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00:00Si intéressés, on va prendre la direction des Etats-Unis ce mardi 4 novembre, la ville la plus peuplée du pays est convoquée aux urnes.
00:07C'est New York, elle est liée aujourd'hui, son nouveau maire, vous voyez les bureaux de vote qui ont ouvert il y a maintenant un peu plus d'une heure.
00:15Voilà pour les leftos, ceux qui ont préféré, c'est une tradition, là aussi aller déposer leur bulletin dans l'urne avant d'aller au travail.
00:23Ils sont des millions à devoir se prononcer, choisir un successeur à Eric Adams et il va y avoir trois choix possibles dont le trait commenté Zoran Mamdani.
00:33C'est un candidat très à gauche de l'échiquier politique dont le profil tranche drastiquement avec ses prédécesseurs.
00:39Les sondages le placent loin devant le démocrate Andrew Cuomo qui cette fois se présente en indépendant.
00:48Il y a aussi le républicain Curtis Sliwa, quel est donc son secret pour s'imposer ainsi ?
00:54Comment expliquer l'intérêt de la jeunesse pour cet homme qui bouleverse les codes de l'établissement américain et qui espère devenir le nouveau visage démocrate ?
01:03Et je suis tentée d'ajouter qu'il donne aussi un peu de sueur froide à Donald Trump.
01:06On va commenter évidemment cette séquence avec Pierre Jarvay, bonjour et merci d'avoir accepté l'invitation.
01:11Professeur de civilisation américaine à l'université Sorbonne Nouvelle, on est en train quand même de commenter,
01:16et ça a même commencé dimanche soir sur les chaînes de télévision, un scrutin local, l'élection de New York.
01:22A une résonance nationale évidemment avec des enjeux bien plus forts mais ça faisait longtemps que ça n'était pas arrivé ?
01:28Alors l'élection locale New York c'est une des principales villes des Etats-Unis donc effectivement vous avez quand même de l'intérêt pour les maires,
01:35c'est pareil pour Chicago par exemple, l'élection de maire de Chicago soulève aussi l'intérêt.
01:40Ce sont des élections nationales de toute façon parce qu'il n'y a pas que l'élection à New York, il y a l'élection de gouverneurs dans certains états,
01:46de législature d'Etat, il y a une multitude de votes qui sont organisés aujourd'hui, c'est le jour de l'élection, le 1er mardi de novembre,
01:52ça se passerait comme ça tous les ans.
01:53La différence ici n'est pas tellement New York que le candidat lui-même parce qu'il représente la gauche du Parti démocrate
01:59et que cette gauche a été plus ou moins marginalisée depuis la campagne de Bernie Sanders en 2016 en réalité.
02:06Et cette gauche du Parti démocrate qui était très active et qui formait l'une des bases du Parti démocrate a été d'une certaine façon mise de côté
02:14aussi bien sous Biden qu'ensuite par Kamala Harris et ses conseillers et par la direction actuelle du Parti démocrate
02:22et la victoire de Bab Nani a suscité l'intérêt parce qu'elle représentait la victoire de cette base, de cette partie de la base
02:28sur les dirigeants démocrates.
02:31Cuomo est le fils de Mario Cuomo qui est une figure historique du Parti démocrate dans l'état de New York.
02:37Il a été secrétaire d'Etat sous Clinton, enfin secrétaire dans l'administration Clinton, sous-secrétaire dans l'administration Clinton.
02:43Donc c'est un punk du Parti démocrate.
02:45Sauf qu'il a échoué au primaire et qu'il ne l'a pas vraiment digéré parce qu'il se présente aujourd'hui en candidat libre, indépendant.
02:50Oui, poussé par une partie des dirigeants démocrates.
02:54Parce qu'effectivement le problème c'est que la victoire de cet outsider,
02:58mais qui en fait localement est probablement soutenu par une majorité de la base démocrate,
03:03représente une menace aux yeux de la direction actuelle du Parti.
03:06Il échappe au code, je disais, il bouleverse les codes de l'établissement américain, l'établissement démocrate, forcément en premier lieu.
03:12Oui, c'est un retour. Alors ça n'est pas totalement une nouveauté.
03:16Les Etats-Unis, on voit ça souvent comme un parti qui n'a jamais eu de vraie gauche, mais ça n'est pas vrai.
03:21Vous avez eu une gauche socialiste et vous avez eu une gauche démocrate qui est restée active jusque dans les années 1980-90 en réalité, sous différentes formes.
03:30Et ce qui s'est passé, c'est que depuis Bill Clinton, effectivement, cette gauche a perdu peu à peu de son emprise sur le parti, ou de sa place dans le parti.
03:36Et récemment, elle avait été véritablement mise de côté. On se souvient de Mark Cuban, qui était un des bailleurs de fonds de Kamala Harris,
03:44disant que le parti démocrate n'était plus le parti des progressistes, c'était le parti de Kamala Harris.
03:49Et Mme Dany représente un retour de cette tradition, retour effectivement structuré autour de programmes relativement ambitieux,
03:58qui serait classé à la gauche socialiste, mais pas au-delà d'Europe.
04:02Quand on parle de socialiste, ça mérite quand même de préciser que ce n'est pas le socialisme français qu'on connaît.
04:07On a entendu Trump dire que c'est un communiste. Bon, ça va très très loin là quand même.
04:12Oui, alors c'est compliqué parce que, effectivement...
04:14Parce que prenez les transports gratuits aux Etats-Unis, c'est du socialisme.
04:17Oui, alors les transports gratuits, c'est du socialisme. La médecine gratuite, c'est du socialisme.
04:21Mme Dany représente quand même une gauche qui est à gauche du parti socialiste actuel.
04:24Si on le plaçait sur l'échiquier politique français, on serait probablement plutôt du côté de LFI tout de même.
04:30C'est quelqu'un qui sort d'abord du mouvement des Democrats Socialists of America,
04:36qui effectivement espère à terme une socialisation des moyens de production, comme on disait dans le temps,
04:42mais qui voit cela comme très progressiste, un processus progressif.
04:47Donc on est plutôt sur ce qu'on appelait au début du XXe siècle les possibilistes.
04:52Ça a beaucoup disparu du vocabulaire.
04:55Mais effectivement, ce sont des gens qui pensent à un changement progressif.
04:57Donc on est très loin.
04:58Comme qui ? Comme Bernie Sanders, par exemple.
05:00Bernie Sanders et...
05:00Alexandrie Aucasio-Cortez aussi.
05:02Ou la gauche du parti socialiste français.
05:05Vous pourriez aussi avoir des figures, si on se souvient de gens comme Henri-Emmanueli,
05:09c'est des gens qui quand même voyaient une possibilité de changement à long terme,
05:12mais de changement progressiste, encore une fois, sans nécessairement de violence ou quoi que ce soit de ce genre.
05:17Mamdani, donc, représente effectivement une tendance très à gauche sur l'échiquier politique américain.
05:23C'est vrai.
05:24Il n'y a pas seulement la liberté de transport, enfin les transports gratuits,
05:27il y a aussi le contrôle, par exemple, des loyers.
05:30Ça, c'est quelque chose qu'ils proposent.
05:32Le prix du logement, ça, c'est effectivement un argument qui pèse à New York, là où les loyers sont très élevés.
05:37Oui, on est à New York, c'est comme à Paris.
05:39Donc, vous avez énormément de pression de visiteurs étrangers et de gens riches qui veulent avoir un appartement new-yorkais.
05:45Les prix sont extrêmement élevés.
05:47Sauf, il y a toute une série de lois contrôlant les loyers pour certaines habitations.
05:52Et c'est sur ces habitations dont le loyer est contrôlé par des réglementations anciennes
05:56que Mamdani veut jouer et également construire des habitations à loyer modéré, comme on dirait ici.
06:01Pierre-Gervais, on jette un oeil peut-être au dernier sondage qui est sorti Outre-Atlantique.
06:05Qui sondage Atlas-Intel du 3 novembre, donc Zoran Mamdani qui recueille 44% des suffrages.
06:13Andrew Cuomo qui a refait une partie de son retard quand même, avec 39% des intentions de vote,
06:20écart de 5 mois qui est le plus faible depuis le début de la campagne.
06:23Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que ça n'est pas encore gagné.
06:25On va être fixé dans la nuit, aux alentours de 3-4 heures du matin, ça n'est pas encore gagné.
06:29Oui, Mamdani représente la vraie gauche, si je puis dire.
06:32Et du coup, se trouve confronté à un ensemble de contre-pouvoirs qui sont extrêmement puissants aux Etats-Unis,
06:38à commencer par les médias, l'ensemble du système internet de la droite républicaine,
06:44soutenu dans le cas qui nous occupe, il faut bien dire, par une partie de la droite démocrate,
06:48qui s'est alliée tout à fait à la droite républicaine pour essayer de pousser Cuomo.
06:52Trump a essayé de convaincre Sliwa, qui était le candidat républicain, de se retirer.
06:55Ça n'a pas fonctionné.
06:56Sliwa étant un électron libre, très peu républicain en fait.
07:01Mais vous avez quand même un effort concerté de toute une série de gens très bien armés,
07:06avec beaucoup d'argent, pour essayer de battre Mamdani, qui est considéré comme un vrai risque.
07:11Pardon, mais Trump lui-même appelle maintenant à voter pour l'autre candidat démocrate.
07:17Bien sûr.
07:17Ça paraît complètement fou.
07:18Non, non. Trump est un New-Yorkais au départ.
07:24Et en fait, il connaissait Cuomo.
07:26Ce sont des cercles qui se fréquentent.
07:28C'est un des problèmes d'ailleurs de la direction actuelle du Parti démocrate.
07:31C'est qu'il n'était au fond pas si loin de ces élites qui sont à mi-chemin entre les républicains et les démocrates
07:36et votent essentiellement avec leur argent pour qui il leur donnera ce qu'ils veulent.
07:40Et d'une certaine façon, Trump évidemment serait très content que Cuomo soit élu.
07:44C'est tout à fait son candidat, plus même que Sliwa, qui est encore une fois beaucoup plus un électron libre.
07:50On va s'intéresser évidemment à ce profil atypique, celui de Mamdani à Outsider.
07:55Profil qui intrigue de confession musulmane, je vous le disais, née en Ouganda, d'une mère indienne, naturalisée et américain.
08:00Ce démocrate appartenant à l'aile socialiste du Parti démocrate a réussi à évincer l'ancien gouverneur de l'État de New York,
08:07Andrew Cuomo, en remportant les primaires l'été dernier.
08:12Et il surfe en tête depuis.
08:13Son portrait tout de suite est signé Rebecca Martin.
08:17Voici le grand favori pour la mairie de New York.
08:23Zoran Mamdani, un socialiste qui réussit à galvaniser les foules de la ville du business et des milliardaires.
08:31New York n'est pas à vendre.
08:36Il n'était pourtant qu'un illustre inconnu il y a encore quelques mois.
08:40La sanction est fulgurante.
08:43Au début de la campagne, dans les cercles de pouvoir, tout le monde me prenait pour une blague.
08:47Mais les gens ont appris à prononcer mon nom.
08:51Et les milliardaires ont pris peur.
08:59Dans l'une des villes les plus chères au monde, il a réussi à conquérir une grande partie de la jeunesse.
09:03Mamdani se bat sans cesse pour les gens qui travaillent, se dresse sans cesse pour défendre la dignité de chacun.
09:10C'est un vent nouveau.
09:11Zoran Mamdani, un profil qui étonne et détonne.
09:1734 ans, né en Ouganda, d'origine indienne, naturalisé américain il y a moins de 10 ans.
09:23Il s'est d'abord fait connaître en s'essayant au rap.
09:27Il a gardé ce style décalé pour la politique.
09:35Organise des chasses aux trésors géantes.
09:38Joue au foot.
09:40Inonde les réseaux sociaux de vidéos humoristiques.
09:43Soyez prêts à voir beaucoup de vidéos effrayantes de ce visage sur votre télé.
09:46Pour marteler ses propositions phares, résolument à gauche.
09:51Gel des loyers, garde d'enfants pour tous, gratuité des bus.
09:55Et surtout, taxer les plus riches.
09:57Il ne devrait pas y avoir de milliardaires.
09:59Il a rapidement gagné le surnom de l'anti-Trump.
10:02Donald Trump qui menace d'ailleurs de supprimer les fonds fédéraux pour New York s'il est élu.
10:07C'est un désastre ce qui est en train de se passer.
10:09On ne peut pas avoir un communiste à la tête d'une aussi grande ville censé représenter la liberté d'entreprendre.
10:16Fervent musulman, soutien indéfectible de la Palestine,
10:20Zoran Mamdani a été critiqué pour ne pas avoir condamné assez fermement le Hamas.
10:25Au sein de son propre parti démocrate, sa candidature et son programme socialiste ne font pas l'unanimité.
10:31Zoran Mamdani n'a littéralement jamais eu un vrai boulot de sa vie.
10:34Sur son CV, c'est écrit qu'il a été stagiaire pour sa mère.
10:36Ce n'est pas un travail pour un débutant.
10:38Ce que je n'ai pas en expérience, je le compense en intégrité.
10:42Vous, vous ne pouvez pas faire l'inverse.
10:43Il y a un quartier à New York qui voit d'un mauvais oeil l'ascension de Zoran Mamdani.
10:48C'est ici, à Wall Street.
10:49Les patrons de la finance et autres milliardaires ont dépensé jusqu'à 22 millions de dollars
10:54pour essayer de contrer le socialiste démocrate.
10:57Il reste pourtant favori dans les sondages.
11:00Voilà, favori pour le moment.
11:02Mais il y a quand même un écart très serré avec son concurrent.
11:04Et tout peut se jouer au dernier moment.
11:06On parlait tout à l'heure des attaques de Trump.
11:08Il semble quand même faire peur au chef de la Maison-Blanche qui, dans la dernière ligne droite, s'est émissé dans la campagne.
11:13Ça, c'est un signe de quoi, selon vous ?
11:16C'est un signe de ce que Trump fait.
11:18C'est-à-dire qu'il ne s'est pas émissé seulement dans cette campagne.
11:21Il s'est émissé dans toute une série de campagnes depuis maintenant six mois.
11:24Il est extrêmement décidé à bloquer toute tentative d'apparition d'une opposition sérieuse.
11:32À l'heure actuelle, le Parti démocrate n'a pas su, n'est pas capable de s'opposer à ce qu'il fait.
11:37Donc il est tout à fait du côté allié.
11:40Lui pourrait Zoran Amdani ? C'est ça qu'il voit en lui, peut-être ?
11:42Il voit en Zoran Amdani le risque de l'émergence d'un vrai mouvement de gauche très opposé à lui,
11:48qui aurait une dimension politique.
11:50Il y a des mouvements d'opposition aux Etats-Unis.
11:52Il y a eu des grosses manifestations récemment.
11:53Mais jusqu'à présent, elles n'avaient pas de relais politiques.
11:55Si effectivement la gauche du Parti démocrate reprend suffisamment de poids
12:00pour forcer la direction du Parti démocrate à s'opposer sérieusement à Trump,
12:03cela pose un problème politique à Trump.
12:05Trump n'est pas stupide.
12:06Il a un rapport à la réalité qui est très fragile.
12:10Mais sur le plan politique, il a quand même des instincts tout à fait normaux.
12:13En plus, il connaît bien la ville.
12:14Et il voit bien comment le type de politique que Amdani développe
12:18pourrait également mordre sur sa base à lui, qui est une base ouvrière.
12:22Il est déjà sur le coup d'après.
12:23Oui, parce qu'on est aujourd'hui, Super Tuesday,
12:25on est un an après l'élection de Donald Trump.
12:29Dans un an aussi, il y aura les élections, les mid-terms.
12:31S'il remportait Zoran Mamdani demain,
12:35s'il emportait ce scrutin, ce serait un signe que quoi ?
12:38Que les démocrates sont encore dans le jeu politique ?
12:41Disons qu'aux yeux de Trump, cela rendrait plus compliqué
12:45l'opération qu'il souhaite pour l'année prochaine.
12:47C'est-à-dire une opposition démocrate déstabilisée, désorganisée,
12:51incapable de s'opposer véritablement avec force à sa politique
12:56et la possibilité de gérer les élections comme il le veut,
12:59un petit peu comme on le fait en Hongrie ou en Russie,
13:01suivant le degré de violence qui sera nécessaire,
13:04de façon à pouvoir gagner ses élections,
13:05quelle que soit la volonté des électeurs, à vrai dire.
13:08Donc ça, c'était le plan.
13:09L'irruption de Mamdani et de la gauche du Parti démocrate,
13:12encore une fois, ce n'est pas une nouveauté.
13:14Mamdani, le slogan « New York n'est pas à vendre »
13:17est un slogan de Bernie Sanders,
13:18qu'il a inauguré dans le Vermont il y a maintenant 30 ans.
13:22Donc c'est cette aile gauche qui reprend de la vigueur politique
13:26et c'est cela qui inquiète Trump.
13:28Qu'est-ce qu'il a de plus que Bernie Sanders ?
13:29Bernie Sanders, à un moment donné, rappelons-le,
13:31le candidat à la présidentielle,
13:33qui a fait peur, lui aussi,
13:35beaucoup plus âgé, peut-être,
13:38hormis cette différence d'âge.
13:40Alors il y a plusieurs différences.
13:41D'une part, il s'agissait quand même d'une campagne présidentielle,
13:43ce qui est à un autre niveau qu'une campagne municipale.
13:45Mamdani, il y a une solide base locale
13:46qui est très importante dans New York.
13:48New York est quand même une ville très à gauche
13:50et il n'a pas seulement des milliardaires.
13:51Il n'y a pas tant de milliardaires que ça, de toute façon.
13:53Donc du point de vue des élections,
13:54les milliardaires sont assez minoritaires du point de vue du vote.
13:58On peut peut-être regarder l'électorat de New York en chiffres.
14:01C'est intéressant.
14:01Il y a un peu plus de 5 millions d'électeurs inscrits,
14:0465% démocrates, 11% républicains,
14:07environ 1 million d'électeurs affiliés à à peu près aucun parti.
14:11Ce sont les derniers chiffres de février 2025.
14:14Donc beaucoup d'électeurs d'extrême-gauche, en réalité,
14:16qui trouvent que les démocrates ne sont pas assez à gauche.
14:18Donc vous voyez, c'est une base qui est très favorable à Mamdani.
14:22Il est évident que Sanders, sur un plan national,
14:25avait beaucoup plus de difficultés.
14:27Il affrontait tout l'appareil du Parti démocrate directement.
14:30Il ne s'en est pas si mal sorti,
14:31puisqu'il est quand même arrivé à faire campagne.
14:33Mais ses chances de réussite n'étaient quand même pas gigantesques.
14:36L'autre problème de Sanders,
14:37c'est qu'il n'a jamais réussi à construire une coalition,
14:40je dirais, à la fois interclassiste et interracisée,
14:43comme on dit chez les woke,
14:44c'est-à-dire alliant à la fois le type de population de New Yorkais
14:48que Mamdani vise et que Mamdani lui-même est,
14:50un immigrant.
14:51Il a immigré à 7 ans, donc il est quand même très américain.
14:54Mais il est rentré en politique très jeune aussi.
14:57Donc c'est quelqu'un d'assez expérimenté.
14:58Mais tout de même, il a la capacité à nouer un discours
15:02qui soit à la fois un discours s'adressant aux classes populaires ouvrières
15:06négligées ces dernières 30 ou 40 années,
15:08et un discours qui soit aussi accueillant
15:11par rapport au type de population immigrée diverse
15:14avec des nouvelles religions
15:15qui n'étaient pas très présentes aux Etats-Unis jusqu'à il y a 50 ans.
15:19Ça, c'est quelque chose que Mamdani fait probablement mieux que Sanders.
15:21Lui qui est musulman et qui le revendique.
15:23D'ailleurs, ça c'est un sujet outre-Atlantique.
15:27Des critiques, beaucoup, pour ses positions pro-palestiniennes.
15:30Il a été l'un des premiers politiques américains
15:32à parler de génocide concernant les attaques d'Israël sur la bande de Gaza.
15:36Ça pourrait lui coûter des points, ça ?
15:37Non, alors très peu, puisque finalement le génocide est quasiment avéré aujourd'hui,
15:41donc ça ne pose plus un problème factuel.
15:43Ce que ça pose, c'est effectivement le fait que la droite du Parti démocrate,
15:46qui est aussi très appuyée aux pro-israéliens les plus durs,
15:49va l'attaquer sur ce plan.
15:50Mais comme de toute façon il aurait été attaqué par cette partie-là,
15:53ça ne change pas grand-chose.
15:54Et la position des électeurs américains a beaucoup évolué par rapport à Israël,
15:58compte tenu de ce qu'Israël a multiplié comme crime de guerre
16:01et crime contre l'humanité ces dernières années.
16:03On estime maintenant à 50%, 45% le nombre d'électeurs juifs new-yorkais
16:08votant pour Mamdani.
16:10Donc vous avez véritablement une perte d'influence d'Israël,
16:14qui est l'un des gros effets négatifs de la politique de Netanyahou.
16:19Là où ça sera peut-être le plus compliqué,
16:21ce sera au niveau des centristes et des modérés.
16:23Trump d'ailleurs essaye de jouer là-dessus en parlant de communistes,
16:27en agitant le drapeau rouge.
16:28Ça pourrait leur faire peur ?
16:30Alors oui, la menace communiste est ancienne aux Etats-Unis.
16:34Vous avez toute une tradition et elle fonctionne plutôt bien.
16:36Dans un pays qui jusqu'à présent était un pays riche,
16:39relativement riche, avec des gens à l'aise qui n'avaient pas tellement envie de partager.
16:42La situation a changé depuis 10 ou 15 ans,
16:45avec une classe moyenne qui est quand même très très fragilisée.
16:48On estime maintenant à 50% les gens qui ne se reconnaissent plus dans la classe moyenne,
16:53donc qui se considèrent dans la classe ouvrière.
16:55Et ça, c'est des gens qui sont moins sensibles aux appels à protéger la propriété,
16:58parce qu'ils n'ont pas tellement de propriété eux-mêmes.
17:01Donc ça ne va pas véritablement leur faire peur en soi.
17:04Après, on verra bien les résultats.
17:05De toute façon, les démocrates présentent deux démocrates traditionnels, modérés,
17:10aussi bien pour le gouverneurat de New Jersey que pour le gouverneurat de Virginie.
17:14Ça sera intéressant de voir d'une part s'ils gagnent,
17:17ce qui n'est pas du tout évident, pas plus que Mamdani,
17:19puisque les démocrates sont très très très déconsidérés en ce moment
17:22du fait de leur absence d'opposition à Trump.
17:24Et on verra bien quelles sont les marges de chaque côté.
17:27Et si les progressistes Mamdani et les socialistes américains font mieux que les modérés.
17:32Il faut rappeler que pour les républicains, c'est quasi perdu d'avance.
17:35Ça fait une dizaine d'années qu'ils essayent de revenir.
17:38Alors à New York, c'est perdu parce que vous avez bien vu les chiffres.
17:42Avec deux tiers de l'électorat qui part démocrate, c'est quand même très difficile.
17:46Mais enfin, s'ils élisent Cuomo, ils éliront un républicain light.
17:49Donc ils seront très contents.
17:51Un démocrate light ?
17:52Non, un républicain light.
17:53J'ai bien dit un républicain light.
17:55Cuomo n'est plus démocrate depuis longtemps, au sens de l'historique du parti.
18:00Il était toujours affilié jusqu'à l'automne dernier,
18:02mais on ne peut pas dire qu'il pratiquait une politique démocrate.
18:05En revanche, sur le New Jersey et la Virginie, ça va être plus compliqué.
18:09Parce que, encore une fois, les démocrates sont déconsidérés.
18:12Biden a été catastrophique du point de vue économique, ce qu'on dit peu,
18:16pour l'ensemble de la petite classe moyenne et de la classe ouvrière.
18:19Même si les moyennes étaient bonnes, en réalité, la population américaine a beaucoup souffert
18:23dans la première moitié des années 2020.
18:25Et ils sont encore en train de payer ça.
18:27Et leur absence de politique à cet égard, ça peut être un boulet pour Spanberger en Virginie.
18:33Et je crois que c'est Cheryl dans le New Jersey qui sont les candidats démocrates.
18:37C'est ça qu'on va tester aujourd'hui, parce qu'on disait une multitude d'élections.
18:40On est évidemment concentré sur ce vote à New York,
18:43mais il va y avoir des élections à peu près partout dans le pays.
18:46Et certains auront une répercussion nationale.
18:49Ça nous dira quelque chose sur la première année de mandat de Trump ?
18:52La première chose à voir, c'est voir qui gagne, évidemment,
18:55mais aussi avec quelle marge.
18:57C'est-à-dire que Mamdani devrait gagner avec une marge importante.
19:00On va voir si c'est le cas.
19:01Spanberger et Cheryl, c'est plus complité.
19:03La Virginie est ce qu'on appelle un état pourpre,
19:07c'est-à-dire entre le bleu et le rouge, entre les républicains et les démocrates.
19:10Ce sont les républicains qui sont rouges,
19:11je le précise à la direction d'une audience française qui n'est pas forcément habituée.
19:16Pas socialisé.
19:18Mais donc on va voir aussi quelles sont les marges de ces modérés,
19:21s'ils gagnent, s'ils ne souffrent pas du discrédit du Parti démocrate,
19:24et s'ils arrivent à gagner.
19:26Et puis vous avez d'autres élections.
19:27Vous avez une élection à la Cour suprême de Pennsylvanie,
19:30qui est importante parce qu'elle conditionne finalement la capacité des démocrates
19:34à empêcher les républicains de charcuter électoralement la Pennsylvanie
19:38au point où il n'y aura plus d'élections libres.
19:41Et la Californie qui est en train de charcuter électoralement
19:44dans le sens opposé,
19:47ou d'essayer du moins la Californie de faire une carte électorale
19:52encore plus favorable aux démocrates,
19:54au motif qu'il s'agit de contrebalancer le charcutage électoral républicain,
19:58et en particulier au Texas.
20:00C'est une proposition, la proposition 50,
20:02qui va être soumise à l'approbation par référendum de la population californienne.
20:07Là encore, on ne sait pas ce que ça va donner,
20:09puisque les gens n'aiment pas trop le charcutage électoral.
20:11Mais d'un autre côté, il est vrai que les républicains,
20:14maintenant dans une douzaine d'États,
20:15ont installé un système qui n'est plus tout à fait une démocratie.
20:18Donc effectivement, ça pose le problème de savoir
20:20comment les démocrates pourront réagir.
20:22Merci beaucoup Pierre-Charles d'avoir été avec nous.
20:25Merci beaucoup.
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