00:00Et à 7h49 sur France Inter, Benjamin Duhamel, vous recevez le ministre de l'Intérieur.
00:07Bonjour Laurent Nunez.
00:07Bonjour.
00:08Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter, au lendemain du drame à Oléron où un individu en voiture a volontairement renversé 5 personnes.
00:14Le suspect qui au moment de son interpellation a crié à la Ouagbar, mais pour l'instant le parquet national antiterroriste ne s'est pas saisi.
00:20On va en parler, mais d'abord est-ce que vous pouvez nous donner ce matin des nouvelles des deux blessés graves ?
00:25Une jeune femme de 22 ans, un cycliste de 69 ans, ils étaient encore hier soir en urgence absolue.
00:30Est-ce qu'ils sont hors de danger ce matin ?
00:32Ils sont toujours en urgence absolue, mais des informations qui m'ont été communiquées ce matin, notamment par les enquêteurs,
00:40le pronostic vital n'est plus engagé, mais ça reste des blessures extrêmement graves, notamment pour cette jeune femme qui a de multiples traumatismes.
00:48Et on a évidemment une pensée pour les cinq victimes, et en particulier pour les deux victimes les plus touchées ce matin,
00:53en espérant vraiment qu'elle connaisse un propre établissement.
00:57Mais le pronostic vital n'est plus engagé, mais j'insiste sur des blessures très graves.
01:00Bien sûr, mais c'est une information importante que vous nous donnez ce matin.
01:03Il y a beaucoup de questions autour du profil de l'individu interpellé, connu pour des faits de droit commun, mais pas pour radicalisation.
01:09Et pourtant, Laurent Nunez, l'utilisation d'une voiture comme arme de destination, comme le recommandait Daesh,
01:13au moins une bonbonne de gaz retrouvée dans sa voiture, il crie à la Ouagbar au moment de l'interpellation.
01:18Certes, le parquet national antiterroriste ne s'est pas encore saisi, mais quand on regarde tous ces éléments,
01:23qu'est-ce qui vous empêche de parler d'attentats islamistes quand on voit ce faisceau d'éléments ?
01:28D'abord, c'est un périple meurtrier très grave.
01:31Personne ne minimise ces faits.
01:33Moi, le premier, comme ministre de l'Intérieur, c'est un périple meurtrier.
01:35Je salue évidemment le dévouement et la détermination des gendarmes qui ont mis un terme.
01:40Une cinquantaine de gendarmes mobilisées immédiatement, 50 sapeurs-pompiers pour venir en aide aux victimes.
01:45Ensuite, moi, rien ne m'empêche, c'est la justice.
01:48On a toujours un acte terroriste, c'est toujours le parquet national antiterroriste qui se saisit ou pas,
01:53à partir d'un certain nombre d'éléments qui existent dans ces personnes de nid qu'il a créé, effectivement, à la Ouagbar.
01:58Il y a des références religieuses chez lui, assez claires, assez explicites.
02:01Donc, il y a une hypothèse probable que ce soit un attentat terroriste.
02:03Je n'irai absolument pas jusque-là.
02:05C'est le parquet national terroriste qui va, au travers d'une expertise psychiatrique qui a d'ailleurs eu lieu hier,
02:11de perquisition d'une étude de la téléphonie, qui va déterminer si ces éléments ont été déclencheurs dans l'action violente qu'on a créé.
02:18Mais vous nous confirmez, c'est ce que disent un certain nombre de médias ce matin,
02:22qu'il y aurait une présomption d'auto-radicalisation de cet individu qui aurait découvert la religion musulmane il y a un mois.
02:30Oui, ça c'est des éléments que vous nous confirmez ce matin.
02:32Oui, tout ça je vous le confirme.
02:32Maintenant, il reste après à savoir si ça a été déterminant ou pas dans le passage à l'acte et quelle a été la motivation de l'individu.
02:38Après, ça ne minimise en rien, en rien contrairement à ce que je peux entendre ici ou là, la gravité de cet acte.
02:43Oui, parce qu'on vous a accusé de dire hier, c'est seulement un cri de ne pas dire qu'il avait dit à la Ouagbar.
02:47Oui, non, ça ne minimise en rien la gravité de l'acte.
02:49Et surtout, vous savez, il y a toute une logique intellectuelle qui consiste à dire qu'ils ne veulent pas nommer parce qu'ils ne font rien.
02:55C'est complètement faux.
02:56Ça fait dix ans qu'on lutte contre l'islam radical, y compris évidemment violent, mais y compris que l'islam politique tout simplement.
03:03Et on a un dispositif comme il n'y en avait jamais eu par le passé et on est vraiment dans l'action sur ces sujets.
03:08Juste avant de parler, Laurent Nunes, de ces vidéos des manifestations de Sainte-Soligne il y a deux ans, une question encore.
03:12Dans une semaine, on commémorera les dix ans des attentats du 13 novembre.
03:15Est-ce que la menace est particulièrement forte en ce jour symbolique ?
03:18Est-ce que vous allez prendre des mesures pour augmenter la sécurité ?
03:22Oui, bien sûr, il y aura une vigilance renforcée partout sur le territoire national et particulièrement à Paris où vont se dérouler les commémorations.
03:27On sait que les dates anniversaires sont toujours des moments où la menace est un peu plus élevée.
03:33Évidemment que frapper notre pays à ces moments-là aurait un caractère retentissant.
03:37Le ministre de l'Intérieur est inquiet de ce qui pourrait devenir ?
03:40Le ministre de l'Intérieur, il n'est jamais inquiet.
03:41Moi, je suis déterminé, concentré sur mon job et évidemment qu'on aura un dispositif renforcé pour le 13 novembre, pour les dix ans des attentats du 13 novembre 2015.
03:49Laurent Nunes, je voudrais qu'on parle des révélations de nos confrères de Libération et Mediapart,
03:53des vidéos des manifestations à Sainte-Soligne en mars 2023 qui mettent en cause les gendarmes.
03:58Voilà ce qu'on y entend, notamment des manifestants qualifiés de « pulapis », un gendarme hilar, ouvrez les guillemets.
04:03« Je ne compte plus les mecs qu'on a éborgnés, faut qu'on les tue », entendus également,
04:08et des tirs tendus assumés et annoncés de grenades lacrymogènes, des tirs tendus qui sont interdits.
04:14Comme premier flic de France, Laurent Nunes, elles vous ont fait honte, ces images ?
04:18D'abord, je vais rappeler le contexte, Benjamin Duemel. Je rappelle toujours moi le contexte.
04:22On était dans une manifestation interdite où il y a eu énormément de violences graves contre les forces de l'ordre.
04:26Et je crois que personne, Laurent Nunes, ne minimise le contexte et effectivement que certains manifestants aient eu envie d'en découdre avec les forces de l'ordre.
04:32Personne ne minimise, mais parfois on oublie d'en parler.
04:34Personne n'oublie, là, il s'agit des gendarmes et de ces mots et de ces vidéos. Est-ce qu'elles vous ont fait honte, ces images ?
04:39Ensuite, ce sont des vidéos qui sont sous main de justice.
04:41C'est dans le cadre d'une enquête judiciaire que ces vidéos se sont retrouvées dans la presse.
04:46Évidemment que les propos qui sont tenus ne sont pas acceptables.
04:49Il y a deux choses dans les vidéos.
04:50Il y a des propos qui sont tenus et puis il y a des gestes qui, manifestement, ne sont pas réglementaires.
04:55Est-ce que ça vous fait honte ?
04:56Comme premier flic de France, vous êtes à la tête à la fois des gendarmes et des policiers.
05:01Est-ce qu'en voyant cette vidéo, est-ce que vous avez eu honte ?
05:03Non, j'ai tout de suite pensé qu'il fallait demander au directeur général de la Gendarmerie nationale,
05:08qui en convenait, de demander une enquête administrative.
05:10Évidemment que je ne suis pas du tout content des propos que j'ai pu entendre.
05:14Mais pas du tout content, c'est-à-dire qu'il n'y a pas une forme d'euphémisation
05:17pense à ceux qui regardent ce matin et qui entendent ce qui assure notre sécurité au quotidien.
05:22Et l'idée n'est pas de mettre en cause généralement ni la police ni la gendarmerie.
05:25C'est des propos qui sont extrêmement choquants.
05:28C'est des propos que je condamne et pour lesquels j'ai demandé une enquête administrative.
05:31Voilà, donc je ne veux jamais, je ne laisserai jamais critiquer les forces de sécurité intérieure.
05:35Et vous savez très bien que ce genre de faits qui sont graves, j'en conviens,
05:38pour lesquels il y aura une enquête administrative, donnent toujours lieu,
05:41permettent toujours à certains de critiquer d'une manière générale l'institution policière ou la gendarmerie.
05:46Laurent Nunez, vous avez effectivement diligenté une enquête administrative.
05:48Ces vidéos, elles datent de mars 2023, de plus de deux ans.
05:52Que se serait-il passé si Mediapart et Libération n'avaient pas obtenu ces vidéos ?
05:57Écoutez, moi, ces vidéos, elles ont été obtenues de manière illicite.
06:02Ce n'est pas le mot, mais ce sont des pièces de procédure judiciaire.
06:05Voilà, elles sont portées à notre connaissance maintenant.
06:07Et on réagit immédiatement.
06:08Il faut attendre que des médias sortent des vidéos pour qu'il y ait cette enquête administrative.
06:13Il y avait une saisine de l'IGGN, l'Inspection Générale de la Gendarmerie Nationale.
06:16Ça a donné quoi ?
06:17Mais attendez, attendez, ne confondez pas tout.
06:20Ne confondez pas tout.
06:21Il y a une procédure judiciaire qui a été ouverte parce qu'il y a un manifestant qui a été blessé.
06:24Il y a une enquête judiciaire qui est en cours.
06:26Et ces vidéos, elles sont portées à notre connaissance maintenant.
06:28Et c'est normal qu'elles soient...
06:30Juste pour préciser pour ceux qui nous écoutent, ce sont des caméras piétons.
06:32C'est-à-dire, c'est filmé par les gendarmes eux-mêmes.
06:37Est-il normal qu'il faille attendre deux ans et demi et la publication par des médias
06:42pour que le ministre de l'Intérieur se saisisse de ces vidéos et diligente une enquête administrative ?
06:46Le ministre de l'Intérieur, il s'en saisit quand il en a connaissance.
06:47Après, je ne vais pas faire un cours de droit sur la réglementation sur les caméras.
06:50Donc, personne n'avait vu ces vidéos, ces insultes et ces tirs tendus ?
06:53Évidemment non.
06:54Les caméras piétons des policiers, elles sont remisées au service.
06:59Elles ne sont pas regardées, sauf quand il y a des enquêtes judiciaires.
07:02Et c'était le cas au cas d'Espèce.
07:04Ou sauf quand il y a des actions de formation.
07:05Ce sont les seules exceptions qui sont autorisées pour regarder ces caméras.
07:08Ce sont quand même des caméras qui captent l'image des gens.
07:10On est quand même dans un état de droit.
07:12Il y a des protections quant à l'utilisation de ces images.
07:14Laurent Nunez, à l'époque, votre prédécesseur Gérald Darmanin avait répondu aux accusations sur le maintien de l'ordre à Sainte-Soligne.
07:19Il avait parlé d'usage de la force proportionné.
07:22Il était dans le déni ?
07:23Il n'était pas dans le déni, il avait parfaitement raison.
07:25Vous vous souvenez quand même ?
07:25Ah, c'était proportionné l'usage de la force à Sainte-Soligne ?
07:26Je ne parle pas de ces actions-là.
07:27Je parle de l'action de la gendarmerie qui a été menée face à des actions extrêmement violentes,
07:31y compris contre des véhicules, contre des personnes, contre nos militaires de la gendarmerie.
07:36La riposte avait été proportionnée.
07:37Il y a des actes qui sont révélés par ces vidéos qui ne le sont manifestement pas.
07:44Laurent Nunez, pardonnez-moi, ici, personne ne minimise que ce que faisaient les manifestants
07:48qui, pour certains, arrivaient avec des boules de pétant que voulaient s'en prendre directement aux gendarmes.
07:52Simplement, est-ce qu'il ne s'agit que de brebis galeuses ?
07:55Quand on voit ces vidéos, on voit qu'à plusieurs reprises, il y a cette façon d'assumer,
07:59notamment ce qu'on appelle des tirs tendus de grenades, c'est-à-dire le fait de frapper directement.
08:03Est-ce qu'il n'y a pas un sujet sur les donneurs d'ordre ?
08:05Ce n'est pas seulement quelques exceptions qui ont décidé de s'en prendre aux manifestants ?
08:09Un, l'enquête le dira.
08:10Deux, je vous redis ce qu'avait dit Gérald Darmanin.
08:12Il y avait eu un niveau de violence qui avait atteint un niveau inégalé ce jour-là.
08:18Il y a eu une riposte qui a été très majoritairement proportionnée.
08:21Très majoritairement proportionnée, même après avoir vu ces vidéos.
08:23Mais bien sûr, nous avons connaissance au travers de ces vidéos de propos et de gestes qui posent problème.
08:28Il y a une enquête administrative, nous verrons.
08:30Mais attention, ce jour-là, les manifestants étaient extrêmement violents.
08:34Il y a eu une réponse qui a été donnée qui est dans la majorité des cas proportionnés.
08:38Il y a ces vidéos qui viennent de sortir.
08:40Ce sont des violences policières, Laurent Nunez, ou pas ?
08:42Si elles sont avérées, en tout cas, ce sont des gestes qui ne sont pas réglementaires.
08:46Et donc, il y a une enquête administrative et il y aura des sanctions qui seront prises évidemment.
08:48Est-ce que ce sont des violences policières, ce que vous avez vu sur ces vidéos ?
08:51Ce sont des gestes de violence qui ne pourraient ne pas être proportionnels.
08:55L'enquête le dira.
08:56Il y a des tirs tendus, ça n'est pas permis.
08:58Mais je ne reprends jamais à mon compte ce terme de violence policière.
09:01Parce que vous savez que dans d'autres lieux, il est utilisé pour qualifier l'action de la police comme étant, d'une manière générale, génératrice de violences policières systémiques.
09:11J'ouvre les guillemets.
09:11Et l'idée ici n'est pas de parler de systématisme, mais simplement de ces vidéos qui ont choqué ou vont choquer beaucoup de français.
09:17Je ne voudrais jamais reprendre ce terme de violence policière.
09:19Si, au cas d'espèce, et ça semble de ce que j'en ai vu, j'ai regardé évidemment cette vidéo confirmée,
09:24il y a effectivement un usage de la force qui est pour partie disproportionné.
09:28Il y a une enquête qui l'établira et il y aura des sanctions évidemment.
09:30Et on est déterminé avec le directeur général de la gendarmerie nationale.
09:34Merci beaucoup Laurent Nunez, ministre de l'Intérieur, d'être venu au micro de France Inter.
09:37Et merci Benjamin Duhamel, il est 7h58.
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