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  • 3 months ago

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00:00Que vous prononciez Shine, Chine ou Chine, vous la connaissez sûrement déjà, la marque chinoise de vêtements à prix cassé.
00:10Elle s'apprête à débarquer physiquement en France, plus seulement dans des boîtes en carton mais dans de vrais magasins.
00:15Le premier corner ouvrira à Paris au BHV sur plus de 1200 mètres carrés au mois de novembre.
00:21D'autres suivront aux galeries Lafayette de Limoges, Dijon ou encore Grenoble.
00:25Un coup de tonnerre dans un secteur textile français déjà en crise.
00:2840 000 emplois détruits en 10 ans et des enseignes historiques comme Kamaïeu, Nafnaf ou encore IKKS en très grande difficulté.
00:37Est-ce la mort de nos marques de textiles ou le début d'une transformation inévitable ?
00:41Que peuvent faire les pouvoirs publics ?
00:43Pour en parler, nous sommes avec Bruno Nahon ce soir.
00:47Bonsoir.
00:47Vous êtes président de la fédération de la maille, de la lingerie et du balnéaire.
00:51Vous dirigez quatre entreprises qui fournissent des étoffes, du tissu à de grandes marques françaises comme Maj, Sandro, Lacoste ou encore IKKS.
01:03L'arrivée de Chine au BHV à Paris et dans plusieurs galeries Lafayette de Provinces.
01:08Est-ce que pour vous, c'est un séisme ?
01:10C'est un séisme et je pense que c'est un véritable scandale puisqu'il s'agit finalement de récompenser la concurrence déloyale.
01:20Vous le savez, ces plateformes, parce qu'il n'y a pas que Chine, il y a les autres plateformes que l'on peut citer, que sont Temu et Alibaba,
01:26sont des dangers majeurs non seulement pour l'industrie textile française mais européenne
01:32puisqu'elles sont basées, leur modèle économique finalement est basé sur un non-respect flagrant de règles sociales,
01:41de règles environnementales et de règles tout simplement du droit de la concurrence.
01:46En France, 16% des magasins de mode ont fermé en cinq ans.
01:50Beaucoup de marques historiques sont en difficulté.
01:52Est-ce que ce sera le coup de grâce pour elles avec l'arrivée de Chine ?
01:56Je le vois déjà, moi, au travers de ma fédération professionnelle et au travers de l'Union des industries textiles.
02:04On a un certain nombre d'entreprises amont de la filière qui sont en énorme difficulté
02:09parce qu'il y a un assèchement des commandes.
02:13Et au-delà de la disparition de ces sociétés, c'est des emplois qui disparaissent, c'est des savoir-faire.
02:20Et encore une fois, je suis stupéfait par cette finalement approche mercantiliste
02:28que je qualifie vraiment de très primaire, puisqu'en fait on sacrifie le court terme,
02:33on sacrifie nos savoir-faire patrimoniaux pour du court terme, pour des bénéfices ultra rapides
02:41et qui en plus vont complètement à l'encontre.
02:44Vous parliez tout à l'heure à juste titre de ces enseignes qui font grandes portes ouvertes à ces plateformes chinoises.
02:53Et c'est même totalement contre-productif.
02:55Quand vous imaginez que les galeries Lafayette et le BHV ont des modèles économiques
02:59où des marques sérieuses, des marques de qualité avec leur propre personnel
03:03proposent des produits, expliquent les produits, la valeur ajoutée, la durabilité de leurs produits
03:09et convient finalement les court-circuiter avec des produits dont le prix unitaire est de 5 euros
03:14avec 8 à 10 000 références qui déferlent tous les jours.
03:19Comment voulez-vous lutter avec encore une fois des principes économiques
03:24qui reposent sur de la violation des principes de base du droit social, du droit environnemental ?
03:30Mais est-ce que Chine est vraiment responsable de tous les maux ?
03:33C'est-à-dire que ce n'est pas que depuis cette année que le secteur textile est en crise en France.
03:39Il y a d'autres raisons.
03:40Mais vous avez raison. Vous avez raison.
03:42C'est la dégradation.
03:45Il y a d'ailleurs un petit paradoxe.
03:46Je le souligne si vous le permettez.
03:48C'est qu'on a des industries, on a un secteur du luxe et des cosmétiques
03:53qui rayonnent au niveau mondial.
03:55Et de façon très paradoxale, vous avez des fabricants qui se sont...
04:00Un tissu de fabricants qui s'est dégradé année après année.
04:03Donc pour répondre à votre question, oui, cela fait maintenant une vingtaine d'années
04:07qu'il y a cette dégradation.
04:09Parce qu'encore une fois, on a privilégié le toujours plus loin,
04:14le toujours plus vite, le toujours moins cher.
04:17Je n'ai pas de problème avec ça.
04:19À partir du moment, il ne s'agit pas de tomber dans l'autarcie et le protectionnisme.
04:22Mais encore une fois, je n'ai pas de problème avec cette approche-là.
04:24À partir du moment où les règles du jeu sont les mêmes.
04:27Or, les règles du jeu, depuis une vingtaine d'années,
04:30avec cette accélération avec ces plateformes chinoises,
04:33on continue à s'orienter, encore une fois, comme je l'évoquais avec vous tout à l'heure,
04:37dans l'encouragement d'une concurrence déloyale.
04:40Où finalement, on se bat.
04:42C'est comme si vous me demandiez de courir un 100 mètres lesté de plomb,
04:45alors qu'à côté, j'ai un concurrent qui, lui, a le meilleur équipement
04:49pour pouvoir réaliser le 100 mètres. C'est impossible.
04:51Je vous propose d'écouter justement ce concurrent,
04:53le porte-parole de Chine-France, Quentin Ruffa,
04:56qui explique finalement les aspects positifs que peuvent apporter Chine en France.
05:03On va l'écouter.
05:04Ce partenariat va permettre la création de 200 emplois au sein de la société des grands magasins.
05:11Le but de ce partenariat, encore une fois, c'est de montrer qu'un modèle 100% en ligne
05:18peut fonctionner sur le physique.
05:21Qu'est-ce que ça vous inspire ? Il crée aussi des emplois.
05:25C'est-à-dire que d'un côté, effectivement, ça en supprime, mais ça en crée de l'autre.
05:27Vous l'avez évoqué tout à l'heure, 200 emplois,
05:29mais si on chiffre la dégradation du tissu industriel,
05:34si on chiffre la dégradation, les pertes d'emplois des marques que vous avez citées,
05:38si on cite la dégradation, encore une fois, des marques qui sont aujourd'hui
05:43et qui vont tenter de cohabiter dans les grandes enseignes,
05:46on se moque du monde.
05:48C'est de toute façon mathématique.
05:50Je vous cite juste un exemple.
05:52Aujourd'hui, en France, le textile, c'est 2100 entreprises,
05:56c'est 65 000 emplois.
05:57Si je remonte aux années 80, c'était 400 000 emplois.
06:01Je ne vois pas comment on peut affirmer ce genre de choses.
06:04Ensuite, vous le savez, cette plateforme-là, c'est 40 milliards de chiffres d'affaires.
06:09C'est des moyens énormes.
06:11Et c'est donc une communication qui est ultra rodée pour laver plus blanc
06:15et se présenter comme l'ultra bonne élève sur toutes les valeurs
06:19qu'on essaie de défendre en Europe occidentale et en France,
06:24à savoir le respect des droits sociaux,
06:25comme je l'évoquais tout à l'heure, le respect des droits de la consommation
06:28et le respect d'une protection minimum de la planète.
06:32Face à l'arrivée de Chine, il y a plusieurs réponses que l'on peut apporter.
06:37L'une d'elles serait de résister.
06:39L'autre serait finalement de suivre la tendance.
06:42Et c'est ce qu'a choisi de faire la marque Pimki,
06:44marque française en très grande difficulté,
06:46qui a décidé de s'associer à Chine pour pouvoir vendre sur cette plateforme ses produits.
06:50Pour vous, c'est une trahison de la part de Pimki ?
06:54Au risque de choquer et d'être très outrancier,
06:57pour moi, c'est quasiment ce que je vais qualifier de la prostitution mercantiliste de court terme.
07:03C'est effectivement choisir des solutions faciles de très court terme,
07:08mais qui vont dégrader finalement les modèles économiques.
07:13Et notamment, on l'évoquait tout à l'heure, des grands magasins
07:15qui ont construit des modèles économiques avec une offre de qualité et une offre durable,
07:19des marques sérieuses qui respectent un certain nombre de valeurs.
07:22Et encore une fois, je trouve ça tout à fait scandaleux.
07:27Votre question était également relative à « Que peut-on faire ? »
07:31« Que peut-on faire ? »
07:32Je pense que dans des schémas comme ça,
07:33il faut tenter de nouveau de célébrer ce qu'est la fabrication,
07:40ce que sont les savoir-faire patrimoniaux de nos entreprises.
07:42Et c'est toute une démarche marketing de long terme
07:45qui consiste à dire aux consommatrices, aux consommateurs,
07:49voilà où le produit est fait, voilà comment il est fait,
07:52voilà par qui il est fait dans le respect de ses valeurs essentielles.
07:55Effectivement, parce qu'on parlait jusqu'à présent uniquement des marques,
07:58mais il y a aussi les consommateurs
07:59et ils sont finalement les premiers complices de ce qui se passe.
08:03Beaucoup de Français achètent chez Chine.
08:04C'est devenu l'enseigne de mode où les Français ont dépensé le plus en 2024,
08:08selon une étude de l'application Shopping Joko.
08:10ça dépasse même la plateforme de seconde main Vinted.
08:15Est-ce qu'il n'est pas là plutôt le problème ?
08:17C'est que le prix reste une boussole pour la plupart des consommateurs français ?
08:22Il est clair que cette variable prix est tellement essentielle
08:27avec encore une fois des prix moyens de 5 à 6 euros
08:30et ce déferlement quasiment hystérique de modèles chaque jour sur les plateformes
08:37finalement provoque, je pense, un achat presque impulsif
08:40qui n'a plus rien à voir avec le besoin réel vestimentaire
08:43des consommatrices et des consommateurs.
08:47Et je fais appel, je pense, à un peu de logique citoyenne
08:50entre acheter 5-6 articles qui seront de toute façon jetés d'ici quelques mois
08:54parce que la qualité est très pauvre.
08:57Encore une fois, comment imaginer qu'un article à moins de 5 euros
09:01puisse durer dans le temps ?
09:03Forcément, il y a eu des arbitrages dans la fabrication,
09:05dans les conditions de travail, dans les conditions environnementales
09:08qui rendent très pauvre ce genre d'articles.
09:11Et encore une fois, plutôt que d'acheter de façon compulsive 5-6 articles,
09:15peut-être qu'on pourrait en acheter un.
09:16Et j'en profite aussi pour parler à l'autre problème.
09:20On imagine assez bien où atterrissent ces vêtements au bout de quelques mois,
09:24comment on les recycle.
09:26Et vous le savez, aujourd'hui, il y a un énorme scandale
09:27puisqu'en fait, on déferle nos surplus sur les plages africaines,
09:32ce qui était un véritable scandale également.
09:34Il y a un texte actuellement en préparation au Parlement
09:36qui envisage des pénalités justement pour les entreprises polluantes,
09:39qui envisage d'interdire la publicité de ces plateformes d'ultra-fast fashion.
09:45Il y aurait également des obligations pour ces plateformes.
09:49Est-ce que c'est par là, de là que vient la solution ?
09:53Vous en félicitez et vous pensez vraiment que les pouvoirs publics ont un rôle à jouer ?
09:56Ils ont un rôle essentiel à jouer.
09:58Notre filière est active depuis pratiquement maintenant deux ans
10:02en rencontrant les différents ministres de l'économie, du commerce, de l'environnement.
10:09et on essaie de les pousser pour qu'on passe de la phase débat-négociation
10:16à enfin la phase action et surtout qu'il y ait une convergence au niveau européen.
10:22Ce qui est essentiel à nos yeux, et on a fait des propositions très concrètes
10:26qui consistent à dire, mettons des frais administratifs de l'ordre de 25 euros par colis.
10:33Il y a 800 millions de colis d'une valeur de 150 euros qui déferlent chaque année en France
10:41par ces plateformes chinoises.
10:45Ils ne payent pas de TVA.
10:46Ils ne sont pas soumis aux droits de douane.
10:50On a fait un rapide calcul avec l'Union des industries textiles.
10:54Si on taxait la moitié de ces colis, donc 400 millions,
10:57et qu'on met 25 euros de frais administratifs par colis,
11:01ce n'est pas compliqué à mettre en place, c'est 10 milliards d'euros dans les caisses de l'État.
11:05Alors au moment où on cherche à faire des économies, les pistes elles sont là.
11:09Pour répondre à votre question, il faut qu'on passe du mode projet au mode action.
11:13Il faut qu'il y ait des décisions politiques qui soient prises de façon très ferme
11:17par notre gouvernement et au niveau européen.
11:19Une dernière question Bruno Nahan.
11:20Dans 10 ans, est-ce que les marques françaises de textiles ont encore leur place en France
11:24ou bien Chine aura tout balayé ?
11:27C'est une question qui est importante et qui est préoccupante.
11:32Moi j'ai la faiblesse de croire que, encore une fois,
11:35si on change complètement d'argumentation vis-à-vis de la société civile
11:40et qu'on explique les valeurs autour et la richesse autour d'un produit qui paraît très banal,
11:50que l'on explique comment il est fabriqué en France, en Europe occidentale,
11:54qu'on explique d'où viennent les matières premières, comment elles sont récoltées ou cultivées,
12:00où on va finalement redonner du sens à la main qui les a fabriqués,
12:04au savoir-faire qui contribue à fabriquer ces produits.
12:10J'ai la faiblesse de croire qu'il y a une piste honorable.
12:15Merci, un grand merci d'avoir été notre invité pour répondre à cette question
12:18qui fâche, qui vous touche évidemment au premier plan.
12:22Merci à vous Bruno Nahan.
12:24Restez avec nous tout de suite.
12:26C'est le journal de l'Afrique présenté par Fatima Tawani.
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