00:00Voici Lisard Delmoitier, qui n'aurait pas écrit une pièce comme ça sur le théâtre.
00:06Non, non le n'a. Si on commence à révéler l'envers du décor, c'est parti. Déjà,
00:11commençons par poser sur la table notre seau à vomi individuel qui se trouve sur la table
00:15ici. C'est le Delaf qui ne va pas être content. Normalement, à la fin de l'émission,
00:18ils les récollent tous pour en faire du kombucha. On est d'accord que c'est ça,
00:22la recette du kombucha. C'est du vomi fermenté. Qui boit ça, premier degré ?
00:26Ça ne m'étonne pas. La spiruline, le kéfir, on connaît.
00:32Quel plaisir à votre pièce, François et Max. Dans l'expérience théâtrale, on le dit,
00:36on assiste à une mise en abîme sur les coulisses du spectacle vivant, avec les croyances, notamment
00:41comme ne pas souhaiter bonne chance avant la représentation, ne pas porter de verre,
00:44ou encore demander à Pierre Arditi de passer une visite médicale. Des petites astuces,
00:48comme ça, permettant d'éviter de grosses emmerdes et rassurer les assureurs. C'est
00:52important. Moi, j'avoue, quand j'ai commencé la scène,
00:55parce que oui, François, Max, malgré ma timidité, je fais aussi de la scène. Nous
00:58sommes collègues, finalement. Et mon expérience scénique, je vais même jusqu'à appeler
01:02ça une carrière. Ma psy, elle appelle ça une thérapie par l'exposition qui a assez
01:06duré. Comme mes patients ont peur de l'avion, je leur conseille un vol Paris-Marseille, je
01:11leur dis pas de devenir pilote de ligne. Mais toujours est-il qu'au début de ma carrière
01:15scénique, j'y croyais pas trop, à ces trucs-là. Résultat, lors de mon premier passage au festival
01:18de Montreux. Il faut savoir que, pour un humoriste, Montreux, c'est la mecque. Dans
01:22le sens que c'est un passage obligé, que chaque année, beaucoup, ils finissent piétiner.
01:25Mais j'ai porté un chemisier vert. Voilà. Et quoi ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Parce
01:30qu'au sacrilège, j'ai porté un chemisier vert sur scène. Mais j'ai eu un trou de mémoire.
01:35Avec un silence plus grand que quand tu demandes à Sarkozy ou à l'argent. Résultat, ils ont
01:41dû récupérer ça au montage. Et moi, j'ai passé la soirée à pleurer sous la douche. N'ayez
01:46pas pitié de moi. C'est comme tous les jours, mais pas pour ça. Non, il y a pire dans la
01:52vie que de pleurer dans une douche de Palace Suisse. Il y a par exemple la fois où j'ai
01:56pleuré dans la douche d'une auberge de jeunesse. Vous allez me dire pourquoi tu pleurais
02:01dans la douche d'une auberge de jeunesse. Et vous êtes sourds ou quoi ? J'étais dans
02:03une auberge de jeunesse. C'est contractuel. Tu dois chialer avec huit personnes autour
02:07de toi. Depuis, moi, j'y crois à tous ces trucs-là. Je ne porte plus de verre. Du tout
02:12d'ailleurs. Je ne porte plus de verre. Je ne traverse plus au verre. Je ne mange plus
02:14de légumes verres. Je ne vote plus écolo. Sachant qu'ils restent dans leur électorat
02:19deux à dix témoins. Coup dur pour Europe Écologie, les mots dont je ne dois plus prononcer
02:23le nom. Mais vous ne parlez pas que de ça. Et bien sûr, vous parlez du public. Ce public
02:28qui tousse, on le disait, ce public qui râle parfois. Ce public qui ne met pas son portable
02:32en silencieux. Je vous jure, si je gagnais un euro chaque fois que mon spectacle est
02:36interrompu par la sonnerie du rappel pilule d'une de mes spectatrices, j'aurais de quoi
02:41lui payer son avortement. C'est pourquoi dorénavant, à la fin de mon spectacle, je distribue
02:46des stérilets en cuivre. Ça évite les sonneries intempestives pour les filles, puis les mecs
02:50qui n'ont qu'à leur filer à leurs copines ou leur vendre. Franchement, au prix du cuivre,
02:54ils auront de quoi payer un avortement. Ce qui est chouette quand tu casses le quatrième
03:01mur, c'est que tu peux parler d'éléphant dans la pièce, d'un événement gênant comme
03:05un téléphone qui sonne ou un spectateur qui proute. Au lieu de faire son mot de rien,
03:10on discute du malaise et puis on enchaîne. Un peu comme après la chanson d'Oldelaf. Notre
03:16petit prout quotidien, bon vert. C'est pas de la pitié, c'est de l'empathie.
03:23En parlant des annonces, il s'excuse auprès des invités et puis on peut passer à autre
03:26chose. Au-delà du malaise, moi si je fais de l'humour, c'est parce que je suis une
03:29people pleaser. J'ai besoin d'avoir l'appropriation des gens constamment. J'ai besoin d'un rire
03:34toutes les dix secondes pour savoir si ce que je fais est bien. Ça me tue la confiance des
03:38acteurs de drame qui peuvent être dans le silence pendant une heure et pas se demander si le
03:43public prend du plaisir. On dirait un homme qui baise.
03:46Pas besoin d'une petite réaction de temps en temps.
03:51Arrête d'applaudir.
03:53C'est faux.
03:55Je n'ai jamais entendu quelque chose de si juste.
03:59Si je jouais à un drame, imagine, je serais là en pleine tirade de Molière et je hais
04:03tous les hommes. Les uns parce qu'ils sont méchants et malfaisants et les autres pour être méchants
04:07complaisants. Et n'avoir pas pour eux ces aînes vigoureuses que doit… Ça va là, ça vous
04:11plaît ? J'ai l'air assez misanthrope ? Misanthrope, mi-raison ?
04:16Voilà, vu les réactions, je comprends que je dois m'arrêter ici. Donc je m'en vais
04:21vomir, c'est pas tout ça, mais il ne faut pas se faire monter tout seul, je suis au bout
04:23de chat.
04:24Merci.
04:25Bravo.
04:26Lisa Del Moitié.
04:27Un rire tout est disant.
04:29Sur France Télé, son spectacle, Romand Tada.
04:31Romand Tada, Lisa Del Moitié.