00:00Vous lisez le parcours et vous dites que c'est l'histoire d'un pays, le nôtre, absolument débordé, qui n'a plus la main ni sur rien ni sur personne
00:07et qui continue malgré tout, en tout cas pour une partie de la France, à s'enorgueillir de sa générosité qui se fait au détriment de tous
00:16et au détriment parfois mortel de petits Français innocents dont les familles n'ont jamais fait parler d'elle, n'ont jamais rien attendu d'autre de la France
00:24que l'élémentaire protection qu'elle pouvait attendre. Ce jeune homme, il n'est pas très vieux, il est né en 2002 au Maroc, il a trois sœurs qui sont toutes plus jeunes que lui
00:34et ses parents, qui ont été entendus pendant l'enquête, le décrivent comme, je cite, « bizarre depuis qu'il est bébé, turbulent et qui a, je cite encore, un esprit maléfique dans son corps ».
00:46Alors déjà c'est une famille qui a un fonctionnement plus que particulier, il est donc maléfique, je reprends le mot de ses propres parents,
00:53depuis qu'il est bébé, mais personne ne pose jamais de questions, vous allez voir le parcours, c'est l'omerta totale autour de ce garçon, ce fils aîné, ce grand frère
01:02qui est donc maléfique et bizarre depuis qu'il est bébé. Alors d'abord, Tha est en échec scolaire au Maroc, il fugue régulièrement,
01:12apprennent ses parents et ses sœurs qui sont entendus pendant l'enquête, il fugue régulièrement, personne ne sait où il va
01:18et personne n'a l'air de trop s'en préoccuper d'ailleurs, nous sommes à ce moment-là de sa vie toujours au Maroc.
01:24En 2018, Tha a 16 ans, c'est donc l'aîné de la fratrie, et ses parents décident d'aller en France avec un visa touristique.
01:33Pour visiter la France, on imagine, elle ne va pas du tout, explique-t-il, pour faire soigner des problèmes de strabisme et d'asthme de leur Benjamine,
01:40avec donc un visa tourisme. La mère reste avec l'enfant en question, qui est atteinte de ces maladies-là,
01:47et le père repart au Maroc avec les trois enfants quand expire le visa de tourisme.
01:53Première étape d'un long parcours qui illustre un pays qui ne maîtrise plus la situation,
01:58et il se trouve que, vous savez, parfois il y a des exemples qui sortent, alors on pourrait dire que c'est complètement isolé,
02:02mais les exemples finissent par se ressembler, et il n'est plus possible de dire que c'est insupportable
02:08d'expliquer que, par exemple, le visa de tourisme sert en partie à une immigration irrégulière.
02:14Nous avons ici un exemple qui s'est imposé à nous, si je puis me permettre, on n'a pas passé des heures à aller le chercher,
02:20il s'est imposé à nous, et de la pire des manières, il faut comprendre que derrière cette apparente normalité,
02:25vous savez, on nous dit toujours, mais c'est conforme aux règles, là, bah oui, c'est conforme aux règles,
02:28à travers cette apparente générosité, on examine au cas par cas, parce qu'il y a des gens qui ont besoin de nous,
02:35eh bien, il y a derrière une véritable désinvolture qui pousse un système entier,
02:41un système initialement pensé comme un système de protection, à s'effondrer,
02:46et malheureusement, il s'effondre pour tout le monde et sur les Français pour lesquels il était initialement construit.
02:52Mais quelle est la suite de ce parcours, Charlotte, et qu'est-ce qu'il illustre d'autre que ce tourisme pour soins
02:59que dénoncent plusieurs autorités depuis longtemps ?
03:03Alors, en juin 2019, le père est reparti avec les trois enfants, et la mère est restée avec sa fille malade,
03:10le père revient en France avec les trois autres, donc nous sommes un an plus tard,
03:15cette fois-ci, il vient avec un visa touristique Schengen, qui est délivré par les autorités espagnoles,
03:20il est donc le bienvenu en France, vous connaissez le système Schengen.
03:24À ce moment-là, Taa, l'enfant maléfique, je cite toujours, prend la fuite.
03:30Donc ils sont en France, avec un visa de tourisme, pas pour faire du tourisme,
03:34Taa prend la fuite et personne ne juge bon d'en informer qui que ce soit.
03:39Et en 2024, donc des années après, après le drame de la mort de Philippines,
03:43le père explique, je le cite,
03:45« Il était incontrôlable, il avait peur que je retourne au Maroc avec lui ».
03:49Donc il fugue, il a 16 ans, ils sont en situation sur le point de devenir irrégulière en France,
03:55mais la France, elle, n'est informée de rien.
03:58Et peu importe, quelques jours plus tard, cet homme, le père, laisse femme et enfant et repart au pays,
04:04en expliquant que son visa était expiré.
04:07Les autres aussi, mais il repart, lui.
04:09Et il revient en 2023.
04:13Le père, entre-temps, le reste de la famille, a poursuivi sa vie en France.
04:17Alors de quoi vivent ces personnes accueillies, je répète, comme des touristes ?
04:21D'abord avec les autorités françaises, ensuite les autorités espagnoles.
04:25Eh bien la mère et ses trois filles sont hébergées dans un premier temps
04:27par l'association Emmaüs à Montreuil, en Seine-Saint-Denis.
04:31Taa, lui, est pris en charge par l'aide sociale à l'enfance
04:33et il est accueilli dans un centre d'hébergement de la Croix-Rouge, à Tavernie,
04:37c'est-à-dire dans le Val-d'Oise.
04:38Pourquoi ?
04:40Pourquoi est-ce qu'il est accueilli, puisqu'il n'est pas...
04:42Vous savez, l'aide sociale à l'enfance accueille les mineurs isolés.
04:45Or, sa mère est venue...
04:46Enfin, la mère est présente en France avec les enfants.
04:48Il n'est donc pas isolé.
04:50Eh bien pourquoi ?
04:50Parce qu'il raconte à l'aide sociale à l'enfance que sa mère est morte
04:54et qu'il est donc un mineur isolé.
04:56C'est sa sœur qui l'explique cette fois-ci devant les enquêteurs.
04:59Il voulait, je la cite,
05:00obtenir des papiers plus rapidement.
05:02Il savait comment faire en se déclarant mineur isolé.
05:06Et la France s'exécute forcément.
05:07Pourquoi ? Parce que la Convention internationale des droits de l'enfant
05:10l'oblige par défaut à croire la déclaration de minorité
05:13jusqu'à ce qu'elle soit capable de prouver le contraire.
05:16Quand vous voyez l'état de l'aide sociale à l'enfance,
05:17on comprend que ça n'est pas la priorité.
05:20C'est-à-dire qu'il n'y a que des priorités avec des enfants qui ont besoin d'elle.
05:24Donc là encore, on voit un pays, littéralement, qu'il se laisse déborder.
05:28Et voilà donc toute la famille en situation irrégulière sur le sol français
05:32et pesant par la force des choses sur nos dépenses de santé,
05:36sur nos dépenses d'hébergement, sur nos dépenses d'aide sociale à l'enfance.
05:40Trois domaines dans lesquels la France est exsangue pour ses propres enfants.
05:46C'est-à-dire qu'on pourrait faire des chroniques à peu près tous les jours
05:49sur ces trois domaines qui sont absolument exsangues.
05:54Et cette famille, en effet, n'a été expulsée qu'après le drame
05:56et à cause du drame, pas en raison de la situation qui précédait le drame.
06:03Ont-ils, en plus du reste, joué un rôle dans la fuite de leur fils ou leur frère ?
06:09Alors ils ont assuré, ils ont répété pendant toute l'enquête
06:11qu'ils n'étaient absolument pas au courant, ni pour Philippine,
06:14ni pour le premier viol dont il avait été accusé.
06:17Souvenez-vous, c'était en 2019.
06:19Il parle, lui, d'une bagarre.
06:21Donc il viole une jeune femme qui avait témoigné au moment de la mort de Philippine
06:25et elle réussit à s'en sortir en lui donnant son numéro de téléphone
06:28et en laissant croire qu'ils vont se revoir,
06:31ce qui a permis de l'interpeller à ce moment-là.
06:33Et à sa famille qui l'interroge, il est condamné à 7 ans de prison,
06:36il parle d'une bagarre, d'un couteau,
06:38qu'il a réussi à désarmer la personne avec qui il se battait,
06:41qu'il a mis un coup de couteau et que donc il a pris de la prison ferme.
06:45Il refuse les visites de sa famille
06:47et sa sœur déclare aux enquêteurs des années ensuite
06:49« Je trouvais bizarre de prendre 5 ans de prison uniquement pour une bagarre,
06:53mais malgré mes doutes, je ne lui ai jamais posé la question. »
06:56On revient au fonctionnement de la famille,
06:58dans lequel soit tout le monde craint le fils,
07:01soit personne ne s'en préoccupe.
07:02Quoi qu'il arrive, le fonctionnement est étrange.
07:04Il ressort de prison et là, on se souvient,
07:08il est placé en centre de rétention administrative
07:10en vue d'être renvoyé, expulsé exactement au Maroc.
07:15Il n'y a pas de laissé-passer consulaire du Maroc.
07:18Il y a une libération avec un placement, vous savez,
07:20à l'hôtel sous surveillance et une fuite.
07:24Une fuite puisqu'il ne va pas à l'hôtel.
07:26Il va d'abord chez son père, puis chez sa mère,
07:28qui ne vivent pas au même endroit,
07:30puisque la mère, depuis, est en hébergement d'urgence
07:33pour femmes avec enfants.
07:35Autre domaine dans lequel on pourrait faire 12 chroniques
07:37sur le débordement absolu qui pèse sur des femmes
07:40avec leurs enfants, qui ont besoin de l'hébergement d'urgence
07:43pour femmes et enfants en France.
07:45La mère, elle est en hébergement d'urgence
07:46pour femmes avec enfants et par ailleurs sous OQTF
07:49depuis 2020, la maman.
07:52Et il ne fait rien, ce Taha, il va entre les deux,
07:56il rentre tard le soir, personne ne lui pose de questions.
07:58Il sort, il a fait 5 ans en prison,
08:00personne ne lui pose la moindre question
08:02et il finit par annoncer son départ pour la Suisse
08:04où il aurait trouvé un travail
08:06et où il finit par être interpellé.
08:09Et sur cette libération, vous savez,
08:11du centre de rétention administrative,
08:13il avait été libéré, placé dans un hôtel
08:16en attendant le laisser passer consulaire.
08:18Sur le manque de surveillance dans le fameux hôtel
08:20dans lequel il devait être placé
08:21et dans lequel il ne s'est jamais rendu,
08:23chacun, au moment de la mort de Philippines,
08:25est légitimement à chercher un responsable
08:28dans ce fiasco, on va dire,
08:30qui a mené à la mort de Philippines.
08:32Nous en avons besoin,
08:33on voit la chronique de Mathieu,
08:34nous avons besoin de trouver un sens
08:36des responsabilités et donc des responsables.
08:40Mais là encore,
08:41et je poursuis mon idée du débordement total
08:43et d'un pays qui s'effondre,
08:46il faut assister un jour à une audience
08:48en centre de rétention administrative
08:49pour se rendre compte,
08:51devant le juge des libertés
08:52qui examine des dossiers et des dossiers
08:54et des dossiers,
08:56que le texte est pris à la lettre
08:58et qu'il n'y a pas le temps de s'attarder.
09:00Il faut aller dans les tribunaux administratifs
09:03pour voir que 40% du contentieux
09:06traité par des tribunaux absolument débordés
09:08est du contentieux des étrangers.
09:10Et il faut ensuite aller dans un commissariat
09:12ou chez les gendarmes
09:14pour voir les piles de dossiers s'accumuler
09:16et donc les priorités se faire avec l'intuition
09:18et parfois, pour le pire,
09:21il n'existe pas un policier, un gendarme
09:23ou un magistrat qui ne vous explique pas
09:25être absolument débordé par son travail en France
09:28avec des conséquences
09:30qui s'ajoutent au problème de nos textes
09:32dont nous avons déjà parlé.
09:33Cette partie-là de la vie de Tahar
09:34raconte également un pays dépassé,
09:37un pays dépassé
09:38qui n'a même pas l'humilité
09:40de reconnaître qu'il l'est
09:41au-delà du débat idéologique
09:44sur la question de l'immigration,
09:46du rapport à l'étranger
09:47ou de la question de l'accueil.
09:49Le problème, c'est que ce manque d'humilité
09:51s'appelle de l'orgueil
09:52et que cet orgueil coûte cher
09:53et désormais en vie humaine.
09:54Sous-titrage Société Radio-Canada
09:56et désormais en vie humaine
09:57...
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