00:00...
00:00Marie d'Orsay, 152 féminicides depuis le début de l'année en France.
00:09Le décompte glaçant du collectif Nous Toutes,
00:11mis en lumière à l'occasion de la journée internationale
00:14pour l'élimination des violences faites aux femmes hier.
00:18Plusieurs rassemblements ont eu lieu, à Orléans ou Montargis,
00:21pour demander à mieux protéger les femmes.
00:23Et pour en parler, avec notre invité,
00:25nous recevons une avocate pénaliste orléanaise.
00:28Bonjour Clémence Lemarchand.
00:30Bonjour, merci de m'avoir invitée.
00:31Merci à vous d'être avec nous ce matin.
00:34Concrètement, expliquez-nous comment la loi peut protéger les femmes victimes de violences.
00:39Alors la loi peut protéger les femmes victimes de violences à plusieurs niveaux,
00:44que ce soit au niveau pénal, en déposant plainte,
00:47ce qui déclenche une enquête et des poursuites contre l'auteur des violences,
00:51mais également sur le volet familial.
00:53Puisqu'on peut demander aux juges aux affaires familiales
00:55ce qu'on appelle une ordonnance de protection,
00:57c'est-à-dire on obtient un jugement dans les six jours
01:00à partir de la date du dépôt de la requête
01:03pour protéger la femme et ou les enfants
01:06et permettre par exemple l'élection du domicile conjugal
01:09de l'homme violent avec sa compagne et ou les enfants
01:13et tout ça évidemment, qu'on soit marié, paxé ou juste en concubinage.
01:17Mais est-ce que ça c'est vraiment efficace comme mesure ?
01:21Alors c'est efficace légalement, c'est les moyens qu'on a à disposition.
01:27Évidemment que si un homme auteur de violences conjugales
01:31décide par tout moyen d'en attenter à la vie
01:36ou à l'intégrité physique de sa compagne,
01:39il va être compliqué à part la mise en détention
01:42d'obtenir une effectivité totale.
01:44Mais on a également d'autres mesures qui sont possibles.
01:47On a par exemple les bracelets anti-rapprochement,
01:50c'est-à-dire c'est un bracelet qui est posé sur l'auteur des violences.
01:54Mais on a également d'autres dispositifs, les parquets.
01:57Et notamment le parquet d'Orléans distribue à des femmes victimes de violences
02:01qui subissent une évaluation victime
02:03pour vérifier qu'elles rentrent dans les critères.
02:06On peut leur attribuer ce qu'on appelle un téléphone grave danger,
02:09qui est un téléphone sur lequel elles peuvent immédiatement
02:11en situation de danger prévenir les forces de l'ordre
02:14pour éviter au maximum les violences et les féminicides que vous venez d'évoquer.
02:20Mais malheureusement, on en entend régulièrement parler,
02:24ces leviers-là, donc les téléphones graves danger,
02:27les bracelets anti-rapprochement,
02:28ne sont pas toujours 100% efficaces.
02:30On entend malheureusement parler de féminicides malgré ces contextes-là.
02:33Ça veut dire qu'il faut encore plus définir le cadre juridique de ces leviers-là ?
02:40Alors, comme vous l'avez parfaitement souligné, ça n'est pas suffisant.
02:44Le cadre juridique peut être adapté,
02:47mais à mon sens, ce n'est pas la plus grande difficulté.
02:49La plus grande difficulté, c'était les politiques pénales,
02:52jusqu'à il y a quelques années,
02:54puisqu'on a vu vraiment une évolution des politiques pénales
02:57sur le nombre de poursuites,
02:59le nombre de condamnations,
03:01de faits de victimes,
03:02enfin de faits de violences conjugales,
03:04qu'elles soient physiques, psychologiques, sexuelles.
03:07Ce n'est pas qu'il y a plus de faits,
03:09c'est seulement qu'on en parle plus,
03:10et c'est seulement que les politiques pénales ont évolué
03:12et ont décidé d'appuyer sur ces faits qui sont extrêmement graves
03:18et de les poursuivre et les condamner beaucoup plus.
03:22Le cadre légal n'a pas tellement à évoluer.
03:24Le gros problème auquel on est confronté,
03:26c'est le manque de moyens,
03:27que ce soit au niveau des services, des forces de l'ordre,
03:30police, gendarmerie, mais également de justice.
03:33Très clairement, on n'a pas assez de policiers
03:36et de gendarmes dans ces structures-là.
03:40On n'a pas assez de parquetiers,
03:41on n'a pas assez de greffiers,
03:42on n'a pas assez de juges.
03:43Il n'y a pas assez de moyens financiers
03:44qui sont donnés pour les travailleurs sociaux,
03:47pour les associations,
03:48il y a de nombreuses associations
03:49qui aident les femmes victimes de violences dans la région.
03:53Je peux en citer quelques-unes.
03:54Vous pouvez aller au CIDFF,
03:56le Centre d'Info des Droits des Femmes,
03:58le LAE, le lieu d'accueil et d'écoute,
04:00qui regroupe le CIDFF et l'EDAFI,
04:02qui sont des travailleurs sociaux.
04:04Vous avez la Maison des Femmes à l'hôpital d'Orléans.
04:07Mais toutes ces structures, elles ont besoin d'argent.
04:09Et vous pouvez le voir d'ailleurs sur la page internet
04:12de la Maison des Femmes,
04:13qui sollicite des dons de la part de tout le monde.
04:17Les politiques publiques ne sont pas encore assez investies ?
04:20Ah oui, elles ne sont pas encore assez investies.
04:22Donc il y a des politiques pénales qui sont en évolution,
04:25et en constante évolution, et on le constate au quotidien.
04:27Vous voyez, vous avez plus de dossiers sur votre bureau
04:30concernant des violences conjugales ?
04:31Oui, très concrètement, j'ai beaucoup plus de dossiers
04:34de violences conjugales sur mon bureau
04:36depuis ces six dernières années qu'avant.
04:39On voit bien qu'il y a eu un déclenchement à partir de MeToo,
04:42et qui ne fait qu'évoluer.
04:45Il suffit de se rendre dans les tribunaux correctionnels
04:47et dans les audiences de comparution immédiate
04:48pour voir qu'on a énormément de dossiers de violences conjugales,
04:52devant les cours criminels départementales,
04:55pour voir qu'on a énormément de dossiers de viol.
04:57Et d'ailleurs, j'en sors tout juste devant une cour d'assises d'appel.
05:02Mais on est vraiment confrontés à un manque de moyens,
05:05que ce soit dans les institutions, comme je l'ai dit,
05:07police, justice, mais également dans le milieu associatif.
05:10Il faut développer aussi les logements
05:12pour pouvoir sécuriser les femmes et les enfants.
05:16Et c'est vraiment un problème concret
05:18auquel moi je suis confrontée au quotidien.
05:20Ce n'est pas du tout mon travail, je ne suis pas travailleuse sociale,
05:23mais j'aide très couramment mes clientes qui sont victimes.
05:26justement à entrer en contact avec les travailleurs sociaux
05:29et essayer de trouver des solutions, les associations exactement.
05:33Il faut plus de moyens pour la justice,
05:35pour les associations de politique publique.
05:37On vous entend bien ce matin.
05:39Merci beaucoup Madame Maître Lemarchand
05:42d'avoir été notre invitée ce matin avec nous
05:44pour parler de ces violences conjugales.
05:46Bonne journée à vous.
05:47Merci, bonne journée, au revoir.
Commentaires