- il y a 3 mois
Thierry Breton, ancien Commissaire européen au marché intérieur et ancien ministre de l'Économie était l'invité de Guillaume Daret ce mardi 28 octobre.
Catégorie
📺
TVTranscription
00:00Et cet invité, c'est Thierry Breton. Avec lui, on va parler bien sûr du budget, mais Thierry Breton, bonsoir, merci d'être avec nous.
00:07Avec vous, on va essayer de prendre de la hauteur par rapport au débat quotidien qu'on peut voir effectivement par l'Assemblée nationale.
00:14On va évoquer bien sûr votre ouvrage qui vient de paraître, les dix renoncements qui ont fait la France.
00:19Parmi ces renoncements, à vos yeux, il y a bien sûr le fait d'avoir laissé filer la dette.
00:24Mais je le disais, vous avez été ministre de l'économie, vous avez été commissaire européen.
00:27Vous êtes une voix qui fait autorité sur ces sujets économiques.
00:31Quel regard vous portez sur ces débats qui ont lieu en ce moment à l'Assemblée nationale sur cette question du budget ?
00:37Comment vous voyez cela ?
00:38Il faut vraiment dire les choses. Nous vivons une période de grand renoncement.
00:46La France est en train de renoncer. Et ça ne date pas de ce que nous vivons aujourd'hui.
00:51Ça date depuis quelques années. Ça s'est accéléré évidemment avec la dissolution.
00:55La France en est à son quatrième Premier ministre en un an.
01:00Par parenthèse, les entreprises ont désormais intégré qu'avec ou sans gouvernement,
01:07elles devaient faire par elles-mêmes.
01:08Et aujourd'hui, alors qu'on avait, après un travail vraiment très approfondi,
01:16qui a été difficile, douloureux, fini par avoir une réforme des retraites en 2023,
01:23qui remettait la trajectoire de nos retraites dans la bonne direction.
01:28C'est-à-dire qu'il faut évidemment travailler un petit peu plus longtemps
01:31pour faire face à l'allongement de la durée de vie,
01:35aussi aux impacts de la démographie qui se réduit.
01:39Ça a été douloureux, ça a été difficile.
01:41Et voilà que donc, pour avoir, soi-disant, parce qu'on sait que ça ne durera pas,
01:46un tout petit peu de stabilité, on vient là encore de suspendre, donc de renoncer.
01:51Mais est-ce que ce renoncement n'est pas un renoncement nécessaire pour la stabilité politique,
01:55un compromis nécessaire ?
01:56Eh bien, vous savez, et c'est la raison pour laquelle, Youmdare,
01:59quand on vit ce renoncement, je me suis posé moi-même la question.
02:03Mais au fond, est-ce que c'est la première fois dans notre histoire
02:06que l'on vit un tel renoncement ?
02:09Ou est-ce qu'on a vécu à d'autres moments de notre riche histoire de France, des renoncements ?
02:13Et j'ai commencé à entreprendre ce parcours, il y a déjà plusieurs années,
02:16pour remonter dans notre histoire.
02:19Bien sûr, on a vécu des moments glorieux dans notre histoire.
02:22Mais j'ai voulu identifier un certain nombre de périodes
02:24où on a renoncé pour en tirer des conséquences
02:28sur la situation que nous vivons et mieux rebondir.
02:30On va s'y plonger, effectivement, parce que ce qui est passionnant,
02:32c'est que c'est une plongée dans l'histoire de France
02:34qui explique en partie la situation que l'on vit sur le plan économique
02:38et sur le plan politique aujourd'hui.
02:40Mais ces débats quotidiens depuis une semaine
02:43entre les socialistes qui lancent un ultimatum au gouvernement,
02:45le gouvernement qui dit encore ce matin sur BFM TV
02:48par la voix de sa porte-parole
02:50« Il n'y aura pas de taxe Zoukman, Zoukman light ou pas, on n'en veut pas ».
02:54Comment vous percevez ça ?
02:55La droite qui dit du son côté avec Laurent Wauquiez
02:57« Mais nous, c'est zéro hausse d'impôt ».
02:59Ce débat de l'Assemblée nationale, vous le qualifieriez comment ?
03:01Comme tout le monde, on a un débat, mais ça ne date pas malheureusement d'aujourd'hui.
03:05Ça date évidemment depuis la fragmentation
03:07qui est quelque part le reflet à l'Assemblée de notre classe politique
03:11avec aussi, il faut le dire les choses aussi, comme elles sont,
03:14avec des comportements et des comportements qui sont à la fois politiques
03:18mais aussi personnels, qui sont, me semble-t-il, pour certains d'entre eux,
03:22pas à la hauteur de la dignité que requiert l'exercice de la fonction parlementaire.
03:25Ce qui se passe à l'Assemblée pour vous, ça n'est pas digne ?
03:27En tout cas, le comportement de certains.
03:29Après, Guillaume Daré, vous savez, l'une des leçons que j'ai apprises
03:36et que je vais partager avec les lecteurs dans ce parcours des dix renoncements
03:39qui ont aussi fait la France, c'est qu'il n'y a pas un cas,
03:43pas un cas dans notre histoire où on gagne après avoir renoncé.
03:47Très souvent, du reste, on va justifier un renoncement en disant
03:51« Oui, mais c'était pour avoir un peu de stabilité, encore un peu de répit.
03:56C'était tellement difficile que finalement, entre deux options,
03:59je prends peut-être la voie la plus simple pour éviter le pire. »
04:02Et voyez-vous, systématiquement, on empaie un prix politique très élevé.
04:07Et je crains, et je crains, que c'est ce qui soit en train de se passer en ce moment.
04:11Quand vous voyez Olivier Faure qui dit
04:13« Si la taxe Zuckmann, notre projet, dit-il, est rejetée,
04:17ce sera la censure du gouvernement de Sébastien Lecornu »,
04:21il dit même « Il faut taper sur les ultra-riches et les super-héritages ».
04:24Comment vous réagissez à ce type de propos ?
04:25– Mais là encore, on revient en arrière.
04:27C'est terrible.
04:28À partir du moment où on a ouvert cette boîte de Pandore,
04:33qui était de donner, je dirais, de monnayer, de marchander,
04:38si on sort, je dirais, de toutes ces situations de façon difficile,
04:46c'est certainement, en ce qui concerne les renoncements et les marchandages,
04:50c'est en guenille qu'on sort.
04:51C'est ça aussi ce que l'apprend nos histoires.
04:53Quand on lâche quelque chose, on lâche toujours plus.
04:55– Donc le Premier ministre a ouvert la boîte de Pandore
04:57en renonçant, en suspendant la réforme des retraites à vos yeux ?
05:00– Mais je le dis de façon très claire et très simple,
05:03à partir du moment où, encore une fois, on remet en cause,
05:07imaginez un instant, il faut juste qu'on se mette dans la peau de nos concitoyens,
05:11c'est quand même…
05:12on nous a dit à juste titre, pendant des années, qu'il était impératif,
05:17c'était existentiel, de travailler un tout petit peu plus,
05:20de partir un petit peu plus en retard à la retraite.
05:24– C'était absolument essentiel, et on avait raison de le dire, Guillaume Daré.
05:28Et puis là, on nous dit, pour un petit peu de stabilité,
05:31on va finalement mettre tout ça de côté,
05:33et on sait, enfin, qui croit aujourd'hui,
05:35qu'en 2027, on voyait, c'était derrière nous,
05:39maintenant, on réenclenche.
05:40On sait bien que ça ne va pas être le cas.
05:41– C'est-à-dire que pour vous, cette réforme des retraites est enterrée ?
05:44– Ah ben, je crains qu'aujourd'hui, malheureusement,
05:46je crains, on le voit bien, tous les débats,
05:48et ça y est, on ressort, et maintenant qu'il a retraite à pointe,
05:50il y a des choses à faire, je ne le nie pas.
05:52Il faut se préoccuper, bien entendu, de la pénibilité,
05:56on peut rajouter, encore une fois, des dimensions,
05:57il faut s'occuper de la retraite des femmes, des mamans,
06:00bien sûr, c'est important,
06:02mais le message politique que l'on envoie,
06:05le retour en arrière, nous replonge, je dirais,
06:09dans ce qui a fait aussi un peu une faiblesse française,
06:11c'est-à-dire lors du premier septennat de François Mitterrand,
06:15lorsqu'il va inventer, quelque part,
06:18il va nous donner le sentiment qu'on pouvait travailler moins en France,
06:20c'était la retraite, le passage de 65 à 60 ans,
06:23c'était la cinquième semaine de congés payés,
06:25c'était le passage de 39 heures,
06:26tout ça, on ne pouvait pas se le financer,
06:28on a commencé à le financer par la dette,
06:31mais les Français ont cru que c'était un acquis social
06:33qui devenait un tabou immeuble.
06:35– C'est ça qui est intéressant, qui est passionnant,
06:37je disais, dans votre ouvrage,
06:38c'est cette plongée historique pour tenter d'expliquer
06:40ce que l'on vit aujourd'hui.
06:42Qui est responsable, à vos yeux, donc,
06:43d'avoir laissé filer cette dette ?
06:45Qui est comptable de ça ?
06:46Vous parliez à l'instant de François Mitterrand,
06:48c'est lui le comptable de cette dette ?
06:49– J'ai essayé, encore une fois, c'est un regard historique,
06:51donc j'ai pris le temps d'avoir, de porter ce regard.
06:54Encore une fois, non pas pour désigner l'un ou l'autre,
06:57– Vous en parlez quand même de certains.
06:58– Oui, mais toujours, vous l'avez vu, avec chiffres à l'appui,
07:01c'est extrêmement précis.
07:02– C'est plus responsable, si je veux dire, le coupable.
07:03– Non, mais chacun a une part de responsabilité,
07:05mais pour qu'on soit le plus, je dirais, le plus clair possible,
07:08le plus précis possible, et pour en tirer, encore une fois,
07:10les leçons qui s'imposent pour nous, et moi j'en ai quelques-unes.
07:13– Et qui en a la part la plus importante ?
07:14– Eh bien, aujourd'hui, d'abord, les moins,
07:17c'est Jacques Chirac et Valéry Giscard d'Estaing,
07:20j'ai calculé la contribution, donc, à l'endettement
07:24de chacun des présidents de la République.
07:26Pour chacun d'entre eux, ça a été 1% d'endettement par an.
07:29Ensuite, c'est quand même, figurez-vous,
07:32exactement avec la même contribution,
07:34c'est François Hollande et Emmanuel Macron, 1,8% par an,
07:38puis c'est François Mitterrand, qui va faire 2,4% d'augmentation par an,
07:42la dette, lorsqu'il va arriver au pouvoir, est à 20%,
07:45lorsqu'il va quitter, elle sera à 53%,
07:47c'est lui qui a inventé la dette pour financer notre modèle social,
07:50et le plus important, ce sera Nicolas Sarkozy,
07:52qui va faire 25% d'endettement,
07:54c'est-à-dire 5 points d'endettement par an.
07:55Il y a eu, évidemment, la crise des subprimes.
07:57– C'est cela, mais vous étiez montré très sévère,
07:58même il y a quelques années, avant ce livre, avec Nicolas Sarkozy,
08:01vous aviez dit que ça avait été mal géré à vos yeux,
08:03la crise entre 2007, enfin, disons 2008 et 2012.
08:06Pourquoi ? Est-ce que vous êtes aussi sévère avec l'ancien chef de l'État ?
08:09– Non, je ne veux pas être sévère avec aucun chef de l'État.
08:11Tous ceux que je viens de citer sont des anciens chefs de l'État.
08:14Il se trouve que les chiffres sont les chiffres.
08:18Nicolas Sarkozy, sous son quinquennat,
08:20puisque c'est la quinquennat dont il s'agit,
08:21la dette de la France va augmenter de 25 points de PIB.
08:25Je dis bien 25 points de PIB, c'est-à-dire pratiquement…
08:28– Est-ce que tout ça est à la faute des subprimes ?
08:31– Eh bien, c'est une très bonne question.
08:33La crise, elle a touché tous les pays européens.
08:36L'Allemagne, pour ne prendre qu'elle,
08:37elle va augmenter la dette de 12%.
08:39C'est moitié moins.
08:41Et pourquoi ?
08:42C'était la même crise des deux côtés du Rhin.
08:44J'essaie de l'expliquer dans le livre.
08:46– Quelle est la part de responsabilité, là-dedans, d'Emmanuel Macron ?
08:48Parce que réduire la dette, cette question financière-économique,
08:51il en semblait bien conscient en 2017,
08:52quand il a été élu président de la République.
08:54– Mais ils en sont tous conscients lorsqu'ils arrivent, Guillaume Daré.
08:56C'est ça qui est extraordinaire, et on le voit dans le livre.
08:58À chaque fois, quand ils arrivent, ils disent « on va réduire ».
09:00Et au fond, personne ne réduit.
09:02Et je me suis aussi beaucoup interrogé sur cette question.
09:04Il y a peut-être eu quelques exceptions, effectivement.
09:07On s'en souvient, on a vraiment fait de façon vigoureuse,
09:10avec Jean-François Copé, qui était le ministre délégué au budget,
09:13lorsque j'étais moi-même ministre des Finances,
09:14on a vraiment s'attaqué à ce sujet.
09:17– Mais quelle part de responsabilité a Emmanuel Macron ?
09:19– On dit que durant la fin de son premier quinquennat,
09:22il a signé des chèques très facilement,
09:24même ses anciens ministres, comme Bruno Le Maire le disent.
09:26– Mais tous l'ont fait, Guillaume Daré.
09:29Lui, bien sûr, il y a eu évidemment le quoi qu'il en coûte,
09:32on s'en souvient, qui a été plus généreux,
09:34évidemment, en France qu'ailleurs.
09:36Et puis il y a surtout le fait qu'on n'a pas pu se sortir à tant
09:40du quoi qu'il en coûte, alors que nos voisins ont pu le faire avant.
09:43Mais vous savez, quand un président de la République arrive en fonction,
09:47alors il va effectivement annoncer qu'il veut réduire l'endettement,
09:50qu'il veut réduire la dette, et puis très vite,
09:52il est pris par le fait que c'est tellement compliqué,
09:55parce qu'il faut dire aussi une chose comme elles sont,
09:57nos compatriotes, depuis maintenant,
09:59et c'est pour ça que je fais référence aussi à cette période,
10:0181, 83, 84.
10:04On a vraiment conscience que la réduction du temps de travail,
10:09dans la semaine, dans l'année, tout au long de sa vie,
10:12fait partie de ces fameux acquis,
10:14ces fameux acquis qui font une spécificité française.
10:17On ne peut pas se les financer,
10:19mais ce sont des acquis sociaux, donc ce sont des tabous,
10:23et au fond, les présidents de la République vont se dire
10:26c'est tellement compliqué, le prix politique que je devrais mettre sur la table
10:30pour pouvoir, je dirais, commencer à les réformer est-elle
10:33que finalement ils ne le font pas.
10:34Il y a un pays que tout le monde regarde depuis plusieurs mois,
10:36c'est l'Italie, qui a réussi un redressement budgétaire spectaculaire.
10:39Le déficit public est passé de un peu plus de 8% en 2022
10:42à 3,4% en 2025, la dette publique de 154% à 136%.
10:47Est-ce que Giorgia Meloni, c'est le modèle à suivre ?
10:49Alors Giorgia Meloni a été, je crois, du reste bien conseillé par Mario Draghi,
10:53il faut le dire, et Mario Draghi lui a, je crois, bien expliqué
10:56que c'était très important, lorsqu'on est un État membre de l'Union Européenne
11:01et qu'on veut peser, eh bien Guillaume Daré, qu'on tienne sa parole.
11:04Mais est-ce que c'est un modèle à suivre ?
11:05C'est un modèle parmi tous les pays européens qui tiennent leur parole.
11:10L'Italie désormais tient sa parole.
11:12Comment elle a fait ? Bon, elle a fait un certain nombre de réformes,
11:14il faut dire aussi, et ce n'est pas retiré à son mérite,
11:18si mérite il y a, et il y en a évidemment par définition,
11:21qu'elle a bénéficié de 196 milliards d'euros de l'Europe,
11:26à l'occasion précisément, je dirais, du soutien que l'Europe et l'Union Européenne
11:31ont apporté à l'occasion de la crise du Covid,
11:35donc ça a quand même aidé.
11:36Est-ce que pour autant tout va bien en Italie ?
11:38La croissance s'effondre.
11:40La croissance n'est même pas à 0,5%.
11:42Donc on ne vit pas très bien en Italie non plus.
11:44Je dis, il faut nuancer.
11:46Mais ce qui est important, ce qui est important, Guillaume Daré,
11:49c'est que Giorgia Meloni a fait en sorte que son pays tienne la parole,
11:54et que parce qu'elle tient la parole,
11:55eh bien je le dis, aujourd'hui, on entend l'Italie
11:57dans les enceintes communautaires à Bruxelles,
12:00et on l'entend haut et fort.
12:02On n'entend plus la France aujourd'hui ?
12:03Et mon souci...
12:04On n'entend plus la France ?
12:05Et mon souci, c'est qu'on entend moins la France,
12:08parce que lorsqu'on est, hélas, le dernier élève,
12:10on est au fond de la classe européenne,
12:13eh bien je peux en porter témoignage.
12:16On est moins entendus.
12:19C'est la raison pour laquelle, très vite,
12:21il faut que la France tienne ses objectifs.
12:23Et pas uniquement parce que les agences de notation
12:25vont nous sanctionner,
12:26aussi parce que nous sommes une communauté,
12:28et dans cette communauté,
12:29celui qui ne tient pas sa parole,
12:30eh bien il n'est pas considéré.
12:31Thierry Breton, on parlait de la place
12:34et de la responsabilité d'Emmanuel Macron
12:36dans cette gestion ou pas de la dette.
12:39On voit que, selon le baromètre IFOP,
12:41eh bien publié dimanche dernier,
12:42seuls 16% des Français se disent satisfaits aujourd'hui
12:45d'Emmanuel Macron.
12:46Son ancien Premier ministre, Édouard Philippe,
12:48a jugé que ce qui serait le plus digne à ses yeux,
12:50ce serait de partir avant la fin de son mandat,
12:53de démissionner, lui-même n'emploie pas ce terme-là,
12:55mais c'est ça, de démissionner.
12:56Est-ce que c'est une bonne idée à vos yeux ?
12:58Vous l'avez vu, je crois, dans la lecture de ce livre,
13:01je suis extrêmement respectueux de nos institutions.
13:03Et c'est aussi un des points forts de la France.
13:07Et je le dis, on le voit dans le livre,
13:08la France, je suis convaincu qu'on va évidemment réussir
13:11à surmonter ce problème extrêmement difficile
13:14dans lequel nous sommes.
13:14J'en suis, moi, personnellement convaincu.
13:16Et c'est aussi grâce à nos institutions.
13:18Alors, n'affaiblissons pas nos institutions.
13:20Les institutions de la Ve République,
13:22elles disent que le président, lorsqu'il est élu,
13:25il va au terme de son mandat.
13:25Quelles que soient les difficultés qu'il rencontre.
13:28Bien sûr, on a des cas exceptionnels.
13:30On s'en souvient avec le général de Gaulle
13:32à l'occasion d'un référendum.
13:33Mais il annonce la couleur avant.
13:35Ce n'est pas parce que la rue ne l'aime plus
13:37ou veut sa tête, si je puis m'exprimer ainsi.
13:40C'est parce qu'il va proposer un référendum.
13:42Il va dire, si jamais les Français ne me suivent pas,
13:44j'en tirerai moi-même les conséquences.
13:44Là, Edouard Philippe dit, c'est justifié
13:46parce que les institutions sont bloquées.
13:47Eh bien, je crois que, si on regarde,
13:50et encore une fois, ne jetons la pierre à personne.
13:54Mais lorsqu'on voit comment l'opinion publique
13:56a reçu ce message,
13:58et ça a été très mal reçu dans l'opinion publique,
14:00il faut le dire clairement,
14:02c'est parce qu'au fond, on a une opinion publique
14:03qui est attachée à nos institutions,
14:05et c'est plutôt réconfortant.
14:06Pour vous, Edouard Philippe a commis une faute politique.
14:08En tout cas, les sondages le disent, ça me semble clair.
14:11Mais pour vous, c'est une faute.
14:12Pour moi, il est clair que les institutions sont les institutions.
14:14J'ajouterai juste un petit point.
14:16Ce sont les institutions,
14:18mais je suis de ceux qui regrettent profondément
14:19que nous ayons modifié la constitution française
14:24de notre pays pour dire que, désormais,
14:27on ne pouvait plus exercer que deux mandats.
14:28Je pense personnellement que c'était une faute.
14:30Parce qu'on le voit bien.
14:32Dès le second mandat,
14:33eh bien, le président de la République,
14:34il a moins de pouvoir.
14:35Et plus il se rapproche de l'échéance du terme de son mandat,
14:39moins il a de pouvoir.
14:39Vous êtes favorable à ce qu'on modifie la constitution pour permettre...
14:42Je serais le plus heureux des hommes
14:44si on pouvait retrouver l'esprit, encore une fois,
14:48de la Ve République,
14:49c'est-à-dire en revenir sur ce qui me semble être un problème aussi,
14:53un problème politique,
14:54peut-être aussi dont on mesure aujourd'hui,
14:58je dirais, le touhou-bouhu politique,
15:02parce que c'est vrai que le président de la République,
15:05dans nos institutions,
15:06qui est, je dirais, la pierre angulaire
15:07de toute notre architecture institutionnelle,
15:10c'est vrai que plus il se rapproche
15:12du terme de son échéance,
15:14plus il est affaibli,
15:15et plus c'est la France aussi qui est affaiblie.
15:17Il y a quelques semaines, Thierry Breton,
15:18vous jugiez que face au blocage parlementaire,
15:20la seule issue était d'appeler, à Matignon peut-être,
15:22le premier parti de l'Assemblée nationale.
15:25Est-ce que vous pensez toujours
15:26que la seule solution pour sortir de cette crise
15:28est pour Emmanuel Macron
15:29de nommer un responsable du Rassemblement national à Matignon ?
15:32Non, alors, j'étais peut-être un tout petit peu plus précis,
15:33si vous le permettez,
15:34je faisais référence à ce qui s'était passé
15:36entre 86 et 88.
15:38Lorsqu'on avait déjà une Assemblée nationale,
15:40on s'en souvient, c'est à l'occasion de la première cohabitation
15:42sous François Mitterrand.
15:43On avait déjà une première Assemblée
15:45qui était déjà assez fragmentée,
15:46et François Mitterrand va essayer,
15:48il ne voulait pas appeler Jacques Chirac,
15:50il n'aimait pas Jacques Chirac,
15:52et il a essayé de faire tout
15:54pour que Jacques Chirac ne vienne pas.
15:56Il était le président du RPR,
15:57qui était le premier parti,
15:58mais qui n'avait absolument pas la majorité,
15:59alors il va essayer d'appeler Simone Veil,
16:00qui était UDF,
16:01il va essayer d'appeler un tel et un tel,
16:02ça ne marche pas.
16:03Et finalement, il se résout à appeler
16:06le responsable du premier parti politique
16:09de l'Assemblée,
16:10qui n'avait pas la majorité,
16:11mais à qui il va demander de faire un gouvernement.
16:13Je ne sais pas, je dis encore une fois
16:15que ce qui est important dans les moments de blocage,
16:17encore une fois, je ne suis pas suspect
16:19d'avoir des œillades pour les uns et pour les autres.
16:22Je sais où j'habite et on sait où j'habite.
16:24Mais je dis uniquement que là encore,
16:26dans des moments extrêmement difficiles,
16:29tendus que nous vivons,
16:31peut-être faut-il en venir aussi
16:32à la base même de nos institutions
16:34et qui sont que finalement,
16:35quand on n'arrive pas à créer un gouvernement,
16:37on appelle le président du premier parti
16:38et puis à Charles Pouly de venir et de nous dire
16:41est-ce que je suis capable ou pas
16:42de créer un gouvernement suffisamment stable ?
16:45C'est ce qui se passe dans tous les pays européens.
16:47Donc face à cette instabilité,
16:48vous dites Emmanuel Macron devrait essayer au moins ?
16:50Je ne sais pas, je faisais évoquer.
16:52C'est à lui et à lui seul.
16:54qu'il appartient à cette décision.
16:55Dans ce livre, les dix renoncements
16:56qu'ont fait la France,
16:57pour ceux qui nous écoutent,
16:58vous ne dites pas du tout qu'on est perdus,
17:00il y a un certain nombre de propositions.
17:02Quand on lit cela, on se dit,
17:03c'est peut-être une facilité de langage,
17:05mais Thierry Breton, il se prépare à être candidat.
17:08Est-ce que c'est le cas ?
17:09Est-ce que vous aussi, vous regardez vers 2027 ?
17:12Ah ben ça, alors là, vous voyez, c'est curieux,
17:13c'est bien parce que chaque lecteur, finalement,
17:15à la fin, va lire avec son propre regard.
17:17Donc je viens de découvrir votre propre regard.
17:19J'y suis très sensible, Guillaume Daré.
17:20Mais ce n'avait pas été écrit pour ça.
17:23C'est un travail, pour répondre à votre question,
17:25que j'ai commencé il y a dix ans,
17:27pour encore une fois,
17:28essayer de proposer aux lecteurs
17:30qui vont bien vouloir lire ce livre,
17:33d'avoir un parcours aux côtés
17:35des grandes heures qui ont fait notre pays.
17:37Et j'en parle, du reste jeudi,
17:38j'aurais pu écrire aussi les dix rayonnements
17:39qui ont fait la France, et je les cite,
17:41qui ont fait la France de ce qu'elle est.
17:43Eh bien, essayer d'analyser,
17:44de voir, de dire qu'on a aussi,
17:45il y a aussi des moments
17:46où on a pris des mauvaises décisions,
17:48pourquoi on les a prises,
17:49comment on les a prises,
17:50et si je fais ça,
17:51c'est peut-être aussi parce que
17:52la vie, j'étais chef d'entreprise,
17:54de grandes entreprises dans ma vie,
17:56elle m'a toujours appris
17:57qu'il faut aussi apprendre de ses erreurs.
18:01Il faut reconnaître ses erreurs,
18:03il faut aller chercher dans ses erreurs
18:05ce qu'on a bien fait,
18:05ou ce qu'on a mal fait plutôt,
18:07pour éviter qu'elles se reproduisent.
18:09C'est un peu ce travail que j'ai voulu faire,
18:11donc, à travers ce parcours,
18:13mais pas pour d'autres raisons,
18:14y compris celles qui ont été indiquées,
18:15à laquelle je suis,
18:16Guillaume Daré,
18:17je voulais vous dire, très sensible.
18:18Thierry Breton,
18:19ça fait tout juste une semaine
18:20que Nicolas Sarkozy est incarcéré
18:21à la prison de la Santé.
18:23Vous avez vu, j'imagine,
18:24ces vidéos,
18:24notamment de détenus
18:25postés sur les réseaux sociaux,
18:27dont certains le menacent,
18:28promettent de venger Kadhafi.
18:29Il y a d'ailleurs deux détenus
18:30de la prison de la Santé
18:31qui seront jugés dans quelques semaines.
18:33Vous avez été ministre
18:34dans le même gouvernement
18:35que Nicolas Sarkozy.
18:36Quand vous voyez cela,
18:37est-ce que la place
18:38de Nicolas Sarkozy est en prison ?
18:39La place de la République
18:41n'est évidemment pas en prison.
18:42Donc je ne vais pas commenter.
18:43Il y a effectivement d'abord
18:44la décision qui a été prise.
18:46Je ne vais pas la commenter.
18:47Elle a été suffisamment commentée.
18:48Et puis il y a l'homme.
18:49Évidemment,
18:50de voir l'homme comme ça,
18:52ça ne peut pas laisser indifférent.
18:53Ça ne nous laisse pas indifférents,
18:54y compris ceux qui, comme moi,
18:55l'ont contrôlé, bien entendu.
Écris le tout premier commentaire