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  • il y a 4 mois
Doublement amputée dès l'âge de quatre ans, Jade a eu une révélation devant les exploits des athlètes paralympiques. Elle se reconstruit depuis grâce aux lames de course et à l'appui de sa famille. Un documentaire réalisé avec le soutien de l'Agence nationale du sport.

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Sport
Transcription
00:07La première fois que j'ai mis mes lames,
00:10vraiment c'était incroyable.
00:12Vraiment, il y a un truc qui m'a donné envie de courir.
00:18Le moment où j'ai voulu être sportive,
00:21c'est quand j'ai vu les personnes handicapées comme moi,
00:25qui avaient des lames.
00:29En fait, tout est possible pour moi, le jour que j'ai vu ça.
00:36C'est trop stylé, les lames.
00:41On est beaux, quoi, quand on court.
00:46Mes lames, elles m'aident à tout faire, en vrai.
00:50Par exemple, quand je saute en bague à sable,
00:52j'ai l'impression de voler.
01:00Ah, madame, c'est ma pote, hein.
01:23La journée, elle était grave nulle, en vrai.
01:25Vraiment.
01:25Vraiment, on va au stade, en vrai.
01:27Ouais, ça me va.
01:29C'est trop la dalle, je vais le faire disparaître.
01:31On va faire quoi, en vrai ?
01:32Il y a des gens.
01:33Déjà, on va goûter.
01:34Il y a des gens ?
01:34J'aime pas quand il y a des gens.
01:35Ah, vraiment ?
01:36Ouais.
01:37On voulait être tranquille, il y a des gens.
01:41On se soit sur la table du ping-pong, comme d'hab.
01:47Ça fait lourd au dos.
01:48Je t'ai tapé.
01:49Non !
01:49C'est lourd.
01:51C'est lourd.
01:53Tiens, on cuire.
01:55Une cuire.
01:57Merci.
01:58Je fais rien à l'espoir espagnol à chaque fois.
02:01Tu vois, la fille qui avait à côté de moi,
02:05ouais, elle m'a regardée de mal.
02:07Mais oui, quand t'es partie vers moi.
02:10Ah ouais ?
02:11Mais je crois qu'elle avait ses ragnagnas.
02:16J'ai une surprise un peu mon fait.
02:18Bouteille, je sais pas si t'as vu,
02:19mais Lilou, c'est sûr que t'as pas vu.
02:22Et genre...
02:23Ça comprends.
02:25Là, t'as vu ?
02:26Tu vois ça ?
02:27Oui, il y a des prothèses.
02:28Mais l'âme de course.
02:29Elles sont trop stylées.
02:30Elles sont vraiment trop belles, en vrai.
02:33Tiens, j'irais de faire les crampons.
02:35Tu vois ?
02:35Les crampons que j'ai une chose.
02:36Tu vois les grands qui ont ça ?
02:38T'as déjà vu ?
02:39Par exemple, pour les Paralympiques.
02:42Ils ont ça, les gens qui font de l'athlétisme.
02:44Mais genre, la lame, elle fait ça de plus.
02:46Toi, tu es trop une star, du coup, tu vas passer aux Olympiques.
02:49Mais moi, je suis sûre.
02:51Mais attends, mais j'ai pas la clé.
02:54J'étais fière de montrer mes lames à mes copines
02:56parce que pour moi, c'est un truc spécial pour moi.
02:58Et je dois leur montrer tout.
02:59Moi, je raconte toute ma vie à mes copines.
03:02Pourquoi je raconterais pas les lames à mes copines ?
03:05Tu peux en essayer une ?
03:06J'essaye.
03:07Vas-y.
03:10Et là, c'est que t'es pissé déjà ?
03:11Oui.
03:12Ah ouais ?
03:13T'as vu la différence de taille ?
03:16Ah ouais, parce que quand tu te mets debout avec les deux, t'es plus...
03:18T'es les moi pour vous montrer.
03:21Ah ouais !
03:22Et en plus, quand t'as les deux, t'es...
03:25Oh !
03:26Ah mes copines, ils sont kiffés quand ils ont vu.
03:28Ah oui.
03:29Ils ont dit...
03:30Ah !
03:31Tu cours avec ça, Jade ?
03:33Mais je cours pas vite.
03:34Si vous voulez, on fait une courte en vrai.
03:35Ouais, vas-y, j'ai goût.
03:37T'as va nous rattraper, on va rien comprendre à notre vie.
03:40C'est grave bizarre.
03:42C'est grave bizarre, je te joue.
03:44J'ai l'impression que t'es pieds nus.
03:45Oh, non !
03:48Mais oui !
03:48On fait une course.
03:49De où ?
03:503, 2, 1...
03:55Elle se débrouille tellement bien qu'en fait, on n'a même pas l'impression qu'elle est handicapée.
03:58Et en fait, elle est comme nous, alors qu'elle a un truc en moins, en fait.
04:03On fait sur la ponte de pied, nous aussi.
04:04Ouais, vas-y.
04:07Oh, mais c'est dur !
04:08Non, t'es pas sur la ponte de pied !
04:10Jade, elle a été tellement forte, surtout qu'elle a eu à 4 ans,
04:15que c'était encore vraiment une enfant
04:18et que, je pense, elle ne savait pas trop que c'était ça qu'elle n'allait plus avoir ses
04:25jambes
04:26et surtout comment on allait lui expliquer et tout.
04:29Et Jade, on ne dirait même pas qu'elle n'a plus ses jambes
04:34parce qu'elle le vit tellement bien, je trouve,
04:37et qu'elle s'en fiche, en vrai, vraiment.
04:41Mais comme toi, tu es comme ça, regarde !
04:443, 2, 1 !
04:46Jade, jusqu'à ses 4 ans, elle avait une énergie assez débordante,
04:50un caractère bien trempé déjà à l'époque
04:53et j'ai envie de dire tant mieux pour tout ce qui lui est arrivé par la suite,
04:57ça lui a beaucoup servi, voilà.
05:02Le jour de la déclaration de la maladie de Jade,
05:05deux jours avant, on fêtait son anniversaire ici en famille.
05:10Papy, JP et sa compagne Sylvie ont pris les enfants,
05:13en vacances une semaine au camping.
05:15Elles sont parties pas très loin de la maison, à Palavas.
05:18Tout se passait bien dans la vie d'avant.
05:21Jusqu'au coup de fil deux jours après
05:23que papy nous envoie en disant
05:25« Écoute, il se passe un truc, Jade a les jambes toutes noires.
05:28J'ai appelé le docteur.
05:30Apparemment, c'est suspicion d'une maladie assez grave.
05:33Elle part tout de suite à l'hôpital à Montpellier.
05:35Il faut que vous veniez. »
05:40C'est arrivé pendant qu'elle faisait la sieste dans le mobilhome
05:44et d'un coup, comme elle était en short,
05:47ils se sont dit « Mais qu'est-ce que c'est que ça ? »
05:48C'était comme des bleus au début et après ça devenait noir.
05:51Ils ont touché et elle s'est mis à hurler de douleur.
05:53J'avais des douleurs, mais des douleurs de couteau en fait,
05:56comme plantées sur toutes les jambes.
05:58Du coup, je me touche, je sens que ça me fait vraiment super mal.
06:03Et là, je regarde, j'ai mes pieds noirs charbon.
06:07Le pur pur affluminant, c'est souvent une maladie infantile.
06:10C'est des toutes petites veines que nous avons dans les jambes
06:12qui coagulent où le sang ne passe plus.
06:15Et du coup, au bout d'un moment, ça nécrose en fait.
06:17Et ça devient tout noir comme un peu une gangrène, si on peut dire.
06:20Et voilà, donc par les doigts et par les pieds, et ça monte.
06:26Au moment où ils nous annoncent qu'ils vont l'amputer,
06:30moi je m'effondre.
06:31Je vois Julien se déplacer pour pas que Jade me voie fondre en larmes.
06:36Là, pour le coup, il faut accuser.
06:39C'était d'un coup le changement un peu de notre vie.
06:42J'avoue que là, ça a basculé en quelques secondes.
06:48On l'emmène jusqu'à la porte du bloc.
06:50Il y a un premier sas qui s'ouvre, où on reste avec elle.
06:54Et voilà, de tenir la main jusqu'au dernier moment.
06:56Et après, on la voit partir, la porte qui se referme.
06:58Et là, on se dit, ça y est, c'est parti.
07:00Et oui, ça c'est quelque chose que je n'oublierai jamais.
07:06Quand ils nous disent qu'elle est sortie du bloc,
07:08là on voit Jade dans la même chambre de Réa,
07:12qu'elle a depuis trois semaines.
07:14Et là, c'est vrai que c'est prenant,
07:16parce qu'on avait toujours l'image de Jade avec ses petites couettes,
07:20même si elle était branchée de partout.
07:22Mais là, on voit le drap sans les pieds.
07:29Et là, ça devient concret.
07:31Et là, c'est plus compliqué.
07:34Elle est amputée de 7 cm sous le genou, des deux côtés.
07:37Ça s'appelle la double amputée tibiale,
07:39pour le terme exact.
07:43Mon premier souvenir sur mes jambes,
07:45c'était léger.
07:47C'était léger.
07:48C'est assez bizarre, en fait.
07:52Juste après l'amputation,
07:53Jade prend conscience du fait qu'elle ait pu ses pieds.
07:57Mais on enchaîne très vite sur les greffes de peau.
08:02Ils lui ont rasé les cheveux
08:03pour lui prendre la peau de son crâne,
08:05pour l'étendre,
08:06et la replacer sur ses moignons.
08:08Et aussi sur le côté de ses cuisses,
08:09où ils ont enlevé la peau qui était nécrosée et morte,
08:12où ils ont remis cette peau.
08:13Et donc ça, c'était la deuxième étape
08:15qui a été très technique aussi et compliquée.
08:23La première fois que j'ai vu Jade remarcher,
08:27ça faisait un mois qu'on était à l'Institut Saint-Pierre,
08:29à Palavas,
08:30qui est un centre de rééducation.
08:32On arrive là-bas,
08:33elle est prise en charge par les kinés,
08:35et ils commencent à lui faire des prothèses,
08:38ses premières prothèses.
08:39Et à un moment,
08:41il y a les portes qui s'ouvrent,
08:43et là je vois ma fille sortir debout.
08:46Et ça faisait trois mois que je ne l'avais pas vue marcher.
08:50Et alors là, c'est juste phénoménal.
08:53Allez, vas-y !
08:54C'était beau, parce que même pour elle,
09:02elle était tellement contente de se retrouver debout,
09:05en train de marcher.
09:06Oui, c'est une renaissance.
09:08Elle se dit, je le refais comme avant,
09:11je suis capable de le faire.
09:12Elle a un visage, elle a ce sourire,
09:14elle a des yeux qui pétillent,
09:16elle est fière d'elle,
09:18elle est juste magnifique.
09:20Voilà, pardon.
09:22Elle est magnifique.
09:38Un jour, Clément vient avec nous à l'hôpital,
09:41et Clément avait fait des recherches
09:42sur le téléphone ou sur l'iPad,
09:44et avait vu, en fait,
09:47des lames de course.
09:49En l'occurrence, il avait vu Pistorius lors des JO,
09:52et il lui avait dit, regarde ma jadou,
09:54tu verras, tu pourras recourir comme ça
09:56avec ce type de lames.
09:57Voilà.
09:59J'ai envie de le croire que cette vidéo,
10:01elle lui a fait déclencher l'amour pour le sport,
10:04et lui a donné envie de faire ça,
10:05et d'aujourd'hui, d'utiliser les lames.
10:10Je pense que de voir des sportifs comme elle,
10:12en fait, handicapés,
10:14qui étaient applaudis par tout un stade,
10:17ça a été, en partie, une révélation pour Jade.
10:21Ça m'a dit, moi aussi, je vais être comme ça.
10:40Yamanie, du coup, tu sais,
10:42sur la prothèse de jadou,
10:43j'ai vu que t'as fini,
10:44est-ce que tu peux installer l'accrochage ?
10:47Je vais mettre son accrochage.
10:50Je me souviens de mon premier contact avec Jade,
10:52elle était venue avec sa maman,
10:54elle était toute petite,
10:55je pense qu'elle avait à peu près 5 ans,
10:57et je me suis dit,
10:59non mais c'est incroyable,
11:00elles ont tellement le sourire,
11:02alors que c'est une histoire difficile.
11:04On a parlé pour la première fois
11:06de ce projet d'avoir des lames,
11:07je m'en souviens.
11:08Jade, elle n'était pas forcément sportive,
11:11en fait, elle avait juste envie d'essayer de courir.
11:17Nous, quand on leur offre la lame,
11:19on leur apprend à courir,
11:22on les met surtout en confiance.
11:23ils ont confiance en nous,
11:25donc du coup, ils peuvent courir.
11:27C'est comme si on était coach, en fait.
11:30La première fois qu'elle a couru avec ses lames,
11:32on avait fait des belles prothèses,
11:34ça a été une joie indescriptible.
11:38C'était comme si,
11:41finalement, on lui redonnait ses jambes,
11:42quoi,
11:43et on lui redonnait la possibilité d'être enfant,
11:45et c'était magique, oui.
11:51C'est vrai que les enfants,
11:54ils sont fiers d'avoir une lame.
11:56C'est comme à la télé,
11:57ils voient les Jeux paralympiques,
11:58donc ils s'identifient.
12:00Il y a une fierté de porter une lame de course.
12:03C'était avec moi qu'elle a fait ses premières foulées.
12:07C'était énorme de voir une petite courir
12:09avec deux lames,
12:10en plus,
12:11en deux blancs de côté,
12:12c'est vrai que c'est quelque chose
12:13qu'on voit rarement,
12:14c'était incroyable.
12:16Incroyable.
12:17Je sens avec mes lames
12:19que ça rebondit très bien,
12:22et que si on regarde les lames,
12:24on stresse,
12:25on a peur de tomber en avant,
12:27mais si on ne regarde pas les mames,
12:29on a confiance en soi.
12:30Donc c'est mieux
12:31de ne pas regarder les lames
12:33et de regarder devant.
12:35Et c'est bien courir aussi.
12:40La première fois où Jeanne
12:42a réceptionné ses lames,
12:43elle était tellement fière,
12:45elle ne les a pas quittées
12:46de tout le week-end.
12:47C'est-à-dire qu'elle montrait
12:48« Regarde, est comme ça,
12:50regarde ce que je peux faire avec. »
12:51Je crois même qu'elle voulait dormir
12:52avec le premier soir.
12:53Et elle ne les a pas lâchées
12:56de tout le week-end.
12:57C'était spectaculaire.
13:01Même dans la maison,
13:03elle était là,
13:04en train de sauter avec.
13:06Il y avait d'autres copines à elle
13:07qui étaient là.
13:08Elle n'a pas quitté ses lames.
13:10Voilà.
13:12J'ai le sentiment
13:13en tant que prothésiste
13:14qu'il y a eu un avant
13:15et un après les lames
13:16parce qu'avant,
13:17elle n'était pas
13:19du tout attirée par le sport.
13:20Et une fois qu'elle a goûté
13:22à la course,
13:23elle a dit
13:24« Ok, j'aimerais tester du sport
13:26et voir ce qui me plaît. »
13:31Il a fallu déjà la canaliser
13:33sur les sports
13:33qu'elle devait choisir
13:35parce que Jade,
13:35elle voulait tout faire.
13:36Nous, on lui a fait essayer
13:37beaucoup de sports
13:38grâce au handisport
13:39et les fédérations du Gard.
13:40Après son choix,
13:41c'est focalisé
13:42sur le basket-fauteuil
13:44et sur l'athlétisme.
13:49« On m'écoute, s'il vous plaît. »
13:51« Donc, on va faire
13:51un petit échauffement,
13:52monter de genoux,
13:53pap, pap, pap, pap. »
13:55Jade, quand elle met
13:56ses prothèses de course,
13:57ce n'est plus la même personne.
13:58C'est devenu une athlète.
14:00« Première épreuve,
14:01le 5-4 mètres. »
14:03Quand elle a des lames,
14:04là, tout le monde la regarde
14:05comme genre « Waouh,
14:07t'as vu ? »
14:08Elle a ça, quoi.
14:09C'est genre,
14:10elle a un truc en plus, là.
14:11On la regarde plus
14:12avec admiration
14:13que par compassion
14:15ou dire « Oh, la pauvre petite,
14:16elle a un an. »
14:18Et elle est en mode compète, quoi.
14:21« Ah bon, Marc ? »
14:23« Privé. »
14:24« Stop ! »
14:31« J'adore la compétition, moi.
14:34En fait, la compétition,
14:35c'est entre moi et moi.
14:36C'est comme si j'étais
14:37dans mon cerveau.
14:39Je dis « Tu vas,
14:40vraiment à fond. »
14:41« Moi, j'aime trop. »
14:55« Hop, touche. »
14:57« Ça les touche. »
14:58« Là, ça fait mal. »
15:00« Non, ça fait pas mal, en fait. »
15:02« Tu veux toucher ? »
15:05« Vous avez 5 minutes pour boire. »
15:07« 5 minutes pour boire. »
15:08« Dans la conne,
15:09moi, je l'ai croisé
15:09sur quasiment les premiers jeux
15:12de l'avenir régionaux.
15:13Je crois qu'il avait 9 ans,
15:15il me semble. »
15:16« Un petit bout de chou, quoi. »
15:17« C'est un petit peu la mascotte. »
15:18« Parce que c'était le début
15:19des petits jeunes qu'on découvre. »
15:21« C'est plaisant parce que
15:21l'avenir est devant eux, quoi. »
15:23« Donc, même s'ils ne font pas de technique,
15:24c'est la découverte,
15:25c'est le plaisir. »
15:26« Et surtout qu'ils ont
15:27un engagement exceptionnel,
15:28une envie parce qu'on sent
15:29que si le corps est abîmé,
15:31voilà, l'armure est blessée. »
15:33« Mais intérieurement,
15:34il y a le feu, quoi. »
15:35« Bravo, c'est bien. »
15:37« Le sport, ça m'a trop aidé, en fait. »
15:39« En fait, c'est comme
15:40tu avais une force en toi. »
15:42« Tu avais une force en toi
15:42qui te dit,
15:43« Jal, il va. »
15:44« On s'en fout des autres,
15:45il va. »
15:46« Maintenant, le sport,
15:47je me fais rebelle
15:48avec le sport, moi. »
15:51« C'est bon, monsieur ? »
15:53« Salut. »
15:54« Salut. »
15:55« Ça va, Jadou ? »
15:56« Ça va. »
15:56« Ouais. »
15:58« Ça va, t'es en forme
15:58pour aujourd'hui ? »
15:59« Ouais. »
16:00« J'espère qu'on a bien travaillé
16:01et que Yamani,
16:02t'as fait des belles prothèses. »
16:03« Ouais, on espère. »
16:04« Ouais. »
16:05« On va s'installer ? »
16:07« Jadou, je l'ai rencontrée,
16:08elle avait 5 ans.
16:09Aujourd'hui, elle en a 12. »
16:11« C'est vrai que la relation
16:11qu'on a construite,
16:13elle est belle
16:14parce que je l'ai vue grandir
16:16et je me rends compte
16:17que maintenant,
16:17c'est une petite adolescente, oui. »
16:19« Ouais, j'aimerais que t'enlèves tout. »
16:22« Normalement, j'ai une clé
16:23sur celle-là.
16:24J'ai pas de clé,
16:25mais j'ai des boutons de fou ici. »
16:27« Là, ça me fait peur. »
16:28« Bah, Joliana m'a vraiment
16:29aidée pour tout.
16:30À Joliana, je lui dis
16:31tous les petits ressentis,
16:34tous les petits trucs
16:35parce qu'il peut me gêner. »
16:37« Ah oui, d'accord.
16:38Et ça, ça fait super mal. »
16:40« Là, ça m'aime
16:41parce que je les infecte
16:42tous les matins,
16:43tous les soirs. »
16:44« Et j'hydrate. »
16:45« Ouais, c'est bien.
16:46Ils sont bons, t'es mignon. »
16:47« J'ai changé le nom, en fait. »
16:49« Parce que moignon,
16:50ça fait moins mignon. »
16:53« Du coup, on l'a appelé mignon. »
16:54« Là, t'as pas de point d'appui. »
16:55« Ce sont des moignons
16:56qui sont très difficiles
16:57à appareguer
16:58parce qu'elle a
17:00une peau greffée,
17:01en jadou.
17:02Mais cette peau,
17:02elle est pas élastique
17:03comme notre peau à nous.
17:04Donc, au fur et à mesure
17:06de sa croissance,
17:07quand les os, ils poussent,
17:08quand son tibia
17:09et son perronné poussent,
17:11la peau, elle pousse pas.
17:12Donc, du coup,
17:12elle veut juste, en fait,
17:14percer la peau.
17:15Et ça, c'est extrêmement,
17:16extrêmement douloureux.
17:18Et heureusement que ça,
17:19il y a de la grèce dessus.
17:20Oui, parce que c'est vrai
17:21que c'est pointu.
17:22C'est bien saillant, là.
17:24Après, je trouve que
17:25c'est bien qu'il reste...
17:27Oui.
17:28Tu vois, par rapport
17:29à ta croissance,
17:30c'est bien que tes mignons,
17:30ils grandissent un petit peu
17:31et qu'on les opère
17:32au dernier moment.
17:34Je dois me faire opérer
17:35tous les ans
17:36parce que mon os,
17:37il grandit
17:37et du coup,
17:38ça peut faire des plaies.
17:39On doit un petit peu
17:40couper les os,
17:41un petit peu.
17:42Parce que ça fait
17:43des petits pics.
17:43Du coup,
17:44ça plante un peu
17:45dans la peau
17:46et ça fait mal.
17:46Cette opération,
17:47je ne l'aime pas du tout.
17:48Je ne l'aime pas du tout.
17:50Parce qu'il me coupe
17:51les nerfs.
17:53Cette douleur,
17:54j'aime...
17:55J'en pleure
17:57à l'hôpital.
17:59C'est vraiment dur.
18:01Et après,
18:02pendant les trois jours
18:02de cicatrisation...
18:04Si tu veux,
18:05tu peux remettre
18:05tes manchons et tout ça.
18:06C'est terrible.
18:07C'est une régression
18:08parce que ça veut dire
18:09que pendant encore
18:10trois semaines,
18:11il va falloir
18:13ressortir le fauteuil roulant,
18:15se faire aider pour tout.
18:17Ça, c'est dur,
18:17je trouve.
18:18Ce sont des enfants
18:19incroyables.
18:20Ce sont des enfants
18:21qui sont beaucoup plus mûrs
18:22que les autres
18:23parce qu'ils sont
18:24moins innocents.
18:25Pour me donner du courage,
18:26je me dis que
18:26c'est tous les ans
18:27jusqu'à ma croissance.
18:28Mais après ma croissance,
18:29c'est fini.
18:30Du coup, maintenant...
18:32Allez.
18:33Je t'amène les prothèses
18:34pour courir,
18:35les lames.
18:38C'était bon,
18:38il y a ma nuit,
18:39les vis,
18:39elles étaient bien serrées
18:40en dessous.
18:40Je les ai resserrées.
18:41Tu les as bien resserrées
18:42et tout ?
18:43Ok.
18:44Comme ça,
18:45j'adoue,
18:45elle peut aller courir
18:46tranquillou.
18:48On va essayer
18:48tes prothèses
18:49pour courir.
18:50Oui.
18:53Les lames,
18:53celles-ci,
18:54on a changé la catégorie
18:55et elles sont mieux
18:56pour toi.
18:57Tu te sens...
18:58C'est plus ferme.
18:59C'est moins souple
19:01que les premières
19:01que tu as eues.
19:02En fait,
19:03c'est bien.
19:04Est-ce que tu peux
19:04te lâcher et courir
19:06pour voir si c'est
19:07la même chose
19:08que je vois ?
19:09Attends,
19:10ça court vite.
19:17Là,
19:17j'arrive pas à freiner.
19:18Tu vas trop vite.
19:21Bon,
19:22c'est top.
19:22On va encore
19:24les reprendre,
19:25comme ça je les serre bien
19:25et après,
19:26on va courir dehors
19:28pour les tester ?
19:29Oui.
19:40J'aime bien courir vite,
19:42mais
19:42j'aime courir bien,
19:44surtout.
19:44Franchement,
19:45c'est trop bien.
19:59Jeanne,
20:00à table !
20:01J'arrive !
20:05C'est trop bien.
20:07Tu vas vouloir essayer
20:07de continuer un petit peu
20:10avec tes lames,
20:11là, du coup,
20:11dans les vacances ?
20:12On va essayer de trouver
20:13des petits...
20:14On va courir un peu le matin.
20:15des points.
20:17Tu pourras m'attirer.
20:18Mais Clément,
20:18il sera revenu,
20:19donc il ira faire
20:20un petit fatigue avec toi,
20:21du coup.
20:21Oui.
20:22En route pour Los Angeles.
20:28Mon rêve,
20:29c'est d'aller aux JO.
20:32Mais pas en 2028,
20:33parce que je me dis
20:33que c'est trop tôt.
20:35J'aimerais aller
20:36pour l'athlétisme
20:37et le basket fauteuil.
20:38Je me dis
20:39que tous les athlètes,
20:40ils ont souffert comme moi.
20:41Je me dis que moi aussi.
20:42OK, là, je souffre,
20:43mais après, peut-être
20:44que je pourrais être
20:44un petit professionnel.
21:01Ce week-end,
21:02c'est le week-end.
21:03Tous égaux dans le sport
21:04et color malam.
21:06Merci à vous tous
21:07de participer à cette journée
21:08et ce week-end
21:09qui, j'espère,
21:10sera exceptionnel.
21:12Moi, je dis
21:13qu'avoir des lames
21:15ou pas encore tous
21:16aussi vite que tout le monde.
21:17Les deux, on dit quoi !
21:19Alors, ma lame,
21:21en fait, c'est rigolo
21:23et ça fait du sport
21:24en même temps.
21:25Et tout le monde
21:26est comme moi,
21:27que c'est bien en vrai.
21:29C'est vraiment
21:31un événement
21:32qu'on attend
21:33toute l'année
21:33avec l'association.
21:35C'est un moment
21:35où les jeunes
21:37vont pouvoir
21:37se retrouver entre eux
21:39pour les nouveaux réalisés
21:40qui ne sont pas
21:41tout seuls
21:41avec une amputation,
21:43qu'ils sont là
21:44au milieu d'un groupe
21:45où il y a des valides,
21:46des non-valides.
21:47Quelque part,
21:48on s'en fout un peu,
21:49on s'amuse.
21:50Ils sont heureux
21:51d'être là
21:51pour ce qu'ils sont
21:52des gamins.
21:52c'est bien, quoi !
21:54Allez, on a fait
21:56tous les enfants !
21:59On va commencer
22:00les chaussures
22:01en place.
22:03Non, non, c'est là,
22:04oui, c'est là.
22:05C'est là ?
22:06Ouais.
22:06C'est en place,
22:07toi !
22:07Je vais tomber !
22:09Oh, super !
22:11En fait, pour moi,
22:14tous les enfants
22:15handicapés
22:16ou pas handicapés,
22:17tous les petits trucs
22:19handicap mental,
22:20physique,
22:22on peut tout faire
22:23comme les autres, quoi.
22:25La présence des parrains,
22:27c'est quelque chose
22:27d'important.
22:28Il y a des gens
22:29qui ont une notoriété,
22:31qui ont fait leur preuve,
22:33qui ont été vus
22:34au Paralympic.
22:35Et c'est important
22:36qu'ils soient là.
22:37C'est des modèles.
22:39Tout le monde
22:40va tout faire, hein ?
22:42C'est vrai !
22:43On me dit
22:43comment ça fonctionne ?
22:47Allez, tout, tout,
22:48voilà, parfait, ça !
22:49C'est là, on rentre plus !
22:50Ouais, c'est clair, ça !
22:53Moi, j'ai commencé
22:54la clé
22:55par ce genre
22:56d'activité.
22:57C'est des activités
22:58différentes,
22:58on utilise la lame
22:59différemment.
23:00Eux, ils ont des lames
23:00de découverte,
23:01comme j'appelle ça.
23:02C'est très ludique.
23:03Donc, ils peuvent tester
23:04tout type de sport.
23:05Ils peuvent se dire
23:06« Ah, on peut faire
23:07un peu du crossfit,
23:08faire des petites randonnées,
23:09ça peut partir
23:10si il y a du triathlon. »
23:11On sait pas.
23:16Je faisais pas du tout de sport avant
23:18et c'est ça qui m'a permis
23:19de me dire
23:19« Ah ben, je kiffe ça,
23:21je suis bon. »
23:22Et voilà, aujourd'hui,
23:23je suis là.
23:26Mais à chaque fois,
23:27j'arrive pas à sauter de pieds,
23:28je vois,
23:29dans le bac à table.
23:31Dans le truc...
23:32Continue, vous me sœurve.
23:33On va continuer à courir.
23:34Prends un peu plus de l'an.
23:36Ah, le saut,
23:37j'aimais pas au début
23:38parce que j'avais peur
23:39de me faire mal
23:39avec les lames, justement.
23:41Et du coup,
23:42avec Jimmy Tripavadé,
23:43en fait,
23:43il m'a tendu la main.
23:45J'étais « Non, non, non,
23:46non, non, je veux pas. »
23:47Et après, il m'a dit
23:48« C'est bon, essaye. »
23:50Lui, c'est un pro
23:51et moi, je suis pas pro.
23:53Du coup, il me suis dit
23:53« Ah, plus tard,
23:54tu vas être comme ça, peut-être. »
23:55Du coup, c'est pour ça
23:56que je voulais essayer.
23:58Allez, lève la tête,
23:59lève la tête,
24:00lève la tête.
24:01Continue, continue.
24:03Et après, c'est à ce moment-là
24:04où j'ai toujours aimé.
24:07Ils ont des lames de compétition.
24:09C'est des trichets.
24:11Je pense que toute personne
24:13qui est amputée
24:14et qui porte une lame
24:15se souvient de ce premier jour.
24:17Ce que j'ai ressenti,
24:18c'est ce sentiment de liberté.
24:20Je retrouve cette sensation
24:21qui est essentielle dans ma vie
24:23depuis toute petite.
24:26J'ai mis la lame
24:27et on l'a réglée
24:28et tout de suite,
24:28je suis sortie sur le petit stade
24:29qu'il y avait dehors à l'hôpital.
24:31Et en 15 minutes,
24:32j'ai géré l'alarme.
24:33C'était la première fois
24:34que je la mettais.
24:36C'est un camp différent.
24:37On doit s'habituer,
24:38on doit s'adapter.
24:40Mais c'était une très belle sensation
24:42où on se dit
24:42« On peut recourir un peu.
24:44Il y aura le vent qui glisse sur le visage. »
24:48C'était une sensation très agréable
24:49et c'était exceptionnel.
24:54Je m'ai impressionnée hier,
24:56c'est la stabilité
24:57que tu as sur tes lames.
24:58Tu arrives à tenir du bout
25:00et ça, c'est vachement important.
25:02Pour pouvoir réussir,
25:04bien courir, les maîtriser,
25:05il faut que tu sois stable dessus.
25:07Et ça, c'est vraiment ton confort.
25:08Tu les as bien appris,
25:09oisez, t'as pris bien dessus.
25:11Et plus t'auras confiance en elles,
25:13plus t'auras confiance en toi.
25:14J'aime bien Amélie Lefeur
25:16parce que...
25:17Je sais pas,
25:18c'est une fille comme moi.
25:19Parce qu'en fait,
25:19un garçon,
25:21c'est bien,
25:22mais c'est pas comme moi.
25:25Je vais pas cacher
25:26que j'ai un lien particulier
25:29avec ces jeunes filles
25:30en situation de handicap.
25:31On voit qu'elles se sont déjà
25:32affranchies du poids de la société.
25:35Et puis,
25:35elles ont pas envie
25:36qu'on leur mette des limites.
25:37Et ça, moi,
25:38je suis vraiment
25:39très sensible à ça.
25:41Le conseil que je leur donne
25:42en tant que marraine,
25:43c'est d'avoir confiance en elles,
25:44c'est de se sentir bien,
25:46c'est de se sentir belle
25:47et c'est de vivre pleinement leur vie.
25:52Ils sont même en bas de l'assurance
25:53et se dire,
25:53je suis beau,
25:54il me manque de gens,
25:55mais je suis bon et belle.
25:56C'est tout.
25:58Mais non,
25:58avoir une âme,
25:59c'est très stylé.
26:02Parce que c'est beau,
26:04c'est magnifique.
26:20Mais en vrai,
26:21tu le trouves beau ou pas ?
26:24Je te reconnais pas maintenant.
26:27Ça, ça veut dire oui, Lilo.
26:30Ça veut rien dire du tout.
26:32Ouais.
26:33Du coup, là,
26:34je connais ma réponse.
26:35T'es bête, toi.
26:37Pour moi,
26:37c'est important d'être belle.
26:39Ça dépend quand,
26:40parce que des fois,
26:41on a un peu la flemme.
26:44C'est vrai.
26:47Oui, vraiment.
26:49Toutes les athlètes,
26:50là,
26:50ils se maquillent quand même.
26:52Alors,
26:52pourquoi moi,
26:52je m'acquillerais pas ?
26:56Jadou,
26:57elle a beaucoup de prétendants
26:58qui sont au collège.
26:59Et quand je dis ça
27:00à des copains,
27:01ils disent,
27:01tu vas sortir le fusil.
27:02Et je dis,
27:03non, les gars,
27:03vous savez pas à quel point
27:04moi,
27:04je suis content de ça.
27:05Vous savez que c'était
27:06peut-être une peur que j'avais
27:07en me disant,
27:08est-ce que Jade,
27:08elle aura un amoureux normal ?
27:11Est-ce qu'elle sera obligée
27:12de vivre avec un handicapé ?
27:13Est-ce que c'est le monde
27:13où elle est cantonnée ?
27:15Honnêtement,
27:15cette question,
27:16je me laissais poser souvent.
27:23Quand j'étais petite,
27:24j'assumais pas.
27:25J'avais peur des moqueries
27:26ou quoi.
27:27Je me suis jamais fait harceler.
27:30Jamais.
27:30On ne connaît que des moqueries
27:31parce que si c'était petit,
27:32ils me posaient des questions.
27:33Je répondais.
27:34Parce que c'est gentil quand même.
27:37Mais il faut assumer.
27:38C'est dur à assumer quand même.
27:40J'avais peur que les garçons
27:41ne m'aiment pas trop
27:42à cause de ça.
27:44Ça n'a rien changé.
27:46Son pote,
27:47il t'irait bien.
27:48Je te jure que si.
27:50Mais une meuf,
27:50je te jure que si.
27:53Et alors, justement ?
27:54Comme ça,
27:55tu le fouteras bien à la rage.
28:08En vrai,
28:08j'aimerais bien avoir mes pieds,
28:10mais si j'aurais mes pieds là maintenant,
28:12je ne serais pas réussie
28:13à faire tout ça.
28:16Aujourd'hui,
28:17avec le recul,
28:17j'ai envie de dire
28:18que c'est merveilleux.
28:19C'est merveilleux
28:20de pouvoir en être arrivé là
28:22vu d'où on vient.
28:24C'était une épreuve,
28:25certes,
28:25vraiment très difficile,
28:26quand on en reparle aujourd'hui,
28:28ça fait en être plein d'émotions forcément.
28:31Mais ça nous rend encore plus fort
28:33pour dire qu'aujourd'hui,
28:34on a de la chance,
28:35vous voyez,
28:35et qu'on profite
28:36de chaque jour de la vie,
28:38qu'on croque
28:38et qu'on veut montrer
28:39des belles énergies
28:40et qu'on est heureux
28:41et on l'est.
28:44Pour moi,
28:45j'ai une vie plus géniale
28:46que les autres.
28:47Elle est vraiment belle,
28:48la vie.
29:12Sous-titrage Société Radio-Canada
29:25Sous-titrage Société Radio-Canada
29:37Sous-titrage Société Radio-Canada
29:50Sous-titrage Société Radio-Canada
29:53Sous-titrage Société Radio-Canada
29:55Sous-titrage Société Radio-Canada
29:56Sous-titrage Société Radio-Canada
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