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  • il y a 10 mois

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00:00Bienvenue au Cœur du crime, un podcast issu des archives d'Europe 1.
00:11Savez-vous que plus d'un tiers des crimes et délits commis en France sont traités par la Gendarmerie Nationale ?
00:19Je m'appelle Yann Kermadek, je suis commandant de gendarmerie.
00:25Je dirige une section de recherche dont la mission essentielle est une mission de police judiciaire.
00:41L'histoire que je vais vous raconter est une histoire vraie.
00:46Tous les faits sont réels et se sont déroulés en France.
00:50Seuls, les noms des personnes et des lieux ont été changés.
00:55Le wagon meurtri était couché sur la voie.
01:06Dans quelques instants, les flammes allaient jaillir.
01:10Je rampais sous l'amoncellement de tôles tordues sans me préoccuper des fragments brûlants de verre et de métal.
01:17Enfin, je sentis un souffle d'air frais sur mon visage et aussitôt je me mis debout.
01:22Avec un rugissement de bêtes sauvages, le feu prit derrière moi et je me hâtais de m'éloigner de la fournaise.
01:30Il y avait dix minutes à peine que le premier wagon avait quitté les rails dans un tintamarre infernal,
01:36entraînant le reste de l'express de Boston contre le remblai.
01:40Et déjà, la foule était là.
01:43Rien n'attire autant les badauds que le sang.
01:45Il braquait des projecteurs sur cette scène de cauchemar, se lançant des appels, martelant le métal tordu pour atteindre les survivants.
01:54Ils étaient vraiment à leur affaire.
01:58Je me sentais assez mal en point, mais au moins, je n'avais rien cassé.
02:03Une fois n'est pas coutume, j'avais eu de la chance.
02:06Dans les derniers mois, j'avais collectionné les catastrophes.
02:10Aussi, lorsque j'avais senti le wagon osciller et tanguer dans un bruit d'enfer, je m'étais dit
02:15« Cette fois, mon vieux, tu es bon, c'est la fin. »
02:20Mais je me trompais.
02:22Là-haut, sans doute,
02:24quelqu'un avait décidé que je pouvais encore affronter quelques années de tribulation.
02:29Tous les autres voyageurs du compartiment, même l'ivrogne qui m'avait payé quatre ou cinq whisky pour obtenir le privilège de me raconter sa vie,
02:41avaient eu beaucoup moins de chance.
02:45Ils étaient au milieu du brasier.
02:49Je sentis mes pieds glisser le long d'une pente et je levais les bras pour garder mon équilibre.
02:55Un peu plus loin, un homme me héla.
02:59« Hé, monsieur, ça va ? »
03:01« Oui, oui, merci, ça va très bien. »
03:04« Vous vous en êtes sorti juste à temps, monsieur.
03:07On monte un poste de secours un peu plus loin.
03:10Vous croyez que vous pourriez y arriver ? »
03:12« Oui, oui, certainement.
03:13Où sommes-nous, monsieur ? Comment s'appelle cette ville ? »
03:16« Ah, ben, on est juste à la sortie de Hopkins Falls.
03:20De la ville, on a entendu le bruit de la catastrophe.
03:22On aurait dit une bombe. »
03:26Et il partit en courant.
03:29Je me dirigeais vers le poste de secours
03:31et un jeune type en uniforme blanc me soutint pour entrer dans la tente.
03:36Une matrone assise à un bureau me demanda mon nom.
03:40« Je ne sais plus, madame. »
03:43Pour quelques raisons mal définies,
03:46je répugnais à donner mon nom à cette mémère glaciale.
03:51Le jeune employé en blanc prit mon bras et sourit.
03:54« Ça a l'air d'aller, monsieur, hein ?
03:56Vous pouvez vous vanter d'avoir eu de la chance. »
03:59« Oui, et en effet, j'ai eu de la chance. »
04:03L'employé me conduisit à l'extérieur et, pour la première fois,
04:08j'aperçus les rangées de morts et de blessés étendus sur le sol.
04:13« Écoutez, je me sens parfaitement bien, je vous assure.
04:16Je vais marcher.
04:17Ça ne me vaut rien de rester à traîner ici. »
04:21Le jeune homme haussa les épaules.
04:23« Comme vous voulez, monsieur. »
04:27La chance me favorisa une fois encore.
04:30Une antique Ford approchait.
04:32Une tête barbue surgit de la portière et m'offrit une place à ses côtés.
04:36J'acceptais.
04:38L'homme me harcelait de questions sur la catastrophe,
04:41mais je feignis d'être trop commotionné pour répondre,
04:45et il finit par se taire.
04:48Ça n'était pas une ville très importante,
04:49et la seule enseigne lumineuse de l'endroit était justement celle que je cherchais.
04:55Un hôtel.
04:57Je m'extirpais de la Ford et fis un signe d'adieu au barbu.
05:01Puis je me dirigeais vers l'hôtel.
05:06Le type de la réception était un personnage filiforme
05:09qui portait un gilet à l'ancienne mode.
05:12Il me regarda curieusement.
05:16Lorsque je demandais une chambre avec salle de bain,
05:18le préposé faillit avaler son dentier.
05:22Je m'inscrivis sur le registre sous le nom de Bénédicte Arnold,
05:26et je me rendis à la chambre miteuse au deuxième étage.
05:31Je tombais sur le lit comme une masse.
05:34Le sommeil me frappa comme un direct au menton.
05:39Je me réveillais avec une légère douleur à la hanche.
05:42Ça n'était heureusement que mon portefeuille dans la poche de mon pantalon
05:45qui avait dû me gêner dans mon sommeil.
05:47J'ouvrais le portefeuille.
05:51Il contenait cent cinquante dollars.
05:55Je rangeais les billets un à un sur le lit
05:58et je les recomptais de nouveau.
06:01Cent cinquante dollars.
06:04Ça n'était pas mal.
06:07J'avais le temps de voir venir.
06:08Je décrochais le téléphone intérieur et je demandais du café, des toasts et les journaux.
06:15Puis je m'étendis sur le dos,
06:18allumais une cigarette et fumais dans un silence propice à la réflexion.
06:22Une demi-heure plus tard, le type aux gilets rayés entra dans la chambre avec des toasts spongieux,
06:32du café anémique et un exemplaire du journal local.
06:37Dans le journal, la catastrophe de chemin de fer tenait toute la première page.
06:41Jamais on n'avait vu jusqu'ici pareil événement dans le patelin.
06:47Je me précipitais sur la liste des victimes.
06:50Elle n'était pas complète, mais j'y trouvais ce que je cherchais.
06:55Je saisis à nouveau le téléphone et dis au concierge que je voulais faire un appel à longue distance.
07:01« Je voudrais joindre Mme Walter Gorce, 1240 Lafayette Street à Boston. »
07:09J'obtins la communication et j'entendis une voix de femme.
07:14« Allô, oui ? »
07:15« Allô, Myrna ? »
07:17« Oui, qui est là ? »
07:19« Écoute, Myrna, est-ce qu'il y a quelqu'un près de toi ? »
07:23« Non, je suis seul. Mais qui est à l'appareil ? »
07:28« C'est moi, Walter. »
07:30« Walter ! Oh, Dieu soit loué ! J'ai appris la nouvelle à la radio. Je ne savais pas si tu étais vivant ou mort. »
07:38« Je suis mort, chérie, je suis mort. Ne t'en fais pas pour cela. »
07:42« Comment ? »
07:43« Myrna, Myrna, écoute-moi très attentivement. On a commis une erreur ici, une très grosse erreur, et nous allons en tirer profit.
07:53« Tu comprends, Myrna ? »
07:55« Non. »
07:56« Écoute-moi. On m'a inscrit sur la liste des victimes. On me croit mort. »
08:01« Tu comprends, Myrna ? On me croit mort. On a identifié l'un des cadavres sous mon nom. »
08:07« Remarque, ce n'est pas tout à fait une erreur. J'ai échangé mon portefeuille avec celui d'un autre avant de m'extraire de mon wagon. »
08:13« Un type qui a été brûlé, néconnaissable. Jamais on ne pourra réellement l'identifier. »
08:20« Myrna, tu sais que nous possédons une police d'assurance que je viens de souscrire. 25 000 dollars. »
08:28« Mais Walter, je ne pourrais pas toucher cette somme, puisque tu es vivant. »
08:33« Si cet imbécile de Myrna avait été devant moi, je l'aurais étranglé. »
08:38« Mais je vais rester mort, Myrna. Comprends-tu ? Je vais rester mort. »
08:42« Tu vas prendre le deuil. »
08:45« Ensuite, tu toucheras le chèque de 25 000 dollars de la compagnie d'assurance. »
08:49« Tu déposeras cet argent en banque. Nous attendrons un moment. Après quoi, on quittera la ville. »
08:55« Toi et moi et l'argent. Tu comprends maintenant ? »
08:59« Oui, oui, je comprends, Walter. Mais je ne sais pas si nous devrions faire une chose pareille. C'est toujours toi qui... »
09:08« Oui, oui. Au revoir, Myrna. »
09:12Je raccrochais.
09:14« 25 000 dollars. »
09:19La chance allait-elle enfin me sourire.
09:23C'est ce que vous saurez dans quelques instants.
09:29L'express de Boston ayant déraillé, j'ai décidé de me faire passer pour mort en échangeant mon portefeuille avec celui de l'une des victimes.
09:42Alors, j'appelle Myrna pour lui donner la marche à suivre.
09:47C'est-à-dire prendre le deuil, toucher les 25 000 dollars de l'assurance et attendre mes nouvelles instructions.
09:55Les 150 dollars du portefeuille durèrent une semaine.
10:03Ils me payèrent un nouveau costume, ma chambre, ma pension et un billet de chemin de fer pour Boston.
10:10Le vendredi matin, je descendis, réglais ma note et me dirigeais vers la gare.
10:17Arrivé à Boston, j'entrais dans une cabine téléphonique et j'appelais Myrna.
10:22« Allô, Myrna, tu es seule ? »
10:26« Oui, qui est à l'appareil ? »
10:28« C'est moi, Walter. Écoute-moi, je suis à la gare de Boston. Raconte-moi, qu'est-ce qui s'est passé ? »
10:34« Eh bien, ils m'ont fait parvenir ton... enfin, le corps. Les funérailles ont eu lieu mardi. »
10:42« Magnifique. Beaucoup de monde ? »
10:44« Non, pas trop. Sandy et Jen n'ont pas pu venir. Mais Doris et Tom étaient là. Maman voulait prendre l'avion, mais je lui ai télégraphié de ne pas se déranger. »
10:55« Walter, qu'est-ce que tu vas faire maintenant ? »
10:58« Non, c'est rien moi-même, Myrna. Je suis complètement fauché. J'ai même pas de quoi me payer une chambre d'hôtel. »
11:05« Mais tu ne peux pas venir ici, Walter. »
11:07« Mais je le sais bien, Myrna. Mais il faut que je mange. »
11:11« Alors je vais te dire ce que tu vas faire. Tu vas mettre 200 dollars dans une enveloppe que tu adresseras à Joseph Nolan, au bon soin de l'hôtel Montgomery à Boston. »
11:22« Je vais y aller ce matin. Mais n'essaie pas de me joindre, surtout. Ce serait courir au-devant des ennuis. Tu as bien compris, Myrna ? »
11:29« Oui. Mais si on te reconnaît, Walter... »
11:32« Rien à craindre, Myrna. L'hôtel n'est pas fréquenté par les gens de notre classe. Essaye de m'envoyer la somme en petite coupure. D'accord ? »
11:41« D'accord, Walter. »
11:45Je raccrochais.
11:46Je me dirigeais ensuite vers le kiosque journaux et, avec mes dernières pièces de monnaie, j'achetais un journal et des cigarettes.
11:56Je pénétrais ensuite dans la salle d'attente et c'est là que je passais la nuit, dans l'attente d'un train que je ne prendrais jamais.
12:06Je me réveillais en très bonne forme. Je me rendis aux toilettes de la gare. Je me lavais le mieux possible.
12:12Le miroir me renvoya l'image d'un assez beau garçon.
12:17Oui, ce qui me manquait pour compléter le tableau, c'était les espèces sonnantes et trébuchantes,
12:23mais cette lacune était pratiquement comblée.
12:28Avec un peu de chance.
12:31Je quittais la gare pour entrer dans une belle journée ensoleillée.
12:36Il y a des jours comme ça où tout marche comme sur des roulettes.
12:39Je me dirigeais à pied vers le Montgomery.
12:43C'était un très bel hôtel et le portier avait l'air d'un général constellé de décorations.
12:49J'entrais dans l'hôtel et m'avançais vers le bureau de réception
12:52avec la nonchalance d'un millionnaire blasé,
12:56en grattant ma joue mal rasée d'un index désinvolte.
12:59Ni mon costume froissé, ni ma barbe de la veille ne me causait le moindre souci.
13:05J'avais vu dans des endroits sélects des richards déambulés sans complexe,
13:10au lendemain de nuit d'orgie, dans des tenues impossibles.
13:14Je me contentais d'abaisser sur le préposé une paupière condescendante,
13:20et je lui décochais mon meilleur sourire à la Burt Lancaster dans Veracruz.
13:25« Je voudrais une chambre, quelque chose de convenable, voyez-vous ? »
13:30L'homme, aux yeux de Merlin Fri, fut-il impressionné, je ne saurais le dire.
13:35Quoi qu'il en soit, il me donna quelque chose au dixième étage.
13:40« Dites-moi, concierge, vous devez avoir du courrier au nom de Joseph Nolan. »
13:47Il se dirigea vers les casiers d'un air dubitatif et revint avec une épaisse enveloppe.
13:53Je poussais un soupir de soulagement.
13:57La chambre était belle et confortable.
14:00Après la douche et un coup de rasoir, je m'étendis sur le vaste lit moelleux.
14:05J'ouvris l'enveloppe, allumais une cigarette et comptais l'argent.
14:12Il y avait 240 dollars et un billet sur lequel je lus
14:15« Désolé, c'est tout ce que j'ai pu me procurer », signait Mirna.
14:20Bon, ça n'avait pas d'importance.
14:24Il y en avait suffisamment pour quelques jours.
14:28Puis l'agent d'assurance viendrait voir Mirna et 240 dollars ne représenterait plus que l'argent pour les taxis.
14:38Je demeurais au Montgomery près de deux semaines.
14:40Aucun des millionnaires qui habitaient ce palace n'était ni plus beau ni plus intelligent que moi.
14:45Une seule chose nous séparait, l'argent.
14:50J'allais bientôt combler ce fossé, avec un peu de chance.
14:57Le maman était venu d'appeler Mirna.
15:01Allô, Mirna ? Ici Walter. Tu peux parler ?
15:05Oui, Walter, je peux parler. Comment vas-tu ?
15:09Magnifiquement, Mirna.
15:10Bon, alors, qu'est-ce qui s'est passé ? Ils ont payé ?
15:14Oui, Walter. Ils ont tout payé la semaine dernière.
15:18Bien, bien. Maintenant, Mirna, écoute-moi attentivement.
15:23Tu vas aller à la Banque Nationale des Industries Chimiques, dans Clover Street,
15:28et tu vas ouvrir un compte commun au nom de Joseph Nolan.
15:33Mais Walter...
15:33« Laisse-moi finir, veux-tu ? »
15:36Tu ouvres le compte et tu prends tous les formulaires à remplir.
15:41Ensuite, tu les envoies ici, à mon hôtel. Compris ?
15:45Compris, Walter.
15:47Très bien.
15:49Fais cette démarche aujourd'hui même, Mirna.
15:52Ensuite, je te rappellerai, d'accord ?
15:54D'accord, Walter.
15:55En souriant, je replaçai le récepteur sur son support.
16:03Mirna, pour stupide qu'elle fût, se débrouilla fort bien.
16:09Je trouvais l'enveloppe sous ma porte le lendemain matin.
16:13Je remplis la demande, signai d'un large paraf,
16:17puis je mis la feuille dans une enveloppe et je la postai à l'adresse de Mirna.
16:21Je la rappelai le lendemain pour m'assurer qu'elle avait bien reçu le tout.
16:27Un jour plus tard, je touchais mon chéquier.
16:33La Banque Nationale des Industries Chimiques ouvrait ses portes à 9h pile.
16:38Le lendemain du jour où j'avais reçu mon chéquier,
16:41je me trouvais à 10h devant la banque,
16:44vêtu du costume le plus beau que j'avais pu me procurer.
16:47Oui, je voulais avoir le physique du rôle,
16:49celui de l'homme qui se trouve soudain à court d'argent de poche.
16:55Je m'avançais devant le guichet derrière lequel se tenait un jeune homme aux cheveux pâles.
17:00Je commençais une phrase, puis je me souvins que je devais d'abord remplir un formulaire de retrait de fond.
17:07Je m'éloignais avec un sourire d'excuse
17:09et je me dirigeais vers le comptoir au centre de la pièce.
17:12J'ouvris le chéquier et j'écrivis de ma plus belle écriture
17:19trois mille dollars.
17:23Je n'allais pas tout retirer d'un coup, j'étais plus avisé que cela.
17:27Tout cet argent aussi vite sorti que rentré,
17:29rien de tel pour attirer l'attention.
17:31Je revins au guichet
17:34et je poussai la formule de retrait
17:37et le chèque vers le jeune caissier.
17:40Il leva les yeux vers moi.
17:43Monsieur Nolan ?
17:44Oui, c'est moi.
17:46Une minute, je vous prie, monsieur.
17:49Il s'écarta du guichet
17:50et se dirigea vers le téléphone.
17:52Oh, je ne me sentis pas inquiet.
17:54Trois mille dollars, c'est une somme.
17:56Les caissiers de banque sont des gens prudents.
17:59C'est normal.
18:00Il revint, toujours souriant.
18:04Monsieur Nolan,
18:05vous n'aimeriez pas mieux toucher un chèque sur une autre banque ?
18:08C'est beaucoup d'argent liquide,
18:09trois mille dollars, pour porter sur soi.
18:11Non, non, non, non, je préfère en espèces.
18:15Très bien, monsieur.
18:18Il compta les billets avec habileté
18:19et me tendit l'argent.
18:22Je glissais le tout dans mon portefeuille
18:24mais celui-ci refusa de se fermer.
18:27Alors je prélevai quelques-unes des coupures de vingt dollars
18:29que je fourrais dans ma poche.
18:32Puis je sortis avec une nonchalance calculée.
18:36J'étais de très bonne humeur.
18:38Les deux lascars qui m'arrêtèrent à la porte
18:43avaient quinze ou vingt centimètres de moins que moi
18:47mais à la façon dont ils tenaient leurs bras,
18:51je compris très vite qu'ils compensaient ce déficit de taille
18:54par la possession d'armes à feu.
18:56L'un d'eux me saisit par le coude.
18:58Joseph Nalan ?
19:00Oui, c'est à quel sujet ?
19:02Vous allez nous accompagner, monsieur Nalan.
19:04La lieutenant Pacino de la police criminelle
19:06voudrait vous poser quelques questions.
19:10On se serait cru au cinéma.
19:13Pendant une minute, j'éprouvais la tentation
19:14de les bousculer et de m'enfuir
19:15mais mes genoux se liquéfièrent soudain
19:18et je ne trouvais rien à répondre.
19:20C'est dans le bureau du lieutenant Pacino
19:25de la brigade criminelle
19:26que je trouvais Myrna.
19:30Elle me regarda comme si je descendais
19:31d'une autre planète.
19:34Elle était en grand deuil,
19:35ce qui n'arrangeait en rien sa silhouette étriquée.
19:40Le lieutenant Pacino s'avança vers elle.
19:44Vous le reconnaissez, madame Gorce ?
19:46Non, non, lieutenant, je ne l'ai jamais vue de ma vie.
19:50Puis elle se mit à pleurer.
19:53Je rejetais mes épaules en arrière
19:55et je jouais les durs.
19:56Bon, c'est bon, c'est bon,
19:58je vois que ça n'a pas marché,
19:59mais enfin, vous ne pouvez pas me pendre
20:01pour avoir tenté ma chance, lieutenant.
20:04Vous feriez bien de nous raconter votre histoire,
20:07monsieur Nalan.
20:10Alors je leur racontais ma rencontre dans le train
20:13avec l'homme qui buvait trop,
20:15qui parlait trop
20:16et qui m'avait raconté sa vie
20:17parce que j'avais un visage sympathique.
20:20Cet homme qui m'avait mis au courant
20:22de toutes ces difficultés financières,
20:24qui m'avait parlé de sa sotte de femme,
20:26Myrna, sotte et docile,
20:29et de la seule chose de valeur
20:30qu'il posséda au monde,
20:32sa police d'assurance.
20:34Puis je leur parlais de la catastrophe
20:36de chemin de fer,
20:37de l'incendie
20:38et de l'idée qui surgit dans mon esprit
20:40en arrivant au minable hôtel
20:42de Hopkins Falls.
20:45C'était une très bonne idée
20:47que j'avais menée à bien.
20:50Myrna n'avait pas réalisé
20:51que la voix qui lui parlait au téléphone
20:53n'était pas celle de son mari.
20:55Elle n'était pas très futée, Myrna.
20:58Mais j'avais écouté son mari
20:59pendant assez longtemps
21:00pour connaître sa façon de s'exprimer.
21:02Le lieutenant Pacino
21:05me fixait de ses petits yeux.
21:09Vous étiez trop sûr de vous,
21:11M. Nolan.
21:12Vous avez sous-estimé
21:13la compagnie d'assurance.
21:15Elle a insisté
21:16pour que les recherches
21:17d'identification
21:18soient menées
21:19jusqu'à l'examen des dents.
21:21Voyez ?
21:22Lorsqu'on a eu la certitude
21:24que le cadavre brûlé
21:25était bien celui de Walter Gorce
21:27et que nous avons fait part
21:29à Mme Gorce
21:30des raisons qui motivaient
21:31cette certitude,
21:33elle nous a téléphoné
21:34et nous a tout raconté.
21:37Alors nous lui avons conseillé
21:38de poursuivre
21:39les tractations avec vous
21:41jusqu'au moment
21:42où l'argent
21:43serait en votre possession.
21:46Nous vous avions repéré
21:47dès le début,
21:48M. Nolan.
21:51Il était malin,
21:53ce petit lieutenant de police,
21:55très malin.
21:57Mais moi,
21:58j'étais quand même
21:59plus beau garçon que lui.
22:01Seulement,
22:02lui,
22:03il était libre.
22:05Et moi,
22:07j'allais en prendre
22:07au moins pour 5 ans.
22:10Avec un peu de chance.
22:13Il y a des fois
22:14où la vie n'est pas juste.
22:16Vous venez d'écouter
22:23Au cœur du crime,
22:25un podcast issu des archives
22:26d'Europe 1.
22:28Réalisation,
22:29Julien Tarot.
22:30Production,
22:31Estelle Laffont.
22:32Patrimoine sonore,
22:33Sylvaine Denis,
22:34Laetitia Casanova
22:35et Antoine Reclut.
22:39Au cœur du crime
22:40est disponible sur le site
22:42et l'appli Europe 1.
22:43Écoutez aussi l'épisode suivant
22:45en vous abonnant gratuitement
22:47sur votre plateforme d'écoute.
22:48Sous-titrage Société Radio-Canada
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