00:00C'est le film le plus attendu de cette rentrée, s'il dit Paul Thomas Anderson, librement adapté de Vineland, de Thomas Pynchon.
00:07Le film nous plonge dans l'esprit enfumé de Bob Ferguson, ancien révolutionnaire incarné par Leonardo DiCaprio.
00:14Steven Spielberg a dit que c'était le meilleur film de 2025, mais ce que le monde veut savoir, c'est ce qu'en pense le cercle, et particulièrement vous, Lucille.
00:24Alors c'est un grand film, c'est même un gros film, et je dis ça de manière totalement positive, parce que c'est pas du tout un film lourd.
00:30Et pourtant c'est un film vraiment très synthétique, déjà parce qu'il circule entre plein de genres différents, que sont le thriller politique, le film d'action, très premier degré, la farce burlesque, et le mélo, le drame familial, puisqu'il s'agit quand même d'un père qui veut retrouver sa fille, qui l'a élevé seul.
00:49Et puis c'est aussi un film synthèse, parce que c'est un film qui concentre plein d'obsessions, plein de motifs du cinéma de Paul Thomas Anderson, et qui sont toujours des grosses affaires.
00:58La question du capitalisme, la violence, l'emprise, la filiation aussi, ce qui sont des choses qu'on a beaucoup vues dans son cinéma.
01:05Et c'est un film qui est extrêmement intelligent et généreux, parce qu'il arrive à rassembler tout ça sans être trop robotatif, et en étant extrêmement généreux.
01:13Et la générosité, ce n'est pas un truc qu'on voit tout le temps au cinéma, donc ça fait vraiment plaisir.
01:18Donc là on va peut-être voir un extrait, on va se retrouver avec ce fameux type joué par Leonardo DiCaprio, qui s'appelle Bob Ferguson, et qui est au téléphone parce qu'il doit se lancer dans une petite course poursuite, mais il n'a pas les codes, mais littéralement pas les codes.
01:31...on the phone. I think we had a little misunderstanding. I think we got off on the wrong foot. I was trying to get the rendez-vous point for my daughter, Willa.
01:41...If you can't answer, what time is it? I cannot give you the rendez-vous point. This is a key tenet of the Romellion Act. I'm surprised you can't name it. I don't know if you are who you say you are.
01:53Okay. Well, look, look, maybe I can, maybe I can give you some information, and then you give me some information, all right? We'll just share a little information.
02:01My name is Bob Ferguson. I don't know if you've ever heard of me, all right? I was part of French 75 for years, years and years, all right?
02:08They used to call me Ghetto Pat, Rocket Man, stuff like that. Only problem is I, uh, I've fried my brain since then, man.
02:16I, I have abused drugs and alcohol for the past 30 years, man. I'm a drug and alcohol lover, and I cannot remember, for the life of me, or the life of my only child, the answer to your question, what time is it?
02:348.15.
02:35Now, I, I need this rendez-vous point. You understand what I'm saying? I need it.
02:39I understand, and the question is, what time is it?
02:44If you don't give me the rendez-vous point, I swear to God, I will hunt you down and stick a loaded fucking hot piece of dynamite right up your fucking asshole.
02:55Voilà, là, il est ché. Il faut quand même le préciser, Benicio Del Toro joue le prof de karaté de sa fille, qui est un personnage excellent et qui est extrêmement doux.
03:03Et quand je parlais de générosité, peut-être c'est le personnage qui incarne le plus cette générosité.
03:07Et le duo fonctionne très bien.
03:08Benicio DiCaprio, voilà, il est sur sa hotline spécial guérilla. C'est un gag qui revient, parce que c'est aussi un film à gag, quand je disais qu'il était drôle.
03:15C'est vraiment, il va chercher jusque dans le comique gagesque. Et c'est un personnage qui, aussi en permanence, entre un statut de héros de film d'action assez classique,
03:23très divertissant, très premier degré dans ce qui donne de plaisir aux spectateurs, et l'anti-héros d'une fable politique.
03:29Qui est complètement à la ramasse et qui n'arrive pas du tout à suivre le film.
03:32Qui est là, c'est-à-dire qu'il est un petit peu à la traîne, mais il court un petit peu derrière le film, qui est un film qui se situe à un endroit très précis du cinéma de Paul Thomas Anderson, probablement le meilleur.
03:41Mais en fait, il y a trois artistes qui sont ou ont été majeurs, que ce soit DiCaprio, Sean Penn et évidemment Paul Thomas Anderson,
03:49qui ont perdu en gravitas et qui n'ont pas perdu leur talent, mais du coup, le retrouvent avec une certaine légèreté.
03:54Moi, j'avais l'impression, parfois, par moment, depuis There Will Be Blood, que le cinéma de Paul Thomas Anderson, il pouvait être brillant dans son écriture,
04:01brillant dans sa mise en scène, mais que les deux avaient presque fini par se dissocier.
04:05Et des fois, du coup, ça donnait des films plastiquement passionnants, thématiquement très puissants, mais très âpres.
04:10Et là, enfin, peut-être aussi parce qu'il est dans un film d'action, dans un road movie, dans une vaste poursuite,
04:16il est obligé d'être beaucoup plus arrimé à ses personnages.
04:18Et du coup, tout brillant que ce soit et que ça demeure, c'est infiniment plus enlevé et vivant.
04:23C'est vrai que, peut-être pour la première fois, le geste de Paul Thomas Anderson, l'art de Paul Thomas Anderson,
04:30est totalement présent à l'intérieur, on va dire, d'une grande forme classique hollywoodienne.
04:35C'est-à-dire qu'il n'a rien sacrifié de son style.
04:37Je dirais même que c'est peut-être l'apothéose de son style, à mon avis, dans certaines séquences,
04:41en tout cas du film, toute la cour poursuite au milieu du film, à mon avis,
04:44j'ai l'impression que c'est la quintessence de son art.
04:45Et en même temps, dans quelque chose qui se fond beaucoup plus dans un récit classique hollywoodien.
04:51C'est un film, moi, je le trouve extraordinaire.
04:53Ça fait quand même des années qu'on est toujours en train de dire
04:55le grand cinéma américain dont on a été bercé a perdu quelque chose,
04:59a perdu de sa force, de sa puissance, a perdu, je dirais, de son élégance.
05:03Et soudain, on retrouve tout dans ce film avec des acteurs qui sont extraordinaires.
05:06Et dans un film industriel, de blockbuster.
05:09Industriel, il faut voir ce qu'on appelle industriel.
05:11Il y a 150 mignons quand même.
05:14Oui, mais ce qui est formidable, c'est que c'est un film totalement auteuriste au cœur de l'industrie.
05:18Pas jusqu'à la fin.
05:19Moi, j'ai quand même des réserves parce que je sens qu'on est dans un concert.
05:21Oh non, mais attends, on n'a pas commencé à dire à quel point on aimait ça.
05:24Pas déjà les réserves.
05:26Ah si, bien sûr, c'est ça qui est marrant.
05:28Non, moi, je trouve qu'à la fin, justement, il y a une petite inflexion.
05:30Mais c'est vraiment, bon, on ne va pas raconter le film.
05:32Sur l'épilogue, il y a un épilogue qui, peut-être, à mon avis, est de trop.
05:37Bouleversant, bouleversant, épilogue bouleversant.
05:39Bouleversant, peut-être, mais où on perd quelque chose, là ?
05:42Il y a peut-être trop de détente, presque.
05:44À la fin du film, il est trop.
05:45Moi, je le trouve assez ambigu.
05:46Sur le bateau, sur la relation berthine.
05:48Moi, je le trouve assez ambigu.
05:50Quand vous êtes sortis, vous étiez complètement ébouriffés.
05:53Il y a aussi un jeu de cinéphiles devant ce film où il y a plein de références.
05:56Oui, il y a des références.
05:57Là, on pense au Trois jours du Condor, de Sidney Pollack, avec Robert Redford.
06:01On pense, à un moment donné, il y a une citation incroyable d'Assurance sur la mort à un moment dans le film.
06:07Il se trouve que le couvent dans lequel se passe la dernière action du film, c'est le couvent de vertigo d'Hitchcock.
06:12Mais on n'est pas obligé d'avoir ces références pour jouer avec le film.
06:15Le film est tellement dense, tellement habité de l'intérieur en permanence qu'il plaira à tous les publics, à tout ce qu'il y a de cinéma.
06:23C'est une grande fresque qui est sur plusieurs décennies.
06:25C'est-à-dire qu'il y a vraiment le goût du récit, du récit classique.
06:28C'est ça qui est formidable.
06:29C'est quelque chose qu'on avait un peu perdu dans le cinéma hollywoodien et qui revient, mais avec un point de vue de metteur en scène.
06:35C'est-à-dire que chaque séquence pourrait être étudiée dans une école de cinéma.
06:39Mais pour autant, ce n'est jamais pompeux.
06:41Et je pense que des tas de gens qui trouvaient que le cinéma de Paul Thomas Anderson était trop celui de la maîtrise,
06:46là, il y a cette maîtrise, mais qui est enfouie dans la légèreté.
06:49J'aime bien le mot de Caprio qui dit que c'est une femme politique avec l'énergie du cartoon.
06:53Et c'est vrai qu'il y a un côté totalement ébouriffant.
06:57Oui, avec l'énergie du cartoon.
06:59Moi, chez DiCaprio, je trouve presque une énergie qui est celle de Bruce Campbell dans Evil Dead.
07:02Là, quand il ne retrouve pas son code, c'est exactement ça.
07:05Et sur le fond, il y a quelque chose que je trouve passionnant.
07:07Plutôt que de nous raconter un grand combat politique, une grande victoire politique,
07:10il essaye de regarder pourquoi ça a foiré depuis si longtemps.
07:14C'est lui, Blue It !
07:15Exactement.
07:16Sur la mélancolie des luttes, la transmission des luttes.
07:19Mais sans pédagogisme, parce que ça pourrait être pédagogique,
07:23et le moment américain est tellement énorme en ce moment
07:25que ça pourrait arriver comme un cheveu sur la soupe,
07:28ou alors comme un truc un peu pratique.
07:29C'est pour ça qu'il ne faut pas qu'on le prenne comme un truc anti-Trump.
07:33Ce n'est pas du tout ça.
07:34Certains veulent nous le vendre comme ça.
07:36Après, les gens sont déçus.
07:36Non, c'est un miroir de cette époque-là.
07:38Ce n'est pas ça.
07:38Ce n'est pas ça.
07:38Tu battais la haute line.
07:39Il faut qu'on passe ça au film d'après.
07:41Il a décalé, parce que le roman, c'était les moments Reagan.
07:44C'était les années 60 et 80.
07:46Oui, il les a placés dans les années Trump.
07:48Et là, il l'a mis de manière plus contemporaine.
07:50Et ça, c'est une bonne idée.
07:51Et il faut quand même parler de Sean Penn,
07:52qui tombe un personnage inouï.
07:55Tout est pardonné.
07:56Et le duo qu'on a vu,
07:58c'est-à-dire le duo Benicio Del Toro, DiCaprio,
08:00qui joue tous les deux.
08:01On est prêts à en voir une série.
08:02Mais c'est ça.
08:03En plus, ils sont sur des ondes.
08:04C'est vrai qu'on a envie d'avoir une série.
08:05Ils sont sur des ondes musicales complètement différentes.
08:06C'est un duo burlesque.
08:08Un film après l'autre, c'est ça.
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