- il y a 6 mois
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00:00En faisant un lien direct, certains sont morts là, au Bataclan, d'autres sont morts pour la France, on va recevoir des témoignages exclusifs dans un instant.
00:10Le chant des partisans, moi c'est un chant qui me prend aux tripes, alors il est pendant la seconde guerre mondiale, c'est l'hymne de la résistance de la seconde guerre mondiale, je suis d'accord, mais j'aimerais entendre quelques petites notes avant de marquer une pause.
00:30Amis, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne ?
00:38Oh, et partisans, ouvriers et paysans, c'est l'alarme, ce soir l'ennemi connaîtra le prix du sang et des larmes.
00:52Montez de la vie...
00:53Le chant des partisans, version originale, version d'Anna, Marli, on marque une pause, on revient avec notre témoignage.
01:00Exclusif la fille d'un militaire mort au combat pour la France.
01:03Il est 12h13, à tout de suite avec Christine Kelly sur Europe 1.
01:06N'hésitez pas 0, 1, 80, 20, 30, 9, 21 pour réagir et témoigner sur Europe 1.
01:12Et à 12h18 sur Europe 1, chère Christine, nous recevons Jeanne Gaudin qui est là pour nous parler de son papa mort pour la France en Afghanistan en 2011.
01:22Jeanne Gaudin qui est pupille de la Nation.
01:24Écoutez ce témoignage et appelez-nous en même temps au Standard Europe 1 avec cette question.
01:29Êtes-vous prêt, en ce 11 novembre 2025, à mourir pour la France ?
01:34Jeanne est une pupille de la Nation.
01:37Son père militaire de l'armée française est mort pour la France en Afghanistan en juin 2011,
01:42lors d'une mission d'escorte en hélicoptère.
01:45Elle avait 11 ans.
01:46Quelques mois plus tard, à l'11 novembre 2011, elle accompagnait le président Nicolas Sarkozy sous l'arc de triomphe pour déposer une gerbe au nom des enfants de soldats tombés au combat.
01:58Un moment symbolique puisque cette date devenait ce jour-là la journée d'hommage à tous les morts pour la France.
02:04Aujourd'hui, maintenant, Jeanne témoigne de l'après, de la vie des familles, de la mémoire mais aussi de la jeunesse qui porte encore à sa manière les valeurs de la France.
02:13Bonjour Jeanne Gaudin, merci infiniment d'être là avec nous dans le studio pour ce témoignage exclusif qu'on n'entend jamais.
02:21Vous aviez 11 ans quand votre père est mort, il avait 37 ans.
02:25Quel souvenir précis gardez-vous de ce jour-là ?
02:30Je garde déjà des souvenirs, je pense, des souvenirs d'enfants.
02:33Outre le moment même de l'annonce, ça a eu lieu directement le matin parce que papa est décédé dans la nuit.
02:43Donc maman, elle l'a appris, on est venu le lui annoncer dans la nuit mais donc nous on l'a appris que le lendemain matin au réveil, un samedi matin.
02:52Et chose très anormale, pour un samedi matin, j'avais cours de danse classique à 9h, donc c'était souvent moi qui étais réveillée la première.
03:02On m'emmenait mais mes frères et soeurs n'étaient pas forcément réveillés.
03:04Et là, elle est venue me réveiller et elle me dit « Jeanne, viens dans la chambre de Joséphine ».
03:09Donc déjà, on commençait avec quelque chose qui n'était pas particulièrement quotidien dans ce que j'avais l'habitude de dire.
03:15Donc on est tous là, elle est assise sur le lit, ma petite soeur sur ses genoux, mes frères de chaque côté, moi à ses pieds.
03:21Vous êtes l'aînée d'une famille de cinq enfants.
03:23Je suis l'aînée de cinq enfants, voilà. Et ma maman était enceinte du dernier, à ce moment-là.
03:29Donc on est tous autour d'elle et en fait, elle l'a dit avec des mots très simples et très vrais.
03:37En fait, elle n'a pas cherché à enjoliver la chose ou au contraire à la diminuer avec des images.
03:42Elle nous a dit « Cette nuit, papa a eu un accident et il est mort ».
03:46Et moi, j'ai compris tout de suite. Je me souviens m'être mise à pleurer dès le moment où elle a dit qu'il avait eu un accident.
03:53Et quand elle a dit qu'il était mort, à ce moment-là, j'ai hurlé.
03:58Donc ça, c'est les premiers souvenirs.
04:00Ensuite, une de ses amies, Violaine, qui était restée avec elle pendant la nuit après l'annoncer, est sortie d'une pièce à côté.
04:07Donc moi, je me souviens m'être blottie dans les bras de Violaine à ce moment-là.
04:11Je ne sais pas combien de temps est-ce que ça a duré.
04:14Je ne sais pas combien de temps est-ce qu'on a pleuré entre frères et sœurs et avec maman.
04:18Mais le deuxième souvenir que j'ai, c'est d'abord d'avoir eu tout de suite cet instinct de « Il faut que je m'accroche à quelque chose qui me rapproche de papa ».
04:27Moi, ça a été tout de suite de recourir dans ma chambre et d'ouvrir le dernier tiroir de ma table de nuit
04:32où il y avait toutes les lettres qu'il m'avait écrites pendant toutes les OPEX pendant ces 11 années et d'avoir envie de les lire.
04:40Un de mes frères, alors je ne sais plus dire si c'est Cyprien ou si c'est Henri,
04:43mais est venu par derrière et me dit « Jeanne, retourne-toi en fermant les yeux ».
04:46Il m'a fait sentir le parfum que j'ai tout de suite reconnu, le parfum de papa.
04:50Donc, c'était des petites choses comme ça où tout de suite, dans la journée, on a eu besoin de se raccrocher à ça.
04:58Puis ensuite, la journée, en fait, elle enchaîne des collègues de papa qui, eux, n'étaient pas forcément partis en mission.
05:05Viennent, accompagnent maman, l'aident sur les démarches, je lui explique la suite.
05:10Moi, en tant qu'aînée de 11 ans, je prends un peu les devants.
05:13Bon, il faut organiser le petit-déj pour mes frères et sœurs, donc en fait, on se retrouve dans la cuisine.
05:17Vous permettez, Jeanne, que je lise peut-être une carte postale de votre père ?
05:22Bien sûr, bien sûr, oui.
05:23Je vois votre sourire, votre résilience, et vous nous raconterez comment vous faites pour avoir cette force.
05:30Jeanne Godin, témoignage exclusif sur Europe 1, fille d'un militaire mort pour la France en Afghanistan alors que son père avait 37 ans.
05:38Je lis cette carte postale, une jolie girafe dessinée sur la gauche.
05:43Ma douce, c'est Abidjan, le 30 janvier 2006.
05:52Ma douce, j'espère que, comme les enfants de cette carte, tu t'amuses bien.
06:00Pense très fort à moi quand tu pendras cette girafe dans tes bras.
06:04Gros bisous, papa.
06:05C'est ce genre de courrier qui vous a permis de tenir.
06:07Complètement, complètement.
06:09C'était très précieux d'avoir ces petites cartes, ces photos où il pensait à nous.
06:14Cette girafe, la carte qui nous a envoyée à chacun.
06:20On avait une peluche, effectivement.
06:21Et donc, moi, mon animal préféré à cette époque-là étant la girafe, j'avais donc reçu cette girafe.
06:26C'est cette girafe qui, dans les années et les jours qui ont suivi, avant les années plutôt,
06:32que du coup, je parfumais avec son parfum et avec laquelle je m'endormais au début.
06:37Donc, ça a été vraiment, moi qui n'étais pas très doudou, j'ai pu doudou à 5 ans.
06:42Tout de suite, c'est quelque chose à laquelle je me suis quand même raccrochée tout au début.
06:46Beaucoup de questions à vous poser.
06:48À quel moment vous avez compris ce que mourir pour la France voulait dire ?
06:53Avec du recul, je pense qu'en fait, ça se fait au fur et à mesure qu'on comprend ça.
07:01Quand on est petit, à 11 ans, on comprend ce que c'est déjà être militaire, on comprend l'enjeu.
07:07Je me souviens, quand papa nous avait dit qu'il allait partir en Afghanistan,
07:11je me souviens l'avoir supplié de ne pas y aller et je n'avais jamais fait ça pour les autres OPEX
07:15parce que dans mon imaginaire de cette fille, pour cette opération-là,
07:19parce que l'Afghanistan, il n'y avait jamais été.
07:21Et l'Afghanistan, c'était quelque chose, dans mon imaginaire de petite fille,
07:24qui était dangereux, qui faisait peur plus que toutes les autres.
07:28La Côte d'Ivoire, le Sénégal, le Côte d'Ovo, tout ça.
07:30Il s'appelait Mathieu, il est mort le 10 juin 2011.
07:32Voilà.
07:33Et donc, l'Afghanistan, vraiment, c'est quelque chose qui me faisait peur.
07:38Mais pour autant, ça ne reste pas concret.
07:40À ce moment-là, on se dit que ça fait peur, il y a des choses qui sont dangereuses.
07:44Pour autant, on ne se dit pas forcément à ce moment-là, mon papa peut mourir là-bas.
07:49Et donc, c'est plus tard, avec tout le cheminement, l'accompagnement qu'on a eu avec l'armée,
07:56l'accompagnement qu'on a eu avec nos familles.
07:57La première année, on a été très enturés.
07:59On était invités à beaucoup d'endroits.
08:02On a participé à des reportages.
08:04On avait été invités au Noël de l'Élysée.
08:07Ensuite, on avait été à Vincennes sous le président Hollande.
08:11Je précise que vous êtes Jeanne Goudin, que vous êtes en témoignage exclusif sur Europe 1.
08:16Vous êtes la fille d'un militaire mort en Afghanistan le 10 juin 2011.
08:20Le 11 novembre 2011, lorsque vous parlez justement d'accompagnement,
08:25le 11 novembre 2011 a été un jour très fort pour vous.
08:28Racontez-nous.
08:29Ce 11 novembre-là, on était invités.
08:34Quatre enfants avaient été sélectionnés parmi les enfants d'hommes morts pour la France dans l'année
08:40pour accompagner le président Sarkozy de déposer une gerbe sous l'arc de triomphe.
08:46J'étais accompagnée de mon frère Henri, ainsi que de Baptiste et Kylian.
08:51Parce que c'était la première fois que le président Sarkozy ouvrait ce 11 novembre.
08:54Tout à fait, c'est à partir de cette date-là que le 11 novembre est devenu aussi journée commémorative des morts pour la France.
09:02Vous aviez 11 ans.
09:04Voilà, j'avais 11 ans, on a attendu beaucoup, il faisait très froid.
09:08Mais c'était un moment qui était très solennel et pour autant, on ne se rend pas compte que ça va être visualisé par tous les Français.
09:15On se dit là, surtout, en fait, on doit tenir une place et un rôle qui, en fait, incarne aussi toute l'éducation et tout le souvenir qu'on a de notre père.
09:26Ça n'arrive pas à n'importe quel enfant d'être là un 11 novembre sur la place de l'Étoile.
09:31Et donc, on a ce rôle à tenir qui est fort et qui rend hommage à la fois à son père et à la fois à tous ces soldats morts pour la France.
09:40Êtes-vous fière ou bien vous en voulez à la France ?
09:42Ah non, très fière.
09:44Très, très fière.
09:45En vouloir à la France et en vouloir à l'armée, ce serait aussi en vouloir à mon père, finalement, d'avoir fait ce choix de métier-là.
09:51Et il n'y a pas plus beau sacrifice et plus grand sacrifice que de mourir pour ceux qu'on aime, de s'engager pour quelque chose, une cause qui nous dépasse, où on se dit...
10:00J'ai des palpitations en vous entendant.
10:02Il n'y a pas de plus beau sacrifice que de mourir pour s'impatrier.
10:07Et on marque une pause. Appelez-nous au Standard Europe 1 pour savoir si vous, si vous êtes prêts à mourir pour votre patrie.
10:12J'ai des palpitations avec votre témoignage.
10:14On marque une pause, ma chère Géraldine.
10:17Et vous nous appelez au 01-80-20-39-21, 12h27 sur Europe 1.
10:23Europe 1
10:2411h30, 13h
10:27Christine Kelly et vous.
10:28Si vous nous rejoignez à l'instant, nous sommes en témoignage exclusif avec Jeanne Goudin, qui a 25 ans, qui est orthophoniste, elle vit à Bordeaux.
10:37Elle a fait le déplacement pour venir témoigner en exclusivité sur Europe 1.
10:42Elle est fille d'un militaire mort pour la France le 10 juin 2011.
10:46Son père s'appelait Mathieu. Il avait 37 ans.
10:49Et puis aujourd'hui, ce 11 novembre, qui est un jour particulier de commémoration pour tous ceux qui sont morts pour la France,
10:56elle vient témoigner de ce que cela signifie.
10:59Avant de continuer à parler avec vous, ma chère Jeanne, on prendra deux auditeurs sur cette question.
11:05Est-ce que vous êtes prêts à mourir pour la France ?
11:07On va prendre un Régis qui nous appelle de Lyon.
11:09Lorsque je rebondis, Régis, sur ce que vient de nous dire Jeanne,
11:13qui dit qu'elle est fière de ce sacrifice qu'a fait son père pour la France.
11:18Comment réagissez-vous à ça, Régis ?
11:21Oui, je peux le comprendre, bien sûr.
11:24On peut être fier, effectivement, d'avoir connu son père,
11:29et de voir se battre pour...
11:31Moi, la nuance que j'afforcerai dans votre question, c'est que...
11:35Aller mourir pour la France, oui, mais j'irais plutôt se battre pour la France.
11:41On espère toujours revenir sains et saufs, pas spécialement mourir.
11:44C'est plutôt la question que je pense qu'il faudrait plutôt poser.
11:48Mais Régis, lorsqu'on va se battre, est-ce qu'on ne se dit pas aussi qu'on est prêt à mourir ?
11:53C'est ça aussi ?
11:53Oui, mais je pense que tout le monde, au fond de soi, sait qu'on sera parmi ceux qui vont réchapper.
12:00Mais voilà, on a envie d'y aller avec tous les éléments positifs,
12:05toutes les garanties, il n'y a pas de problème, bien sûr.
12:08Maintenant, si je suis mon raisonnement, il n'y a plus de services militaires.
12:13J'ai 66 ans, moi je le fais.
12:16Et bon, je pense que 6 mois, je n'ai pas spécialement apprécié, comme beaucoup de gens.
12:20Je pense que 6 mois sont nécessaires, ne serait-ce que pour apprendre le maniement des armes,
12:26ça c'est une chose, et surtout le vivre ensemble.
12:28Là, par contre, ça prend vraiment pleine notion de ce que veut dire le vivre ensemble.
12:33Quand vous arrivez avec des jeunes de tous les minutes, et vous restez plusieurs semaines ensemble,
12:38vous savez ce que c'est le vivre ensemble, et ce que c'est que je trouvais que des jeunes de tous niveaux.
12:42Je pense que ça, c'est important, et ça permettra à tout le monde de réaliser ce que c'est,
12:48de réaliser l'intérêt du service militaire.
12:50Oui, en tout cas, vous dites aussi que personne ne veut mourir pour quelque chose.
12:55La vraie question serait de savoir qui est prêt vraiment à se battre pour la France.
13:00Battre physiquement, se battre idéologiquement, se battre pour sa patrie.
13:06J'ai l'impression, mon cher Angis, qu'aujourd'hui, justement, ce patriotisme ne va pas jusqu'à la possibilité d'un sacrifice physique,
13:13un sacrifice de sa vie, non ?
13:15Oui, absolument.
13:16Moi, je vois mes enfants, ils sont totalement hors de ça.
13:19Ils n'ont pas fait le service militaire, ils n'ont pas vraiment appris spécialement l'histoire.
13:24La grande guerre, les guerres, comme nous, on a pu l'apprendre à l'époque.
13:27Ils sont un petit peu détachés de tout ça.
13:28Je ne les dirais pas, ils les battent pour la France.
13:31Les mains, sauf contre les Français.
13:33Et puis, dernier point, je me disais aussi, en cas de conflit, la France avec un pays musulman, que se passerait-il ?
13:41Juste pour info, je sais que c'est tabou, mais on a le droit de tout dire sur cette radio.
13:46Il y a une majorité, enfin, il y a plus de 20%, en tout cas, c'est ce que j'ai pu lire ou entendre, plus de 20% de l'effectif, et je pense que je suis mineur le chiffre,
13:56de l'effectif des armées qui sont d'origine de confession musulmane, et ça pourrait poser un problème en cas de conflit qu'un pays musulman.
14:05C'est une question, c'est une question qu'on peut se poser, mais lorsqu'on voit, par exemple, les légionnaires, la légion étrangère, la question se pose par, vous voyez ce que je veux dire ?
14:14Donc je pense que, peut-être que la patrie peut surpasser tout ça.
14:17Merci Régis, c'est très intéressant votre remarque, Régis, qui nous a appelé de Lyon.
14:22On va prendre Christophe dans un instant, Gabriel et Eric, j'aimerais vous faire réagir, notamment au témoignage de Jeanne Gaudin, et on continue avec ce témoignage exclusif.
14:29Gabriel Cluzel.
14:31Oui, il faut remercier Jeanne, merci Jeanne pour ce témoignage, parce que c'est le sacrifice d'un homme, c'est le sacrifice de toute une famille,
14:39de toute une famille qui a gardé la mémoire de cet homme, c'est très beau, c'est magnifique, et c'est encore le petit bout de France qui reste chez nous.
14:48Le petit bout de France silencieux, ce qu'on n'entend pas, parce que vous avez raison de le dire, les enfants comme Jeanne, on ne les entend pas,
14:53ils ne font pas de bruit, ils ont été élevés parfaitement, c'est parfaitement inséré dans la société française alors qu'ils ont connu ces malheurs-là.
15:03Il y a encore des jeunes aujourd'hui, moi je veux le dire, parce que là aussi on n'en parle pas, le 4 novembre dernier, il y a un jeune chasseur alpin qui est mort,
15:10qui s'appelle Jimmy Gosselin, qui est mort au cours d'une opération contre l'orpaillage illégal en Guyane.
15:15Il y a encore des jeunes militaires qui donnent leur vie.
15:18Oui, il y a des jeunes aujourd'hui qui s'engagent et qui disent, nous sommes prêts, nous sommes prêts à nous battre pour la France jusqu'au bout.
15:24Jusqu'à donner leur vie, il ne faut pas les oublier, on ne parle jamais d'eux, ce n'est pas parce que c'est une France bien élevée qui ne fait pas parler d'elle qu'il faut l'oublier.
15:31Excellente remarque, ce n'est pas parce que c'est une France bien élevée.
15:34Gabriel Cluzel sur Europe 1, Eric Tegner.
15:36Moi je suis bluffé par le témoignage de Jeanne, c'est-à-dire cette résilience, ce sourire, cette capacité aussi d'adresser une leçon de vie.
15:44On a un peu la même génération et c'est vrai que parfois on peut se dire, qu'est-ce que cette génération va bien pouvoir faire d'ici 20 ou 30 ans ?
15:51Et c'est ça souvent qui nous fait peur et je trouve que vous êtes assez l'incarnation aussi d'un modèle de réussite d'éducation.
15:57Et j'ai peut-être la sensation, d'une certaine façon, vous voulez porter votre famille, vous voulez envoyer un message aussi,
16:03parce que votre fierté c'est aussi ce que votre père vous a transmis.
16:06Et ça c'est très important je pense à rappeler un petit peu à nos sociétés, nos politiques aujourd'hui,
16:12qui sont pour l'enfant roi, le règne un petit peu de l'enfant à qui on ne donne plus de règles, etc.
16:17Que votre modèle, il permet aussi et surtout de s'en sortir dans les moments les plus difficiles.
16:22Ce n'est pas quelque chose pour les privilégiés, au contraire, c'est pour les plus démunis, les plus défavorisés et je trouve que c'est très fort.
16:27Très important à souligner effectivement Eric Tegner, il est 12h38, vous êtes en direct sur Europe 1.
16:32Dans un instant, on continue ce témoignage exclusif avec Jeanne qui a perdu son père lorsqu'elle avait 11 ans, son père mort pour la France.
16:40Je prends Christophe, 60 ans, vous nous appelez d'où, de Bourgogne. Bonjour Christophe.
16:46Oui, bonjour, bonjour Christine, bravo pour votre émission.
16:50Merci infiniment.
16:52Et bien évidemment, beaucoup d'affection pour le témoignage de Jeanne et de son papa, bien sûr, on est très touchés forcément.
17:03Alors moi, je voudrais apporter un témoignage, Pierre, alors je suis en train de regarder en même temps ces news avec votre consoeur Sonia Mabouk,
17:11et là pour le coup, c'est vraiment malheureusement pas une bonne image qui est encore renvoyée à l'heure de rendre hommage aux poilus qui n'avaient pas le choix d'ailleurs.
17:25Ils n'ont pas eu le choix que d'aller prendre des bombes sur la tête à la Première Guerre mondiale, pas davantage la deuxième d'ailleurs malheureusement.
17:34Mais là, aujourd'hui, c'est n'importe quoi. Et mon épouse qui était à côté me dit d'ailleurs, pourquoi vouloir mourir pour la France ?
17:42D'ailleurs, je pense qu'aujourd'hui, la vraie question, c'est comment vivre pour la France d'ailleurs.
17:47Et puis, l'incarnation aujourd'hui de la France ne nous donne pas du tout, malheureusement, enfin en tous les cas, pas à main, puis à beaucoup de mes camarades,
17:56ne nous donne pas envie, vraiment pas envie de mourir pour cette France-là, en tous les cas, hors de question.
18:00C'est ce qu'on entend. C'est fou parce que je suis sûr, Christophe, que pour autant, vous êtes patriote et vous aimez votre patrie.
18:10Ah mais je suis patriote, mais moi, je ne deviendrai pas un soldat à mon âge, mais par contre, je deviendrai un maquisard.
18:15Parce que moi, contrairement à l'incarnation tout en haut, là aujourd'hui, dégueulasse quand on voit les images sous les yeux en même temps que je vous parle.
18:24Mais en fait, c'est n'importe quoi.
18:26C'est incroyable parce que quand on pose cette question de la France, l'image, vous êtes en train de m'expliquer, Christophe,
18:34que l'image d'Emmanuel Macron vous bloque. C'est ça ?
18:36Soyons clairs, soyons francs, c'est ce que vous êtes en train de me dire.
18:39Elle me fait vomir surtout.
18:41Mais la France ne dépasse pas Emmanuel Macron, selon vous ?
18:44En fait, c'est l'incarnation, ça devrait être l'incarnation.
18:48En fait, il est tout en haut, mais en fait, il ne montre rien et il ne nous donne pas envie.
18:53Moi, je vous dis, vous voyez, je suis très malade, handicapé, invalide, enfin la totale des totales,
18:59et pas parce que si vous voyez mon visage, vous penseriez que j'ai pris une bombe dans le visage.
19:06Mais ce n'est pas le cas.
19:07Mais je prendrais plutôt, comprenez mes mots, Christine, je prendrais plutôt le maquis.
19:12Vous comprenez vraiment la force de mes mots ?
19:15Je ne partirai pas à la guerre, je prendrai le maquis.
19:18C'est probablement qu'on va être obligé de le faire, parce que la France est envahie.
19:24Et écoutez bien ce que je vous dis en ce jour de commémoration.
19:29Malheureusement, on ne va pas partir à la guerre,
19:31et en tous les cas, on ne partira pas sur les ordres du président, de ce président-là.
19:36Ça, c'est sûr, ça avait quand même une haute gueule.
19:39On parlait de Sarkozy, par exemple, c'était la classe quand même.
19:42Ça, c'était vraiment la classe quand même.
19:44Mon cher Christophe, on marque une pause, et j'entends bien ce que vous dites.
19:48J'ai compris tous vos mots.
19:50J'ai compris tout le sens de ce que vous voulez faire passer comme message.
19:53Et beaucoup de Français l'ont compris.
19:55On est de tout cœur avec vous pour vos problèmes de santé.
19:58Restez avec nous, on marque une pause, on revient avec vous.
20:00Et si, comme Christophe, vous voulez réagir, aucun problème.
20:02Vous composez dès maintenant le 01, 80, 20, 39, 21, 12h42.
20:06A tout de suite sur Europe 1, Christine Cullier.
20:09Christine Cullier, vous dernière partie à 12h47 sur Europe 1,
20:13avec notre invitée Christine Jeanne Godin, pupille de la Nation,
20:16et vous aussi, chers auditeurs d'Europe 1.
20:18Vous réagissez témoigner au 01, 80, 20, 39, 21,
20:21comme Christophe, que nous avions en ligne avant la pub, Christine.
20:23Oui, Christophe est en ligne avec nous.
20:26Jeanne Godin, qui est fille de militaire, comme disait Géraldine,
20:30vous témoignez en exclusivité pour nous,
20:32puisque votre père est mort pour la France.
20:34Lorsque vous entendez les propos de Christophe Condon en ligne,
20:37et qui dit que, oui, mais quand même,
20:39aujourd'hui, mourir pour la France, c'est pas si simple.
20:43Qu'est-ce que ça vous évoque ? Qu'est-ce que ça vous fait ?
20:45Je suis d'accord sur le fait que c'est pas facile
20:47de se dire que mourir pour la France,
20:50enfin, que mourir pour la France, c'est pas facile,
20:52pour autant, en fait, on est français,
20:56et je considère que ça fait quand même partie
20:58de notre devoir de patriotes et de français
21:03que d'être prêts à tout pour la France.
21:05Alors après...
21:06Pour les militaires, ma chère Jeanne, ou bien pour tous les Français ?
21:08Pour les militaires, mais en réalité, pour tout le monde,
21:10dans la façon dont on pourrait avoir à servir la France.
21:13Alors, les militaires ont pris, avec des très gros guillemets,
21:16la voie facile et la voie directe de servir la France,
21:20mais en réalité...
21:20La voie courageuse, la voie difficile, par exemple.
21:21Voilà, tout à fait.
21:22Non, non, franchement.
21:23Mais pour autant, tout citoyen qu'on est,
21:28à la place qu'on a, on peut tout à fait servir la France.
21:31Moi, j'ai choisi mon métier au début,
21:33parce que je voulais un métier qui puisse me permettre
21:36de travailler et d'être auprès des soldats.
21:39Et j'ai d'ailleurs fait un de mes stages
21:41à l'hôpital Persy, l'hôpital militaire.
21:43Donc, on a chacun la possibilité de servir la France d'une certaine façon
21:50et d'être prêt à la défendre, quelle que soit l'image que pourrait avoir notre présentant.
21:54Jeanne Godin, témoignage exclusif de la fille d'un militaire mort pour la France le 10 juin 2011.
22:00Il avait 37 ans.
22:01Il s'appelait Mathieu.
22:03Je vous donne la parole dans un instant, ma chère Jeanne.
22:04Je continue avec Christophe.
22:06Christophe, vous avez envie de répondre quelque chose à Jeanne ?
22:10À nouveau, lui témoignait évidemment toute mon affection
22:15et aussi ma compréhension de quel a été son chemin,
22:22en quelque sorte un chemin un peu difficile.
22:25Et en tous les cas, elle porte une bonne parole,
22:29elle porte un bon engagement,
22:31elle porte des bonnes valeurs, à n'en pas douter.
22:34Absolument.
22:35J'ai du mal, malgré tout, à rejoindre complètement sa pensée à 100%.
22:41Vous avez entendu et compris que c'était mes arguments.
22:46Très franchement, aujourd'hui, il faut le dire à tout le monde,
22:51c'est plutôt l'idée de rester en vie et de tout faire en vie pour vivre.
22:56On est bien d'accord.
22:57Voilà, mon chère Christophe.
22:58Donc, je résume votre idée, si vous permettez.
23:00C'est plutôt vivre, en quelque sorte.
23:02Merci, Christine.
23:03Merci, bien sûr.
23:04Merci beaucoup pour votre appel.
23:05Je résume votre idée.
23:07Lorsque vous voyez l'image d'Emmanuel Macron,
23:09vous vous dites, bon, il représente quand même la France.
23:11Ça vous...
23:12Nous n'allons pas trop loin quand même, mon ami.
23:14Mais j'entends bien ce que vous dites.
23:16Mais vous dites qu'il vaut mieux chercher à vivre pour la France.
23:19Merci infiniment pour votre appel, mon cher Christophe.
23:21Soignez-vous bien.
23:22Je pense à votre santé.
23:25Proposez-vous bien.
23:25Et merci infiniment pour votre appel.
23:27Vous nous appelez de Bourgogne.
23:29Bonjour Raymond, vous nous appelez d'Île-de-France.
23:31Et vous dites à cette question, est-ce que vous êtes prêts à mourir pour la France ?
23:35Vous dites que s'il y a une attaque sur le sol français, que faites-vous, ma chère Raimonde ?
23:39Si on nous attaque sur le sol français,
23:44ma famille et moi-même n'hésiteront pas à nous défendre.
23:48Je vous le dis tout de suite.
23:50On ne va pas se laisser égorger comme des brebis.
23:53Quel âge avez-vous, ma chère Raimonde ?
23:54C'est pas notre style.
23:55Quel âge avez-vous, ma chère Raimonde ?
23:57Non, je vous donnerai...
23:58Je n'ai pas d'âge, comme j'ai dit à votre...
24:00J'ai bien parce qu'en régie, on m'a dit « Demandez-lui son âge, demande-lui son âge ! »
24:04Non, non, non, je n'ai pas d'âge.
24:07Je n'ai pas d'âge, mais je peux avoir 25 ans comme 65.
24:11Très belle réponse.
24:12Et bien plus.
24:13On se moque de ça.
24:14Ce n'est pas une question d'âge, c'est une question de pensée.
24:18J'ai vu mon pays...
24:18Est-ce que vous donneriez vos fils pour la France ?
24:20Bon, je peux vous dire tout simplement que, petite fille, j'ai assisté au défilé avec le général de Gaulle.
24:29Donc, vous voyez, ce n'est pas jeune.
24:32J'étais une petite fille et j'ai vu tous nos chers présidents jusqu'à ce dernier président.
24:41Et je partage l'avis de l'auditeur précédent.
24:45Christophe qui nous a appelé de Bourgogne.
24:47Raimonde, vous nous appelez d'Île-de-France.
24:49Est-ce que vous donneriez vos fils pour mourir pour la France ?
24:55Qu'est-ce que vous entendez, mourir pour la France ?
24:58Parce que moi, j'ai un grand-père qui est mort sous les gaz moutardes au moment de la Première Guerre mondiale.
25:07Il avait 31 ans.
25:08Et tout ça pour une bande de gens, de politiques qui ont mis la France et les autres, qui se sont entendus.
25:20Parce que, comme me disait maman, à la Seconde Guerre mondiale déjà, quand tu les vois se déplacer dans le monde entier, tu peux être sûr qu'ils préparent un sale coup.
25:27Donc nous, on est très terre-à-terre là-dessus.
25:31Et je dis qu'un homme de 31 ans qui a laissé deux orphelins, mon père et son frère, ça a marqué notre famille.
25:40Et là, franchement, pour qui ? Pourquoi ?
25:43Pourquoi ? Regardez à la Seconde Guerre mondiale déjà.
25:48Regardez ce monsieur qui a 100 ans, anglais, ce qu'il a dit tellement il est outré.
25:53Absolument, ce vétéran qui dit qu'il regrette de s'être battu pour l'Angleterre.
26:01Merci beaucoup, Raymond, pour votre appel, parce qu'on arrive à la fin de l'émission.
26:05Merci infiniment d'avoir témoigné avec nous.
26:08C'est mon amitié et qu'elle se rassure.
26:12Merci infiniment.
26:13S'il y avait quoi que ce soit, on sortira.
26:16On sortira.
26:16On prend un ZEF avant de terminer notre émission qui nous appelle d'Alsace.
26:21Vous êtes né français d'origine libanais.
26:23Êtes-vous prêt à mon réapport à la France ? Vous voulez répondre à cette question ?
26:26Bonjour mesdames.
26:27Oui, je suis français d'origine kosovar.
26:31Ok.
26:32Voilà, pas de souci.
26:34On nous avait dit libanais, mais c'est pas grave.
26:36C'est pas du tout la même chose.
26:38Est-ce qu'on va mourir pour la France ? Il nous reste une minute pour terminer l'émission.
26:41Oui, je vais essayer de faire vite.
26:44La France, si vous voulez, moi comme je vous ai dit, je suis d'origine kosovar et née en France.
26:47Pour moi, la France, c'est comme ma mère.
26:50Quand on a la chance de vivre dans un pays comme la France,
26:52quand on a les droits qu'on a en France,
26:54quand on a tous les services qu'on a en France,
26:55les hôpitaux, les écoles,
26:57quand on a tout ça,
26:59il faut être reconnaissant vers la France et il faut être prêt à se battre pour la France.
27:02Très bonne remarque.
27:03Merci infiniment, mon cher ZEF, pour ces mots formidables.
27:07Je laisse le mot de la fin. Pardon ?
27:09Non, je trouve que c'est important de finir quand même par une parole.
27:12Merci à Mathieu Godin qui est mort pour la France
27:13et il est important que d'autres gens soient capables de le faire.
27:16Merci ZEF de nous avoir appelé d'Alsace.
27:17Merci infiniment.
27:18Dernier mot à Jeanne Godin
27:20qui est venue en exclusivité témoigner sur Europe 1.
27:24Son père est militaire,
27:26mort le 10 juin 2011
27:27pour la France en Afghanistan.
27:29Dernier mot,
27:31qu'est-ce qui vous a aidé à vous reconstruire personnellement,
27:35chère Jeanne Godin ?
27:36C'est une question très compliquée.
27:40Beaucoup de choses...
27:40On aimerait comprendre ce sourire.
27:42Comment ce traumatisme,
27:44qui peut être un traumatisme et qui l'est,
27:46je pense s'est transformé en sourire généreux aujourd'hui ?
27:49Alors, il ne faut pas croire que le sourire est facile aussi.
27:52En fait, je pense que c'est une épreuve de vie
27:56comme on est amené à en traverser tous
27:59et qu'en fait, le souvenir de mon père
28:03et le devoir d'aîné aussi
28:06envers mes frères et soeurs et de filles pour ma maman,
28:09en fait déjà, au début, porte beaucoup
28:11et bien que ce soit difficile,
28:15mais porte quand même.
28:16Et puis par la suite, en se construisant,
28:19en passant...
28:20Un dernier mot, oui.
28:21Et par la suite, un dernier mot, terminez votre phrase juste.
28:23Non, non, je pense qu'on a des ressources chacun en nous
28:26qu'on ne soupçonne pas
28:28et dans lesquelles on puise pour se reconstruire.
28:31En tout cas, on a puisé dans vos yeux,
28:33dans votre voix, dans votre témoignage,
28:35une force incroyable pour voir la France différemment.
28:37Et bravo à sa maman aussi.
28:38Bravo à votre mère, bravo à votre famille.
28:40Vous avez un message personnel de Anne-Marie Dumas
28:43qui a dit
28:43« Je suis très contente d'avoir entendu Jeanne,
28:45je connais très bien son papa,
28:47il était lumineux comme elle. »
28:50Excellente suite de programme sur Europe 1.
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