes.
08:53Donc, on a un test qui fonctionne.
08:55Le problème qu'on rencontre aujourd'hui,
08:57c'est que ce test-là est encore dans le secteur de la recherche.
08:59Il n'est pas encore homologué par des agences réglementaires.
09:03Et pour ça, on a besoin d'aide.
09:04Ce que vous êtes en train de nous dire, pardonnez-moi, Dr Moreau,
09:07c'est que les pistes de solution aujourd'hui,
09:09et on le dit à ces malades qui nous suivent ce matin,
09:12ces pistes-là existent.
09:13Elles sont réelles.
09:14Exactement.
09:17Donc, je vous dirais que le test existe depuis 2020.
09:21On l'a publié en 2020.
09:22En 2023, on a challengé notre test
09:26pour voir est-ce qu'on était capable de discriminer
09:28avec la fibromyalgie.
09:30Ça a été également publié.
09:31Maintenant, on est un peu dans un fossé
09:34où comment on peut faire la translation
09:36d'une découverte finalement,
09:39même si on l'a validée sur des centaines d'individus au Québec,
09:42de l'amener à disponibilité des cliniciens,
09:46des patients dans les cliniques.
09:48Et ça, c'est là où on a besoin de partenaires,
09:51probablement du secteur privé, pour arriver à ça.
09:53Et vous vous adressez à qui aujourd'hui?
09:55Aujourd'hui, à qui est-ce que vous vous adressez
09:57pour passer à cette autre étape?
10:01On s'adresse à tout industriel,
10:04les fondations privées qui pourraient être intéressées
10:08à amener sur le marché ce test-là.
10:10Vous savez que même si j'ai un certain financement important
10:16pour mon programme de recherche,
10:18je ne peux pas tester de façon clinique
10:21les personnes qui viennent à moi
10:23et encore moins les gens qui viennent de l'étranger.
10:26Donc, chaque semaine, je reçois des demandes
10:28soit de cliniciens français ou de patients français.
10:32Et c'est pour ça que le réseau Akensimi,
10:34que je dirige, a comme partenaire
10:36Millions Missing France, et nous les remercions
10:39de ce partenariat.
10:41Mais en finalité, ça va être important
10:44de trouver les bons partenaires
10:45qui puissent amener en clinique les tests.
10:51Et je vous dirais que demain matin,
10:53on pourrait transférer ces tests-là
10:55dans n'importe quel laboratoire diagnostique certifié.
10:58Donc, la solution est là, elle existe.
11:01Il s'agit juste de l'éprouver
11:04dans différentes populations
11:05et d'obtenir une certification
11:06auprès d'agences réglementaires.
11:08Puissiez-vous être entendu en un mot,
11:10docteur Alain Moreau,
11:11quel est votre message pour les patients, les malades?
11:15Nous avons beaucoup avancé
11:17au cours de la dernière décennie, je vous dirais,
11:20et vous allez voir de plus en plus,
11:22et c'est le cas, il y a des essais cliniques.
11:24Actuellement, les essais cliniques
11:25sont faites un peu à l'aveugle
11:27dans le sens où on recrute des personnes
11:29qui arrivent avec un diagnostic
11:30d'encéphalomyélite myalgique.
11:32Je pense que les prochains 24 mois,
11:35et j'insiste sur le terme mois et pas année,
11:38on va voir l'introduction
11:40de la médecine de précision
11:41et ça va changer la donne
11:43pour les essais cliniques
11:44et on va trouver des solutions très rapidement.
11:47Merci beaucoup, docteur Alain Moreau,
11:51spécialiste de l'encéphalomyélite myalgique.
11:54Merci, c'est ainsi que se referme ce journal.
11:57L'info continue.
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