Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 4 mois
34 prisonniers ont déjà été exécutés en 2025 aux États-Unis. Du jamais-vu depuis plus de 10 ans.

Sous la présidence de Donald Trump, la peine de mort redevient centrale dans la politique carcérale américaine. L’une des premières mesures du locataire de la Maison Blanche depuis son retour au pouvoir a par exemple été de mettre fin au moratoire, c’est-à-dire à la pause sur les exécutions au niveau fédéral, instauré par son prédécesseur Joe Biden.

Le président américain a dévoilé sa doctrine sur la peine de mort dans un décret signé en janvier et s’empare désormais de chaque affaire médiatique pour réclamer la peine capitale. Mais quelles sont réellement les marges de manœuvre du républicain ? Et peut-on lui attribuer cette hausse inédite des exécutions, la plus importante en 10 ans?

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00Le 10 juin dernier dans une prison du sud de l'Alabama, Gregory Hunt, reconnu coupable du meurtre d'une femme en 1988, vit ses derniers instants dans le couloir de la mort.
00:11Attaché à un brancard, un masque bleu sur le visage, il inhale de l'azote pur, un gaz inodore qui le prive progressivement d'oxygène.
00:18Il tremble, relève la tête et pousse un dernier gémissement.
00:22Le prisonnier de 65 ans est déclaré mort à 18h26.
00:26Il devient ainsi la sixième personne à être exécutée par inhalation d'azote aux Etats-Unis.
00:31Une méthode comparée par des experts de l'ONU à une forme de torture et utilisée pour la première fois au monde dans l'Alabama en 2024.
00:42Ils sont des dizaines à attendre dans le couloir de la mort que leur sort soit scellé.
00:4634 prisonniers ont déjà été exécutés en 2025 aux Etats-Unis.
00:50Du jamais vu depuis plus de 10 ans.
00:52Sous la présidence de Donald Trump, la peine de mort redevient centrale dans la politique carcérale américaine.
00:58L'une des premières mesures du locataire de la Maison-Blanche a été de mettre fin au moratoire,
01:03c'est-à-dire à la pause sur les exécutions au niveau fédéral instaurées par son prédécesseur Joe Biden.
01:08Donald Trump le sait, la peine de mort a un poids politique et historique très important,
01:13en particulier dans les Etats très conservateurs du sud des Etats-Unis.
01:16Nous sommes dans ce que j'appelle une show nation, une nation du spectacle.
01:21Donald Trump est le grand showrunner, il est lui-même un homme de télévision.
01:27Et n'oublions pas que les exécutions sont publiques, du moins pour les proches de la famille.
01:32Et donc, montrer à quel point le gouvernement, le président est fort inflexible
01:39et fera payer jusqu'au bout le crime commis par les personnes condamnées,
01:45fait partie du projet Trumpien.
01:48Mais le plus cruel des châtiments, c'est comme ça que le qualifié Amnesty International
01:53clive profondément la société américaine.
01:55A tel point qu'il a même été brièvement invalidé par la Cour suprême de 1972 à 1976.
02:02Aujourd'hui, la peine de mort a été abolie dans 23 des 50 Etats américains
02:06et son application a lieu principalement dans des Etats du Sud
02:09comme le Texas, la Floride ou la Caroline du Sud.
02:12Ces trois Etats sont même à l'origine de plus de 60% des exécutions cette année.
02:16La peine de mort aux Etats-Unis, c'est vraiment une institution en crise,
02:18c'est-à-dire qu'elle est en déclin depuis 25 ans.
02:21En 1999-2000, on est à 100 exécutions dans l'année.
02:25Et beaucoup de condamnations aussi.
02:27Et puis, depuis 25 ans, ça descend, ça descend, ça descend, ça descend.
02:30Donald Trump veut donc y remédier, lui qui défend une justice très répressive.
02:35Bon, mais est-ce que le locataire de la Maison-Blanche a vraiment les moyens de ses ambitions ?
02:39Pour répondre à cette question, il faut d'abord comprendre
02:41qui peut appliquer la peine de mort aux Etats-Unis.
02:44Ce pouvoir est partagé entre deux niveaux de juridiction.
02:47Les Etats qui peuvent exécuter des condamnés à mort, mais seulement dans leur propre Etat
02:50et le gouvernement fédéral qui peut requérir la peine de mort sur tout le territoire national,
02:55même dans des Etats abolitionnistes.
02:59Mais dans la très grande majorité des cas, à 100% même cette année,
03:03ce sont les Etats qui exécutent.
03:04Tout simplement parce que le gouvernement fédéral ne demande la peine de mort
03:07que dans les affaires de trahison, d'espionnage,
03:10de meurtre d'un agent fédéral ou encore de terrorisme.
03:13Les couloirs de la mort fédéraux sont vides, il en reste plus que trois.
03:16C'est un tout petit, petit groupe de personnes.
03:20Donc on est vraiment dans du symbolique et de l'idéologique,
03:22pas du tout dans des questions de fond.
03:24Pour vous donner un ordre d'idée,
03:26depuis le rétablissement de la peine de mort fédérale en 1988,
03:3016 personnes ont été exécutées.
03:32Mais ce qui nous intéresse ici,
03:33c'est que sur les 16 prisonniers tués par injection létale,
03:3613 l'ont été sur une période de 6 mois,
03:38entre juillet 2020 et janvier 2021,
03:41soit sous le premier mandat de Donald Trump,
03:43du jamais vu depuis le 19e siècle.
03:48Un penchant du républicain pour la peine capitale
03:55qui se traduit par des actions concrètes
03:57depuis le début de son second mandat.
03:59Le 1er avril 2025,
04:01la ministre de la Justice des Etats-Unis, Pam Bondi,
04:03a par exemple demandé au procureur
04:05de requérir la peine de mort contre Luigi Mangione.
04:08L'homme de 27 ans est accusé d'avoir assassiné
04:10en décembre 2024 à New York
04:12le patron du plus gros assureur santé américain
04:15pour se venger des dérives de ce secteur.
04:17À New York, il n'y a plus de peine de mort
04:18depuis 30 ou 40 ans.
04:20Mais tout de suite, l'affaire a été saisie
04:21par la justice fédérale.
04:23Et bien sûr, l'administration Trump a dit
04:24nous allons le poursuivre,
04:25nous allons réclamer la peine de mort contre lui,
04:28pour terrorisme.
04:30Donc voilà, il y a aussi cette idée
04:32que réclamer la peine de mort
04:33dans des affaires très médiatiques,
04:36c'est bon pour lui,
04:37ça va faire parler
04:38et ça va faire des gros titres.
04:42Et Donald Trump ne s'arrête pas là.
04:45Alors qu'à la fin de sa présidence,
04:46Joe Biden avait commué la peine
04:48de 37 des 40 condamnés à mort
04:50par la justice fédérale,
04:51Donald Trump a demandé en janvier
04:53au procureur général
04:54d'évaluer si ces délinquants
04:55pouvaient à nouveau être inculpés
04:57de crimes passibles de la peine capitale.
04:59Le locataire de la Maison Blanche
05:01veut même aller plus loin.
05:02Dans un décret signé en janvier,
05:13le milliardaire américain a en effet indiqué
05:15En plus de recourir à la peine de mort
05:17lorsque cela est possible,
05:18le procureur général doit,
05:19lorsque cela est conforme
05:21aux droits applicables,
05:22exercer la compétence fédérale
05:23et demander la peine de mort,
05:25quels que soient les autres facteurs,
05:26pour chaque crime capital fédéral
05:28impliquant le meurtre d'un agent
05:29des forces de l'ordre
05:30ou un crime capital commis par un étranger
05:32présent illégalement dans ce pays.
05:34La Cour suprême depuis longtemps a dit
05:36que ce qu'on appelle
05:37les peines de mort entre guillemets
05:38automatiques n'étaient pas constitutionnelles.
05:40Elle considère qu'il faut que ce soit
05:41un jury populaire qui décide
05:43et en général même
05:45qui décide à l'unanimité.
05:46Donc ce genre de peine de mort automatique
05:47ne peut pas fonctionner
05:48mais c'est vrai que c'est très populaire
05:50parce que ça montre que
05:52Trump veut défendre les agents fédéraux.
05:54Dès son retour au pouvoir,
05:56en janvier 2025,
05:57il encourage par exemple
05:58le procureur général
05:59à prendre toutes les mesures nécessaires
06:01et légales
06:01pour garantir que chaque état
06:03qui autorise la peine capitale
06:04dispose d'un approvisionnement
06:06suffisant en drogue nécessaire
06:07pour procéder à l'injection létale.
06:09Car depuis plusieurs années,
06:11de nombreux états
06:12font face à une pénurie
06:13de substances utilisées
06:14lors des exécutions
06:15par injection létale.
06:16Il demande aussi
06:17à la ministre de la Justice
06:18Pam Bondi
06:19de faire tout ce qui est en son pouvoir
06:21pour obtenir l'annulation
06:22des précédents de la Cour suprême
06:24qui limite le pouvoir
06:25des gouvernements des états
06:26et du gouvernement fédéral
06:27d'imposer la peine capitale.
06:30Mais Donald Trump
06:30a-t-il vraiment un impact direct
06:33sur les 34 exécutions
06:34effectuées cette année ?
06:35Une hausse inédite en 10 ans.
06:37Alors l'influence de Trump là-dedans,
06:39c'est du soutien idéologique
06:40en disant
06:41« oui, c'est très bien, etc. »
06:43Donc la médiasphère,
06:45si vous voulez,
06:45conservatrice,
06:46Fox News et autres
06:47va répéter un peu ce genre de choses.
06:48Donc ça va affaiblir
06:49le discours abolitionniste.
06:50Mais dans les faits,
06:51ce sont les juridictions des états
06:52Texas, Floride,
06:55Alabama, Mississippi,
06:57vraiment le sud profond
06:58et un ou deux états ailleurs
06:59qui exécutent
07:00parce que les condamnés sont là.
07:02Après, ce qui peut jouer aussi,
07:04c'est, comme je vous disais,
07:06le rôle des procureurs fédéraux
07:08qui avaient arrêté
07:09de demander la peine de mort
07:10sous Biden.
07:11Sous Trump,
07:11ils vont recommencer à le faire.
07:14Et puis après aussi,
07:15sur le plus long terme,
07:16le choix des magistrats.
07:18À chaque fois que l'administration Trump
07:20choisit un nouveau magistrat,
07:22il est sur le même format idéologique,
07:24il est contre l'avortement
07:24pour la peine de mort, etc.
07:25Et les magistrats fédéraux
07:27sont nommés à vie.
07:29Donc là, ça peut être une influence
07:30sur 30, 40 ans.
07:31Pour les gouverneurs républicains,
07:32se montrer ferme sur ce sujet,
07:34c'est surtout s'octroyer
07:35le soutien de sa base électorale.
07:37La Floride a par exemple
07:38adopté un texte en juillet dernier,
07:40le HB 903,
07:42qui autorise toute nouvelle méthode
07:43d'exécution qui n'est pas considérée
07:45comme inconstitutionnelle.
07:47La peine de mort est en crise
07:48et cette espèce de deuxième vie
07:50que lui donne Donald Trump,
07:51ça ne change pas les fondamentaux.
07:52Les fondamentaux,
07:53c'est qu'il y a de moins en moins
07:54de condamnation.
07:55Pourquoi il y a de moins en moins
07:56de condamnation ?
07:57Les jurés eux-mêmes doutent.
07:59Ils ont connaissance
08:00de centaines d'erreurs judiciaires
08:02qui ont été commises,
08:03de centaines de personnes
08:03qui ont été exonérées.
08:06Ensuite, les autorités locales,
08:07les comtés, le procureur,
08:09le juge, le chérif,
08:09qui sont tous élus,
08:10connaissent aussi les difficultés
08:12de la peine de mort.
08:13Avoir un procès pour peine de mort,
08:14c'est très cher.
08:16Ça dure plusieurs semaines,
08:17voire plusieurs mois
08:18dans les cas les plus compliqués.
08:19Et c'est les comtés,
08:19les autorités locales qui payent.
08:24Le plus important
08:27pour le camp conservateur
08:29et en particulier pour Donald Trump,
08:31c'est de faire passer un message.
08:32Il faut faciliter les exécutions
08:34dans les États pratiquant
08:35encore la peine de mort.
08:37Mais ces initiatives
08:38rencontrent à chaque fois
08:39une forte résistance.
08:41Le camp démocrate
08:42s'est vraiment converti,
08:43reconverti quelque part
08:44à l'abolition.
08:46Biden a fait ce geste
08:47qui était très fort
08:48de commuer quasiment
08:50toutes les peines fédérales.
08:52Donc il y a ces résistances.
08:53Et puis il y a des résistances
08:54dans la magistrature
08:55à toutes les étapes.
08:56La population américaine
08:58est, elle,
08:59très divisée sur le sujet.
09:01Selon un sondage
09:01datant d'octobre 2024,
09:03le soutien à la peine capitale
09:05est à son plus bas niveau
09:06depuis cinq décennies.
09:0753% des Américains
09:09y sont ainsi favorables.
09:11Un chiffre qui culminait
09:12à 80% en 1994.
09:14L'écart générationnel
09:15est aussi très marqué.
09:1758% de la gène Z
09:18s'oppose à la peine de mort
09:19contre seulement 38%
09:21pour la génération
09:22des baby-boomers.
09:24L'efficacité,
09:25le coût,
09:25les erreurs judiciaires
09:26marquantes,
09:27mais aussi les disparités raciales
09:29font partie des principales raisons
09:30de l'impopularité
09:31de la peine de mort.
09:32C'est vrai que
09:33si vous regardez
09:34la composition
09:34de la population états-unienne
09:35d'un côté
09:36et la composition
09:36des couloirs de la mort,
09:37il y a un décalage très fort.
09:38Par exemple,
09:39les Africains américains
09:39représentent en gros
09:4010-12%
09:41de la population états-unienne.
09:43Ils vont représenter
09:4335% des couloirs de la mort.
09:46Et très souvent,
09:46on s'aperçoit
09:47que le système judiciaire états-unien
09:48est beaucoup plus sévère
09:49tout au long,
09:50depuis la condamnation
09:51jusqu'à l'exécution,
09:53avec des criminels
09:54qui tuent des blancs
09:55et des blanches.
09:56Pour l'année 2025,
09:58neuf exécutions
09:58sont encore programmées,
10:00auxquelles pourraient s'ajouter
10:01de nouvelles condamnations à mort
10:02dans des affaires
10:03très médiatiques.
10:04Puisque Donald Trump
10:05ne manque jamais l'opportunité
10:06de rebondir sur l'actualité,
10:08il a récemment réclamé
10:09la peine de mort
10:10pour le meurtrier
10:11de Charlie Kirk
10:12et celui de la jeune
10:13ukrainienne poignardée
10:14fin août
10:14dans un tramway de Charlotte
10:15en Caroline du Nord.
10:18Sous-titrage Société Radio-Canada
10:27Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires

Recommandations