00:00On a, par rapport à d'autres pays européens similaires, la police qui est la plus armée d'Europe.
00:06Ce qui est particulièrement marquant dans l'arsenal de la police française, ça va être par exemple l'usage des LBD,
00:11pratiquement pas utilisé dans d'autres pays européens.
00:13Il y a eu beaucoup de cas de personnes qui ont été éborgnées par des LBD.
00:16Et puis il y a eu des cas où il y a eu des décès suite à l'usage de LBD,
00:20notamment par exemple à Marseille dans le cadre des manifestations et des révoltes suite au décès de Naël en 2023.
00:26Mais aussi des grenades de désencerclement qui, en explosant, ont envoyé des plots en caoutchouc assez durs.
00:31Ça, c'est des armes qui sont extrêmement problématiques parce qu'on a déjà vu des cas de personnes qui ont été éborgnées en recevant un plot dans l'œil.
00:37Par ailleurs, ce sont des armes qui, par nature, ne sont pas discriminantes.
00:41C'est-à-dire que quand elles sont envoyées dans une foule, on ne peut pas savoir qui elles vont toucher.
00:45Alors le flashball qui est ensuite devenu le LBD a d'abord été utilisé dans les quartiers populaires,
00:50a été utilisé dans le cadre des émeutes de 2005.
00:53Je ne pense pas qu'il y ait de stratégie réellement pensée, type on va tester des armes dans les quartiers populaires,
00:58puis ensuite les mettre en manifestation.
01:00Je pense, en revanche, qu'il y a eu un élargissement de ce que l'État considérait comme dangereux.
01:06Et dans les quartiers populaires, les populations sont considérées depuis longtemps comme dangereuses,
01:10ce qui est extrêmement problématique.
01:12Récemment, j'étais au procès d'un CRS qui a tiré une grenade en 2018,
01:18qui a arraché la main d'un manifestant.
01:20Ce qui m'a marquée dans ce procès, c'est que ce CRS parlait uniquement d'opposants.
01:24Les doctrines de maintien de l'ordre mettent ça dans la tête des policiers
01:27parce qu'ils ne voient les gens autour d'eux que comme des opposants, ils se voient comme assiégés.
01:31Alors évidemment, les policiers y subissent des violences, il ne s'agit pas de le nier.
01:34Ils doivent aussi reconnecter avec le fait qu'il y a des manifestants pacifiques.
01:39Alors dans plusieurs pays européens, ça fait des années qu'on réfléchit à des stratégies de désescalade,
01:43c'est-à-dire que les forces de l'ordre doivent avoir la maîtrise de l'escalade des tensions.
01:49Donc par exemple, au Royaume-Uni, ils vont avoir des agents qui seront reconnaissables
01:54comme étant de la police mais non armés dans le cortège
01:56pour discuter avec les manifestants, pour comprendre un peu ce qui se passe.
02:00Dans les autres recommandations, il y a toute la réflexion sur l'opportunité d'intervenir.
02:06Parfois, on peut tolérer un feu de poubelle ou un drapeau qui serait brûlé,
02:10même si c'est contraire à la loi.
02:13Mais si l'intervention des forces de l'ordre au milieu d'un cortège qui est dense
02:16avec une diversité de personnes, ça peut créer un désordre plus grand que ce qu'on essaye d'arrêter.
02:20Les responsables de la police française ne vont jamais dire qu'ils font de l'escalade,
02:24mais quand on regarde à la fois tous les documents, les stratégies de maintien de l'ordre
02:28et toutes les déclarations, notamment des ministres en amont des manifestations,
02:33on est sur une approche qui est purement répressive.
02:35Les manifestations ne sont pas plus violentes en France qu'ailleurs.
02:38Le mouvement des Black Bloc, il est né en Allemagne, en Angleterre,
02:40ils ont aussi tous les phénomènes de hooliganisme.
02:43Au Pays-Bas, il y a eu des manifestations hyper violentes contre les mesures de confinement.
02:47Donc on a tendance à avoir une tolérance beaucoup plus faible
02:50pour des violences qui se passent en manifestation.
02:53Et en revanche, on a une tolérance beaucoup plus forte
02:55pour des violences qui sont commises par les forces de l'ordre.
Commentaires