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  • il y a 2 jours
Ancien médecin-chef de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris, le Dr Claude Fuilla raconte plus de quarante ans passés au cœur de l’urgence, entre drames collectifs, sauvetages inespérés et transmission aux jeunes générations.

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Transcription
00:00Je crois que quand on est confronté à la mort, on se jouit davantage de la vie.
00:10C'est une volonté de transmission, et là je continue à travailler au SAMU 47,
00:17à mi-temps certes, vu mon grand âge, mais ce qui me plaît, c'est de transmettre aux jeunes médecins,
00:22de transmettre aux assistants de régulation médicale, tout ce que j'ai appris, tout ce qu'on m'a appris.
00:30J'ai voulu que ce soit un livre à la fois d'action, certes, parce qu'il y a des interventions qui sont racontées,
00:36des épisodes particulièrement intenses, mais c'est surtout un livre d'émotion,
00:41et au fil du livre, on s'aperçoit que les drames qui nous touchent, souvent,
00:47sont des drames plus du quotidien que des drames très médiatiques.
00:52Et puis enfin, cette vie m'a mené quand même à réfléchir, et ce livre, c'est aussi un livre de réflexion.
00:57En le lisant du début à la fin, on voit l'évolution de l'homme, en fin de compte.
01:03Au début, ce qui me passionnait, c'était effectivement l'adrénalide, les choses extraordinaires.
01:07Lorsque j'étais médecin des pompiers de Paris, il y avait les à-côtés qui étaient extraordinaires.
01:11Moi, j'ai escaladé plusieurs fois la tour Eiffel, je l'ai descendu en rappel,
01:14j'ai descendu en rappel les tours de la Défense, j'allais visiter le Louvre quand le Louvre avait été vide.
01:18Et puis au fur et à mesure que l'âge avançait,
01:20ce qui m'a de plus en plus passionné, c'était de transmettre tout ce qu'on m'avait appris.
01:29Je me suis un petit peu retourné derrière ma vie passée,
01:33et je me suis aperçu qu'elle a été longée de drames, de sang, de sueur.
01:38Et j'ai voulu mettre des mots sur ces mots-là, d'abord.
01:40Et je me suis aperçu, du moins j'ai bien compris que cette vie,
01:44elle a été aussi extraordinaire et passionnante.
01:47Donc c'est pour ça que c'est une vie de sang, mais aussi d'or.
01:50Et puis un petit clin d'œil, je suis catalan et c'est les couleurs de la Catalogne.
01:56Ce qui permet de tenir, je dirais, avant dans la durée, c'est de tenir au moment du drame.
02:01Et j'ai toujours considéré que lorsque je devais annoncer le décès, en particulier d'enfant,
02:07qu'on ouvrait la porte pour voir les parents, c'était d'être dans l'action.
02:10Quand on fait de la réanimation, on est dans l'action et on a beaucoup moins d'émotions
02:15puisque l'action inhibe le système limbique.
02:17Lorsque la réanimation est arrêtée, qu'on doit annoncer le décès aux parents,
02:21j'ai toujours essayé d'être dans l'action.
02:23Cette action, c'est d'être le plus performant possible.
02:25Je me suis dit, ce moment-là, il est extraordinaire pour les parents.
02:29Tu n'as pas droit à l'erreur.
02:30Il y avait deux choses qui me portaient.
02:32C'était à la fois l'équipe qui était avec moi, l'infirmier, le conducteur ambulancier,
02:36les pompiers secouristes, ce moment extraordinaire de communication de crise
02:40nécessitait pour moi l'excellence.
02:43L'excellence, bien sûr, qui était noyée dans l'empathie
02:46parce qu'on ne peut pas annoncer le décès sans avoir des larmes aux yeux.
02:50Et après, c'est tout ce qui vous entoure, c'est-à-dire l'amitié, l'amour aussi.
02:55Continuer à voir que la vie était belle.
02:57C'est le sauvetage de Darlene, qui est une jeune rescapée lors du tremblement de terre d'Haïti.
03:04À cette époque-là, j'étais conseiller du directeur général de la sécurité civile
03:07et j'étais parti pour être sur place, pour être le médecin-chef de toutes les forces
03:11de la sécurité civile engagées qui étaient très importantes sur Haïti.
03:15Des Haïtiens ont trouvé une jeune fille qui était sous terre depuis 15 jours et 1 heure
03:20et on l'a dégagée, on l'a réhydratée et elle est vivante.
03:25Et si vous voulez, au moment où vous sortez cette jeune fille
03:28et vous avez des milliers de personnes qui sont autour,
03:30vous imaginez Pauro Prince qui est complètement détruit,
03:34des milliers de personnes qui applaudissent, qui chantent
03:36et vous vous rendez compte que c'est un record mondial de survie,
03:40je peux vous dire que vous pleurez, vous tenez par la main et vous pleurez.
03:46Ce que je leur souhaite, c'est beaucoup de courage
03:47parce que l'exercice a beaucoup évolué,
03:50est beaucoup venu beaucoup plus difficile.
03:53On est une société de la norme, une société de la procédure.
03:56Les procédures ont remplacé la bienveillance.
03:59Je crois que le vrai combat du XXIe siècle, c'est de redonner du sens au travail.
04:03Pas forcément qu'à la médecine d'ailleurs, dans tous les secteurs.
04:06Je ne suis pas contre les procédures.
04:08Il y a des procédures, ça a un intérêt,
04:11mais la médecine pour moi c'est avant tout un art
04:13dont la médecine est l'outil principal.
04:15Je crois que quand on est confronté à la mort, on se jouit davantage de la vie.
04:25C'est bien un terme que je refuse, c'est bien le terme des héros.
04:29L'héros pour moi c'est Jean Moulin, c'est Guy Moquet.
04:32Nous ce qu'on peut dire, parce qu'on a très bien fait notre métier,
04:35au mieux de ce qu'on peut faire, au mieux de ce qu'on entend de nous,
04:37ça je veux bien l'admettre.
04:38Et puis vous savez, il y a quelque chose qui est récent
04:40et qui assez souvent se vérifie,
04:44c'est la théorie des trois L.
04:46Lécher, lâcher, lâcher.
04:47Et on a bien vu au moment du Covid,
04:49moi je ne veux pas qu'on me lèche, qu'on me dise que c'est un héros,
04:51parce que si on me lèche, au bout de certains temps,
04:53on va me lâcher, voire me lâcher.
04:55Donc restons simples, on fait notre métier au mieux,
04:57mais s'il vous plaît, ne nous prenez pas pour dessin.
05:02Toujours penser que les difficultés servent à vous grandir.
05:05Sous-titrage Société Radio-Canada
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