00:00Alors c'est un cri d'alarme mais aussi un acte de résistance avec la disparition fulgurante des bistrots.
00:05Une opération nationale est lancée pour sauver ces lieux qui ne sont pas seulement des comptoirs mais aussi des morceaux de France.
00:12Des espaces où se fabrique le lien social, où se rencontrent les générations, où se raconte la vie.
00:18Alors que les villages se vident et que nos villes s'uniformisent, sauver les bistrots, ce n'est pas défendre la nostalgie.
00:24C'est préserver ce qu'il reste de notre culture populaire face à cette disparition massive des bistrots et des cafés en France, dans nos villages et nos quartiers.
00:32Alain Fontaine, président de l'association des bistrots et cafés en France, lance un vaste plan de sauvetage à l'échelle nationale.
00:41Il est dans le studio avec nous. Appelez-nous pour nous dire au Standard Europe 1 ce que représentent les bistrots pour vous.
00:46Au 01-80-20-39-21.
00:49Bonjour, vous allez nous dire, si vous voyez en cette disparition de nos bistrots, en quoi ce sont importants.
00:55Pourquoi déjà, Alain Fontaine, président de l'association des bistrots et des cafés en France, pourquoi les bistrots français disparaissent ?
01:03Bonjour. Les bistrots et les cafés en France disparaissent depuis maintenant 1900.
01:09Donc en 125 ans, on résume, on ne va pas faire les étapes, 508 000 bistrots en 1900.
01:15Il y en a moins de 40 000 aujourd'hui.
01:16Alors, désindustrialisation, bien sûr, déruralisation aussi.
01:21Et c'est un, si vous voulez, c'est un minôme.
01:24La déruralisation va aussi avec la désindustrialisation.
01:29C'est-à-dire que quand quelqu'un, quand une famille ne pouvait pas vivre de l'exploitation agricole,
01:33elle allait dans les entreprises du coin.
01:35Et donc, forcément, ils restaient, ils animaient les bistrots, les cafés de chaque village.
01:40Et la désindustrialisation a provoqué vraiment le départ des gens des villages.
01:46Et donc, par exemple, quand je vous dis 500 000 bistrots en 1900, en 1960, 200 000, voyez-vous ?
01:53D'un seul coup, ça...
01:54Et puis après, vous avez bien entendu, en 1970, mais ça, c'est encore autre chose,
01:59c'est le repas, l'acquis social qui est le repas avec la restauration d'entreprise,
02:04où on descend dans les entreprises pour manger.
02:06Et là, évidemment, on vide les bistrots et les cafés qui sont, rappelons-le, le monde du travail.
02:12Les bistrots et les cafés.
02:13Je ne vais pas faire tout... ça serait trop long, mais les bistrots et les cafés,
02:16à l'inverse des restaurants, des brasseries, sont le monde du travail.
02:19C'est là, que ce soit dans les villages, avec les agriculteurs et autres, ou dans les villes.
02:24L'intéressant de voir ce que ça représente.
02:25Alors Alain Fontaine, restez avec nous, on a beaucoup de questions.
02:27Des gens qui nous appellent au standard, Léa, Brigitte, on les aura pour savoir un petit peu
02:31qu'est-ce que ça représente, le bistrot, pour vous.
02:34Appelez-nous au standard d'Europe 1 pour partager votre avis.
02:3601, 80, 20, 39, 21.
02:38Il est 12h42, à tout de suite avec Christine Kelly sur Europe 1.
02:41Europe 1, Christine Kelly.
02:43Dernière partie, déjà sur Europe 1 à 12h47.
02:46Nous parlons de nos bistrots, vont-ils disparaître ?
02:49Nous répondons à cette question avec notre invité Alain Fontaine,
02:52président de l'association des bistrots et cafés en France.
02:55Et vous, chers auditeurs d'Europe 1, que représente le bistrot pour vous ?
02:59Répondez-nous au 01, 80, 20, 30, 21.
03:02Alors on a Brigitte, Léa, José qui nous appelle.
03:06On va commencer par Brigitte.
03:08Et je rappelle que nous sommes dans le studio avec Alain Fontaine,
03:11président de l'association des bistrots et des cafés en France.
03:14Et on va voir avec lui dans un instant, qu'est-ce qu'il lance comme vaste opération
03:17pour sauver nos bistrots et nos cafés.
03:20Voilà toute l'identité française.
03:22Bonjour Brigitte, qui nous appelle du centre Val-de-Loire.
03:25Quel regard portez-vous sur les bistrots français ?
03:28Bonjour Christine, bonjour M. Fontaine, bonjour Géraldine.
03:32Écoutez, moi, quand j'ai entendu le thème de votre émission,
03:39j'ai été surprise qu'aujourd'hui, on se pose cette question.
03:43Parce que pour moi, les cafés et les petits bistrots,
03:47il y a bien longtemps qu'ils sont partis ou qu'il y en a très peu au niveau de la réalité.
03:53Et ça a été, je me suis dit, mais pourquoi ils veulent parler ?
03:56Ils veulent parler de ça dans toutes les petites communes aux alentours.
04:00Moi, je vois mon mari d'où il était originaire.
04:02Il y a 45 ans qu'il n'y a plus de café.
04:05Dans ma commune, à moins de naissance, il n'y a plus beaucoup de café.
04:10Et je pense qu'effectivement, c'est aussi la conjoncture actuelle
04:14qui fait que les gens n'ont plus les moyens d'aller au café.
04:18Parce que, mine de rien, vous allez prendre une consommation.
04:22C'est quand même relativement cher pour des gens qui n'ont pas un gros salaire.
04:28Et par contre, depuis un petit peu, on entend quand même les communes
04:31qui se manifestent pour essayer de revenir en arrière
04:34et créer un petit peu les cafés solidaires, avec un commerce,
04:37avec quelque chose derrière.
04:39Question, restez avec nous, ma chère Brigitte,
04:41parce qu'on va interpeller tout de suite Alain Fontaine.
04:43C'est vrai que vous venez de nous expliquer,
04:45président de l'association des bistrots et cafés en France,
04:47que depuis 1900, on a commencé à voir cette...
04:49Alors, pourquoi aujourd'hui ?
04:51Pourquoi aujourd'hui ?
04:51Parce que, justement, il était temps de tirer la salaire d'alarme.
04:54Alors, on les a inscrits, les pratiques sociales et culturelles.
04:57Vous voyez, on ne parle pas de consommation.
04:58Les pratiques sociales et culturelles dans les bistrots et cafés en France
05:01ont été inscrits au patrimoine immatériel français.
05:03Et là, on part pour le patrimoine immatériel de l'humanité.
05:06Parce que c'est une spécificité française.
05:09C'est là où se passaient les choses,
05:11où on pouvait parler librement.
05:13Alors, vous me direz, il y a des lieux de vie comme ça dans le monde entier.
05:15Non, pas comme les bistrots et les cafés en France.
05:17Ils faisaient partie de la vie du village, de la vie du quartier.
05:20Ils étaient importants pour la sociabilité.
05:23Quand vous poussez, encore aujourd'hui, heureusement,
05:26la porte d'un bistrot et un café, vous n'y allez pas pour consommer.
05:29Quand vous rentrez dans un PMU, vous croyez que les gens y vont pour jouer ?
05:32Non ?
05:33Ils y vont avant toute chose pour rencontrer d'autres.
05:35Le lien social est extrêmement important.
05:39C'est ce qui nous manque énormément dans les quartiers.
05:41Vous avez des rues entières dans les villes où il n'y a plus un bistrot, plus un café.
05:45Vous n'avez pas envie de rentrer dans cette rue à certaines heures de la journée.
05:47Et dans les villages, des fois, il n'y a plus rien.
05:51Un chiffre, 22 000 communes, alors 35 967 communes en France,
05:5522 000 communes n'ont plus de commerce, donc de facto, plus de café.
05:5922 000, c'est 62% des communes qui n'ont plus de commerce.
06:02Alain Fontaine, président de l'association des bistrots et des cafés en France.
06:08Merci beaucoup Brigitte, j'espère qu'il a répondu à votre question.
06:10Restez avec nous à l'écoute et on prend un autre appel.
06:12Merci Brigitte, excellente journée sur Europe 1.
06:14Léa, vous nous appelez ensuite, on aura José.
06:17Léa, vous dites que vous déplorez cette disparition des bistrots.
06:23Oui, allô, bonjour.
06:24Bonjour à Léa, bonjour, je reconnais aussi votre voix.
06:27Oui, M. Fontaine, Christine.
06:29Oui, ravie de vous entendre ma chère Léa.
06:31Oui, Éric et Gabrielle bien sûr.
06:33Bonjour Léa, un joli prénom, un joli prénom.
06:36Très beau prénom Léa.
06:38Très, très beau prénom.
06:39Bonjour.
06:39Vous faites le 22 mars.
06:40Alors, qu'est-ce que vous pensez de ce vaste plan de sauvetage que veut faire Alain Fontaine ?
06:49Moi, je trouve que c'est une très très bonne initiative.
06:51C'est vrai que les bistrots, c'est vrai que ça représente vraiment un peu comme les églises.
06:57Oui, c'est un peu l'âme de la France.
06:59Il est d'accord avec vous.
07:00Il aussi.
07:00C'est ça, on a toujours connu ça.
07:04C'est ça, on a toujours connu ça.
07:05Et en fait, malheureusement, il y en a de moins en moins.
07:08Pourquoi ? Parce qu'on a l'impression que c'est un peu remplacé par des fat foods,
07:12kebab Alain ou d'autres pizzerias.
07:16Tacos.
07:17Voilà, des tacos, de la nourriture fade et qui n'a pas vraiment d'histoire ni d'âme.
07:24Enfin, pas relié à la France, du moins.
07:27Et en fait, c'est un peu le parallèle qu'on veut faire avec les bistrots et la culture et les mœurs françaises.
07:33C'est que tout est en train de disparaître, de s'effacer au fur et à mesure.
07:37Et tout ça dans le silence, puisque, heureusement, monsieur fait une petite action par rapport à ça.
07:44Il va nous expliquer, justement.
07:47Merci beaucoup, ma chère Léa.
07:49Effectivement, excellente journée sur le repas.
07:50Merci beaucoup.
07:51On va prendre, José, ensuite, comme il y en a deux minutes pour terminer,
07:56ensuite, je vous donne le mot de la fin, Alain Fontaine, pour en dire comment il faut faire, justement, pour sauver les bistrots.
08:01Bonjour, José. Vous êtes pour le sauvetage des bistrots.
08:05Bonjour, Christine. Très heureux de vous avoir à l'antenne.
08:07Moi aussi, mon cher José.
08:09Bonjour, monsieur Fontaine.
08:11Oui, je vais très rapide dire pourquoi, effectivement, je voulais intervenir.
08:15Parce qu'effectivement, moi, j'ai un petit village dans les Hauts-France.
08:17Il n'y a plus, effectivement, qu'un seul bar, enfin, un seul café.
08:23En fait, c'est le café de la mairie, comme ça existe dans pas mal de villages.
08:28Et effectivement, c'est un peu dommage parce que, bon, ça devient très dur de rencontrer des gens.
08:34C'est un village dans lequel, effectivement, il y a très peu de commerce maintenant.
08:38Très, très peu.
08:39C'est un village qui est devenu une sorte de cité dortoir.
08:42Les gens partent le matin au boulot, à l'extérieur, reviennent le soir.
08:46Et c'est le seul endroit, effectivement, où on peut trouver une sorte de respiration.
08:50Excellent. Merci beaucoup.
08:51Merci beaucoup, mon cher José.
08:53Comme on n'a pas beaucoup de temps, je vous garde pas très longtemps.
08:55Je vous en prie.
08:55Merci infiniment pour votre appel.
08:56Bonne journée à vous et merci encore pour votre audition.
08:58Merci, mon cher José.
08:59Je vous donne le mot de la fin, Alain Fontaine, mais dix secondes, peut-être, Eric Tegner.
09:02Moi, j'ai un rituel tous les dimanches midi.
09:04Je vais dans le bistrot de mon petit village breton, à midi, après la messe.
09:08Je prends deux verres de blanc, je lis JDD, et j'adore à ce moment-là, effectivement,
09:13parler à plein de gens autour de moi.
09:15J'aime bien y aller tout seul aussi.
09:16Exactement.
09:17C'est l'occasion de rencontrer les gens, y compris quand on a une petite notoriété.
09:20C'est l'occasion des gens de venir parler, etc.
09:22Et c'est vraiment agréable, ça ressource beaucoup.
09:24Gabriel Cusel.
09:25Moi, je suis d'une région, il y a une tradition de bistrotiers.
09:28Je suis à Véronèse.
09:29Vous savez, les Véronès sont montés à Paris.
09:30Ils ont créé beaucoup de bistrots.
09:35Cette auditrice avait raison, je crois que c'était Léa, de dire que c'est comme l'église.
09:38Il y avait le bistrot dans le village.
09:39D'ailleurs, il y a un lien dans les bouquins de Pagnol.
09:41Les hommes sont au bistrot pendant que les femmes vont à la messe.
09:44Et tout ça, ce lien de sociabilité, c'est au maire, pour moi, de le cultiver, de les aider à durer.
09:50Oui, c'est vrai que dans les bistrots d'aujourd'hui, ils font poste, ils font colis.
09:52Ils font tout Alain Fontaine, président de l'association des bistrots et des cafés de France.
09:58Ça va, Clélie Mathias ? Je ne vous gêne pas là, ça va ?
10:00Non, pas de souci.
10:03Quel est votre dernier mot, justement, par rapport à ces bistrots ?
10:06Qu'est-ce qu'il faut faire pour les sauver ?
10:08Vous voulez un plan de sauvetage au niveau national pour les sauver ?
10:12Que faut-il faire ?
10:13Alors d'abord, on va essayer de les inscrire au patrimoine immatériel de l'UNESCO
10:16pour dire à combien ces bistrots et ces cafés sont imprécieux.
10:20Le monde s'intéresse beaucoup à notre démarche.
10:24Plus qu'en France.
10:25Au départ, maintenant, ça y est, c'est fait.
10:26Mais au départ, les Américains, tout ça, voyaient ces bistrots et ces cafés disparaître.
10:31Et on a, depuis des années, dit aux Français combien ces bistrots et ces cafés étaient précieux.
10:37Comment on les sauve ?
10:38En en parlant beaucoup.
10:39Là, déjà, vous allez sur Instagram, vous tapez « bistrots et cafés de France ».
10:43Instagram, « bistrots et cafés de France ».
10:45Et vous allez nous suivre et puis nous liker, bien évidemment.
10:49Est-ce qu'il y a une pétition, quelque chose ?
10:50C'est une sorte de pétition pour dire au ministère de la Culture,
10:53car c'est le ministère de la Culture qui décide de prendre un dossier et de l'emmener à l'UNESCO.
10:57C'est une pétition pour dire à quel point on a besoin de cela.
11:00Et là, Léa a dit quelque chose de fort juste.
11:02La malbouffe avance à la vitesse où nous, on disparaît.
11:05Parce que c'est très clair que dans les bistrots et cafés, vous mangez sainement.
11:09C'est une cuisine familiale, c'est une cuisine de proximité, de l'agriculture française.
11:13Parce que les bistrots et cafés travaillent avec l'agriculture de proximité.
11:16Et plus ils disparaissent, plus vous laissez le passage à la malbouffe.
11:19Et c'est très important.
11:21Donc, sans vous les bistrots et les bistrots et cafés en France,
11:23c'est notre précieux et c'est notre patrimoine.
11:25Bravo, merci infiniment pour votre émission.
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