- há 3 meses
Jorge Semprún, né en 1923 et décédé en 2011, était un homme de son temps, dont la vie et l'oeuvre étroitement mêlées, ont été portées par le souffle de l'histoire. Cette implication dans les combats d'un siècle rend le parcours de cet écrivain espagnol singulier. Jorge Semprún a tenu le stylo et la mitraillette, connu les honneurs des palais officiels et l'horreur des camps. Il a traversé la guerre civile espagnole, la montée du fascisme, l'occupation et la Résistance, la déportation et l'internement à Buchenwald, l'engagement communiste puis le combat antitotalitaire.
Categoria
📚
AprendizadoTranscrição
00:00...
00:00Madrid, 1988.
00:21L'écrivain Georges Semprin, ancien résistant,
00:24est nommé ministre de la culture dans le gouvernement espagnol de Felipe González.
00:30Il découvre que le logement de fonction qu'on lui attribue à Madrid
00:41est situé au 9 de la rue Alfonso XI,
00:44exactement en face de l'immeuble du 12 de la même rue,
00:47où il a passé son enfance.
00:53Depuis son appartement de ministre,
00:55Georges Semprin peut, de sa fenêtre,
00:57observer le fantôme du garçon qu'il fut.
01:03En un troublant vertige existentiel,
01:06le voilà spectateur de sa propre vie.
01:08Exilés, résistants, déportés, militants clandestins,
01:30dirigeants du Parti communiste espagnol,
01:32écrivains, scénaristes, ministres.
01:34Tant de vie se mêlent dans la vie de Georges Semprin,
01:40dont les tourbillons sont étroitement liés au méandre de l'histoire.
01:46Sa destinée épouse les combats et les tragédies du XXe siècle,
01:49qui fournissent l'essence d'une œuvre immergée dans son temps.
01:52Les circonstances historiques qui m'ont poussé à faire des choix
02:08sont des circonstances qui ne dépendent pas de moi.
02:12Je suis un peu le fils d'une certaine époque,
02:15ou le produit d'une certaine époque.
02:16Georges Maora Semprin est un rejeton de l'élite madrilène.
02:25Sa mère, Susanna, est la fille d'Antonio Maora,
02:29plusieurs fois président du conseil du roi Alfonso XIII.
02:31Il a donné son nom à la rue où il possédait un hôtel particulier.
02:48La famille Semprin habite dans un bel et grand appartement,
02:51dans un quartier chic, à deux pas du jardin du Rétireau,
02:55que Georges appellera le soleil vert de sa mémoire.
03:01Les enfants Semprin y vont jouer.
03:10Tous les dimanches, le père, José Maria Dessemprin,
03:14professeur de philosophie à l'Université de Madrid,
03:17emmène les enfants dans une visite guidée du musée du Prado,
03:20à un jet de pierre de la rue Alfonso XI.
03:25Le musée qui est d'un bout à l'autre de ma vie, c'est le Prado.
03:28Le Prado est au centre, au centre de mon passé, de ma mémoire
03:33et de mes préoccupations de toutes sortes.
03:38Quand j'étais ministre de la Culture, pendant trois ans,
03:41la visite du Prado était obligatoire.
03:45Tout chef d'État venant à Madrid ou chef de gouvernement
03:50avait droit à la visite officielle du Prado.
03:52Georges Semprin et ses six frères et sœurs
04:02bénéficient de précepteurs particuliers pour leurs études.
04:06Des gouvernantes allemandes leur apprennent la langue de Goethe.
04:10Cet apprentissage linguistique aura son importance plus tard,
04:14du côté de Buchenwald.
04:15En 1931, la République est proclamée.
04:28Les parents de Georges Semprin affichent leurs convictions.
04:32Son père passe en boucle sur un gramophone,
04:35la Marseillaise, dont les accents retentissent
04:37dans toute la rue Alfonso XI.
04:39Ma mère, qui a, dans cet appartement du quartier bourgeois
04:43près du Prado,
04:45ma mère a fait ondoyer le drapeau républicain
04:48le 14 avril 31
04:49au grand scandale du voisinage.
04:54Ma mère, qui a disparu très tôt,
04:56j'avais 8 ans quand elle est morte,
04:57après une longue maladie, une infection, etc.
05:00Et donc, cette présence était très lourde
05:03dans cette maison, dans cet appartement
05:04pendant des semaines et des mois.
05:05Le 17 juillet 1936,
05:10la famille Semprin part pour les vacances
05:11dans la petite station balnéaire de l'Ecoitio,
05:14au Pays Basque,
05:16à 100 km de la frontière française.
05:20Le lendemain, à la radio,
05:22les Semprin apprennent le coup de force de Franco.
05:26Des régiments de l'armée espagnole
05:27se sont soulevés contre le gouvernement
05:29de Front Populaire, élus quelques mois plus tôt.
05:35En réaction, la population descend dans la rue.
05:42On distribue les armes.
05:44La guerre civile commence.
05:46Devant l'avancée des troupes franquistes
06:03qui menacent de fermer la frontière avec la France,
06:06toute la famille Semprin embarque
06:08le 23 septembre 1936
06:10sur un bateau de pêche,
06:12le Galerna,
06:12qui, après une nuit de navigation,
06:15tout faisait teint pour échapper au navire franquiste
06:17à Costa-France.
06:24Mais à Bayonne,
06:26sur le quai de Bayonne,
06:27je suis devenu rouge espagnol.
06:30Les Estivans regardaient les rouges espagnols
06:32et nous regardions les vitrines des boulangers.
06:41En quelques semaines,
06:43les enfants s'emprunts ont tout perdu.
06:45L'exil,
06:46cette nouvelle patrie,
06:48commence.
06:48La guerre d'Espagne s'achève en mars 1939
06:58sur la victoire totale de Franco
07:01qui entame une dictature de plusieurs décennies.
07:06Éloigné de sa famille,
07:07Georges Semprin arrive à Paris
07:09quelques jours après l'agonie de la République espagnole.
07:12Il apprend la chute de Madrid
07:14en découvrant la une des journaux
07:16sur un kiosque du boulevard Saint-Michel.
07:18Georges a 15 ans
07:27et entre au lycée Henri IV.
07:30Il ne se lasse pas de parcourir
07:31les rues du quartier latin
07:32et les allées du jardin du Luxembourg.
07:35Il apprend le français
07:36dans les poèmes de Baudelaire
07:37qu'il connaît bientôt par cœur.
07:39Au mort, vieux capitaine,
07:40il est temps, levons l'encre,
07:42ce pays nous ennuit,
07:43au mort, appareillons,
07:45si le ciel est la mer...
07:46L'heure n'est plus à la poésie.
07:48Depuis la défaite de la France
07:56et la capitulation de juin 40,
07:58Paris est allemand.
08:01Le jeune espagnol ne supporte pas
08:03les oriflames nazies sur les monuments,
08:05les panneaux en lettres gothiques,
08:07la présence vert de gris dans les rues.
08:09Le 11 novembre 1940,
08:13il participe sur les Champs-Elysées
08:15à un rassemblement étudiant.
08:17Première manifestation contre l'occupant,
08:20brutalement réprimée par l'armée allemande.
08:24La guerre fait mûrir les adolescents
08:26qui atteignent rapidement l'âge d'homme,
08:29celui où l'on connaît le prix de la vie.
08:31À 16 ans, je sais déjà
08:34de quelle histoire je viens.
08:36C'est l'Espagne.
08:37C'est la guerre civile,
08:39c'est l'expérience de ça
08:40et de l'échec de ça,
08:42de l'exil.
08:43C'est-à-dire, pour moi,
08:44il y a une continuité évidente.
08:46Je suis anti-nazi.
08:49Je sais qu'un jour ou l'autre,
08:52il faudra prendre des armes.
08:53Je prends contact avec un réseau,
08:58un réseau anglais.
09:00Un des réseaux d'armes,
09:00c'est qui s'appelle Jean-Marie Action,
09:02et qui était chargé de la réception
09:03des armes pour la région Bourgogne,
09:07centre de la France,
09:08parachutage, stockage,
09:09distribution des armes.
09:10Et là, je suis content,
09:12parce que là,
09:12nous sommes en contact direct
09:13avec l'instrument de la guerre,
09:15qui est l'arme.
09:18En août 1943,
09:20s'en prend Ravita et le maquis du tabou
09:22à Châtillon-sur-Seine,
09:24en Bourgogne.
09:26Il apporte une provision de plastique
09:28et des mitraillettes
09:29provenant d'un parachutage.
09:35Le 7 octobre 1943,
09:38Georges Semprin,
09:38pas encore 20 ans,
09:40est arrêté à Épizy,
09:41près de Joigny.
09:43Il est torturé à la baignoire
09:44et tabassé,
09:45les bras suspendus derrière le dos.
09:49Pendant trois mois,
09:50on le garde à la prison de Serres
09:51avant de le transférer
09:52au camp de Compiègne,
09:53où transitent les résistants arrêtés.
09:56Dernière halte
09:57avant la déportation.
10:09Le 29 janvier 1944,
10:12le convoi de Semprin,
10:14parti de Compiègne,
10:15arrive à Buchenwald.
10:16C'est la fin du grand voyage.
10:26C'est la fin du grand voyage.
10:28Voilà.
10:33La gare était là.
10:35Donc les trains
10:36arrivaient jusque là.
10:38Du bout des arbres,
10:39à peu près, jusque là.
10:40Et donc ça,
10:41c'était l'arrivée,
10:44c'était l'arrivée,
10:45disons,
10:45la réception solennelle.
10:47Les SS couraient à côté
10:48avec les chiens,
10:49donc il y avait les coups de crosse,
10:51les morsures, etc.
10:52Et on était livrés
10:53à la porte du camp.
10:54C'était la mise en scène
10:55comme ça,
10:56pour impressionner.
10:58Il y avait de grandes colonnes
10:59sur montée d'aigles hitlériennes
11:01et avec des projecteurs.
11:14Et ça, c'est la fameuse description.
11:17À chacun, son dû.
11:19Il y a de la scène.
11:20Qui n'est pas lisible là,
11:22elle est renversée.
11:24Elle est lisible tous les matins
11:25quand tu pars au travail.
11:31Bon, alors là,
11:39il faut imaginer.
12:01Quand on voit arriver,
12:11il faisait le trajet comme ça,
12:13le long du crématoire,
12:14sans savoir que c'était le crématoire.
12:17Jusqu'à ce bâtiment
12:18qui est là-bas au bout,
12:19qui était le bâtiment
12:19des douches des infections.
12:22Et c'est par un souterrain
12:23qui doit exister toujours,
12:24j'imagine,
12:25entre le bâtiment des douches
12:28et le magasin d'habillement,
12:30le magasin général,
12:30effect en kamer,
12:31qu'on passait tout nu
12:33et qu'on était habillés
12:34dans ce bâtiment-là.
12:39Quand tu étais déjà
12:40plus ou moins habillé,
12:42tu finissais de mettre ta veste,
12:43de mettre tes socs de bois,
12:47il y avait donc
12:48une autre table
12:50à angle droit,
12:51comme ça,
12:52à angle droit,
12:53où il y avait
12:54quelques détenus allemands
12:56qui faisaient affiche d'arrivée.
12:58Le déporté allemand,
12:59le détenu allemand,
13:00écrivait nom,
13:01prénom,
13:02religion,
13:03je ne sais pas pourquoi,
13:05politique espagnole
13:06ou politique français
13:07ou etc.,
13:08et la date de naissance,
13:09le lieu de naissance,
13:09et la profession.
13:11Et c'est là,
13:12il me demande la profession,
13:13je lui dis étudiant en philosophie.
13:14Il dit, non, non,
13:15ici, il vaut mieux être électricien,
13:16ajusteur, fraiseur,
13:17maçon,
13:18n'importe quel travail qualifié.
13:20Il répète comme ça,
13:21avec beaucoup d'assistance,
13:22« Facharbeiter »,
13:24« Travail qualifié ».
13:25Le groupe on n'est rien,
13:26ce qu'il voulait me dire,
13:27je dis non,
13:28je m'excuse,
13:28je dis non.
13:29Alors il a fait un geste
13:30et il m'a fait passer.
13:33Et j'ai toujours pensé
13:34qu'il avait écrit
13:35« Student »,
13:36« Estudiant ».
13:36Il n'avait pas écrit
13:39« Student »,
13:40mais sans doute pas
13:41« Station phonétique »,
13:42« Stuckateur ».
13:43C'est-à-dire un « Stuckateur »,
13:45c'est-à-dire un « Travail sur le plâtre »,
13:47un « Travail qualifié ».
13:49Et donc,
13:51très vraisemblablement,
13:52pour ne pas dire sûrement,
13:53il m'a sauvé la vie.
14:02Comme tous les déportés
14:03arrivant à Buchenwald,
14:05Georges Semprin est parqué
14:06dans le petit camp,
14:08antichambre du grand camp
14:09ou de la mort.
14:13Très vite,
14:19il est repéré
14:19par ses camarades.
14:22Au bout de deux jours,
14:23par le service
14:24d'information du camp,
14:25on a dit
14:25« Il y a là un Espagnol
14:26qui arrive de Bourgogne,
14:29il a essayé de travailler
14:29avec les maquis,
14:31il paraît qu'il est communiste,
14:32allez voir. »
14:34Et j'ai reçu la visite
14:35d'un des dirigeants
14:36communistes espagnols
14:37de Buchenwald.
14:39À Buchenwald,
14:40les communistes allemands
14:41détenus depuis des années
14:42ont créé
14:43une organisation clandestine
14:45qui tente de protéger
14:46les résistants
14:47de tous les pays.
14:49« Je suis totalement intégré
14:51dans l'organisation
14:52communiste clandestine
14:54espagnole de Buchenwald
14:55et à partir de là,
14:56je fais partie un peu
14:57de la nomenclatura
14:58communiste de Buchenwald. »
15:04J'ai le sentiment
15:05d'avoir été privilégié.
15:06On était pris en charge
15:08et aidés
15:08et soutenus
15:09beaucoup plus
15:09que dans d'autres camps
15:10simplement parce qu'on était
15:11résistants et communistes
15:12en particulier.
15:13Donc,
15:14on accédait à la survie
15:15plus facilement
15:16alors que dans d'autres endroits,
15:18le fait d'être communiste
15:19vous conduisait
15:19plus rapidement
15:20à la mort.
15:20Comme il est communiste
15:31espagnol
15:32et qu'il parle allemand,
15:33son print est affecté
15:34à l'Arbeit statistique,
15:36l'administration interne
15:38du camp
15:38juste à côté
15:39du four crématoire.
15:45Les déportés
15:46qui travaillent
15:46à l'Arbeit statistique
15:48dressent les listes
15:49des détenus
15:49qui partent travailler
15:51dans des conditions
15:51très dures
15:52à l'extérieur du camp,
15:54en particulier
15:54dans les usines d'armement
15:55comme Dora.
15:57Figurer sur ces listes
15:59constitue
16:00un ticket pour la mort.
16:03Et toi,
16:04ça te pesait
16:04à l'époque
16:05aucun problème
16:06de morale
16:07d'aucune sorte
16:07de dire
16:08si on choisit
16:09un tel plutôt qu'un tel,
16:11finalement on choisit...
16:11On ne choisit pas
16:12un tel plutôt qu'un tel,
16:13on choisit d'éviter
16:14la mort à un tel.
16:16Et bien sûr,
16:16cette place-là
16:17est prise par quelqu'un.
16:17Ça veut dire aussi
16:18d'envoyer l'autre à la mort.
16:19Oui,
16:20ça veut dire
16:20d'envoyer quelqu'un
16:21à la place
16:22de celui-là.
16:23Mais je répète,
16:24aujourd'hui,
16:25dans la situation normale,
16:29ça me paraîtrait absurde
16:30ou même intolérable
16:32de faire une chose pareille.
16:33Mais à cette époque-là,
16:33je crois qu'il n'y avait
16:34pas l'ombre d'un doute
16:35qu'il fallait d'abord
16:36préserver les résistants.
16:37Sous-titrage Société Radio-Canada
16:50Aux côtés de Saint-Prin,
17:03travaille dans la baraque
17:04de l'Arbaï-Statistique
17:06un communiste tchèque,
17:08Joseph Franck,
17:09qui va jouer un rôle crucial
17:10et douloureux dans sa vie.
17:12En avril 1945,
17:23les troupes de Patton
17:24avancent en Allemagne.
17:26Le 12,
17:27l'avant-garde arrive
17:28dans les environs
17:29du camp de Buchenwald.
17:30Vers midi,
17:34il y a eu,
17:35d'abord dans les haut-parleurs,
17:37on a entendu
17:37l'ESS donner l'ordre
17:38à ses troupes
17:40d'évacuer les Miradors
17:41et on a compris
17:43que c'était la fin.
17:53On a vu arriver
17:54sur la route
17:55longeant le camp
17:56des blindés américains
17:59de la 3e armée de Patton
18:00et à ce moment-là,
18:01le comité clandestin militaire
18:02a donné l'ordre
18:03au groupe de choc
18:04de prendre les objectifs
18:05qui étaient préparés d'avance.
18:07Alors, les armes ont surgi
18:08et alors on les montait
18:10à l'assaut
18:10de la tour de contrôle
18:11des Miradors.
18:12Il n'y a pas eu de résistance,
18:13pratiquement pas eu de résistance.
18:15Et en deux heures,
18:16le camp a été libéré
18:17et la colonne armée
18:18descendait sur Weimar.
18:20Le commandement américain
18:21nous a donné l'ordre
18:21de revenir vers le camp.
18:23On a passé quand même
18:23une partie de la nuit
18:25en armes dans la forêt
18:26en route vers Weimar,
18:27ce qui était un rêve absolument.
18:28C'est extraordinaire.
18:29C'était la fin,
18:30le dernier chapitre
18:31d'une histoire
18:32assez bien,
18:37disons-le carrément.
18:47Ils sont en face de moi,
18:48l'œil rond,
18:50et je me vois soudain
18:51dans ce regard d'effroi,
18:53leur épouvante.
18:58C'est l'horreur de mon regard
19:05qui révèle le leur horrifié.
19:08Si leurs yeux sont en miroir,
19:10enfin,
19:11je dois avoir
19:12un regard fou,
19:13dévasté.
19:14Et trois jours après,
19:23le commandement militaire
19:24américain a organisé
19:25la visite du camp
19:26pour les civils
19:27de Weimar.
19:27J'ai suivi le lieutenant américain
19:35et c'était assez passionnant
19:38de voir la réaction
19:40des civils allemands.
19:41La réaction était très évidemment
19:43la stupeur
19:44et la...
19:46une espèce de crainte arrogante.
19:48C'était très difficile,
19:49c'était très significatif.
19:51C'était très difficile,
20:21le 29 avril 1945,
20:46Georges Semprin
20:46rentre de Buchenwald.
20:47Il apprend à revivre,
20:59revoit ses amis,
21:01sort dans les boîtes
21:01de Saint-Germain.
21:03Mais il veut écrire
21:04sur l'expérience du camp.
21:05J'essaye à ce moment-là
21:09de me réintégrer
21:12dans la vie normale
21:13le plus vite possible
21:14et dans mon idée
21:16à travers l'écriture,
21:17puisque c'était mon...
21:18disons...
21:19mon projet vital,
21:20n'est-ce pas,
21:21d'écrire.
21:24Chaque mot,
21:25couché sur le papier blanc,
21:27le replonge
21:27dans la noirceur
21:28de l'abîme,
21:29l'entraîne
21:30dans une spirale dépressive.
21:31tel un cancer lumineux,
21:36le récit
21:37que je m'arrachais
21:37de la mémoire,
21:39bribe par bribe,
21:41phrase après phrase,
21:42dévorait ma vie.
21:44Mon goût de vivre,
21:45du moins,
21:46mon envie de persévérer
21:47dans cette joie misérable.
21:49J'ai eu l'impression
21:52très nette
21:52à un certain moment
21:54que l'écriture
21:55aboutissait au suicide,
21:58que la fin,
21:59l'écriture
21:59aurait été inachevée,
22:02mais la vie
22:03aurait été achevée.
22:05Seul un suicide
22:06pourrait signer,
22:08mettre volontairement fin
22:09à ce travail
22:10de deuil inachevé,
22:11interminable.
22:15Le renoncer à écrire,
22:17c'était pas seulement
22:17renoncer à écrire,
22:19l'expérience du camp,
22:22c'était renoncer à écrire,
22:23complètement.
22:25C'était en fait
22:26renoncer à être moi-même,
22:28pour continuer
22:29à vivre,
22:30à exister.
22:32Et d'où vient
22:33la politique ?
22:49après l'abandon
22:50de l'écriture,
22:52Georges Semprin
22:52se jette dans
22:53l'engagement politique
22:54comme dans une thérapie.
22:57Agir
22:58est une manière
22:59de s'arracher
22:59à l'angoisse.
23:01Être au parti
23:01signifie
23:02la fin de la solitude.
23:03Il sacrifie son indépendance
23:08d'esprit
23:08à l'esprit
23:09de parti.
23:11Semprin
23:12adhère au parti
23:13communiste espagnol
23:14réfugié à Paris.
23:16Intellectuel
23:17stalinisé,
23:18il rédige
23:19des poèmes
23:19à la gloire
23:20de Dolores Ibaruri,
23:21la légendaire
23:22passionaria
23:23qu'il écoutait
23:24à la radio
23:24galvaniser
23:25le camp républicain
23:26pendant la bataille
23:27de Madrid.
23:31Ton sourire,
23:32Dolores,
23:33j'en garde
23:34souvenir.
23:35La porte s'ouvrit,
23:37tu entras,
23:38d'un élan commun
23:39nous nous levâmes
23:39et tu vins serrer
23:40les mains
23:41souriantes.
23:43Et c'est alors
23:44qu'éclata le printemps.
23:52Pour gagner sa vie,
23:54Semprin
23:54fait des traductions
23:55à l'UNESCO,
23:56avenue Kleber.
23:57Mais son obsession
24:00est de retourner
24:01combattre Franco
24:02en Espagne
24:03où il espère
24:04que les dirigeants
24:05du parti
24:05vont l'envoyer.
24:08Mais auparavant,
24:10il doit montrer
24:10sa fidélité
24:11et faire preuve
24:12de discipline.
24:17En novembre 1952,
24:20Rudolf Slansky,
24:21secrétaire général
24:22du parti communiste
24:23tchèque,
24:24est jugé
24:25pour sionisme
24:26et complot
24:26en compagnie
24:27de 13 autres accusés.
24:32C'est le dernier procès
24:33de l'ère stalinienne
24:34où les bourreaux
24:35obligent les victimes
24:36à force de torture
24:38à avouer
24:39des crimes
24:39imaginaires.
24:40Un matin
24:43de cet automne
24:43de l'anonymat
24:44de l'anonymat
24:44de l'anonymat
24:45de l'anonymat
24:46dit dans le journal communiste
24:47l'humanité
24:48le compte-rendu
24:49du procès
24:50Slansky.
24:51Il découvre
24:52que Joseph Franck,
24:53un de ses camarades
24:54de déportation
24:55à Buchenwald,
24:56est un des accusés.
24:57de l'anonymat
25:00de l'anonymat
25:01de l'anonymat
25:01de l'anonymat
25:02de l'anonymat
25:02en 1942
25:04j'ai pris au travail
25:04un acte de l'anonymat
25:06de l'anonymat
25:06de l'anonymat
25:07et de l'anonymat
25:08de l'anonymat
25:08en termes
25:09de l'anonymat
25:10de l'anonymat
25:11et cet acte
25:12de l'anonymat
25:12a été réalisé
25:13en tant que l'anonymat
25:14à l'anonymat
25:15pour l'anonymat
25:16au prospéchou nazistického vedeni tábora lors de ce procès joseph frank est accusé et avoue et
25:23reconnaît avoir travaillé pour la gestapo à buchenwald c'était évidemment impossible
25:30s'il avait travaillé pour la gestapo je n'aurais pas été à paris un matin à acheter l'humanité et
25:38à lire que joseph frank avait avoué avoir non parce que nous aurions tous été livrés à la gestapo
25:44par cet agent de la gestapo
25:4511 des 14 accusés du procès de prague dont joseph frank sont pendus et leurs cendres dispersés
26:00sur une route c'était évidemment un mensonge une impossibilité mais en même temps je savais
26:08pertinemment que j'avais dit ce mensonge d'une possibilité j'étais exclu du parti je savais
26:12je ne suis pas en train de défendre le choix que j'ai fait mais j'ai fait le choix de rester dans
26:16le parti parce que mon objectif c'était d'aller en espagne
26:19le moment n'est pas mal choisi pour rappeler le poème que j'écrivis à la mort de staline je ne vais
26:45pas mûrer ma mémoire notre père est mort notre camarade à tous notre chef est mort notre maître
26:55à tous roulent à présent les tambours du silence notre staline est mort camarade serrons les rangs en silence
27:03trois mois après la mort de staline au mois de juin 1953 george semprun franchi sous une
27:12fausse identité la frontière espagnole je correspondais parfaitement au portrait robot
27:18de l'instructeur d'abord c'était le titre d'un instructeur du comité central qui pouvait essayer de
27:23reprendre des contacts avec ce monde nouveau de l'université de la culture du cinéma de la peinture
27:31qui commençait à bouger qui commençait à donner à l'espagne des signes de vie autonome à 30 ans
27:38s'emprunt début de sa vie de militant communiste clandestin en espagne il retrouve après 17 ans
27:45d'exil madrid la ville de son enfance la clandestinité et l'affirmation d'une liberté la
27:54réalisation d'un destin personnel la clandestinité c'est son identité
28:01quand je commence à m'installer pendant des mois à madrid de plusieurs mois par an évidemment il
28:15faut entrer comme un comme un citoyen français avec un passeport français faux passeport français
28:20un vrai faux passeport français le dernier nom que je me rappelle c'est salagnac qui est un
28:26un passeport de quelqu'un de jeu de la lausère
28:29sans print vie dans des pensions de famille déménage souvent il va de planque en planque sa sécurité
28:52dépend de ses camarades de clandestinité il gardera toute sa vie la nostalgie de cette
28:59fraternité de l'ombre mais c'est vrai que je que j'étais un très bon clandestin la preuve est
29:05qu'ils n'ont jamais réussi à me trouver alors qu'ils m'ont cherché beaucoup jamais on ne m'a
29:09demandé mes papiers d'identité pendant toute époque de la clandestinité pour un contrôle comme ça banal
29:13je veux dire dans la rue ça existait une dictature il avait des contrôles d'identité jamais
29:17le dirigeant communiste passe de longues journées à déambuler de rendez-vous en rendez-vous à fréquenter
29:25les cafés les librairies c'était une manière de vivre de vivre comme des personnages comme un
29:33personnage de revend le plaisir d'être apparemment tout à fait normal correctement habillé
29:46et en même temps je savais pertinemment que j'étais en train de saper des fondements il ya
29:53toujours un plaisir à être à la fois complètement lisse transparent anonyme et à être un agent de
30:03subversion le prado le musée de son enfance lui sert de refuge et de havre de paix j'ai visité le
30:15prado pendant l'époque de ma clandestinité à madrid tous les jours pratiquement et c'est
30:21un lieu idéal pour faire passer le temps entre rendez-vous et rendez-vous clandestin on a deux
30:26nos deux ou trois heures vides qu'il faut meubler et le prado est un lieu idéal pour établir des
30:31distances entre les rendez-vous et pour avoir la possibilité de surveiller les arrières de voir
30:37si j'avais été suivi ou non
30:38tu es passé une nouvelle fois tu regardes la colline de biriatou tu retrouves la sensation
30:55un peu fade légèrement angoissante du passage tu as roulé toute la nuit la bouche est desséchée
31:02par le manque de sommeil la fumée du tabac une nouvelle fois tu vas passer
31:08parfois on tomber sur la garde civile alors alors on s'ouvre un passage à coups de feu
31:26avec toi vraiment il n'y a pas de problème comment à tentant de personne peut penser que
31:29tu es espagnol moi même parfois je suis la dernière fois j'ai passé un copain qui
31:34georges s'emprunt effectue des missions de plusieurs mois en espagne à chaque fois
31:39qu'ils traversent la frontière sous une fausse identité dans un sens ou dans l'autre il risque
31:44l'arrestation et la prison en février 1956 se tient à moscou le 20e congrès du parti
31:57communiste d'union soviétique nikita khrouchev le premier secrétaire
32:04critique stalin dans un rapport secret le premier des communistes dénonce les crimes du communisme
32:10l'ébranlement est considérable dans l'empire soviétique certains partis
32:17communistes comme le français ni l'authenticité du rapport attribué à khrouchev
32:22le 6 juin s'emprunt prend connaissance du rapport khrouchev dans le monde qui en
32:30publie de larges extraits il ne doute pas un instant de sa véracité le parti communiste espagnol
32:40et je crois l'un des rares partis d'occident où le rapport attribué à khrouchev a été considéré comme
32:46un vrai rapport et a été discuté et on en a tenu compte pendant très longtemps j'ai mis de côté
32:54mis entre parenthèses des des doutes très forts et des critiques très fortes sur sur la nature de
33:01l'urss à partir de 56 du 20e congrès sur la stratégie mondiale de la politique soviétique et sur la
33:11la société soviétique donc sur l'idéal disons sur le projet si j'avais été si c'est devenu un français
33:19de nationalité à l'intérêt de le français sauf que je suis d'une certaine façon parce que je suis
33:23un écrivain français j'aurais certainement quitté le parti beaucoup plus tôt en 56 à l'effet la
33:29hongrie le 20e congrès les révélations de khrouchev sur les crimes de stalin les premières révélations
33:33parce que on a appris encore d'énormes choses plus tard mais j'étais espagnol et
33:40malgré tout ça l'instrument de lutte contre le franquisme qu'était le parti communiste espagnol
33:47était nécessaire et efficace en 1956 s'emprunt toujours clandestin montant grade et intègre
33:58la direction du parti communiste espagnol il participe au congrès qui se tiennent le plus
34:03souvent dans les pays de l'est à ce moment là j'étais responsable du centre clandestin du comité
34:14central à madrid quel effet ça te fait quand tu vois ces photos de ces années 50 l'attue à l'air très
34:20austère dessus mais je suis toujours austère moi pas du tout la taille tes lunettes tu as l'air de
34:26vraiment d'un dirigeant sérieux quand même je les portais aussi en dehors des réunions de paul
34:32est ce qu'il n'est pas que je portais les lunettes souvent par là vous avez tous l'air de porter la
34:37responsabilité du prolétariat mondial sur vos épaules oui mais quand est-ce qu'on peut être autrement dans
34:43des circonstances comme celle là des congrès des là c'est une réunion de toute la direction du parti
34:49qu'est-ce qu'on peut pas moi j'imagine que c'est pas fait pour rigoler à cette photo là superbe je
34:58la connaissais pas celle-là superbe en tri mais c'est les formidables il ya la passionnariat cario
35:04il ya moi là derrière un peu comme comme je ne sais pas quoi mes petits jeunes jeunes alors là on voit bien
35:11la différence mais il ya les lignes et un portrait des lignes derrière nous ça va nous sommes vraiment
35:15dans le sein des saints là nous sommes vraiment dans la mythologie le parti communiste attribue à
35:27son train qui utilise souvent le pseudonyme de sanchez un appartement acheté spécialement est situé
35:34dans un quartier populaire de madrid 5 rue conception de bahamandé la personne qui tenait
35:43cet appartement clandestin était un ancien déporté à mauthausen qui est un camp d'autriche très dur où
35:48il ya eu beaucoup de républicains espagnols il ne savait pas qui j'étais vraiment et il ne savait
35:55pas que j'avais été déporté et il me racontait le camp le soir il me racontait mauthausen qui est très
36:01différent et en même temps très similaire à boc une balle et je trouvais qu'ils racontaient très
36:04mal et que c'était dommage que de raconter si mal et brusquement j'ai écrit dans cet appartement
36:12clandestin en trois semaines ce grand voyage que je n'avais pas pu écrire quinze ans avant
36:18je me rappelle très bien c'est cet aube ce petit matin du du mois de juin à madrid où je dis bien
36:31je vais écrire il y a cet entassement des corps dans le wagon cette lancine en douleur dans le
36:37genou droit les jours les nuits je fais un effort j'essaie de compter les jours de compter les nuits
36:44j'ai commencé à écrire ce livre sans savoir comment il allait continuer et c'est venu c'est
36:50venu tout seul c'est venu sans problème sans problème aucun problème y compris l'invention
36:54du gaz tout est venu très grande c'est la première la seule fausse m'est arrivé l'expérience du grand
36:59voyage est unique mais elle est unique parce que c'est un livre qui a mis qui a mûri pendant 15
37:04ans dans le dans l'inconscient d'une certaine façon et c'est pour ça qu'il est sorti comme ça
37:10que faire pour être cru que faire pour raconter et faire imaginer ce qui est proprement inimaginable
37:20et que pour véridique que ce soit le témoignage direct ça ne suffirait pas ce n'est pas la peine
37:27de rajouter les détails horribles même s'ils sont vrais même s'ils en vrai surtout s'ils sont vrais
37:32presque dirais-je les uns aux autres mais qu'il faut aussi suggérer des choses et comme suggérer des
37:37choses on peut très bien prendre un détour qui n'est pas celui de raconter l'horreur depuis cinq
37:42heures du matin et tous les soirs et recommencer tous les jours raconter la même horreur qu'il
37:47y avait d'autres façons de suggérer donc il ya un choix moral d'écriture qui n'est pas dans le
37:50pathétique mais plutôt dans la dans la suggestion des choses dans le leur la voie indirecte pour
37:57rappeler des choses
38:16l'été en tant que dirigeant du parti s'emprunt pas ses vacances en urss en particulier à foros
38:27en crimée avec sa compagne colette qui partage sa vie depuis une dizaine d'années
38:35le dirigeant du parti communiste espagnol santiago carillo est là également avec sa femme les deux
38:41familles partagent des moments de détente comme un membre du bureau politique on avait droit tous
38:48les deux ans à des vacances de nomenclaturistes de nomenclatura à l'union soviétique et moi j'ai eu
38:55droit à ces vacances là en 1958 et 1960 ça a joué un rôle décisif pour moi ma prise de conscience la
39:03connaissance même épisodique même superficielle qu'on peut avoir en vacances en vacances surtout de la
39:09nomenclatura qui est certainement la couche sociale la plus privilégiée de l'histoire du
39:1420e siècle cette prise de conscience de ce que c'est qu'un privilège de ce que c'est que
39:19une situation de privilèges je l'ai eu là bas à partir de 1962 s'emprunt affiche des désaccords avec
39:29la stratégie suivie par la direction du parti communiste espagnol il critique son analyse archaïque
39:36à ses yeux de l'espagne qui sous l'apparence immuable du franquisme est en train de changer
39:41grâce à l'afflux des dollars et à l'affluence des touristes mon analyse vécu sur le terrain de
39:48certaines façons de la situation à l'espagne ne correspondait plus du tout de moins en moins
39:54et bientôt plus du tout avec l'analyse fait par la direction du parti à laquelle je participais
39:59dont j'étais membre exilé est une vision à mon avis triomphaliste une vision très idéalisée
40:04en avril 1964 en tchécoslovaquie santiago cario ouvre le procès du déviationniste sans print
40:12oh ça se passe dans les règles dernière discussion du bureau politique réuni en
40:19séance plénière dans un ancien château des rois de bohème près de prague aux ambions de prague
40:24une semaine entière on n'a pas fait le détail cario réclame une autocritique pratique
40:31courante de l'inquisition communiste sans print refuse devant cario et la passionaria sans print
40:39sans chaise explique qu'il ne capitulera plus devant l'esprit de parti qu'il préfère avoir
40:44raison tout seul que se tromper avec le parti la passionaria avait pris la parole elle s'était
40:54mise à lire le feuillet qu'elle avait préparé de sa voix splendide aux accents métalliques après
40:59harmonieuse à la fois elle vous foudroyait de tout son courroux elle parlait au nom de l'esprit de
41:06parti du sacro saint esprit de parti elle disait que vous n'étiez rien d'autre que des intellectuels à
41:13la tête de linotte quinze ans plus tard dans une espagne qui a retrouvé la démocratie s'emprunt
41:24publie l'autobiographie de federico sanchez où il relate cette séance d'exclusion et l'adieu à ses
41:30ex camarades les hasards biographiques ont fait que façon très très mystérieuse et très clair en
41:39même temps très mystérieusement clair le la fin de la période politique coïncide avec le début
41:46retardé aussi de l'écriture donc il y à l'adieu aux armes et le retour à l'altérature
42:09en mai 1963 le grand voyage écrit deux ans plus tôt dans la clandestinité madrilène est publié chez
42:19gallimard le livre reçoit le prix for mentor accordé par 12 éditeurs internationaux le grand voyage le
42:30voyage de 120 déportés entassés dans un wagon de marchandises qui sont conduits de compiègne à
42:36bourgneval pendant cinq jours et cinq nuits et c'est aussi le le voyage intérieur en quelque sorte
42:42dans la mémoire dans les souvenirs et dont l'anticipation de l'avenir du personnage principal
42:48de cette histoire au même moment le livre d'alexandre solzhenitsyn une journée d'yvan denisovitch
42:55paré en france ancien détenu au goulag solzhenitsyn relate la vie dans l'enfer concentrationnaire soviétique
43:03la publication a été autorisée par khrouchev qui a reçu l'écrivain au kremlin
43:16c'était le choc c'est à dire que je me suis senti dès ce moment là j'ai senti qu'il fallait réécrire
43:24ce livre pour revivre cette expérience qui n'était plus une expérience innocente nous n'étions pas les
43:30seuls déportés nous n'étions pas les seules victimes innocentes il avait d'autres étaient c'était
43:35encore pire puisqu'ils étaient victimes d'un régime qui prétendait fanatiquement abolir toutes les
43:41injustices cette découverte tardive de la réalité soviétique conduit s'emprunt à une analyse impitoyable
43:49de son propre passé à une révision tragique de sa mémoire du camp à la lueur blanchâtre du goulag
43:55je savais qu'il me faudrait revivre mon expérience de buchenwald heure par heure avec la certitude
44:05désespérée de l'existence simultanée des camps russes du goulag de staline je savais aussi que la
44:14seule façon de revivre cette expérience était de la réécrire en connaissance de cause cette fois ci
44:19dans la lumière aveuglante des projecteurs des camps de la colima éclairant ma mémoire de
44:27buchenwald je n'avais encore rien écrit en somme le résultat de cette longue réflexion comparative
44:37sur les deux systèmes totalitaires du 20e siècle formera la matière d'un livre quel beau dimanche que
44:44s'emprunt mais 12 ans à rédiger espagne est devenu la bonne conscience lyrique de toute la gauche un
44:50mythe pour anciens combattants en attendant 14 millions de touristes vont passer la vacance en
44:55espagne espagne n'est plus qu'un rêve de touristes ou la légende de la guerre civile je n'ai pas été
45:02à verdun je n'ai pas été non plus à terre ruelle ni sur le fond de lèvres et ceux qui font des choses
45:05d'espagne aujourd'hui les choses vraiment importantes n'y ont pas été non plus ils ont 20 ans ce n'est pas notre
45:09passé qui les fait bouger mais leur avenir espagne est plus le rêve de 36 mais la réalité de 65 même
45:15ce semble déconcertante 30 ans se sont passés les anciens combattants mon merde le hasard fait bien
45:23les choses au moment même où il prend congé de son double fédérico sanchez george s'emprunt est
45:29sollicité par alain reynet pour l'écriture d'un scénario ce qui l'intéressait c'est ce va-et-vient dans
45:37le temps ce cette continuelle construction du présent à travers la mémoire et le la projection
45:45en avant c'est ça que ce jeu avec le temps qui était qui fait partie des choses qui l'intéressait
45:49beaucoup à l'époque qu'on pourrait toujours bien sûr tous ces films voilà la matière nourricière de
45:54sa de son imagination de son imaginaire il m'a dit bien entendu enfin pris un verre ensemble et il
46:01m'a dit un verre avec un avenir un café j'imagine ouais oui non minéral et m'a dit ça m'intéresse
46:07mais bien entendu nous ne ferons pas si nous parvenons à faire un film nous ne ferons pas
46:12un film politique et pas un film sur l'espagne c'est trop près de vous le héros de la guerre est
46:18fini diego personnage de fiction est nourri par l'expérience de sans-prunt
46:23montant qui joue à l'écran diego incarne en réalité sans print le comédien est d'un si georges a opéré
46:33le transfert de fédérico sanchez à georges sans print montant en jouant ce personnage mais sans le
46:41savoir considérablement aidé à prendre des licences il prend une partie de mon histoire il la porte
46:55jusqu'au bout comme acteur il me permet de me regarder à travers lui à travers ce personnage
47:01avec suffisamment de distance pour que je sois plus à la fois net mais plus calme entre montant et
47:11sans print naît une connivence profonde nourrit de leurs histoires respectives de la recherche d'un
47:16idéal perdu d'affinités électives l'attirance réciproque entre les deux hommes tient à ce que ces deux
47:24émigrés ont partagé les grandeurs et les désillusions d'une génération qui a eu 20 ans pendant la guerre
47:30pour des raisons qui sont tout à fait mystérieuses qui tiennent à la à la fraternité c'est vrai qu'il y a
47:37eu un long parcours amical n'est pas suffisant pour dire le l'intensité de ce parcours et puis la
47:49découverte du travail du musical qui est un travail de théâtre le travail de dramatique un travail
47:55absolument passionnant à suivre au jour le jour et à la minute ça c'est une fascination évidente
48:00pour marquer sont impôts non j'ai pas dit trop tôt pour marquer sont impôts et je donne à la java
48:13mais même le chanteur répète souvent avec ses musiciens dans sa maison d'auteuil en normandie
48:26où le couple montant signerait invite les amis le week-end georges devient un habitué et rejoint
48:33le premier cercle c'est là que j'ai connu costa gavras il venait faire son premier film compartiment
48:40tueur il a eu l'idée de faire aide à partir du livre de vassille et cauches le roman reportage
48:47roman de vassille et cauches et m'a demandé tout naturellement on était copains et m'a demandé de
48:52travailler avec lui parce que j'étais l'auteur de l'écrivain de rené parce que on avait beaucoup
49:00discuté les problèmes politiques historiques de la grèce rappelle du cercle façon les problèmes
49:06espagnols lui était un exilé ou un émigré grec mon temps était un émigré italien moi j'étais
49:15un émigré espagnol avait là il y avait une espèce de complicité fraternelle le livre z de l'écrivain
49:22grec vassili vassille et cauches raconte l'assassinat prémédité du député de gauche l'embrachis à
49:29thessalonique en 1963
49:38vassili cauches qui a eu accès aux dossiers d'instruction démonte l'implacable engrenage
49:42d'une machination montée par une organisation d'extrême droite avec la complicité de la
49:48hiérarchie militaire
49:50à sa sortie zed remporte un triomphe la secousse de mai 68 a fait naître un vaste public pour les
50:06films politiques qui connaissent alors l'horreur de gloire
50:13zed obtient le prix spécial du jury à cannes puis deux oscars aux états unis
50:20alors que zed était encore au montage est paru en france le livre d'arthur london l'aveu
50:37london est un des 14 accusés du procès slansky
50:43l'ancien communiste tchèque déporté à matthausen vice ministre des affaires étrangères dans son pays
50:53après la guerre il raconte comment il a été arrêté en 1951 est torturé par ses propres camarades
51:00communistes il a avoué des crimes imaginaires
51:03le métode physique des violences psychiques et à la mystification et à deux on a faussé des signes à
51:17force et des protocole c'est un processus cadet 22 mois et pas à pas j'ai résisté six mois avant
51:37d'avouer costa gavras souhaitait porter l'aveu à l'écran george semprin écrit le scénario d'une
51:44machination qui fait ressurgir le fantôme de son camarade de buchenwald joseph franck
51:50il ya un problème personnel d'un compte personnel à régler c'est à dire que l'un des accusés et
51:57l'un des pendus du procès slansky c'était joseph franck et joseph franck était un communiste tchèque
52:05qui est que j'ai connu dans un camp de concentration en allemagne avec lequel j'ai passé deux ans en
52:12travaillant ensemble dans le même commando et l'une des accusations qui ont été portées
52:17contre lui et qu'il a reconnu au cours du procès c'est l'accusation d'avoir servi d'avoir
52:22travaillé pour la gestapo dans le camp où nous étions déportés
52:26les functiques isabelle à tout le monde chique à sem pomal la system 6 et ce stavani transport ou
52:35d'une douze nif prats ennemis commandes à prats au vich de l'acteur y fdp et mili tch et prats au
52:44vigny à son train ne se pardonne pas son silence au moment du procès alors qu'il savait joseph franck
52:53innocent l'écriture de l'aveu et donc pour s'emprunt un exutoire une catharsis une manière
53:00de solder en compte avec lui même je n'aurais pas pu sauver franck j'aurais peut-être pu me
53:06sauver moi même
53:3620 ans après la sortie de l'aveu, le mur de Berlin s'effondre et en Tchécoslovaquie, la révolution de velours porte en janvier 1990 le dissident emprisonné Vaclav Havel au pouvoir.
54:00Mon temps est à ses côtés.
54:06La lutte contre la dictature, contre les procès trouvés, contre les aveux expatriés, oui c'est vous chers commatures du Président qui l'avez conduite, vous avec les étudiants, une de la scénatographie démocratique et libre.
54:28Quelques jours plus tard, en présence de Vaclav Havel, Montand, Costa Gavras et Semprin sont à Prague pour présenter l'aveu.
54:37Et nous avons vu des milliers de tchèques s'émouvoir et pleurer avec ce film.
54:43Ça c'est le grand souvenir, le grand souvenir de ma vie quoi.
54:47Georges Semprin boucle ainsi une histoire qui de Buchenwald à Prague forge le fil rouge de sa mémoire.
54:59Aux morts vieux capitaines, il est temps, levons l'encre, ce pays nous ennuit aux morts appareillons.
55:06Si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre, nos cœurs que tu connais sont remplis de rayons.
55:13En plis de rayons.
55:13Merci.
55:14Merci.
55:15Merci.
55:16Merci.
55:17Merci.
55:18Merci.
55:19Merci.
55:20Merci.
55:21Merci.
55:50Merci.
Comentários