00:00Je crois qu'il y a un décalage en fait entre ce que les politiques proposent et ce qui se passe sur le terrain.
00:05Parce qu'on est un petit peu en retard.
00:07On avait, vous savez, les terrains étaient gérés par des grands frères ou dans la cité,
00:12certaines personnes qui faisaient travailler des plus jeunes, qui étaient en décrochage civique ou en décrochage scolaire.
00:18Aujourd'hui, on n'est plus sur ce modèle-là.
00:20On est davantage sur, on l'a dit, sur de la livraison roulante.
00:25C'est-à-dire qu'on a un jeune qui a, enfin, un détenteur de puces qui a des numéros et qui, du coup, va faire de la livraison de drogue.
00:32Mais il part à la gare de Lyon, à la gare du Nord, etc.
00:35Et puis, les gens descendent.
00:36On est sur de la livraison.
00:37Donc, ils sont marketés, ils sont organisés.
00:39C'est une vraie entreprise.
00:41Et nous, enfin, en tout cas au niveau local, la police continue à aller sur le terrain.
00:46On dit un petit peu les gens, enfin, les jeunes, alors qu'ils n'ont aucun arsenal juridique pour les garder.
00:51Et donc, on les prend une heure et puis ils reviennent.
00:52Ça ne change absolument rien.
00:55Et le discours d'Emmanuel Macron voulant, enfin, pas stigmatiser, mais en tout cas attaquer les consommateurs de drogue,
01:03je pense que c'est déjà une avancée.
01:05Parce que finalement, ces jeunes-là, qui consomment, je ne sais pas si c'est en tout cas les cités,
01:09mais ce qui est certain, c'est que pour savoir avec les jeunes à qui j'enseigne et avec qui je suis régulièrement en contact,
01:15ceux qui achètent, et bien effectivement, alors là, pour le coup, le diagnostic n'est pas faux.
01:18Ce sont souvent des avocats, ce sont souvent des gens dans la ville, de l'autre côté du périph,
01:22qui viennent, qui ont les moyens. Alors, certains...
01:25Et aussi parce qu'on ne leur dit pas suffisamment, en fait, qu'en achetant de la drogue,
01:29et bien, ils viennent financer ces réseaux.
01:30Je ne sais pas, ils devraient le savoir.
01:32Ils viennent financer le narcotrafic et pas uniquement.
01:34D'une certaine façon, on finance aussi le terrorisme, aussi d'une certaine façon.
01:39Bien sûr, mais oui, il y a une prise de conscience qui n'est peut-être pas assez importante.
01:43Oui, mais c'est des consommateurs qui ont quand même un certain niveau financier, qui ont un certain niveau culturel.
01:49Donc, j'espère, en tout cas, je pense qu'ils le savent.
01:52Je pense qu'ils se disent qu'ils participent quand même à une économie officieuse ou informelle qui aide quand même ces villes et ces jeunes.
02:00Mais en tout cas, ils sont responsables en grande partie de ce qui se passe.
02:04Et l'autre chose, j'ai envie de dire, alors j'entendais sur le dernier plateau qu'on avait fait trop de prévention.
02:08Moi, je ne trouve pas.
02:09Vous voyez, quand j'enseigne, je vois dans les classes et de plus en plus des jeunes avec des pupilles dilatées parce qu'ils consomment.
02:14Au départ, c'est une consommation, j'allais dire, de fait pour accompagner, pour décupler.
02:20Et puis finalement, la frontière est ténue entre je consomme pour m'amuser, pour décupler les sensations et après, je tombe dans l'addiction.
02:28Et en cours, en tout cas, que ce soit au lycée ou que ce soit à la faculté,
02:33on essaie d'avoir des relations avec des associations comme Opelia qui font de la prévention,
02:37qui savent, justement, pour éviter ce basculement et pour essayer de faire prendre conscience à ces jeunes
02:45que ce n'est pas rien, de ne pas être dans le déni et de ne pas minimiser sa consommation.
02:50Même si ce n'est pas de la drogue dure, mais je vous dis, la frontière est ténue.
02:54Donc, moi, je crois qu'il faut travailler sur deux axes.
02:57D'abord, les consommateurs et ensuite, la prévention.
02:58Pas forcément de l'argent, mais en tout cas, commencer plus tôt.
03:01De toute façon, plus on est dans le préventif et plus le curatif soit moins coûteux et plus facile.
03:07C'est encore pour vous.
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