00:00Je me dis, ma vie, qu'est-ce que ça va être après ? J'ai quand même tué mon fils.
00:04Je vous présente mon fils qui était à l'hôpital et on m'avait dit que dans 15 jours, un mois plus ou moins, il allait mourir.
00:12Et donc je ne voulais pas qu'il meure tout seul à l'hôpital, je l'ai repris à la maison, ça fait 25 ans.
00:17Il réagit à la douleur et à la voix.
00:20S'il vous aime, il vous écoute, mais s'il ne vous aime pas, il ferme les yeux et voilà.
00:25Donc vous voyez, il y a plus ou moins un contact, mais on ne peut pas établir lequel, puisqu'on n'a jamais su l'interroger, il n'a jamais su parler.
00:32Il peut juste sentir les odeurs, parce que quand je lui mets son après-rasage, il aime bien l'odeur, donc il le manifeste en souriant, si on peut dire.
00:42Enfin, il montre qu'il aime bien.
00:44Et alors il entend, mais on ne sait pas ce qu'il entend, puisqu'il ne sait pas le dire.
00:48Ça fait presque 26 ans que Sébastien ne s'est pas levé, que vous n'avez pas entendu une même leçon de savoir.
00:53Non, j'entends le son de sa voix quand il est en détresse et qu'il tousse et qu'il a un obstacle dans sa canule qui l'empêche de respirer.
01:06Donc j'entends un cri.
01:07En Belgique, on a droit à l'euthanasie, mais pourquoi est-ce que vous, votre fils plutôt Sébastien, n'a pas droit à l'euthanasie ?
01:13Parce qu'en fait, il avait 20 ans et il y a 20 ans, on mord la vie à pleines dents.
01:18On ne pense pas à tout ce qui est enterrement, dons d'organes et procuration pour l'euthanasie.
01:28Qu'est-ce que vous voulez, vous, pour la suite, pour vous et votre fils ?
01:31En fait, ce que je veux, moi, c'est que mon fils décède avant moi pour que je puisse être sûre que ce soit fait dans une condition correcte.
01:40Parce que je sais très bien que si je décède avant lui, il sera dans un lit.
01:44On viendra le voir quand on en aura envie, soi-disant, quand on aura le temps.
01:48Et on le laissera croupir dans ses expectorations, dans ses excréments.
01:54Et on oubliera de lui donner à manger ou alors on lui donnera trop vite.
01:58À un moment donné, vous avez quand même évoqué le fait que si Sébastien doit être euthanasier, vous ne pourrez pas vivre avec cette euthanasie.
02:03Je m'en suis occupée pendant 26 ans.
02:06Tout a tourné alentour de lui.
02:07Et je me dis, ma vie, qu'est-ce que ça va être après ?
02:10J'ai quand même tué mon fils.
02:11Comment peut-on vivre avec ça ?
02:13Comment aurais-je le droit de rire, de m'amuser, de faire des blagues, de vivre en société ?
02:18En sachant dans mon fort intérieur que j'ai tué mon fils.
02:22Donc si à un moment donné, on vous donne l'accès à l'euthanasie pour Sébastien, vous la voudriez aussi pour vous ?
02:27Oui, j'ai fait mon chemin.
02:28J'ai fait mon chemin.
02:29J'ai fait ce que j'avais à faire sur cette terre, je suis tranquille.
02:32Pourquoi est-ce qu'aujourd'hui, aucune institution n'a voulu le prendre en charge ?
02:36Il n'y a pas assez de personnel et ils monopolisent.
02:42C'est ce qu'on me dit en général.
02:43Il monopolise trop de personnel parce qu'il faut le retourner, il faut le laver, il faut le chipoter.
02:49Et en plus, il n'est pas collaborant.
02:51Donc il ne sait pas appeler, il ne sait rien dire.
02:54Ce qu'il faut faire, c'est absolument, absolument gérer ce problème pour toutes ces personnes qui souffrent dans les milieux hospitaliers et dans les maisons de repos.
03:04Il n'y a pas assez de personnel.
03:05Le personnel, au bout d'un certain temps, est démotivé parce qu'évidemment, ce sont des gravataires, il n'y a pas d'évolution.
03:12Donc vous les soignez pour rien.
03:14Donc le personnel se démotive, mais la personne, elle, elle est là et elle vit.
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