- il y a 6 mois
Durant la trêve internationale, Bilal Nadir s'est livré à notre micro. Un entretien dans lequel il évoque son histoire à l'OM, avec les hauts et les bas, mais également sa relation avec le coach Roberto De Zerbi, sa proximité avec les jeunes du groupe...
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00:00Salut à tous, je suis ravie de vous retrouver aux côtés de Bilal Nadir pour une interview.
00:12Salut Bilal.
00:13Salut.
00:13Merci à toi d'être avec nous. Comment tu vas ? Comment tu te sens ?
00:16Ça va très bien et toi ?
00:17Ça va très bien, merci. C'est la trêve en ce moment. Comment ça se passe ?
00:22C'est comment le centre d'entraînement en trêve ?
00:24C'est toujours le même, il n'a pas changé, c'est juste que l'effectif est un peu plus réduit.
00:28On bosse en petit comité, mais l'ambiance reste la même. Une bonne température aussi à Marseille.
00:33Comment tu l'as vu cette trêve-là ? On sait que l'équipe était dans une super bonne dynamique.
00:38Est-ce que c'est frustrant d'être freiné avec cette trêve ou est-ce qu'on se dit « c'est cool, on peut souffler un petit peu » ?
00:45Un peu des deux, parce qu'on était dans une bonne dynamique. Mais ça fait du bien aussi de souffler,
00:49parce qu'on a eu pas mal de matchs qui ont été enchaînés. Donc c'est bien de souffler pour bien repartir et on a bien bossé.
00:54Il y a aussi la sélection. Je sais que j'imagine en tout cas que c'est dans un coin de ta tête.
01:00Cette sélection avec le Maroc, ça reste un objectif ?
01:03Bien sûr, bien sûr. En plus, il y a la Coupe d'Afrique à domicile. Bien évidemment, ça reste un objectif.
01:09Je sais que ça passe par mes performances en club. Donc je me concentre d'abord sur ici. On verra si on y participera ou pas.
01:16Mais c'est une motivation. Et comme tu l'as dit, la canne à la maison, j'imagine que…
01:19Bien sûr que c'est une motivation. C'est sûr que faire une Coupe d'Afrique à la maison, ce n'est pas chaque année.
01:24Il y a moyen de faire de belles choses cette année.
01:26On va revenir un petit peu rembobiner, revenir à tes débuts à Nice. C'est là où tout commence pour toi dans le foot.
01:33Comment ça commence cette passion-là ? Est-ce que ça vient de ta famille ? Qui te transmet cette passion du foot ?
01:40Quand je sortais dehors, il y avait beaucoup de jeunes garçons qui jouaient dans les petits jardins, dans les petits city-stades de mon quartier.
01:47Et petit à petit, je me plais beaucoup. Donc ma mère m'a inscrit dans le club d'à côté de chez moi. Et c'est parti comme ça.
01:54Après, dans ma famille, oui, tout le monde suit le foot. Mon père, mon frère, mes oncles, mes cousins. Donc ça s'est fait naturellement.
02:01Tu savais que tu voulais en faire ton métier ?
02:03Non, pas à cet âge-là. C'était une passion. C'est sûr que je regardais la télé, j'avais les étoiles plein les yeux.
02:09Mais faire un métier, non, pas encore, je pense.
02:11Tu as commencé du coup très, très jeune à Nice. Et c'est très jeune aussi que tu es recruté pour venir à l'OM.
02:17Est-ce que tu peux nous expliquer comment ça s'est passé exactement ?
02:20Ma venue à l'OM. Donc j'ai été recruté, il me semble, en 2021. J'étais libre de contrat à 17 ans.
02:28J'étais dans ma dernière année de contrat. Et on avait joué, c'était la période de Covid, on avait joué l'Olympique de Marseille en réserve avec Nice.
02:35On avait gagné. Et après le match, il y avait eu le président et l'ancien directeur sportif.
02:41Et puis ça s'est fait comme ça. J'ai directement des reproches, j'ai dit oui.
02:45Direct, il n'y avait pas d'hésitation ?
02:47Non, il n'y avait pas d'hésitation. Il n'y avait pas d'hésitation.
02:49Tu ne fais pas qu'un sourire comme si c'était une évidence.
02:53Parce que Marseille, c'est le club phare de la région, enfin de France, on va dire.
02:56Moi, je suis des Alpes-Marichimes, donc c'est forcément une évidence.
02:59C'est l'euphorie dans ta tête à ce moment-là, dans ta tête de jeune joueur quand même ?
03:02Tu l'as dit, 17 ans. Est-ce que tu te dis quand même, il ne faut pas que je m'enflamme, il faut que je fasse les choses tranquillement ?
03:08L'euphorie, non. Parce que je pense que je ne réalise pas que je suis dans ce club-là.
03:12À mon avis, j'ai commencé à réaliser que j'étais à l'Olympique de Marseille que quand j'ai commencé à jouer.
03:16Quand j'ai vu la tournure, ce que ça pouvait engendrer, ce que ça pouvait donner comme émotion, comme engouement.
03:22Quand tu arrives ici, quand tu commences à t'entraîner, tu ne réalises pas ?
03:25Moi aussi, je réalise quand même, parce qu'il y a quand même des noms de grands joueurs.
03:30Donc si quand même, tu sens qu'il y a quelque chose en plus, une petite pression en plus, non pas plus que ça, plus après.
03:36Tu as l'air déjà fatigué.
03:37Moi ? Je suis en forme. Moi, toujours, on me dit, ça ne va pas, tu es fatigué. Mais ce n'est pas vrai, il ne faut pas se faire ce qu'on voit.
03:45J'économise l'énergie pour appréhender.
03:49Tu as tout quitté, du coup, tu es venu ici, tu changes de ville, tu changes d'environnement. Comment ça s'est passé, ton intégration ?
03:55Difficile, parce que c'était la première fois que je vivais, on va dire, tout seul. Donc beaucoup de choses qui ont changé.
04:01Je devais aller faire mes courses tout seul, m'occuper de l'appartement seul aussi.
04:04Pareil pour les déplacements, c'était un peu compliqué, avec aussi l'environnement marseillais.
04:08Non, si tu veux jouer, tu dois dire, il n'y a pas de problème, il est gentil.
04:11Il n'y a pas de problème.
04:12J'ai la bonne humeur.
04:14Première saison, ce n'était pas forcément des années où je jouais avec l'équipe première, donc j'alternais beaucoup entre la réserve, les U19 et le groupe professionnel lors des entraînements.
04:23Donc c'est difficile à gérer aussi.
04:24Si là, tu pouvais parler à ce Bilal Nadir très jeune qui vient d'arriver, qu'est-ce que tu lui dirais ?
04:29Je dirais attends un peu. Marseille, ça demande beaucoup. Regarde bien et sois prêt quand le moment sera là.
04:36Dans une récente interview, tu disais que tu n'étais pas un joueur qui aimait tirer, qui aimait frapper.
04:41Est-ce que ça a toujours été le cas ? Est-ce que quand tu es jeune, tu es déjà ce type de joueur qui est quand même discret à l'extérieur, mais sur le terrain très combatif ?
04:49Quand j'étais petit, j'aimais beaucoup jouer dans le quartier et tout. Donc forcément, on aimait bien les petits espaces, se moquer un peu de l'adversaire.
04:57Forcément, j'ai gardé cet ADN-là. Et des fois, j'en oublie aussi un peu de tirer, de faire les dernières passes.
05:03Je préfère le beau jeu, mais quand ce n'est pas efficace, ce n'est pas bon.
05:07Si je te dis Bilal, 24 septembre 2023 au Parc des Princes ?
05:12Première entrée professionnelle en Ligue 1.
05:15Contre le PSG ?
05:16Difficile, mais j'en garde le beau souvenir.
05:18Bon, le score, on va l'oublier.
05:20Pas que le score, je n'ai pas touché la balle aussi. Donc c'était une sacrée première.
05:24C'est mes débuts, donc ça reste quand même gravé dans la mémoire.
05:27Quand même, des buts avec le maillot de Marseille pour un classique, c'est quand même particulier.
05:32C'est particulier parce que quand même, un classico, ce n'est pas un match comme les autres.
05:37Bon, le contexte a fait que c'était difficile ce soir-là.
05:40Mais quand même, se dire que ma première, c'était lors d'un classico, c'est beau.
05:43C'est une fierté à ce moment-là, même si tu ne touches pas de ballon.
05:46Mais j'imagine que quand tu finis, tu te souviens, je l'ai fait.
05:49J'étais un peu partagé.
05:50Parce que moi, déjà en tant que compétiteur, se dire de rentrer dans un match où tu perds, c'est difficile.
05:54Et en plus de ça, tu ne touches pas la balle.
05:56Après, il ne reste pas beaucoup de temps quand tu rentres.
05:58Oui, c'est vrai, mais quand même, se dire que tu es rentré pour courir.
06:01Mais bon, c'est vrai que rentrer avec le mode Olympique de Marseille dans un match comme ça, c'est quand même un bon souvenir.
06:06Après ça, tu as découvert l'Orange Vélodrome.
06:09Tu peux nous parler de ce moment-là où tu foules cette pelouse et tu te rends compte de l'ampleur de ce stade et des supporters.
06:17Magnifique, c'était contre le Havre.
06:19Dimanche 13h, je me rappelle très bien.
06:20C'était beau parce qu'il y avait la victoire, il y avait tout le monde qui était heureux.
06:23Donc nous, c'est comme ça qu'on aime voir le Vélodrome.
06:25Je pense que tout le monde aussi.
06:26Tu as senti direct ce truc, ce feeling avec les supporters ?
06:31Oui, directement.
06:32Quand j'avais la balle, il ne fallait pas reculer directement, aller de l'avant pour aller chercher quelque chose, pour aller marquer.
06:37C'est ce truc-là d'aller toujours vers l'avant, de faire lever les supporters.
06:41C'est vraiment quelque chose que j'ai vu à Marseille qui m'a marqué.
06:44Ce qui est intéressant et même un petit peu marrant, c'est que tu sais ici à Marseille, il y a l'importance pour les supporters d'avoir des minots.
06:52Toi, ce n'est pas le cas parce que quand même, tu es de Nice, mais on a l'impression que les supporters l'oublient
06:56parce qu'on t'a connu très jeune et que tu fais partie un petit peu de ces minots que les supporters adorent.
07:02Ils t'ont rapidement adopté. Tu le ressens ça ?
07:05Oui, je le ressens, mais je le comprends aussi parce que je suis arrivé jeune.
07:08Et puis comme tu as dit, je ne suis pas très loin de Marseille, je suis de Nice à la base.
07:12Donc j'ai quand même ce côté méditerranéen, on va dire.
07:15Cette culture-là que tu retrouves et cet attachement-là des supporters, il y a eu ce but aussi en janvier dernier face au Havre.
07:23Premier but aussi avec l'Olympique de Marseille. Qu'est-ce qui se passe dans ta tête à ce moment-là ?
07:28Il se passe beaucoup de choses, beaucoup de joie. Il y en a qui ont pensé que j'étais énervé après le but.
07:32Non, je n'étais pas énervé. C'est comme ça, c'est ma manière de montrer mes émotions.
07:36Du coup, je ne les montre pas, mais j'étais très content parce que je venais d'une période difficile.
07:40On va en parler justement de cette période difficile. C'est vrai qu'alors que tu es sur une bonne lancée, il y a cette blessure en Coupe de France.
07:47Une grosse blessure. Beaucoup de footballeurs disent que c'est la pire des blessures, les ligaments croisés.
07:52Ça aurait pu être un gros frein dans ta progression et au final, tu en es là aujourd'hui.
07:58C'est vrai, j'ai envisagé pas mal de scénarios. Pas d'arrêter le foot, bien sûr, mais je n'ai plus vu mon plan de carrière comme je le voyais avant.
08:06Mais je m'en suis servi par la suite comme une motivation. Je pense que c'est la meilleure façon qu'on puisse prendre la blessure.
08:11Et par la suite, je suis bien revenu, encore mieux qu'avant.
08:14Presque un an sans jouer. Comment on fait pour garder le mental, pour garder la motivation ?
08:19Parce que j'imagine que quand tu es sur la civière, tu le sais ce qui se passe. Tu sais ce qui va t'atteindre.
08:23En fait, je le sais. Je suis un peu dans le déni. Je me dis que peut-être c'est pas ça, peut-être c'est quelque chose d'autre.
08:28Directement dans le vestiaire après, forcément, je le sais. Mais je ne me fais pas l'image de que je vais rester un an sans jouer.
08:34Je pense vraiment à la douleur.
08:42C'est vrai qu'un an sans jouer, c'est difficile. Il y a pas mal de choses dans la tête à ce moment-là.
08:46Tu regardes les autres jouer. D'autres jeunes aussi jouer. Normalement, ça devait être toi.
08:50Que ça, que de la frustration, en vrai.
08:52Et c'est quoi le plus important à ce moment-là ? Est-ce que c'est ton entourage ?
08:54C'est ta famille qui te soutient ? C'est toi, ton objectif que tu t'es fixé ?
08:58Comment on garde le moral ?
09:00De nature, moi, je suis un peu... Je m'en foutiste, on va dire.
09:02C'est quand même une grosse blessure, mais je me suis servi de la foi parce que je suis comme un croyant.
09:06Et bien sûr, mes proches qui m'ont beaucoup aidé.
09:08C'est un beau parcours aujourd'hui, ton retour avec un coach qui t'encourage et qui te donne beaucoup de confiance.
09:14Est-ce que tu peux nous parler de cette relation avec Roberto Desherbi ?
09:17J'ai l'habitude de connaître des coachs avec un gros tempérament à Marseille.
09:21Parce que c'est ce qui caractérise le club. C'est quelqu'un de passionné.
09:24C'est bien pour moi aussi d'avoir un coach comme ça, de me secouer parfois.
09:27Parce que des fois, je suis un peu nonchalant, un peu ailleurs.
09:30Et lui, juste avec un petit cri, avec un petit geste, tu sais déjà qu'il faut revenir directement sur le terrain.
09:36Pour toi, quelle est la force de ce groupe ? Parce qu'il y a une des forces, j'imagine que c'est ce mélange-là,
09:41cette cohabitation entre les jeunes et les joueurs qui ont beaucoup plus d'expérience,
09:45qui peut-être vous donnent beaucoup de conseils et vous poussent.
09:48Oui, c'est ça.
09:49Avec les anciens, les condos, Pierre et beaucoup de jeunes joueurs aussi, les Robinho, Dary, un peu moi.
09:56Il y a aussi des joueurs qui font le lien avec Léo qui est là depuis pas mal d'années, c'est le capitaine.
10:00Donc, c'est cette cohabitation, on va dire, qui fait qu'aujourd'hui, on est un bon groupe et une bonne ambiance.
10:04Tu me parles des anciens, est-ce qu'ils sont plus durs avec vous ?
10:07Je dis vous, même si c'est vrai qu'on a l'impression que toi, t'es un peu presque le grand frère de Robinho.
10:14En vrai, les anciens sont un peu plus durs avec eux, oui. Avec moi, ça va.
10:18Et toi, t'es dur avec eux ?
10:19Non, la plupart du temps, je suis là pour rigoler avec eux.
10:21Par exemple, Robinho, quand il a fait son premier match titulaire, je lui ai un peu parlé.
10:25Mais sinon, je suis cool avec eux.
10:27Donc, c'est des conseils que tu leur donnes puisque toi aussi, t'es passé par là.
10:30Ouais, exactement. Des conseils. Je leur montre un peu la voix, on va dire, comme je peux.
10:34Le coéquipier avec qui tu t'entends le mieux ?
10:36Il y en a pas mal.
10:37Namin Goury, Ulysse Garcia, Naïfaga.
10:39C'est trop long, on va dire.
10:40Plus après, je m'entends bien avec tout le monde.
10:42Ouais. Il y a une bonne ambiance dans ce groupe. On a l'impression que c'est une grande famille.
10:45Oui, tout le monde parle avec tout le monde. On rigole avec tout le monde.
10:47Quand il y a des choses à se dire, on se le dit. C'est vraiment bien.
10:50Et ton plus grand rêve en tant que footballeur ?
10:52Gagner avec des champions avec l'homme.
10:57Pourquoi pas ?
10:58On te souhaite tout ça. Merci beaucoup, Bilal Nadir, d'avoir été avec nous.
11:01Et merci à vous. On se retrouve très vite pour une prochaine interview. Ciao, ciao !
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