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00:00C'est un conflit qui a démarré il y a plus de 40 ans et qui a coûté la vie à au moins 40 000 personnes.
00:18Mais aujourd'hui, ce conflit touche peut-être à sa fin.
00:21En février de cette année, le chef de l'organisation procure de PKK a annoncé que le groupe allait déposer les armes et se dissoudre.
00:30Abdullah Öcalan a fait cette annonce depuis sa cellule sur une île près d'Istanbul, où il est détenu depuis 1999.
00:38Et il affirme que le conflit avec les autorités turques peut désormais être résolu par la voie politique et démocratique.
00:46Depuis, le PKK a même organisé une cérémonie de destruction d'armes, un geste salué par le président turc Recep Tayyip Erdogan.
00:54A sa fondation en 1978, le PKK a réclamé un état indépendant pour les Kurdes.
01:00qui représente environ un cinquième de la population turque.
01:03Dans les années 90, le groupe a abandonné l'idée du séparatisme pour revendiquer une plus grande autonomie.
01:11Mais en raison de ces actions violentes, le PKK a été classé comme organisation terroriste,
01:16non seulement en Turquie, mais aussi par l'Union européenne, le Royaume-Uni et les États-Unis.
01:22Il y a dix ans déjà, un premier espoir de paix était né.
01:25Mais l'accord avait rapidement volé en éclats.
01:27Et de violents combats avaient suivi, notamment dans les villes kurdes du sud-est de la Turquie,
01:32comme d'Yarbakur, autrefois le cœur de la vie et de la culture kurde.
01:38Alors dix ans après, ce nouvel espoir de paix est-il plus solide ?
01:41Le dialogue est-il enfin renoué ?
01:44Bien retour sur les traces du PKK en Turquie, c'est un reportage de Jenna Lebrun.
01:49Cette femme marche dans les rues de Diyarbakur, sa ville natale.
02:19Depuis la mort de son mari, elle déteste cet endroit.
02:26Ce matin-là, j'avais amené mon mari ici en voiture.
02:29Il avait une conférence de presse.
02:31Après ça, il devait aller au minaret à quatre pieds pour rencontrer des journalistes.
02:35Je ne sais pas pourquoi, quand il est parti, j'ai descendu ma vitre et je l'ai regardé partir de dos.
02:40C'est la dernière fois que je l'ai vu vivant.
02:41On va tourner ici.
02:57C'est là que ça s'est passé.
03:00Le minaret à quatre pieds est juste là.
03:04Au coin.
03:04Tahir El-Chi était un avocat kurde spécialisé dans la défense des droits humains.
03:15En novembre 2015, alors qu'il prononce un appel public pour la paix,
03:20une fusillade éclate entre les forces armées turques et des militants du PKK.
03:26Il est tué, ici, au pied de ce minaret.
03:29Sa mort reste non élucidée.
03:40Il n'a jamais été établi s'il a été délibérément pris pour cible par la police.
03:46Turkan El-Chi, sa femme, revient sur les lieux du drame pour la première fois depuis dix ans.
03:52C'est un immense vide.
03:54Oui, je me sens vide.
03:57C'est tout.
03:59Ici, j'ai perdu mes souvenirs d'enfance et mon mari.
04:11Et le plus dur, c'est qu'aujourd'hui, cet endroit est devenu touristique,
04:16avec des gens qui viennent en groupe et prennent des photos.
04:19C'est dur pour les victimes comme moi.
04:20Trouver la paix sans justice, c'est le défi auquel font face les habitants de Dierbaker.
04:43Parce qu'il y a un déni systémique.
04:55De nombreux crimes ont été soit rendus légitimes, soit maquillés grâce à la loi.
05:04Tahiréchi n'est qu'une victime parmi tant d'autres.
05:07Özgür Ahmed est journaliste.
05:11Accusé d'appartenir à un groupe terroriste, il purge une peine de deux ans de prison quant à Tahiréchi est assassiné.
05:18A l'époque, un processus de paix entre le PKK et l'État turc vient d'échouer et des affrontements éclatent.
05:26Dans la ville, des combattants kurdes s'opposent aux forces gouvernementales.
05:30Je me souviens des détenus regarder la télé.
05:35Soudain, ils nous ont appelés.
05:38Ils nous ont dit qu'il venait d'être tué.
05:43Honnêtement, ça nous a beaucoup choqués.
05:46Pour une partie des gens, l'espoir a été perdu quand il est mort.
05:50Quand une figure importante est tuée, comme ça, en pleine ville, alors qu'elle fait une déclaration pour la paix, c'est inévitable.
05:57Ça provoque du désespoir chez les gens.
06:01Ça abîme leur foi en la paix.
06:032015 était une immense opportunité qui n'a pas été saisie.
06:07On se retrouve dans le même cas de figure aujourd'hui.
06:10Et j'espère du plus profond de mon cœur que cette fois, nous allons saisir cette chance.
06:19En février, dans un appel historique,
06:22Abdullah Oujalan, le fondateur du PKK,
06:25demande au groupe de déposer les armes et de se dissoudre.
06:29En quelques semaines, l'organisation annonce un cessez-le-feu
06:33et lors d'une cérémonie symbolique,
06:36un petit groupe de combattants brûle ses armes en direct à la télévision.
06:41Si certains y voient la fin possible du conflit,
06:44Özgür Ahmed accueille la nouvelle avec scepticisme.
06:47La société turque est étrangère à la notion de paix,
06:52car elle n'en a pas réellement fait l'expérience.
06:54Chaque période où l'on évoque la paix semble plus difficile que la précédente
06:58et la situation dans laquelle nous sommes devient en réalité plus complexe que celle de la guerre.
07:03La paix ne se décrète pas d'un simple mot ni avec une signature.
07:07C'est tout un processus, un état d'esprit, une mentalité.
07:09Nous sommes des millions à vouloir une solution pacifique.
07:12On aspire à la fin de ce conflit armé qui dure depuis des décennies
07:16justement parce qu'on sait ce que la guerre nous a coûté.
07:28Et puis, il y a ceux qui espèrent retrouver leurs proches confisqués par la guerre.
07:34Ils sont des milliers à avoir rejoint la lutte armée dans les camps d'entraînement du PKK,
07:39communément appelés les montagnes, référence au Mont Kandil, dans le nord de l'Irak.
07:46Dans le processus de paix, l'état turc pourrait accorder une amnistie
07:50à ceux qui choisissent de réintégrer la vie civile, mais le doute subsiste.
07:56Devant le siège du parti nationaliste kurde Dem,
07:59ces mères, souvent proches du gouvernement, mènent une vigie depuis des années.
08:04Elles accusent le PKK et ses réseaux d'avoir recruté de force leurs enfants.
08:08Le fils de Haïten el-Haman a disparu depuis 2017.
08:13Nous venons chaque matin dans l'espoir d'avoir des nouvelles.
08:1623 jeunes ont retrouvé leurs parents, alors j'espère que mon fils reviendra.
08:21Je veux lui dire, Bayram, mon fils, si tu m'entends, rentre à la maison.
08:25Je ne crois pas qu'il soit mort.
08:26C'est la dernière preuve de vie qu'elle a reçue de lui.
08:32Une allégeance au groupe armé.
08:34Depuis l'annonce de la dissolution, elle s'accroche à l'espoir de voir son fils enfin revenir.
08:41Mais face à la caméra, elle parle sous haute surveillance policière.
08:44Je me demande dans quel piège ils ont fait tomber mon fils pour qu'il accepte de partir.
08:49Au nom de quoi ces terroristes se sont permis de prendre mon enfant ?
08:52Que Dieu bénisse notre président.
08:54Son initiative pour une Turquie sans terrorisme nous redonne de l'espoir.
08:58J'espère que tous nos enfants rentreront.
09:00Pour concrétiser cet espoir, certains prennent des mesures ou du moins tentent de le faire.
09:22Turkan El Shri, devenu député CHP, a rejoint la commission du processus de paix.
09:30Chaque semaine, les membres issus du Parlement rencontrent des représentants de la société civile
09:35afin de mieux comprendre ce qui est qualifié de problème kurde.
09:40Mais cette commission n'a qu'une valeur symbolique.
09:43Elle n'a aucune autorité légale ni influence en Turquie et au-delà.
09:49Il y a des Kurdes dans de nombreux pays.
09:52En Iran, en Irak, en Syrie.
09:54Donc le problème ne se limite pas aux frontières de la Turquie.
09:57Avec la situation actuelle, notamment en Syrie,
10:00et la présence d'acteurs internationaux très actifs dans la région,
10:04ce sera difficile de trouver une solution uniquement à l'intérieur de nos frontières.
10:08C'est à nous d'offrir aux populations un véritable sentiment de justice,
10:12de vérité et d'égalité pour tous.
10:14Mais cela ne peut exister que dans un véritable état de droit,
10:18où les droits démocratiques peuvent s'exercer librement.
10:21Sinon, nous risquons de revivre ce que nous avons vécu en 2015.
10:24C'est l'une de nos plus grandes inquiétudes.
10:33L'égalité et le respect de leurs droits fondamentaux, c'est ce que demandent les Kurdes.
10:39Le choix de recevoir une éducation dans leur langue natale,
10:42la liberté de monter des médias et des festivals,
10:46ou de simplement s'exprimer publiquement sans risquer des sanctions.
10:49Il y a aussi des envies toutes simples,
10:53comme celle de pouvoir soutenir l'équipe de football de son choix.
11:10Ces jeunes sont des fervents supporters d'Amet Sport,
11:13club de deuxième division, à la fois l'un des plus aimés et des plus détestés de Turquie.
11:19Il a vu sa popularité exploser chez les Kurdes,
11:22peu après les combats entre le PKK et l'armée en 2015.
11:28Depuis, une partie des supporters turcs lui vaut une haine sans borne.
11:33Dans une Turquie où les 15 millions de Kurdes sont toujours sujets à discrimination,
11:37soutenir Amet Sport et ses couleurs, c'est faire de la résistance pacifique.
11:43Amet Sport est devenu un refuge culturel pour les Kurdes,
11:49car l'équipe est visible sur le terrain.
11:51Dans les autres domaines, on est empêché de revendiquer notre identité.
11:55Amet Sport n'est pas seulement l'équipe de Diyarbakir,
11:58c'est l'équipe de tous les Kurdes,
11:59et en même temps, c'est l'équipe de tous les défavorisés et marginalisés.
12:02Mais cette passion a un prix.
12:10Les supporters sont fréquemment interdits de matchs
12:13pour des raisons de sécurité et surveillés de près.
12:16A partir de ce point, nous filmons avec nos téléphones.
12:21La presse est interdite d'assister au match avec le public.
12:25Dans ces tribunes, un mot, un geste peut valoir une arrestation
12:30et des accusations de lien avec le PKK.
12:51Jusqu'à récemment, la présence policière était constante lors des matchs.
12:56Et depuis peu, on est autorisé à assister aux rencontres à l'extérieur.
12:59C'est sûrement les premiers signes du processus de paix en cours.
13:03Du coup, la pression sur le terrain et lors des matchs à domicile a aussi diminué.
13:08On ressent un vrai changement.
13:10Par exemple, il y a moins de policiers et ils se comportent différemment.
13:13Mais ils continuent de tout filmer, surtout pendant l'hymne national.
13:17Même si ce n'est pas légal, ils sanctionnent tous ceux qui ne se lèvent pas.
13:20La ville elle-même incarne de manière subtile la politique répressive menée par les autorités
13:40à l'encontre de la population kurde.
13:43Le quartier de Sour, dans le centre historique de Diyarbakır,
13:47était autrefois le cœur vibrant de la vie culturelle kurde.
13:51En 2015, il devient le théâtre de violents affrontements.
13:56Considérant la zone comme un bastion du PKK,
13:59les autorités turques y mènent d'intenses bombardements.
14:01La guerre a duré 108 jours.
14:11Un État comme la République de Turquie,
14:13doté de la 2e armée et des forces de sécurité de l'OTAN,
14:16n'a pas pu contrôler ce lieu pendant 108 jours.
14:19Qu'est-ce qu'il a fait alors ?
14:20Il a tenté d'intervenir avec des chars, des canons et des hélicoptères.
14:24C'est comme ça que l'histoire de ce lieu a été perdue aux côtés de vie humaine.
14:28La culture et la langue de ce lieu ont été perdus.
14:30Les lieux de vie ont été complètement détruits.
14:35Sheref Han Aydin était coprésident de la chambre des architectes de Diyarbakır jusqu'en 2020.
14:42Il a été écarté lors d'une des nombreuses vagues de répression menées par l'État turc
14:47pour faire taire l'opposition, notamment les élus et les militants kurdes.
14:52En raison de la politisation de la population,
14:55l'État a toujours perçu ce lieu comme une menace pour lui.
14:57Par conséquent, il a toujours cherché à intervenir ici.
15:08Les maisons ont été rasées, 5000 habitants ont été déplacés de force
15:14et le quartier a été repensé, le privant de son caractère traditionnel.
15:18Les ruines des bâtiments historiques ont été jetées dans le Tigre,
15:24les logements et les commerces remplacés par des terrains vagues
15:28et des cubes de béton moderne.
15:30Voilà les nouveaux bâtiments. Ce sont des villas en ciment.
15:40Ils ont été refaits pour ressembler à de la pierre, mais ce n'en est pas.
15:43Et voici les vieilles bâtisses de Diyarbakır.
15:45De là, on peut comparer.
15:46Des milliers de personnes qui y vivaient depuis des années ont été déplacées.
15:57On sait que ces espaces vides ont toujours été des maisons.
16:00D'ailleurs, on le voit de l'autre côté de la rue.
16:03Mais à la place, on voit désormais de grandes marques ouvrir leurs magasins.
16:07Soudain, c'est comme si les habitants avaient un besoin irrépressible de soda et de vêtements
16:11et comme si tout avait été pensé pour ça.
16:18L'État a investi 450 millions d'euros dans ce projet de modernisation
16:23que beaucoup qualifient d'urbicide.
16:27Ici, les grandes enseignes se sont aussi fait leur place
16:30et participent à effacer l'histoire de la ville.
16:35Cette transformation met en péril l'héritage kurde,
16:38en particulier auprès des jeunes générations
16:41de plus en plus séduites par la mondialisation.
16:46Ankara semble ainsi avoir atteint l'un de ses objectifs.
16:50L'intérêt pour la culture et l'identité kurde
16:53s'est sensiblement affaibli au cours de la dernière décennie.
16:56Sous-titrage Société Radio-Canada
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