00:00Europe 1, il est 5h41 et votre invité ce matin, Jacques et André Léniel, maire d'Issoudun et premier vice-président de l'AMF, l'Association des maires de France.
00:08Bonjour André Léniel.
00:10Bonjour.
00:10Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation ce matin sur Europe 1.
00:14Ce matin s'ouvre le 107e congrès des maires, porte de Versailles à Paris.
00:20Alors 12 000 élus locaux sont attendus, dont plusieurs milliers de maires.
00:25Quel est l'état d'esprit des maires ce matin lorsqu'ils vont arriver à Paris ?
00:30L'état d'esprit va être combatif. Il va être combatif parce que malheureusement les communes ont des difficultés.
00:36Les maires sont en première ligne mais n'ont plus les moyens de répondre aux attentes de nos concitoyens.
00:42L'État est aux abonnés absents sur l'essentiel des dossiers.
00:47On nous pressure, on nous pressure juridiquement avec des normes qui s'accumulent.
00:53On nous pressure financièrement avec une véritable purge qui est de plus de 7,6 milliards sur les collectivités territoriales.
01:04Donc il y a à la fois de l'anxiété, de la colère et parfois aussi de la tristesse parce que nous voudrions pouvoir faire plus et mieux pour notre pays,
01:15pour chacune de nos communes et que nous nous sommes empêchés.
01:18C'est d'ailleurs pour ça que nous avons choisi comme titre de notre congrès un seul mot et qui est essentiel, liberté.
01:26Parce que André Léniel, à vos yeux, il faut libérer les maires aujourd'hui ?
01:30Tout à fait, ils sont entravés. Ils sont entravés par l'État qui multiplie, j'allais dire, les décisions sans concertation et souvent sans réflexion,
01:43ce qui conduit à des injonctions contradictoires. Il faut libérer notre capacité d'action et pour cela, il faut nous laisser les moyens de répondre aux attentes de chaque habitant,
01:56de chacune de nos communes. Nous sommes, pour les citoyens, le premier recours, mais aussi parfois le dernier espoir. Il faut qu'on puisse répondre.
02:05Autant d'élus qui dénoncent, et vous le dites, l'ordeur administrative étouffante. Il y a certains qui parlent même de schématographie.
02:14Schématocratie, vous le vivez au quotidien ?
02:15Oui, bien sûr. Chaque fois qu'on a un projet, il faut passer devant deux, trois, quatre directions départementales, régionales,
02:23éventuellement même devant des instances nationales. En moyenne, un projet qui a un peu de consistance,
02:32je ne sais pas, une crèche, une nouvelle école, un stade, il faut quatre ans.
02:37Ce discours-là, on a l'impression de l'entendre quasiment chaque année. Vous voulez dire que ce constat est fait depuis des années
02:43et qu'il s'empire encore ?
02:44Il s'aggrave. Il s'aggrave d'année en année. Il y avait eu, j'allais dire, dans les années 82-83, la décentralisation.
02:51Il y avait eu un moment de respiration, un moment de libération pour l'ensemble des territoires.
02:57Et maintenant, depuis une dizaine d'années, c'est un recul fondamental.
03:02La France est en train d'étouffer de sa recentralisation.
03:06Ce n'est pas un problème entre élus, ce n'est pas un problème entre les élus locaux et l'État.
03:10C'est un problème pour les citoyens.
03:12Les citoyens qui attendent qu'on soit capable d'être réactifs,
03:15et les seuls qui sont dans cette situation aujourd'hui, ce sont les communes.
03:19On l'a vu ces six dernières années, nous avons été en permanence dans des situations de crise.
03:24Et les seuls qui ont tenu, ce sont les communes, leurs maires.
03:28Alors André Léniel, nous sommes à quatre mois des élections municipales.
03:32Beaucoup de ces maires qui seront à ce congrès vont repartir en campagne.
03:39Et en même temps, il y a cette possibilité d'une dissolution.
03:46Comment est-ce que vous abordez tout cela ?
03:49Est-ce que ce congrès des maires, finalement, va se dérouler dans ce contexte politique extrêmement incertain ?
03:56C'est du jamais vu.
03:56Nous sommes dans une totale instabilité de l'État.
03:59Le seul lieu de stabilité, c'est la commune.
04:02Son maire, ses équipes.
04:04Et c'est vrai que nous ignorons ce qui va advenir du budget qu'on évoquait
04:10et qui serait insupportable s'il restait en l'État.
04:14Moi, je le dis, mais là, à titre personnel,
04:16si le budget restait en l'État pour 2026 en ce qui concerne les collectivités territoriales,
04:21compte tenu de la gravité, de la saignée à laquelle nous serions soumis,
04:25je considère que ce budget devrait entraîner la censure.
04:28C'est clair.
04:29Oui, on parle d'un budget qui ampute un de 7,5 milliards les communes et les collectivités.
04:35Pour être précis, c'est le compte que j'ai fait en tant que président du comité des finances locales.
04:41J'ai proposé un débat avec les ministres s'ils contestent mes chiffres,
04:46mais je n'ai pas pour l'instant eu de réponse.
04:47Oui, alors justement, le Premier ministre Sébastien Lecornu va venir à votre rencontre.
04:53Il va délivrer un discours.
04:55Quel message est-ce que vous attendez ?
04:57Je crains de ne jamais entendre le message que je peux attendre, malheureusement.
05:02Il va être très aimable.
05:03L'homme est intelligent, aimable, il va être très aimable.
05:07Il va expliquer que nous sommes des gens formidables.
05:11Je n'ai aucun doute sur la tonalité de son discours.
05:14Ce dont je doute, c'est de la réalité des actions.
05:17Il est hors d'État.
05:19Il nous annonce de la décentralisation.
05:21Mais attendez, dans le même moment, on nous étouffe.
05:25C'est le supplice du garrot.
05:27On nous supprime nos moyens d'action.
05:29Et il vient nous dire que vous ne vous inquiétez pas, il va y avoir une décentralisation.
05:33Mais très franchement, personne n'y croit.
05:35On est poli, on l'écoute.
05:37Mais c'est hors sol.
05:39Et quant aux finances, nous attendons.
05:41Évidemment, s'ils nous disent qu'il y a un milliard de moins,
05:43on serait déjà bien contents.
05:45Mais c'est totalement insuffisant par rapport à la réalité de ce que doivent faire les maires sur le terrain avec leurs équipes.
05:55Et quand on part de 7,6 milliards, vous comprendrez que même si c'est un milliard de moins,
06:00c'est absolument pas la hauteur.
06:02Ce que nous demandons, c'est au minimum la stabilité de nos finances pour 2026,
06:07pour pouvoir faire ce qui est attendu de nous et répondre à toutes les crises.
06:12Car malheureusement, elles ne sont pas terminées.
06:14Et ce n'est pas ce qui est en train de se passer au niveau national qui peut rassurer nos concitoyens.
06:20Mais malgré ce constat que vous faites, André Léniel,
06:236 maires sur 10 envisagent aujourd'hui de se représenter selon une enquête de l'AMF-Cévi-Povie.
06:31Est-ce que vous voyez un paradoxe sur le fait qu'une majorité de maires aujourd'hui
06:34souhaite repartir au combat, poursuivre leur mandat locaux ?
06:39Ils savent que c'est difficile, mais ils ne se voient pas abandonner le navire.
06:43Dans la tempête, un marin, il n'abandonne pas.
06:45Il se met au gouvernail.
06:47Et bien les maires, ils ont ce tempérament de marins.
06:51Ils ont cette volonté de ne pas baisser les bras, de continuer à se battre.
06:56Ils savent que c'est difficile.
06:57Ils savent qu'on aura du mal à comprendre et à convaincre.
07:00Mais on va le faire.
07:01Et d'ailleurs, la résolution finale, qui sera portée, je l'espère, à l'unanimité
07:08par le Congrès des maires de France, jeudi après-midi,
07:12elle aura cette tonalité.
07:13Cette tonalité volontariste.
07:16Nous n'ignorons rien des difficultés, puisque nous les subissons.
07:20Mais nous ne baissons pas la tête.
07:21Nous sommes la tête fière, la volonté en action.
07:25Et j'allais dire un mot qu'on prononce rarement dans les débats politiques.
07:30Vous savez, les maires, c'est d'abord un amour qui les porte.
07:33L'amour de leur commune, de leur ville, de leurs concitoyens.
07:36Le ressort, c'est l'amour.
07:39Et l'amour, il est immense entre les maires et les citoyens.
07:44Ils restent les seuls à être encore largement considérés comme des responsables,
07:51comme des recours et comme ayant des visions d'avenir.
07:55André Léniel, maire PS d'Issoudun, premier vice-président délégué de l'Association des maires de France.
08:00Merci beaucoup, monsieur Lénel, d'avoir accepté notre invitation ce matin sur Europe 1.
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