- il y a 2 mois
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00:00Bonjour, bonjour, donc c'est un grand plaisir de vous retrouver tous pour un métamorphose
00:13qui est un moment pour s'inspirer dans nos métiers et nous sommes très heureux d'accueillir Charles Pépin.
00:18Mais c'est moi, je suis très heureux d'être là. Je vais vous faire une petite chanson.
00:21Voilà. Ah non, pardon. On en parlait.
00:23Donc, vous le savez évidemment, auteur, essayiste, philosophe, traduit dans le monde entier.
00:30Qui a écrit de nombreux best-sellers, je pense que vous en connaissez certains.
00:35Qui donc aussi fait, qu'on écoute souvent sur France Inter, régulièrement.
00:42Avec beaucoup d'auteurs universals quand même.
00:44Oui.
00:45C'est pas fait exprès, mais c'est vrai.
00:47On a les meilleurs, c'est normal.
00:50Donc, vous êtes aussi conférencier au MK2 de l'Odéon.
00:55Il y a aussi un podcast que vous avez créé sur la philosophie pratique.
01:00Oui, c'est vrai.
01:01Sur Spotify.
01:02Je vous recommande d'ailleurs l'épisode sorti ce matin.
01:05C'est toutes les semaines.
01:06Qui s'appelle « Comment résister à la médiocrité ».
01:08Et je l'ai écouté en venant et je trouvais ça pas mal.
01:11Moi, je l'ai.
01:11Et on a beaucoup de chance de l'avoir parce qu'il sort dans deux jours un livre qui va s'appeler « Où est la force ? »
01:20« Où trouver la force ».
01:21Voilà.
01:22Donc, je trouvais ça très intéressant que Charles vienne nous parler de l'audace.
01:27Parce que l'audace est intimement liée à nos métiers.
01:29Aussi bien pour la musique que les métiers de la musique.
01:33Parce qu'il n'y a pas de musique sans audace.
01:35On fait des métiers à la fois de rencontres, de sons, mais aussi d'idées et de risques.
01:45Donc, chez nous, l'audace est essentielle.
01:49Et voilà.
01:49Merci Charles de venir nous en parler.
01:50C'est un plaisir.
01:51Merci pour votre invitation.
01:52On va commencer par entrer directement dans le vif du sujet.
01:55Avec peut-être cet extrait d'Odiard que vous devez connaître dans « Les Tontons Flingueurs ».
02:01Les cons, ça osse tout.
02:03C'est même à ça qu'on les reconnaît.
02:07Donc, je ne vais pas arriver comme ça, comme un coach américain, pour vous dire « Oui,
02:11osez, lâchez-vous, sortez de votre zone de confort.
02:15Sky is the limit ».
02:16Ce n'est pas du tout mon propos.
02:18En revanche, c'est intéressant de resituer l'audace dans une perspective humaniste,
02:23existentielle, de situer ce que peut être le sens du risque, mais sans tomber dans le
02:29propos un peu débile, qui est « Oui, il faut oser parce qu'après tu le regrettes et
02:34parce que tous ceux qui ont réussi ont osé ». D'abord, ce n'est pas vrai.
02:39Il y en a plein qui réussissent sans oser parce qu'ils sont portés par la chance sociale,
02:44la reproduction.
02:45Donc, il y a plein de gens.
02:45Vous n'avez qu'à voir les héritiers en ce moment de toutes les grandes familles du
02:48luxe n'ont pas beaucoup d'audace et ils vont réussir.
02:50Donc, déjà, c'est faux.
02:52Et ensuite, ce qui me paraît intéressant, c'est de valoriser l'audace, mais dans le
02:57monde réel, c'est-à-dire en étant justement conscient des contraintes et aussi conscient
03:02de notre responsabilité d'homme.
03:04Et notre responsabilité, c'est de ne pas faire n'importe quoi, en fait, surtout qu'il
03:08y a des gens à côté de nous qui peuvent payer le prix de notre audace.
03:12Il peut y avoir des parents audacieux et responsables qui détruisent leurs enfants,
03:14par exemple.
03:15Il peut y avoir un manager audacieux, mais qui détruit son artiste parce qu'il prend
03:19trop de risques pour lui.
03:21Donc, ce qui compte, je crois, c'est d'abord de distinguer le sens du risque, de l'amour
03:26du risque.
03:27Finalement, l'amour du risque, ce n'est pas ce que je vais défendre.
03:29L'amour du risque, c'est la tête brûlée.
03:31C'est quelqu'un qui s'emmerde, qui veut juste prendre des risques pour se sentir vivant
03:35jusqu'à mourir éventuellement.
03:37Des gens qui font des sports de l'extrême sans bonne préparation, c'est l'amour du risque.
03:42Donc, philosophiquement, c'est dur à défendre.
03:44En revanche, d'ailleurs, c'est dur à défendre qu'il faille frôler la mort pour se sentir
03:50vivant.
03:50Vous voyez ? On peut se sentir vivant sans frôler la mort, heureusement.
03:54Et d'ailleurs, c'est beau de se sentir vivant dans un moment de joie, un moment de partage,
03:59un moment d'empathie, un moment de compréhension intellectuelle, sans pour autant frôler
04:02la mort.
04:03Donc, ce n'est pas l'amour du risque qui est valorisable.
04:06C'est le sens du risque.
04:07Alors, c'est quoi la différence ? Le sens du risque, on le comprend quand on comprend
04:12d'abord qu'être humain, être intelligent, c'est d'abord réduire les risques.
04:19L'intelligence est développée dans l'évolution de l'espèce pour réduire les risques et notamment
04:25pour réduire les risques de se faire agresser et nourrir.
04:27Donc, quand on est un humain et qu'on a un cerveau, on a un cerveau qui sert à réduire
04:32le risque.
04:34Le problème, c'est que c'est un piège.
04:36Parce qu'à force de réduire le risque, on va devenir frileux, on va développer une
04:41aversion au risque et on ne va plus rien oser et on va avoir une vie de merde, pour le dire
04:45clairement.
04:46Petit, perfectionniste, perfectionniste, ça veut dire j'attends pour y aller d'être plus
04:51prêt et je ne serai jamais prêt.
04:53Frileux, timoré et puis on va passer à côté de sa vie.
04:55Donc, c'est quoi le sens du risque ? C'est de savoir prendre le risque qui reste une fois
05:02que je l'ai préalablement réduit en étant intelligent.
05:05Je répète, le sens du risque n'est pas l'amour du risque, c'est l'amour du risque qui reste
05:10après l'avoir réduit.
05:13Et donc, c'est dur.
05:14Parce que psychiquement, c'est bizarre.
05:17Au début, je réduis le risque et après, je dois aimer le prendre, aimer prendre le risque
05:21qui reste.
05:22Et c'est très contre-intuitif.
05:25Et on est souvent pris dans le piège qui fait que, puisque j'ai bossé, que j'ai réfléchi,
05:31que j'ai anticipé, que j'ai voulu réduire les risques parce que je suis intelligent,
05:36je n'ai plus le cœur à l'ouvrage pour prendre le risque qui reste et je tombe dans la frilosité,
05:43le principe de précaution et je vais enlever ma veste.
05:55Et je tombe dans le principe de précaution qui fait que je ne fais plus rien et je repousse
06:00toujours le moment de faire au motif que je serai plus prêt demain.
06:06Et c'est ce qu'on appelle le perfectionnisme qui est aujourd'hui répertorié comme une
06:09maladie dans l'annuaire des psys.
06:12C'est-à-dire qu'en fait, oser, c'est toujours oser y aller quand on n'est pas parfaitement
06:16prêt.
06:16On ne sera jamais parfaitement prêt.
06:18L'audace, c'est d'accepter une relative impréparation, mais relative seulement.
06:24Je me suis préparé et puis à un moment, je dois y aller.
06:27Et l'audace, c'est d'y aller en acceptant qu'on ne sera jamais parfaitement prêt parce
06:32que le monde est incertain, parce que les réactions des autres sont incertaines, parce que le marché,
06:37quand on lance un disque, est incertain parce que nous vivons dans l'incertitude que nous avons
06:43essayé de réduire par une pensée de l'anticipation.
06:46Mais l'audace, c'est de savoir prendre le risque qui reste.
06:50Et évidemment, qu'est-ce qui va libérer cette qualité d'audace ? C'est de consentir
06:54à la possibilité de l'échec.
06:57Donc j'ai écrit un livre qui s'appelle « Les vertus de l'échec ». Alors vous avez
07:00gentiment dit que j'avais fait beaucoup de best-sellers.
07:02J'ai surtout fait des livres qui n'ont pas marché.
07:04Si je les prends au global, j'en ai fait quelques-uns qui ont marché.
07:09Et c'est intéressant parce que j'aime les risques que j'ai pris quand le livre s'est
07:16planté.
07:17J'avais écrit un livre que j'adore, qui est mon meilleur livre pour moi, « Les philosophes
07:19sur le divan ». Et c'était très audacieux parce que c'était le narrateur qui était
07:23Freud.
07:24Et il recevait en patient, en thérapie, Platon, Kant et Sartre, dans une sorte de huis clos.
07:28Et l'idée, c'était de diagnostiquer tout l'inconscient occidental à travers ces trois
07:32patients.
07:33Et donc c'était audacieux.
07:34Et je me suis planté.
07:35Et aujourd'hui, j'en parle avec assez de plaisir parce que l'échec vient indiquer
07:40rétroactivement qu'il y a eu une possibilité de l'audace.
07:44Et c'est comme ça qu'on va se mettre à aimer les échecs.
07:46Il ne faut pas aimer l'échec en se disant « Mais non, ça arrive, c'est pas grave », comme
07:52si on l'acceptait à contre-cœur en voulant passer à autre chose.
07:55Il faut vraiment l'aimer.
07:57Autrement, on n'arrivera pas à l'accepter.
07:59Ça, c'est ce que disent les stoïciens de l'Antiquité.
08:02Si tu acceptes à contre-cœur, tu n'acceptes pas.
08:05Si tu es dans un embouteillage que tu t'emmerdes pendant une heure et tu dis « Bon, j'ai
08:08pas le choix et j'accepte », ce n'est pas de l'acceptation, c'est de la résignation.
08:12Si tu te fais lourder au bout de cinq ans par quelqu'un que tu aimes et qui n'a plus
08:16envie de toi et que tu dis « Bon, il y en aura d'autres, c'est pas grave », c'est
08:21de la résignation.
08:23L'acceptation, c'est de dire « Putain, je l'aime l'embouteillage ».
08:28Parce que ça fait longtemps que j'attends d'avoir une heure devant moi pour écouter
08:32le podcast de Charles Pépin.
08:34Et là, je vais pouvoir l'écouter parce que j'ai le temps.
08:38Et putain, pardon, j'arrête de dire ça.
08:40Et en fait, ça fait… Elle est partie.
08:42Mais en fait, maintenant, je comprends que quelque part, il y avait quelque chose que
08:48je dois changer dans ma façon de vivre avec quelqu'un.
08:52Et j'ai envie de le faire parce que j'ai envie de découvrir une autre façon de vivre.
08:56J'ai envie de découvrir une autre dimension de moi-même.
08:59Et cette rupture, je l'aime.
09:01Si je ne l'aime pas, j'ai le droit.
09:03Mais ça ne s'appelle pas de l'acceptation.
09:05Autrement dit, ce qui va libérer la capacité d'audace, c'est d'aimer la possibilité
09:12qu'on se plante.
09:13Pas de l'accepter dans la résignation.
09:16De se dire « C'est la vie.
09:18Je vais oser.
09:19Soit ça va marcher et ça va être super.
09:22Soit ça ne va pas marcher et ce sera quand même pas mal parce qu'au moins, j'aurais
09:25osé.
09:26Et donc, je n'aurais pas la double peine de rencontrer l'échec sans même avoir osé
09:31quoi que ce soit.
09:32Mais ça arrive souvent de rencontrer l'échec quand on n'a rien osé.
09:36Dans le cas des rencontres amoureuses, par exemple.
09:39Vous avez des rencontres ratées alors qu'on n'a rien tenté.
09:42Et imaginez là, on imagine un cas comme ça, une scène, là c'est une soirée, il y a
09:47de la musique, là il y a un bar et je flash sur quelqu'un qui est au bar là.
09:52Mais bon, il n'y a pas de réseaux sociaux, je ne peux pas la retrouver après, je ne sais
09:56pas qui c'est.
09:58Et je n'ose pas y aller.
09:59Je n'ose pas.
10:00J'ai peur, je n'ose pas.
10:02Et d'ailleurs, éventuellement, je suis perfectionniste.
10:04Je cherche la phrase d'approche parfaite, le branchage parfait.
10:08J'en parle à mes potes, on élabore une stratégie, puis pendant ce temps, la pression
10:12monte, je n'ose pas.
10:14Et à un moment, elle s'en va.
10:17Elle s'en va, elle part ailleurs.
10:20Et donc, c'est raté.
10:23Je n'ai pas osé.
10:24J'essaie de penser à autre chose, je picole un peu trop, je me retrouve dans mon lit, tout
10:27seul, encore.
10:30Ça fait trop longtemps.
10:31Comme j'ai un peu trop bu, le monde commence à rebondir un peu comme ça, je me dis, merde,
10:35je vais en plus être malade.
10:37Et avant d'être malade, je me dis quoi ?
10:40J'aurais tellement aimé oser.
10:42Et me prendre une veste.
10:45Parce qu'au moins, je m'endormirais plus satisfait que maintenant.
10:50Parce que l'échec qu'on rencontre sans avoir rien osé est beaucoup plus douloureux que
10:57l'échec qu'on rencontre en ayant osé.
11:00Et si on a compris ça, on va oser plus facilement.
11:04Et pourquoi il est moins douloureux ?
11:05C'est comme moi, j'ai été prof de philo 25 ans au lycée.
11:08J'avais plein d'élèves qui voulaient passer Sciences Po.
11:10C'est une sorte d'obsession chez les Français.
11:12Et il y en a plein qui passent Sciences Po parce que leurs parents les forcent.
11:15Donc ils n'ont pas vraiment osé bosser.
11:17Ils passent le truc, ils se plantent.
11:19Et puis il y en a d'autres qui bossent, qui bossent, qui bossent.
11:21Ils sont motivés.
11:22Ils se plantent aussi parce que grosso modo, il n'y a pas beaucoup d'élus.
11:24Mais ceux qui se plantent en ayant bossé, ils le vivent mieux.
11:29C'est violent, mais c'est la vraie vie.
11:31Parce que sur le chemin, ils ont appris des choses.
11:34Ils ont une épreuve de vie qui est honnête, qui est une vraie épreuve.
11:37Les autres, ils n'ont aucune épreuve, ils n'ont rien vécu.
11:39Mais ils ont quand même un échec social à vivre et à représenter.
11:43Et tous les champs de l'existence, la politique, l'art, les études, l'amour, nous rappellent que l'audace rend plus acceptable pour la vie psychique l'échec qui suivra.
11:59Et évidemment, quand on sait qu'on est capable d'oser, on finira par réussir.
12:03Donc premier élément qui libère la capacité d'audace, le consentement, et j'aurais presque envie de dire le consentement joyeux à la possibilité de l'échec.
12:10Deuxième élément qui va libérer l'audace, c'est d'admirer des autres audacieux.
12:18C'est l'admiration.
12:19Quand vous admirez quelqu'un, alors dans la musique, j'espère que c'est votre cas, mais vous savez, il y a beaucoup de gens qui n'admirent personne.
12:25Ça me fascine.
12:27C'est une question que je suis habitué à poser parce que j'ai voulu écrire un livre sur l'admiration.
12:30Puis avec mes élèves, je posais toujours cette question.
12:33Quand les élèves sont un peu bloqués, ils manquent un peu de motivation, de désir, d'ambition.
12:37Je leur dis, mais en fait, t'admires qui ?
12:39Parfois, ils disent, je ne vois pas.
12:42Inquiétant.
12:43C'est inquiétant d'admirer personne.
12:46Mais quand on admire quelqu'un, dans n'importe quel champ, ça peut être la musique, le sport, la spiritualité, la politique, ça peut être dans sa famille, son cousin, son oncle, sa tante, qui vous voulez.
12:57En fait, quand on admire quelqu'un, on admire toujours quelqu'un parce qu'il a fait des choses intéressantes.
13:04On n'admire jamais quelqu'un parce qu'il est hyper parfaitement soumis à la norme.
13:08Dès qu'on admire quelqu'un, moi, dans mon histoire, j'ai beaucoup admiré, par exemple, Yannick Noah quand j'avais 10 ans.
13:13J'ai beaucoup admiré Emiliano Zatopek quand j'avais 12 ans.
13:17J'ai beaucoup admiré David Bowie.
13:19J'ai beaucoup admiré Gainsbourg.
13:20J'ai follement admiré Kurt Cobain.
13:23Vous voyez, aucune de ces personnes ne sont admirables parce qu'elles respectent parfaitement la norme sociale.
13:30Donc, en fait, dès qu'on admire, on admire l'audace.
13:32Toujours.
13:33On admire une audace singulière.
13:36Et ça nous libère.
13:37Pourquoi ?
13:38Parce qu'on a tous le même problème.
13:41Le monde est difficile.
13:42Il est normé.
13:44Et on nous demande de rentrer dans le rang.
13:46C'est l'ordre social, l'ordre social familial, l'ordre social légal, l'ordre social national, l'ordre social entrepreneurial.
13:57C'est normal.
13:58Il n'y a de groupe social humain que dans la mesure où les individus acceptent de renoncer à leur liberté première pour accepter des normes, des règles, des process, des habitudes.
14:10C'est normal.
14:11Sauf que ça crée ce que Freud appelle le malaise de la civilisation.
14:15Le malaise de la civilisation, c'est un livre que vous pouvez lire, qui fait 80 pages, qui est sublimement écrit, hyper facile à lire.
14:21Freud nous montre que dans tout groupe social, il y a un malaise.
14:25Que ce soit une entreprise, même si cool qu'universale, ou que ce soit une nation ou une salle de classe, c'est que ce qui est bon pour le groupe, c'est le respect de la règle.
14:35Ce qui est bon pour l'individu, c'est l'expression de sa liberté singulière.
14:38On n'y arrivera jamais à associer les deux en même temps.
14:41Il y aura toujours un peu de malaise.
14:42Eh bien, quand j'admire quelqu'un, si j'admire Bernard Lavillier, j'admire quelqu'un dont je vois que lui, il a réussi.
14:52Ce n'est pas qu'il va me dire comment.
14:54C'est que juste c'est possible.
14:56Il y a bien quelqu'un qui lui aussi est né dans un monde social, contraint, législatif, réglementé,
15:02et qui a réussi à jouer la carte de sa liberté singulière.
15:05J'ai juste besoin de le voir.
15:08Ce n'est pas un grand discours.
15:10Ce n'est pas une théorie.
15:12J'ai besoin de le voir pour être rassuré et me dire « c'est possible ».
15:18L'audace, elle est possible dans ce monde de réglementation sociale.
15:24C'est possible.
15:25Si c'est possible, c'est que c'est possible.
15:28En gros, si c'est possible pour toi, c'est que c'est possible pour moi.
15:30Alors, je ne vais surtout pas t'imiter.
15:33Surtout pas.
15:35Parce que si je t'admire, je pense que tu es inimitable.
15:39Vous voyez ?
15:39Si je t'admire, c'est pour ta singularité.
15:42Donc je ne vais pas te copier.
15:43Ce serait un contresens.
15:44En revanche, je vais me nourrir du spectacle, de ta singularité inimitable, pour nourrir la mienne.
15:56En tout cas, moi, je l'ai vécu comme ça avec Yannick Noir.
15:58Inutile de dire que je n'allais pas essayer de lui ressembler.
16:00Alors, j'étais blond en plus à l'époque.
16:02Petit blond blanc, né dans l'ouest parisien.
16:06Yannick Noir, bon.
16:07Kurt Cobain, pareil.
16:09Bowie, pareil.
16:10Mais pourtant, qu'est-ce que ça m'a nourri, porté ?
16:13Ça m'a fait espérer, rêver.
16:15Ça m'a nourri dans la possibilité de m'arracher un tout petit peu à ce caractère moyen de tout individu social.
16:23Et autant tout le monde est digne de respect, autant on n'admire que les singularités qui ont su saisir leur chance de s'arracher au conformisme dans un monde de normes.
16:37Donc, premier critère pour libérer l'audace, aimer la possibilité de l'échec et changer de regard sur l'échec.
16:45Deuxième élément, l'admiration de l'audace des autres, mais sans jalousie, sans comparaison, sans passion triste.
16:54Quand on aime la singularité qui nous rend audacieux, on ne se compare pas.
17:00On ne compare pas deux...
17:01On ne va pas comparer, je ne sais pas, pour moi, les plus grands, je ne vais pas comparer Kurt Cobain et David Bowie, ça n'a aucun sens.
17:09D'ailleurs, quelle reprise sublime dans le Unplug de Bowie par Kurt Cobain.
17:14Mais bon, je ne vais pas comparer, ça n'a aucun sens.
17:17Donc, l'admiration de l'audace de l'autre, elle me rend audacieux.
17:21On a presque du mal à comprendre l'idée. Pourquoi ?
17:24Parce qu'on est dans une époque égalitariste, où en fait, on se dit non, chacun se compare.
17:29Et puis, il y a de la jalousie sur les réseaux sociaux.
17:31Les jeunes souffrent tellement.
17:33Ils scrollent comme ça sur Insta.
17:36Ils ont l'impression d'avoir une vie de merde au regard des vides, d'ailleurs, trafiquées, complètement faites.
17:40Mais peu importe.
17:41Mais ça, ça crée quoi ? Des passions tristes.
17:44Et puis, une sorte d'encouragement à ne pas oser, au fond.
17:48Et surtout, vous avez bien vu aujourd'hui, beaucoup d'influenceurs stars.
17:51Le sont devenus en raison de leur capacité à faire une narration d'une vie moyenne, en fait.
17:58Vous voyez, c'est comme ça qu'on a beaucoup, beaucoup de followers, en étant un lieu d'identification massive.
18:03Donc, si vous êtes trop original, trop singulier, ça ne va pas le faire.
18:06Alors, il y a quelques stars immenses.
18:09Je ne sais pas si vous allez voir.
18:10Il y a quelques stars qui sont très singulières et qui ont des millions de followers.
18:14Ça existe.
18:15Mais il y a beaucoup d'influenceurs qui tirent la jeunesse vers le bas en étant dans une sorte de narration un peu ironique d'une quotidiennité médiocre.
18:24Mais genre, c'est ça.
18:25Oui, c'est tellement ça.
18:27Oui, c'est tellement ça.
18:28Vous voyez, c'est ça, le ressort un peu de l'influenceur.
18:30Il est comme les autres, en fait.
18:32Eh bien, c'est comme ça qu'on finit par ne plus rien oser.
18:35Surtout qu'on se dit, mais lui, il s'est enrichi, il vit à Dubaï en n'ayant rien osé, en faisant juste des vidéos de sa vie comme les autres.
18:45Donc, c'est dramatique.
18:46C'est la première fois.
18:48Mais accrochez-vous dans l'histoire de l'humanité.
18:52C'est la première fois qu'autant de médiocres sont mis en lumière.
18:58C'est la première fois.
18:58Alors, ça a commencé avec Love Story, avec la télé-réalité, et maintenant, ça explose avec la viralité sur les réseaux.
19:09Alors, attention, ça a du bon.
19:13Ça a du bon.
19:14Ça a vraiment du bon.
19:15Il y a des révolutions qui ont lieu politiques grâce à ça, avec des gens dans la rue, dans des pays où ils seraient restés sous des dictatures s'il n'y avait pas cette viralité.
19:24Ça a du bon parce qu'il y a plein de gens qui, avant, n'avaient aucune chance.
19:28Ils étaient nés du mauvais côté de l'échelle sociale.
19:31Ils n'avaient aucune chance à en sortir.
19:33Et maintenant, ils s'en sortent très bien et c'est tant mieux.
19:35Donc, ça a du bon, mais ça a du mauvais.
19:38C'est que le mauvais, c'est que ça ne fait pas rêver.
19:41Le mauvais, c'est que ça ne nous tire pas vers le haut pour nous nourrir de notre capacité d'audace et que ça nous demande une extrême vigilance.
19:48Parce que si je n'entretiens pas la possibilité de ma singularité et de mon originalité, je vais m'habituer, en fait, au renoncement.
19:56Je vais m'habituer aux passions tristes et je vais finalement ne pas être capable d'audace.
20:02Troisième élément, alors pour le coup, le cliché que j'ai critiqué au début, je vais me le réapproprier un petit peu.
20:08Ça veut dire quoi ? Sortir de sa zone de confort.
20:10Au fond, l'idée est bonne, mais je voudrais qu'on le dise un peu autrement.
20:16D'abord, pour sortir d'une zone de confort, il faut en avoir une et la connaître.
20:21Autrement dit, ce qui va rendre possible l'audace, c'est quand même d'être compétent dans un domaine.
20:26Et donc d'accroître une zone de sécurisation qui est une zone de compétence.
20:33Mais le problème, c'est que la compétence, ça peut être un enfermement qui entrave l'audace.
20:42C'est que si je me définis par ma compétence tout le temps, je ne vais pas oser faire des choses pour lesquelles je ne suis pas parfaitement compétent.
20:51Et donc le piège de la compétence, c'est que ça peut faire de moi un frileux qui ne fait que ce qu'il sait très bien faire et quelque part qui manque d'audace.
21:02Mais attention, c'est compliqué, parce que les audacieux qui n'ont aucune compétence, en gros, ils vont faire n'importe quoi.
21:08Ils vont se planter et ils vont souvent être dangereux.
21:13Et parfois, s'ils sont un peu charismatiques, ils vont être dangereux pour les autres.
21:16Donc on a une situation assez compliquée où l'incompétence entrave l'audace, mais où la compétence mal vécue peut interdire elle aussi l'audace.
21:30Quelle est la solution ? C'est de développer sa compétence avec dans le cœur une envie d'autre chose.
21:37Autrement dit, si vous développez votre compétence simplement parce que vous avez peur de l'inconnu, peur de la vie, et parce que vous êtes frileux,
21:46et pour vous protéger de l'inattendu tout le temps, vous allez sans cesse accroître votre zone de compétence, mais sans jamais en sortir.
21:55Vous allez donc finir par un enfermement dans une logique de compétence.
21:59Mais si en revanche, au moment où vous accroissez votre maîtrise dans votre métier par exemple, au moment où vous agrandissez votre zone de compétence,
22:08vous le faites avec au fond du ventre et du cœur un désir de créativité et pas de frilosité, ça va tout changer.
22:15Autrement dit, ce qui compte, c'est pas compétent ou pas, ce qui compte c'est quand j'accrois ma compétence.
22:20Est-ce que je le fais simplement pour me rassurer tout le temps, auquel cas je ne serai jamais audacieux,
22:24ou est-ce que je le fais au contraire pour libérer une qualité d'audace et me dire « Ok, ça je l'ai déjà réussi 50 fois de suite,
22:32maintenant je vais entreprendre un truc que je n'ai pas encore réussi, mais je vais gagner ma confiance quand même par la compétence,
22:39à la condition de ne pas me laisser enfermer dedans. »
22:42Donc voilà, ça veut dire ça, sortir de sa zone de confort.
22:45Et au fond, ça veut dire l'élargir, pas en sortir.
22:49Parce que la confiance, c'est de se retrouver confortable hors de sa zone de confort.
22:58Mais si on est confortable hors de sa zone de confort, on est dans sa zone de confort.
23:04Donc on ne sort pas de sa zone de confort, on l'élargit.
23:09Et bien ça, c'est l'audace.
23:10Quand vous avez un aventurier comme Mike Horn, qui va traverser l'Arctique tout seul sur un bateau,
23:17ou l'Amazonie à main nue et avec des chaussures et en short, tout seul,
23:23il a beaucoup, beaucoup, beaucoup de compétences.
23:27Il a beaucoup, beaucoup, beaucoup préparé l'expédition pendant des mois.
23:32Il a préparé comment on tue une migale.
23:35Il a préparé comment on se nourrit en creusant la glace pour attraper un poisson.
23:38Il a surpréparé.
23:41Et donc nous, on a l'impression qu'il prend un risque fou.
23:44Mais quand on l'écoute en conférence au Grand Rex, il explique bien qu'il ne prend pas beaucoup de risques,
23:49tellement il a préparé.
23:50Mais évidemment, il reste du risque.
23:52Et il aime, il aime autant le risque qui reste que la préparation par laquelle il a réduit ce risque.
24:01Évidemment, on retrouve en introduction sans l'avoir réduit à zéro, car la vie, c'est l'imprévu.
24:08Et c'est Mike Horn qui m'a ouvert les yeux à cette conférence au Grand Rex.
24:15Et c'est la première fois que je l'ai entendu.
24:16Et c'est vrai, il a dit, voilà, en fait, on ne sort pas de sa zone de confort.
24:20On l'a grandi.
24:20Est-ce que ce n'est pas une belle définition de la vie ?
24:24Et d'ailleurs, par voie de conséquence, de ce qu'on appelle la confiance.
24:27La confiance, c'est le livre que j'ai écrit après, Les Vertus de l'échec, c'est la confiance en soi, une philosophie, logiquement la suite.
24:35Eh bien, la confiance, parfois on se trompe.
24:39On croit qu'on est en confiance quand on est en maîtrise.
24:41On croit qu'on est en confiance quand on est hyper à l'aise pour entreprendre quelque chose qu'on a déjà réussi plein de fois.
24:47Non, là, on est juste compétent.
24:50La confiance, c'est quand je suis à l'aise pour entreprendre quelque chose que j'ai déjà réussi deux fois et raté dix fois.
24:56Ou alors, évidemment, quand je suis à l'aise pour entreprendre quelque chose que je n'ai jamais réussi mais que je vais retenter une nouvelle fois.
25:02Parce qu'à la force, je finirais bien par réussir.
25:05Et donc, tout l'enjeu de l'audace, c'est de métamorphoser une logique de compétence en une logique de confiance.
25:14Et pour le comprendre, il faut savoir que ce n'est pas qu'une confiance en soi.
25:20Dans toute audace, il y a une confiance en la vie.
25:25Pas que en moi. Autrement, je vais être dans le contrôle.
25:28Si je suis dans l'obsession du contrôle, je ne vais pas me risquer.
25:32Et vous allez voir que quand vous avez vraiment confiance, il y a toujours autre chose que vous qui intervient.
25:40Confiance au moment de prendre la parole.
25:42Confiance au moment de faire un choix de vie important.
25:44un déménagement, un aménagement avec quelqu'un que vous aimez mais que vous ne connaissez pas bien.
25:49Des décisions de vie, quoi.
25:51Dès que vous avez confiance, d'ailleurs, faites l'exercice maintenant.
25:55Souvenez-vous de la dernière fois où vous avez eu confiance.
25:59C'est-à-dire que vous vous êtes engagé dans une action risquée, incertaine,
26:05mais en étant cool, en étant confiant.
26:09Essayez de trouver ce moment. Je vous laisse réfléchir.
26:12Je vous laisse trouver. Alors ça peut être dans n'importe quel champ de la vie, bien sûr.
26:16Ça peut être une expérience sexuelle nouvelle, atypique.
26:21Ça peut être une expérience spirituelle.
26:26Ça peut être de plaquer un boulot, de plaquer quelqu'un.
26:30Ça peut être de quitter la ville.
26:32Ça peut être de s'engager dans la foi, des choses comme ça.
26:35Tout est possible.
26:37Est-ce que vous avez l'exemple ?
26:39Si vous ne l'avez pas, vous avez bien fait de venir.
26:42Si vous l'avez, je vous propose d'essayer de vous souvenir de l'émotion qui a traversé votre corps au moment où vous y êtes allé,
26:57où vous prenez le risque.
26:58Ça peut être une prise de parole devant des gens un peu pas très bienveillants.
27:04Ça peut être...
27:06Oui, c'est un moment de courage aussi.
27:08Eh bien, revivez ce moment.
27:14Et maintenant, je vous pose cette question.
27:16Au moment où vous y êtes allé, vous avez eu confiance en quoi ?
27:23Vous avez eu confiance en quoi ?
27:25En qui ? En quoi ?
27:27Eh bien voilà.
27:28On ne va pas prendre toutes les réponses.
27:29On n'a pas assez de temps, mais je...
27:32Dites-le comme ça, spontanément.
27:36Parlez tous en même temps.
27:37Vous avez confiance en quoi ?
27:38Allez-y.
27:39Voilà, la vie, quoi d'autre ?
27:41En moi, très bien.
27:42Quoi d'autre ?
27:44Très bien.
27:44Les autres, très bien.
27:45Quoi d'autre ?
27:47Il n'y a pas de piège.
27:48Allez-y.
27:49Vous allez voir qu'il y a plein de choses qui viennent.
27:51Le destin, très bien.
27:52Le karma, très bien.
27:54La chance, très bien.
27:55Le soleil, le soleil, ma mère, ma meuf, les autres qui vont peut-être rebondir.
28:00Moi, parce que j'ai quand même des compétences.
28:02Dieu, peut-être.
28:03Eh bien voilà.
28:04Il y a plein de réponses.
28:06Mais c'est jamais.
28:08Juste, moi, je maîtrise, donc j'y vais.
28:11D'abord, on est dans un monde avec des autres.
28:13Donc de toute façon, quand j'ai confiance, quelque part, je pense que peut-être, je vais entreprendre un début de truc.
28:19Si je bosse en équipe, de toute façon, les autres vont compléter.
28:21Et j'ai confiance en les autres.
28:22C'est le management, d'ailleurs, d'avoir confiance en les autres.
28:25Donc vous voyez, eh bien, ce qui va entraver l'audace, c'est d'être auto-centré.
28:32Et or, une certaine psychologie positive, un certain coaching américain que je moquais au début, ils vont vous dire ça.
28:39Ils vont dire, vas-y, confiance illimitée, aie confiance en toi.
28:43Sky is the limit.
28:44Viens à mon séminaire à Londres à 8 000 euros les 4 jours.
28:47Je vais te faire marcher sur les braises.
28:48Tony Robbins, qui est quand même talentueux par ailleurs, mais marcher sur les braises, c'est bidon.
28:56Tout le monde peut le faire.
28:57Il suffit d'être conditionné, d'avoir des glaçons et tout le monde marche sur les braises.
29:01Donc en fait, c'est du bourrage de crâne.
29:02C'est de l'auto-persuasion.
29:04C'est pas ça, la vraie audace.
29:06La vraie audace, c'est d'être en relation avec le monde, avec la conjoncture, avec l'instant.
29:10Oui, on peut aussi avoir confiance en l'instant.
29:13Je le sens bien maintenant, c'est tout.
29:14C'est même pas toi, moi, le monde.
29:16C'est juste maintenant, je le sens bien.
29:17Et du coup, l'audace, ce qui va nous libérer de cette capacité d'audace, c'est aussi d'avoir confiance en autre chose que soi.
29:29La chance.
29:31Il faut la chercher, la chance.
29:33Si je fais rien, j'aurai pas de chance.
29:35Mais si je vais provoquer la chance en y allant, alors je peux être récompensé par la rencontre de la chance.
29:43Mais si j'ai pas l'audace de faire le premier pas, comme dans la chanson de Claude-Michel Schoenberg.
29:49Vous savez, le premier pas, j'aimerais qu'elle fasse le...
29:52Vous connaissez ?
29:55Lui, d'ailleurs, il le fait pas, il aimerait qu'elle le fasse.
29:57Mais justement, le premier pas, c'est vraiment, c'est de l'audace.
30:04Alain disait, le secret de l'action, c'est de s'y mettre.
30:08Très belle phrase.
30:10On imagine le secret de l'action, c'est de bien réfléchir, c'est d'anticiper, c'est de faire un business plan, une projection.
30:17Il faut le faire.
30:18Mais le secret de l'action, c'est d'y aller.
30:20Et d'y aller dans une relative impréparation.
30:25En fait, la vraie vie, on n'est jamais prêt, franchement.
30:28On n'est pas prêt à se faire lourder.
30:30On n'est pas prêt à avoir le Covid qui nous tombe dessus.
30:32On n'est pas prêt à ce qu'il y ait une pénurie de matières premières.
30:35On n'est pas prêt à mourir, en général.
30:38Sauf si on est très malade, très fatigué, que l'épuisement nous a préparés.
30:42Dans ce cas-là, c'est vrai, mais c'est un peu un cas particulier.
30:45La plupart du temps, on n'est pas prêt à crever.
30:46On a plutôt envie de continuer à vivre.
30:50Eh bien oui, pourquoi je dis ça ?
30:51Parce que les philosophes disent, philosophie, c'est se préparer à mourir.
30:55Qu'est-ce qu'ils veulent dire ?
30:56Les anciens, Socrate, les stoïciens, Montaigne, disent tous,
31:01philosopher, c'est apprendre à mourir, c'est se préparer à mourir.
31:03Qu'est-ce qu'ils veulent dire ?
31:05Vous croyez qu'ils sont assez abrutis pour dire,
31:07oui, tu vas tellement être bien préparé que quand la mort vient taper à ta porte,
31:11tu dis, salut les enfants, salut mon amour, salut le soleil,
31:14salut les grands vins de Bourgogne, salut le sexe, salut la musique,
31:18salut Gaëtan Roussel, salut Benjamin Biolet, salut l'amour,
31:22je suis prêt, je vais mourir, ciao, je suis bien prêt.
31:25Vous croyez que les philosophes pensent ça ?
31:27Ben non.
31:27Alors qu'est-ce qu'ils veulent dire ?
31:29Ils veulent dire qu'il faut se préparer au fait qu'on ne sera pas prêt,
31:32qu'il faut accepter l'impréparation, qu'est la vraie vie.
31:38Mais c'est une sagesse, donc on s'y prépare.
31:43Et ben l'audace, c'est de se préparer à aller vers l'inattendu.
31:49C'est de se préparer à aller vers l'imprévu.
31:53C'est ça l'audace.
31:53Mais ça se prépare en réfléchissant, en nourrissant des talents,
31:58en nourrissant des envies, en nourrissant des désirs.
32:02Et donc ce qui libère l'audace, c'est pas simplement consentir à l'échec,
32:06pas simplement admirer, mais c'est comprendre que dans la vie,
32:11on n'est jamais assez prêt.
32:13On n'est jamais assez prêt pour rien.
32:15Ni pour le grand amour, ni pour la fin de l'amour,
32:18ni pour le licenciement, ni pour s'emmerder au boulot,
32:21ni pour mourir, ni pour naître d'ailleurs.
32:23Vous avez remarqué, l'enfant à la naissance, il n'est pas prêt.
32:26Il est complètement prématuré, il est incapable.
32:28L'enfant à la naissance, humain, il est né trop tôt.
32:33C'est un prématuré.
32:35Au sens scientifique, il y a des grands prématurés.
32:37Mais quand on est à 9 mois, on est quand même un prémate.
32:40Ça s'appelle la néoténie, c'est la prématuration de la naissance humaine.
32:43Donc en fait, on n'est même pas prêt, même pas à naître.
32:47Eh bien l'audace, c'est de comprendre tout ça et de se dire,
32:49OK, c'est ça la condition humaine.
32:52Donc maintenant, je ne vais pas me dire quoi pour lancer ma chanson,
32:56pour chanter là devant toi, pour jouer mon morceau de piano en famille.
33:00Maintenant, je vais attendre d'être plus prêt.
33:02Maintenant, tu ne seras toujours pas prêt.
33:04Tu seras peut-être plus prêt, mais tu ne seras toujours pas prêt.
33:06Donc vas-y, lâche-toi, lance-toi, joue.
33:09Et Miles Davis disait à ses musiciens,
33:13j'en peux plus de votre peur des fausses notes.
33:17Il n'y a pas de fausses notes.
33:18Si tu continues à jouer en rythme avec les autres, il n'y a pas de fausses notes.
33:24On peut rétroactivement la faire sonner bien.
33:27Juste, vas-y, ne t'arrête pas, rebondis, réinvente-toi.
33:32N'essentialise pas l'instant.
33:36Ce qui entrave l'audace, c'est quand je me dis, là, j'ai raté, je suis nul.
33:41J'essentialise.
33:42Je suis nul.
33:43Non, je ne suis pas un raté.
33:46J'ai raté un truc.
33:48Et à l'inverse, ce n'est pas parce que j'ai réussi que je suis le king,
33:53contrairement à ce que croient plein de gens.
33:55OK, j'ai réussi un truc, mais je ne suis pas le meilleur.
33:57Je ne suis pas un winner.
33:58Et le mouvement de l'audace, c'est un mouvement existentialiste.
34:02C'est un mouvement par lequel on remet tout en jeu.
34:05On rebat les cartes.
34:06Donc ce qui libère l'audace, c'est de dire de toute façon,
34:08quoi qu'il m'arrive, que ce soit un succès ou un échec,
34:12je vais le ressaisir dans le mouvement de la vie.
34:16Et au fond, ce qui nous rend audacieux, c'est de se dire,
34:18il n'y a pas d'arrêt sur l'image.
34:20On ne s'arrête pas, en fait.
34:21On avance, on vit, on existe.
34:23Donc ce qui pourrait me faire peur par rapport à l'audace,
34:27c'est de me dire, mais si je me plante, je suis nul, je vais être humilié.
34:30Non, tu ne vas pas être.
34:32Tu n'es jamais figé dans l'essence.
34:34Tu vas continuer à avancer.
34:36Tu vas en faire quelque chose.
34:38Dans un mouvement comme ça, de réinvention,
34:42un cheminement existentiel.
34:44Et dans ce mouvement, on comprend
34:45que ce n'est pas du tout un tableau à deux entrées.
34:50Ce n'est pas je me plante ou je réussis.
34:53En général, c'est un mélange.
34:56Vous avez parlé de mes livres.
34:57C'est très mélangé.
34:58Il y a des livres qui ont été des échecs commerciaux,
35:01mais que j'estime très réussis
35:03et qui m'ont amené des amitiés, des critiques élogieux,
35:07même peu nombreux, mais donc c'est du succès.
35:10Et puis il y a des échecs commerciaux en même temps.
35:12Et vous pouvez avoir parfois un gros succès commercial
35:14qui est pour vous un échec parce que vous vous êtes un peu trahi,
35:17que vous avez piqué quelque chose à quelqu'un
35:19ou que vous vous êtes mal comporté
35:21ou que quelque part, vous êtes devenu arrogant et prétentieux.
35:23Donc c'est un mélange, la vie.
35:25Ce n'est pas du tout un échec ou un succès.
35:26Tout ça est bizarre.
35:28Michel Tournier, si vous aimez cet écrivain,
35:30que moi j'adore,
35:31il est devenu écrivain
35:33parce qu'il a raté six fois de suite la grecque de philo.
35:37Du coup, il a réussi ou il a raté ?
35:38Parce que c'est en ratant la grecque
35:39qu'il est devenu prix Goncourt de littérature.
35:41Donc vous voyez, échec et succès en même temps.
35:44Et ce qui libère l'audace, c'est ça.
35:45C'est de se dire, de toute façon, la vie, c'est le mélange.
35:49Et souvent, on a une pensée binaire,
35:54dichotomique.
35:54On dit soit je me plante et je suis nul,
35:56soit je réussis et c'est la fête.
35:58Ça ne se passe pas comme ça.
36:00C'est mélangé tout le temps.
36:01Regardez par exemple la dernière fois,
36:02vous étiez à un concert avec votre amoureuse,
36:05votre amoureux,
36:06et vous l'avez pris comme ça dans vos bras pour lui faire un bisou,
36:09mais vous avez fait un mauvais geste et vous avez pris une grosse claque comme ça.
36:11Vous vouliez l'embrasser, mais comme ça,
36:12et boum, ça vous fait une grosse claque dans la joue.
36:15Échec au succès.
36:16Échec au succès.
36:20Freud dirait échec du projet conscient,
36:25qui était un geste tendre,
36:27mais peut-être réussite du désir inconscient,
36:30qui était de frapper l'autre parce qu'il vous a agacé toute la journée.
36:33Dans ce cas-là, l'acte manqué nous rappelle que c'est échec et succès en même temps.
36:36Vous voyez ?
36:38Et le boxeur,
36:40qui est champion du monde à 21 ans,
36:43mais à 21 ans et 6 mois, il n'a plus de neurones,
36:45tout est cramé.
36:46Échec au succès.
36:49Le coût,
36:50le coût du succès.
36:54J'ai quelques amis,
36:55moi j'ai commencé par écrire des romans,
36:57et ça n'a pas marché.
36:59Et certains de mes amis ont eu un énorme succès.
37:01Et j'en vois un qui ne s'en est pas remis du tout.
37:08Échec au succès.
37:11Donc ça va me rendre audacieux,
37:14de me dire en fait,
37:15ce n'est pas la bonne façon de voir les choses.
37:17Et donc la peur de l'échec,
37:19elle est complètement avalable, digérable,
37:22dans la mesure où je comprends
37:24combien les choses sont entremêlées dans une vraie existence.
37:29Enfin, un dernier élément,
37:31c'est qu'il y a une joie
37:33à l'audace.
37:35Il y a une joie à se sentir vivant.
37:37Il y a une joie à oser,
37:39alors pas oser tout,
37:40autrement on tombe dans le con de Diard du début,
37:42mais on se sent vivant quand même.
37:45Cette espèce d'adrénaline
37:46qui fait que je tente quelque chose
37:49que je n'ai pas déjà réussi
37:51ou pas réussi assez de fois
37:52pour être confortable,
37:54fait que je me sens vivant.
37:57Eh bien, pour apprendre à oser,
37:58il faut développer les quatre dimensions
38:01que je viens d'évoquer,
38:02donc le rapport à l'échec,
38:03le rapport à la confiance,
38:04le rapport à l'admiration,
38:06le rapport à la joie de vivre.
38:07Mais ça, c'est apprendre à oser.
38:09Mais il y a l'autre partie de la réflexion,
38:11c'est que c'est en osant qu'on apprend.
38:14Donc il y a un cercle vertueux.
38:15Plus j'ose, plus j'ose dans l'absolu.
38:19Mais plus j'ose, plus j'apprends
38:22et plus je suis capable de réussir
38:23mes audaces d'après.
38:24Donc on peut apprendre à oser.
38:28Il n'y a pas de nature.
38:29Il n'y a pas de gêne de l'audace.
38:31Il n'y a pas d'êtres qui sont nés audacieux,
38:34d'autres qui sont nés frileux.
38:36Ça s'apprend.
38:37D'ailleurs, tous les grands audacieux
38:39ont une histoire.
38:40Très souvent, ils ont été plutôt des ados timides
38:44et très souvent,
38:46ce n'étaient pas les stars de la cour de récré.
38:49Une étude a montré
38:50qu'en gros, le star populaire
38:52à 13-14 ans, c'est souvent
38:54un gros loser à 35 ans.
38:56Et que les rock stars charismatiques
38:57étaient souvent un peu paumés dans la cour de récré,
39:00un peu timides à l'écouter de la musique.
39:02Donc ça rassure.
39:04Mais bon, ne faisons pas de généralité
39:06trop abusive.
39:07Mais ce que ça veut dire, c'est qu'il y a une histoire
39:09qui me rend audacieux.
39:11Et donc, il ne faut surtout pas se dire
39:12à moi, ce n'est pas pour moi,
39:13je ne suis pas comme ça.
39:15Ce serait retomber dans l'essentialisme.
39:18Et vous allez me dire, mais quand même,
39:20dans une fratrie, on voit bien,
39:22même quand ils sont petits, les enfants,
39:24il y en a un qui est audacieux,
39:25qui est tête brûlée,
39:28et l'autre qui a peur de tout.
39:32Oui, mais ils ont 5 ans et 3 ans.
39:35Vous croyez qu'il n'a rien passé avant ?
39:36Vous croyez qu'ils sont nés comme ça ?
39:38Et puis même avant, dans le ventre,
39:39c'est de l'histoire.
39:40Comment on vit le niveau intra-utérin ?
39:43C'est une histoire.
39:45Comment on entend ce qui se passe,
39:47les crises de ses parents,
39:48les engueulades,
39:50les musiques qu'ils écoutent,
39:52le train qui passe au-dessus de l'appart,
39:54ça existe tout ça.
39:55Donc, souvent, on croit que c'est de l'inné,
39:58alors que c'est de l'acquis, en fait.
39:59Il y a toujours une histoire.
40:01Et puis, de toute façon,
40:02il y a l'histoire des générations d'avant
40:03qui vient m'impacter,
40:05vivre en moi.
40:06Donc, si c'est lié à une histoire,
40:09c'est que ça peut changer.
40:10C'est tout ce que je veux dire.
40:11On n'a pas de raison de dire,
40:12moi, je n'y arriverai pas.
40:14Alors après, moi, je ne suis que philosophe,
40:16je ne suis pas thérapeute,
40:17mais certains ont besoin de thérapie
40:21pour apprendre à oser.
40:24Soit de thérapie psychanalytique
40:25qui prend du temps,
40:26mais quand même qui est intéressant
40:27parce que la psychanalyse va nous apprendre
40:29ce qui compte pour soi
40:31et aller vers son vrai désir personnel.
40:35Donc ça, c'est une thérapie longue,
40:37mais en général, on est plus audacieux
40:39quand on sait ce qui compte pour soi
40:40et ce pour quoi on a envie de se battre
40:42et d'oser.
40:43Et autrement, il y a des thérapies comportementalistes,
40:46les TCC,
40:46beaucoup plus thérapie brève
40:48qui marche très bien aussi
40:50par rapport à l'audace,
40:51mais qui marche avec une autre méthode.
40:53Il ne s'agit pas d'entendre son désir inconscient
40:55pour se mettre en accord avec lui
40:58dans son audace existentielle,
41:00mais il va s'agir step by step
41:02d'apprendre à oser
41:03en mettant en place
41:05des comportements audacieux progressifs.
41:07C'est ça, les TCC,
41:08thérapie comportementale cognitiviste.
41:11Ça marche aussi très bien.
41:13OK, tu as peur de tout.
41:14D'abord, commence par
41:16en réunion prendre la parole une fois
41:17tous les six mois,
41:19puis plus longtemps,
41:21mais d'abord avec des notes,
41:23puis avec la moitié de notes,
41:25puis un quart de notes,
41:26puis pas de notes.
41:27Et puis progressivement,
41:28ça s'apprend en fait.
41:29Il faut savoir que le cerveau humain,
41:32il est plastique.
41:33Il n'y a rien de figé là-dedans.
41:36Donc si on a des traumas,
41:37c'était le sujet de mon dernier livre,
41:38Vivre avec son passé,
41:40il n'y a aucune raison
41:40de rester traumatisé,
41:41même les pires traumas.
41:43Évidemment,
41:44la mémoire traumatique,
41:45elle est figée.
41:46Mais quand on voit
41:47ce que c'est que la plasticité neuronale
41:49dans votre cerveau,
41:52il y a, je crois,
41:5280 milliards de neurones
41:53et beaucoup plus de synapses,
41:55tout ce truc bouge tout le temps.
41:57Ça se reconfigure,
41:58se réagence,
41:59se reconnecte,
42:01ça prend d'autres chemins.
42:02Donc il n'y a aucune raison
42:04de rester bloqué
42:05sur la case trauma.
42:07Et parfois c'est dur
42:09d'en sortir,
42:10mais c'est toujours possible.
42:12Et accessoirement,
42:13si c'est juste,
42:14si on a vécu un trauma
42:16extrêmement violent,
42:18mais là,
42:18c'est même pas ça.
42:19C'est juste qu'on n'arrive pas
42:20à oser parce qu'on rougit,
42:22parce qu'on a peur
42:22de se faire ridiculiser,
42:24on a peur de se faire placardiser,
42:26on a peur de se faire moquer.
42:28Il y a plus grave,
42:29franchement.
42:29Il y a des choses plus graves.
42:30Donc du coup,
42:31ça se débloque
42:32hyper facilement.
42:33Il faut juste se dire
42:34que la vie est plus belle.
42:37Quand je comprends
42:38la phrase d'Alain,
42:39le secret de l'action,
42:41c'est de s'y mettre.
42:43Alors évidemment,
42:45c'est aussi une façon
42:46d'encourager les autres
42:47à l'audace.
42:50Prenons un exemple.
42:51Vous avez un enfant
42:52qui vient d'arriver en sixième.
42:53Il ne connaît personne.
42:54Il est invité à un anniversaire.
42:55Il ne veut pas y aller.
42:58Déjà, on lui dit,
42:58écoute,
42:59tu as de la chance
42:59d'être invité déjà.
43:00Tu ne dois y aller.
43:01Oui, mais si ça se trouve,
43:02ça va mal se passer.
43:04On ne va pas me parler.
43:05Je vais être tout seul,
43:06humilié à côté du goûter,
43:08tout rouge.
43:10Et qu'est-ce qu'on dit
43:10souvent les parents ?
43:12Mais non,
43:13mais non,
43:14vas-y,
43:14ça va bien se passer.
43:17Il n'y a rien
43:17de plus angoissant.
43:19Il sait que c'est faux.
43:20Ça ne va pas nécessairement
43:22bien se passer.
43:24Du coup,
43:25on l'enfonce
43:26dans son angoisse
43:26en ne reconnaissant pas
43:29la réalité du danger.
43:33Et de plus,
43:35on ne peut pas
43:36le rendre audacieux
43:37en étant dans le déni
43:38de la vraie complexité.
43:40Donc moi,
43:40je pense qu'il faut dire
43:41le contraire.
43:41Il faut dire,
43:41mais tu as raison.
43:43Tu as raison.
43:43si ça se trouve,
43:46ça va mal se passer.
43:47Très mal.
43:50Peut-être que l'humiliation
43:51que tu vas vivre
43:52si tu y vas,
43:54tu en parleras
43:54à ton psy
43:55dans 40 ans.
44:00Alors le petit enfant,
44:01il dit,
44:01ben cool,
44:02je reste à la maison,
44:03je me mate à Netflix.
44:04Non, non, non,
44:05ce n'est pas ce que
44:06je voulais dire.
44:07Je voulais dire
44:08que ça peut
44:09très mal se passer.
44:11Je suis d'accord avec toi.
44:12Donc ça,
44:12c'est de la validation émotionnelle.
44:14Je suis d'accord avec toi.
44:15Tu as raison d'avoir peur.
44:16Mais c'est assez peu probable.
44:20Plus probablement,
44:22ça va bien se passer.
44:23On va te parler,
44:24jouer avec toi
44:25et tu vas être hyper content.
44:26C'est plus probable.
44:28Mais c'est vrai
44:28que c'est possible
44:29que ça se passe très mal.
44:32Du coup,
44:32tu fais quoi ?
44:33Tu veux faire quoi ?
44:34Tu veux rester toute ta vie
44:36tout seul dans la cuisine
44:38à mater Netflix
44:39ou à jouer à un jeu
44:41parce que tu as peur
44:44de la faible probabilité
44:46que ça se passe mal
44:47ou alors tu veux aller voir
44:49comment ça va se passer.
44:53Et donc,
44:54ce qui va libérer l'audace
44:55d'y aller,
44:57c'est de reconnaître
44:57que ce n'est pas facile.
44:59C'est de reconnaître
44:59qu'il y a un risque.
45:01Il faut reconnaître
45:02qu'il y a un risque
45:03et que la seule façon
45:05de le savoir,
45:06c'est d'y aller.
45:07le secret de l'action,
45:10c'est l'action.
45:12Ça ne veut pas dire
45:12qu'on ne réfléchit pas avant.
45:14Ça ne veut pas dire
45:14qu'on n'anticipe pas.
45:16Ça ne veut pas dire
45:16qu'on n'a pas une compétence
45:17qui libère la possibilité
45:18de l'action.
45:19Mais ça veut dire
45:19que la vérité de l'action,
45:20elle est dans l'action.
45:21Elle se prépare,
45:22mais c'est dans l'action
45:23que se joue
45:24la valeur de l'action.
45:27Et donc,
45:27ce sera ma conclusion.
45:28On a peut-être
45:28un petit moment d'échange.
45:30Et ma conclusion,
45:31c'est qu'au fond,
45:33ce qui libère l'audace,
45:34c'est d'avoir
45:34une vraie philosophie
45:35de l'action.
45:36De se dire que l'action,
45:37c'est beau,
45:38que l'action,
45:39ce n'est pas une vaine agitation.
45:41Il y a eu des sages
45:42par le passé
45:42pour dire
45:43oui, l'action,
45:43ça ne sert à rien,
45:45la vérité est immobile,
45:46contemplons l'immobilité
45:47des cieux.
45:48C'est sûr que dans ce cas-là,
45:49on ne va pas être audacieux.
45:51Donc, il y a une métaphysique
45:52derrière.
45:53Il y a une idée de Dieu,
45:54de la valeur,
45:55de la vérité.
45:56Et ce qui va libérer l'action,
45:57c'est de se dire
45:57mais en fait,
45:58la vie, c'est le mouvement.
45:59La vie, c'est le mouvement.
46:02C'est d'y aller, quoi.
46:03Et donc,
46:03chez les premiers philosophes,
46:05vous avez deux grands
46:05présocratiques
46:06qui s'affrontent.
46:07Avant Platon,
46:08donc avant Socrate,
46:09il y a Parménide
46:10qui dit que l'absolu,
46:11la vérité est immobile.
46:13Dans ce cas-là,
46:14difficile d'avoir l'audace
46:15d'y aller,
46:15autant contempler.
46:16Et puis, il y a Héraclite,
46:18l'autre grand présocratique.
46:20On ne se baigne jamais
46:21deux fois dans le même fleuve
46:22de la vie.
46:23La vie, c'est le mouvement.
46:24à chaque fois que tu y vas,
46:26c'est différent.
46:27Même si tu vas
46:27dans la même plage
46:28chaque année,
46:29tu as vieilli,
46:29tu te fais d'eau de pote,
46:31l'eau, elle est plus froide,
46:32il y a le réchauffement climatique,
46:33tu nages mieux,
46:34c'est jamais deux fois pareil.
46:36Ce qui va nous libérer
46:37in fine
46:38dans l'audace
46:40d'y aller,
46:41c'est de se dire
46:41que peut-être,
46:42la vérité de la vie,
46:44de Dieu qui sait,
46:45c'est de se bouger.
46:46Merci beaucoup.
46:47Merci beaucoup.
47:17Juste pour avoir le verre.
47:25Oui.
47:27Il y en a, je pense,
47:28qui pourraient aussi dire
47:29que c'est facile à dire.
47:31Oui.
47:32Mais je n'ai pas nié
47:32la difficulté.
47:33Oui, voilà.
47:34En fait, il faut accepter
47:35la difficulté.
47:36Et est-ce que c'est mieux,
47:38peut-être,
47:38de le faire petit à petit ?
47:40Oui, tout à fait.
47:41Pour justement se rassurer ?
47:43Vous avez raison.
47:44C'est le step-by-step
47:45du comportementalisme
47:47que j'ai évoqué.
47:49Ces thérapeutes-là,
47:50les TCC,
47:50vont y aller très progressivement.
47:53Si, par exemple,
47:54des gens ont une phobie sociale,
47:56eh bien,
47:56on ne va pas leur demander
47:57tout de suite
47:57d'aller faire une conférence.
47:58Mais on va leur dire,
47:59déjà,
48:00est-ce que tu peux,
48:01au lieu d'aller
48:02avec tes parents en voiture,
48:03prendre le métro
48:04une fois par semaine ?
48:06Et après,
48:06comment tu l'as vécu ?
48:07Bon, finalement,
48:08ce n'était pas si horrible.
48:09Alors, deux fois.
48:09Donc, c'est une stratégie
48:11d'exposition progressive.
48:12Évidemment.
48:13C'est ça que je voulais dire
48:14en disant que ça s'apprend,
48:16l'audace.
48:17Et puis,
48:20il y aura des rencontres aussi.
48:22En fait,
48:22le truc qu'il faut comprendre,
48:23c'est que c'est un cercle vicieux
48:25de ne pas y aller.
48:29Et moins on y va,
48:30plus on arrive à y aller.
48:31Moins on y va,
48:32moins on arrive à y aller.
48:33Et c'est angoissant.
48:36Et en fait,
48:37ce qu'on ne dit pas assez,
48:39c'est que l'action
48:40libère de l'angoisse.
48:43Même une action pourrie.
48:44Même une action imparfaite.
48:46Pour plein de raisons.
48:47La mise en mouvement du corps,
48:48des neurones et tout.
48:49Le fait d'agir,
48:50ça fait du bien.
48:51On s'en rend compte.
48:52C'est une expérience
48:54que chacun fait.
48:55Du coup,
48:57c'est une autre des raisons
48:59d'y aller.
49:01C'est que ça apaise l'angoisse.
49:03Même quand l'action
49:04n'est pas couronnée de succès.
49:08Merci.
49:09Oui.
49:11Est-ce que vous pensez
49:12qu'il y a un lien
49:13entre l'âge et l'audace ?
49:16Non.
49:17Non,
49:17parce qu'il y a des gens
49:18qui mettent 60 ans
49:19à être audacieux.
49:21Moi,
49:21je vois beaucoup de personnes
49:22âgées dans mes conférences
49:24parce que ces personnes
49:25ont du temps.
49:26C'est dingue.
49:26Il y a des vieux aujourd'hui.
49:28Il y a des vieux
49:28qui se mettent en couple
49:29à 90 ans.
49:31Ma compagne est thérapeute.
49:32elle voit des gens
49:33qui commencent
49:34une psychothérapie
49:35à 85 ans.
49:37Il y a des gens
49:37qui se mettent...
49:39Ma mère,
49:39par exemple,
49:40elle s'est mise au théâtre
49:41à 78 ans.
49:44Pour la première fois,
49:45elle a fait du théâtre
49:45d'impro.
49:46Je suis allé la voir
49:47à Châtillon,
49:48la classe.
49:49Donc,
49:50il n'y a pas d'âge.
49:51C'est comme Epicure disait,
49:52il n'y a pas d'âge
49:52pour philosopher,
49:53il n'y a pas d'âge
49:53pour oser.
49:54Dans tous les cas,
49:55ça s'apprend.
49:56Maintenant,
49:57on voit bien
49:57qu'il y a des gens
49:58qui sont très jeunes,
49:58très audacieux,
49:59qui ont la pêche,
50:00qui ont envie
50:00de s'exposer au risque.
50:03Alors,
50:03il y a aussi
50:03la place dans la fratrie
50:05qui va beaucoup jouer.
50:08Et de toute façon,
50:10assurément,
50:11ce qu'on peut dire,
50:12c'est que la connaissance
50:13de son histoire
50:14est quand même
50:16un atout.
50:17Parce que parfois,
50:18on est très inhibé,
50:19on ne sait même pas pourquoi.
50:21On ne le sait pas.
50:22Parfois,
50:23on est inhibé
50:23parce qu'on est né
50:24à un moment
50:24où nos parents
50:25ne voulaient pas
50:26de troisième enfant,
50:27ont eu des problèmes d'argent
50:28et où on est né
50:29dans une situation
50:30d'angoisse pour tout le monde
50:31et on a senti ça
50:33dans son corps,
50:33mais on ne le sait même pas.
50:35En fait,
50:36on n'y peut rien.
50:37Le simple fait
50:38de le savoir
50:38et de comprendre
50:40pourquoi on a cet affect,
50:42ça peut libérer complètement.
50:44Donc,
50:44c'est vrai
50:45que ce n'est pas une blague
50:45quand je vous dis
50:46qu'il faut consulter
50:47si on manque trop d'audace.
50:49Ce n'est pas du tout
50:49une blague.
50:50Ça fait un peu blague,
50:51mais pas du tout.
50:52La vie,
50:54on aurait tort
50:55de ne pas aller chercher
50:57tous ces savoirs,
50:58toutes ces méthodes
50:59de thérapie
51:00qui existent,
51:01qui marchent bien.
51:03Et il y a des gens
51:03qui sont comme ça
51:04un peu anti-psy,
51:05anti-thérapie,
51:06bêtement.
51:07Et moi,
51:07je milite beaucoup
51:08dans mes livres
51:09pour ça,
51:10notamment dans mon dernier livre
51:12« Vivre avec son passé ».
51:12Je pense qu'il faut
51:13une approche globale,
51:15philosophie,
51:16littérature,
51:16psychothérapie,
51:17musique.
51:18Il faut tout prendre
51:19et en faire
51:21une boule de vie
51:22et d'audace.
51:23surtout quand on voit
51:27parfois
51:27des gens bloqués,
51:28mais en huit mois
51:30de thérapie,
51:31ce n'est pas du tout
51:31cinq ans d'analyse
51:32ni même quinze ans.
51:34Et on se dit
51:35mais quel dommage.
51:38Il reste deux questions.
51:40Oui.
51:41Bonjour,
51:41M. Pépin.
51:42Merci beaucoup.
51:43Merci.
51:44Je voudrais vous demander
51:46à votre avis,
51:47quel serait
51:48le contraire
51:50de l'audace ?
51:51Ça, c'est une très bonne
51:53question.
51:54C'est la frilosité.
51:58Voilà,
51:58la frilosité.
52:00Et l'immobilisme ?
52:03Non,
52:03l'immobilisme
52:04peut se justifier
52:06dans une situation
52:07de grand danger.
52:09Ça peut être stratégique.
52:10Mais la frilosité,
52:11c'est l'aversion
52:12au risque,
52:13en fait.
52:14Et donc,
52:15pourquoi je vous pose
52:16cette question ?
52:17J'ai un regard
52:18sur la société actuelle,
52:19la société française.
52:22Est-ce que vous pensez
52:23que nous sommes
52:24dans un âge
52:24de l'audace ?
52:27Un âge audacieux ?
52:28Ou est-ce que c'est
52:29un âge de frilosité ?
52:32C'est ça le mot ?
52:32Frilosité ?
52:33Oui,
52:33frilosité.
52:34Non,
52:35je pense qu'évidemment,
52:36on est malade
52:37d'un principe
52:38de précaution excessif.
52:39On l'a vu
52:40pendant le Covid.
52:41Il y a un moment,
52:42on avait envie
52:42de dire aux gens
52:43arrête,
52:44mettez trois masques
52:45et trois vitres
52:45alors que c'était fini.
52:47Il y a des gens,
52:48ça se voyait,
52:48ils avaient un problème.
52:49Il y a des gens,
52:51on a l'impression
52:52qu'ils en rêvaient.
52:53Que le monde s'arrête,
52:54qu'ils restent chez eux
52:55avec quatre masques
52:56et trois vitres
52:57pour rencontrer personne,
52:58que c'est leur rêve caché.
53:00Il y a un problème
53:00quand même parfois.
53:02J'ai vu des...
53:03Je ne sais pas,
53:03j'ai encore une scène
53:04où je vais dans un commissariat,
53:05mais le Covid était terminé.
53:07Il y avait juste
53:07un soupçon
53:08que ça revienne
53:09et la meuf
53:10à l'accueil,
53:12elle avait un masque,
53:13il y avait une vitre
53:13et il y avait
53:15zéro risque.
53:17Quand on voit ça,
53:18je dis,
53:19attention,
53:19comprenez-moi,
53:20je trouve ça très bien
53:21les masques
53:21et la politique
53:22je la trouvais parfaite
53:22pendant le Covid.
53:23C'est juste que
53:24ça a révélé
53:25une inversion au risque
53:27chez certains
53:28excessive.
53:30Et par ailleurs,
53:31depuis la présidence
53:32de Jacques Chirac,
53:33le principe de précaution
53:34a été constitutionnalisé
53:35et c'est dramatique.
53:38Alors ça a été fait
53:39pour des raisons écologiques
53:40très nobles,
53:41mais il aurait fallu
53:41constitutionnaliser
53:42le sens du risque
53:43qui a comme corollaire
53:45le principe de précaution.
53:46En fait,
53:47c'est le risque
53:48qui rend un monde vivant,
53:49une civilisation vivante,
53:50des chercheurs vivants,
53:52mais il faut
53:54qu'à ce risque
53:54soit associé
53:55un principe de précaution
53:56par lequel on fait attention
53:58au réel.
54:00Mais là,
54:00c'est le principe
54:01de précaution
54:02qui a été inscrit
54:04dans la Constitution
54:05et ceci
54:07et puis bien d'autres choses
54:08expliquent pourquoi
54:09les Français
54:11sont si
54:12averses au risque.
54:15Évidemment,
54:15comme le monde
54:16est très anxiogène
54:17en ce moment,
54:18ça aggrave ça
54:19puisqu'on a peur
54:21et on a raison
54:22d'avoir peur.
54:23On a peur,
54:24tout fait peur.
54:25On a peur
54:26de la fin du monde,
54:27du réchauffement,
54:28de la guerre,
54:28de Poutine,
54:29de Trump.
54:29On a peur de tout,
54:30mais c'est normal.
54:31Ce monde est effrayant.
54:32Mais évidemment,
54:34il faudrait réagir
54:35par un surcroît
54:35d'audace,
54:36de vision du monde,
54:38de propositions inventives.
54:41Et au lieu de ça,
54:42on se laisse dévorer
54:43par un affect
54:43d'effroi
54:44qui, bien sûr,
54:45vient se greffer
54:46au principe
54:47de précaution
54:47pour nous figer
54:48dans l'absence
54:49d'audace.
54:50On ne va pas finir
54:53sur une note
54:53si déprimante.
54:55Petite question.
54:56Dernière petite question.
54:57Dernière question, oui.
54:58La question que j'ai,
54:59c'est est-ce que le début
55:00de l'audace
55:01ne serait pas la sincérité ?
55:04Alors,
55:05ce n'est pas si simple.
55:07Mais c'est une bonne question.
55:09La sincérité
55:09ou l'authenticité,
55:10ça aide, évidemment,
55:11parce qu'on se bat
55:12pour ce qui compte pour soi.
55:13Mais,
55:14on est des animaux
55:15capables de bien simuler.
55:17et parfois,
55:19ce qu'on simule
55:19nous aide
55:20à aller vers quelque chose
55:21de vrai.
55:22Par exemple,
55:22si vous simulez
55:23la politesse,
55:25vous allez peut-être
55:26finir par devenir
55:27poli réellement.
55:31Parfois, même,
55:32si vous simulez
55:32le plaisir,
55:33ça peut participer
55:35de l'arrivée
55:35du plaisir.
55:36Ce n'est pas toujours
55:37l'ennemi,
55:37la simulation.
55:40Donc,
55:40je veux dire,
55:42peut-être qu'il y a
55:42des cas où simuler
55:43l'audace,
55:44ça fait qu'on va
55:45y prendre goût
55:46et devenir audace.
55:47je ne serai pas
55:49si critique
55:50à l'égard
55:51de la simulation.
55:52Aujourd'hui,
55:53il y a l'IA,
55:53on dit que l'IA
55:54ne pense pas,
55:54elle simule des pensées.
55:56Moi,
55:56j'ai envie de dire,
55:56d'accord,
55:57si les élèves simulaient
55:57aussi bien les pensées
55:58que l'IA,
55:59on serait quand même
55:59content.
56:00Donc,
56:01ayons un peu
56:02l'audace aussi
56:03de reconnaître
56:04que les choses
56:05sont plus compliquées
56:05et qu'on est
56:07des êtres sociaux aussi.
56:08Donc,
56:09il n'y a pas
56:09que l'authenticité
56:10qui produit des étincelles.
56:11Même si,
56:12évidemment,
56:12c'est bien.
56:13Merci beaucoup.
56:14Merci, Charles.
56:17Merci.