00:00Comment est-ce qu'un enfant de 11 ans suit un procès ? Est-ce qu'il regarde BFMTV ? Est-ce qu'il regarde des réseaux sociaux ? Est-ce qu'il lit le journal ? Première question. Et deuxième, est-ce que le père et le fils sont réconciliables ?
00:14Alors, deux questions très différentes dans leur portée. La première, c'est que Louis, a priori, est préservé des réseaux sociaux et des contacts, effectivement, scolaires, où on vient de l'embêter très bien.
00:29Par contre, là, au niveau du procès, il avait notamment son cousin, qui est presque son demi-frère, puisque je parle ici du fils de la sœur, qui est en face de le faire.
00:46Louis, il est préservé, mais Quentin est venu au procès pour raconter à Louis des bribes de procès.
00:56De ses yeux à Louis, donc le Quentin, il a quel âge ?
00:58Avec ses yeux, il en a 14 ou 15.
01:00Et en même temps, il a été aussi très acteur de cette instruction, Louis, également de ce procès, avec cette lettre.
01:08Il a fait la démarche, quand même, d'écrire du haut de ses 11 ans cette lettre.
01:12Donc, on ne pouvait pas imaginer l'en préserver complètement.
01:14Et puis, il s'agit de son père, puisqu'on en parlait également à Albi.
01:19Louis et Elia, ils sont privés de leur mère, mais ils vont également être privés de leur père pendant plusieurs dizaines d'années.
01:24C'est ce que je qualifiais de tragédie racinienne, c'est-à-dire...
01:27Le double peine, peut-être ?
01:28Tu es double orphelinat, tu n'as plus ta mère.
01:32Et la justice désigne d'un doigt rédempteur ton père comme en ayant été le bourreau.
01:39C'est terrifiant, évidemment, pour ces gamins.
01:41Mais à côté de ça, ce n'est pas eux qui ont provoqué cette situation.
01:45Et il nous appartient de les défendre par rapport à ça.
01:48Donc, réconciliable ?
01:50Très sincèrement, il restera leur père, quoi qu'il adienne.
01:57Donc, réconciliable, je crois que c'est une partition qu'ils doivent écrire.
02:02Ça semble compliqué à l'heure où on en parle, parce qu'il n'est pas dans une démarche de loyauté au regard de son fils.
02:09C'est-à-dire que son fils est en colère parce qu'il a reproché à papa d'avoir menti et en mentant d'avoir dit que lui aussi avait menti.
02:18C'est ça, le discours de l'enfant.
02:19Il y a du travail.
02:21Vous vous en doutez, M. Rizet.
02:22C'est qu'il va falloir qu'effectivement, on les accompagne.
02:27Ils ne vont pas se retrouver en s'attrapant par les épaules, comme ça, dans les semaines qui s'annoncent.
02:35Il y a de la responsabilité, il y a de la culpabilité, il y a une grande palette.
02:39Et surtout, le temps va jouer pour lui et pour eux, peut-être.
02:42Vous savez, quand je suis sorti de ce procès et que le résultat venait de tomber,
02:47on nous annonçait quelques secondes, j'exagère à peine, quelques minutes après
02:53qu'il avait beaucoup réfléchi au sens, effectivement, de ce qui lui avait été indiqué par la justice
02:58puisqu'il allait faire appel pour maintenir, a priori, le même cap, contact.
03:04Moi, j'étais en train, simplement, de lui tendre la main en disant
03:07tirez-en un minimum de conséquences.
03:10Faites appel si vous voulez, c'est votre droit.
03:12Mais vous avez la possibilité aussi de moduler le sens de votre appel.
03:16Si vous acceptez le principe de ce qui a été décidé par une juridiction populaire
03:21et que vous nous dites, bon, d'accord, je vais vous expliquer à présent
03:26ce qui s'est passé et pourquoi j'ai agi comme ça.
03:29Derrière, n'oubliez pas de reprendre contact avec vos enfants
03:32et de leur indiquer où vous avez dissimulé le corps de leur mère.
03:36Parce que s'il est reconnu coupable du meurtre,
03:39forcément, de manière, j'ai presque envie de dire, consubstantielle,
03:43il en a dissimulé le corps.
03:45La tragédie dans la tragédie, c'est que le père traite le fils de menteur.
03:49Que le fils dit qu'il a vu sa maman pour la dernière fois dans la vaca.
03:53Et le verdict lui donne raison, lui donne acte que, effectivement,
03:57il a vu sa maman pour la dernière fois quand il s'est disputé avec son papa.
04:00Après la lecture de cette lettre qu'il a écrite,
04:03Louis, la présidente a évidemment demandé à Sinec Jubilard s'il souhaitait réagir.
04:07Il a dit, c'est triste. Fin de citation.
04:10C'est laconique.
04:11Il aurait pu aller plus loin,
04:13il aurait pu manifester une certaine forme de fragilité,
04:17de vulnérabilité à la lecture de cette lettre poignante de son fils.
04:21C'est triste. Deux mots.
04:22Ça veut dire que le chemin, en tout cas, il est là.
04:25Moi, je ne veux pas accabler cet homme.
04:28Il a adopté son système de défense.
04:30Il y aura un appel, donc on va effectivement compromiser.
04:33Il le sait, Louis, que vous y retournez dans quelques mois.
04:36Oui, mais laissez-moi vous dire que dans son rôle de père,
04:42Cédric Jubilard a été en dessous de tout.
04:44Il y avait une autre façon de se présenter,
04:48y compris pour soutenir ce qu'il est venu soutenir devant la cour d'assises.
04:51Merci de rappeler la réaction qui est la sienne.
04:55C'est-à-dire qu'on n'est pas de marbre.
04:58On passe quatre semaines ensemble.
05:00Moi, la lettre de Louis...
05:01Elle vous bouleverse ?
05:02Évidemment.
05:04C'est-à-dire que j'ai les larmes aux yeux.
05:07Et puis, il y a l'autre qui vous répond tranquillement.
05:09C'est triste.
05:10Vous avez envie de sauter vers le box.
05:12Et j'irais même plus loin, l'autre sujet de ce procès,
05:15c'est les violences infligées par Cédric Jubilard à ses enfants.
05:19Violences psychologiques sur Elia, violences physiques sur Louis.
05:23On parle de coup de pied à un jeune enfant, je crois, de 2-3 ans.
05:26Mais pour cela, il n'est pas poursuivi, qu'on soit d'accord.
05:29Pas encore.
05:29Mais Maître Boguet et les avocats des enfants ont la possibilité.
05:32On ne fait plus qu'y réfléchir.
05:34Vous y réfléchissez sérieusement ?
05:35Je pense que ça arrivera, bien sûr.
05:36On a des priorités.
05:38C'est-à-dire que dans un premier temps, il fallait mettre Cédric Jubilard
05:41face à ses responsabilités par rapport à ce procès.
05:44Si nous avions engagé des actions, on nous l'aurait peut-être reproché.
05:48Donc, je ne voulais pas qu'il soit dit que les avocats des enfants
05:52avaient pollué le procès concernant la disparition,
05:56la mise à mort de Delphine Jubilard.
05:59Après, c'est autre chose.
06:00C'est-à-dire que les rapports qui l'entretenaient avec ses enfants,
06:06en bas âge, à partir de l'âge de 18 mois, 24 mois,
06:09enfin bon, c'est des choses qu'il questionne.
06:12Il les a reconnus.
06:13À l'audience, il a reconnu que c'était une éducation à tout le moins sévère
06:18et certainement inadaptée.
06:20Le mot est faible.
06:21Les enfants, il faut qu'ils aient peur.
06:22C'est ça son système éducatif.
06:25Leur vie aujourd'hui à ces deux enfants,
06:27on dit que les enfants entre eux sont cruels dans la cour de l'école.
06:29Vous l'avez évoqué tout à l'heure, vous avez vu, on essaie de les préserver.
06:32Ça a été évoqué au procès d'ailleurs.
06:33Ah oui.
06:34C'est vrai.
06:34Une anecdote, dans l'affaire Courgeot,
06:37vous vous souvenez, les enfants de Séoul,
06:41il y avait deux autres enfants qui ont grandi,
06:44qui avaient 10-11 ans et on avait reçu leur avocat un jour
06:46qui nous avait dit, dans la cour de l'école,
06:48les enfants les appelaient Vivagel.
06:49Vous voyez un peu la cruauté et l'imagination aussi des gamins.
06:54Comment ça se passe pour les enfants jubilards dans la cour de l'école ?
06:58D'abord, ils ont un nouveau foyer.
06:59Alors, ils ont un nouveau foyer.
07:01Mais il reste les jubilards.
07:01Ils évoluent sous un autre nom que celui de jubilard parce que là, c'était…
07:06À la demande de Louis.
07:07Oui, oui.
07:09Mais vous voyez, anecdote pour anecdote, Dominique,
07:13qu'est-ce qu'on apprend à l'audience ?
07:17Que le petit Louis est en train d'aller à l'école dans son bus
07:21et puis à un moment donné, il entend parler en boucle de l'affaire, le procès, etc.
07:26Donc, on est à quelques jours de ce récit-là.
07:29C'était il y a quelques semaines auparavant.
07:30À la radio.
07:31Il entend la conversation à la radio.
07:33Il va voir assez courageusement ce chauffeur de bus en lui disant
07:36« Bon, voilà, je suis Louis jubilard et je voudrais que vous passiez éventuellement
07:41sur une bande musicale. »
07:43Et l'autre lui répond « Non ».
07:45Délicat.
07:46Il nous en parle.
07:48C'est fait de ça.
07:50La vie, les anecdotes que vous citiez,
07:53« Vive Agèle », ce chauffeur de bus qui est le roi des crétins
07:57au moment où il s'adresse comme ça à Louis jubilard,
08:00il se reconnaîtra.
08:02C'est terrible.
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