00:00Au lendemain de cette journée de manifestation, c'est l'ancien préfet de police de Paris, Didier Lallemand.
00:04Bonjour et bienvenue sur RTL, Didier Lallemand.
00:06Bonjour Thomas Soto.
00:07Quel regard vous portez sur le mouvement social d'hier ?
00:09Qu'est-ce que vous avez vu, vous, hier, avec vos yeux de préfet ?
00:13Ce que j'ai vu, c'est un mouvement social qui repart,
00:16et donc je pense aux policiers et aux gendarmes,
00:18qui vont à nouveau rentrer dans un cycle où il va falloir aider les manifestations,
00:23puisqu'aujourd'hui c'est ce que fait la police,
00:26et donc ils ne vont pas pouvoir se consacrer à ce qui devrait être l'essentiel de leur tâche,
00:31c'est-à-dire la lutte contre la délinquance et la criminalité.
00:34C'est dommage.
00:35Ça s'est quand même globalement plutôt bien passé.
00:37Il y a 309 interpellations à l'échelle du pays,
00:3926 policiers et gendarmes qui ont été légèrement blessés.
00:42C'est un bilan, somme toute, assez classique, non ?
00:44Ça s'est très bien passé.
00:45Ça s'est très bien passé, puisque la manifestation s'est déroulée
00:48et elle a été parfaitement maîtrisée,
00:51grâce à l'expertise de la préfecture de police,
00:53conduite par un Laurent Nunez, toujours aussi talentueux.
00:56Bon, est-ce qu'il fallait pour autant mobiliser 80 000 policiers, gendarmes, pour ça ?
01:00Je vous propose d'entendre ce qu'en disait dès hier matin Sophie Binet,
01:02c'est la secrétaire générale de la CGT,
01:04et c'était chez nos confrères de France Info.
01:0680 000 policiers pendant la mobilisation contre la réforme des retraites,
01:09c'était 10 à 15 000 par jour.
01:11Donc c'est inédit.
01:12Pourquoi un tel déploiement de force ?
01:14Je pense que c'est un problème pour les Françaises et les Français,
01:16parce qu'il y a besoin des policiers ailleurs.
01:18Le ministre de l'Intérieur, aujourd'hui, met de l'huile sur le feu.
01:21Qu'est-ce que vous lui répondez à Mme Binet ?
01:23Je vous dis que ce n'est pas inédit.
01:24À Paris, c'était 6 000 policiers.
01:27Au moment du mouvement des Gilets jaunes, on dépassait les 7 000.
01:30Donc non, c'est un bon étiage, mais il n'a rien d'exceptionnel.
01:34En même temps, elle dit un peu comme vous,
01:35elle dit qu'on a besoin des policiers ailleurs.
01:36Est-ce qu'à trop crier aux loups à sortir les centaures, les gros blindés,
01:40le gouvernement met de l'huile sur le feu ?
01:41Est-ce que le gouvernement fait de la politique avec le maintien de l'ordre ?
01:44Écoutez, qu'il y ait un message de la part du ministre de l'Intérieur
01:50pour maintenir la paix et la sécurité, ça me paraît le bon sens même.
01:54En tout cas, le dispositif ne vous paraît pas disproportionné à vous ?
01:56Non, il était au contraire bien proportionné.
01:59Je n'ai aucune critique à faire sur l'étiage des forces de sécurité intérieure.
02:03Si on élargit un peu le propos, Didier Lallement,
02:05le climat social d'aujourd'hui vous rappelle-t-il
02:08celui qui est régné du temps des gilets jaunes,
02:11époque où vous étiez préfet de police ?
02:13Non, pas du tout.
02:13Pas du tout dans le même type de climat social.
02:17Ce qui me paraît préoccupant, c'est la division du pays
02:19et le fait que dans les revendications des uns et des autres,
02:24il n'y a pas ce qui me semble essentiel.
02:26Ce qui me semble essentiel, c'est la lutte contre le narcotrafic.
02:30C'est deux choses qui sont un peu très différentes,
02:32très importantes l'une et l'autre, mais c'est très différent.
02:35Vous voudriez des manifs pour lutter contre le narcotrafic ?
02:37Non, je voudrais des manifs qui réclament des crédits
02:40pour le narcotrafic et pour la politique de défense de ce pays, oui.
02:43Et en quoi le climat est très différent par rapport aux gilets jaunes ?
02:46Parce que là, vous avez des mouvements qui sont dirigés et encadrés.
02:51Le mouvement des gilets jaunes est un mouvement un peu spontané
02:53qui avait comme spécialité d'éliminer successivement ses chefs
02:57et qui partait un peu dans tous les sens,
03:01sans capacité de s'insérer dans le débat politique.
03:03Alors que là, au contraire, on est complètement dans une logique inverse.
03:08Ce sont des manifestations contre un gouvernement
03:11qui, en fait, n'a pas été encore constitué.
03:13Donc, c'est véritablement un objectif très politique.
03:17Bon.
03:17Monsieur le préfet l'Allemand, une chose est sûre,
03:19il règne chez une partie de la population à climat antiflique.
03:22Aujourd'hui, en France, on l'a vu ces derniers jours à Tourcoing,
03:24un policier de la BAC a été tabassé le 11 septembre.
03:27On l'a vu à Reims, où sept policiers ont été quasi lynchés.
03:30Comment vous l'expliquez, ce climat antiflique ?
03:32À qui la faute ?
03:34À qui la faute ?
03:35Il est entretenu, ce climat antiflique.
03:37Et par qui ?
03:37Il ne tombe pas.
03:38Écoutez, je crois que les représentants de LFI sont tous en cœur
03:42pour expliquer que la police tue.
03:45Ils sont repris par un certain nombre de militants.
03:49Donc, effectivement, la police empêche un certain nombre de dysfonctionnements sociaux.
03:55Et ceux qui veulent, justement, perturber la société
03:57pensent que la police est un obstacle.
03:59Ils ont raison, la police est un obstacle.
04:01Mais la police ne tue pas.
04:03Après, tous les jeunes ne passent pas leur vie à regarder ce qui se passe
04:05ou ce qu'ils disent à l'Assemblée nationale.
04:06On dit qu'ils se désintéressent de la politique.
04:08Et pourtant, ils n'ont plus le respect de l'uniforme.
04:10Le policier ne fait plus peur.
04:12Ça, ce n'est pas forcément de la faute de LFI.
04:14Comment vous l'expliquez, ça ?
04:16Je crois que ça a été, comme on dit, largement documenté.
04:19Il n'y a pas de sens de l'autorité.
04:23On voit bien qu'à l'école, on ne respecte plus les professeurs.
04:26On ne respecte pas les médecins dans les services des urgences.
04:28Donc, c'est une approche globale de la société
04:33sur ce que devrait être le sens du respect.
04:36Dans les écoles américaines, on jure fidélité au drapeau tous les matins.
04:40Je ne crois pas qu'on le fasse dans les écoles françaises.
04:42Ça manque ? Ça pourrait changer des choses, à votre avis, ce genre de...
04:45C'est un rapport au pays, à la nécessité de l'engagement
04:49et au respect de l'autorité de ceux que le peuple a désignés.
04:52Car, en fait, ces manifestations visent à contester le résultat des élections.
04:59C'est quand même la République et la démocratie.
05:02Fondamentalement, c'est le respect de ceux que nous avons élus.
05:04Après, si le peuple n'est pas d'accord, mais qu'il change ses dirigeants.
05:07Mais qu'il ne les change pas par des actions dans la rue.
05:10Qu'il les change par les élections et par les urnes.
05:12Il y aura une manifestation de policiers devant le commissariat de Tourcoing.
05:15Tout à l'heure à midi, les policiers veulent protester.
05:17Car les cinq personnes mises en examen dans l'agression de leurs collègues
05:20ont toutes été remises en liberté.
05:21Le ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, dit comprendre l'incompréhension.
05:25Pour vous, la justice, aujourd'hui, très concrètement, au quotidien,
05:29est-elle un frein au travail de la police ?
05:31Non, puisque le garde des Sceaux s'est exprimé en justement disant
05:34qu'il fallait modifier la loi, dans des cas comme ça,
05:37de manière à ce que ça ne se reproduise pas.
05:39C'est-à-dire qu'on ne mette pas en liberté des agresseurs de policiers.
05:42Donc, je comprends l'émotion des policiers.
05:45Il faut les soutenir dans ce moment-là.
05:47Parce qu'on ne parle pas simplement d'irrespect.
05:50On ne théorise pas sur ce que l'on doit faire vis-à-vis de policiers.
05:55Il s'agit de gens qui se sont fait défoncer.
05:57À qui on a cassé les dents, des os, etc.
06:00Donc, ce n'est pas de la théorie, tout ça.
06:02C'est de la réalité.
06:03C'est de l'ensauvagement ?
06:04C'est ça, l'ensauvagement ?
06:05Terme qui revient souvent dans la bouche de...
06:07Oui, en sauvagement ou violence absolument généralisée.
06:10Où on règle ses comptes à coup de poing.
06:13Où, effectivement, on n'a pas envie de faire corde en tant que société, en tant que collectif.
06:20En 1914, Jules Gad est rentré dans le gouvernement d'Union Sacrée.
06:25Pourtant, c'était un opposant violent, néo-marxiste, à ce qu'était à l'époque la bourgeoisie.
06:31Mais quand il a fallu s'unir pour défendre le pays, il n'a pas hésité.
06:36J'espère que les politiques, aujourd'hui, n'hésiteront pas.
06:38Parce que bientôt, il va falloir défendre le pays.
06:40On a aussi assisté à quelques scènes intolérables de l'autre côté.
06:43Côté force de l'ordre, comme c'est CRS hier qui frappe et insulte une jeune femme à terre.
06:47Au moment où elle est filmée, elle est parfaitement inoffensive.
06:49C'était lors d'une tentative de blocage des terrasses du port de Marseille.
06:53Il y a quelques semaines, un policier en Seine-Saint-Denis avait craché et giflé un jeune homme.
06:57Est-ce que ces dérapages, qui sont très marquants aussi pour la population, sont assez sanctionnés aujourd'hui ?
07:02Je crois qu'ils le sont.
07:03La police et la gendarmerie sont des corps particulièrement contrôlés.
07:07Et de toute façon, ce sont des activités qui se passent tout le temps devant les caméras.
07:12Donc, dès lors qu'il y a une erreur et une faute, elle est sanctionnée.
07:14Je ne connais pas beaucoup de professions filmées 24 heures sur 24.
07:18Je ne crois pas que vous le soyez en totalité.
07:20Et donc, les erreurs qui peuvent être commises à certains moments,
07:23et qui sont tout à fait condamnables,
07:25peuvent passer inaperçues dans certaines professions, mais pas dans la police.
07:29Dans les commissariats, tout n'est pas filmé ?
07:31Tout n'est pas filmé, mais beaucoup de choses sont filmées.
07:33Et en tout état de cause, avec un téléphone portable aujourd'hui,
07:36tous nos concitoyens sont en capacité d'enregistrer ce qui se passe.
07:39Et ils ne s'en privent pas.
07:41Lier Allemand, on va parler un peu de vous.
07:43Vous êtes officiellement à la retraite, mais l'hebdomadaire Marianne nous a appris cet été
07:45que le secrétariat général de la Défense et de la Sécurité Nationale,
07:49vous avez demandé de rédiger un plan de défense et de sécurité.
07:51Est-ce que c'est vrai, déjà ?
07:52Non, je n'ai pas à commenter des informations qui n'ont pas à l'être.
07:55Non, mais ça, c'est deux choses, commenter et dire si c'est vrai.
07:57Vous avez cette mission ou pas ?
07:59J'ai une mission, mais je ne m'exprimerai pas sur cette mission.
08:02Elle a un caractère confidentiel.
08:04Ça nous concerne quand même.
08:05C'est important, la stratégie...
08:06Mais j'imagine que ceux qui l'ont commandée s'exprimeront lorsqu'elle aboutira.
08:11Ah, donc il y a bien une mission et elle aboutira.
08:13Mais bien sûr qu'il y a une mission.
08:14Mais encore une fois, je ne la commenterai pas.
08:16Elle fait partie, effectivement, de sujets qui tiennent à la défense du pays.
08:19Et vous comprendrez bien que ce n'est pas sur les ondes publiques que je vais m'exprimer en la matière.
08:24C'est une radio privée ici, mais bon.
08:26C'est une onde publique.
08:28Onde publique au sens où tout le monde écoute.
08:30J'avais compris, j'avais compris.
08:31Est-ce que ça a un petit goût de revanche quand même pour vous qui aviez été tellement critiqué à l'époque des Gilets jaunes au moment de votre sortie ?
08:38Est-ce que le fait qu'Emmanuel Macron vous refasse confiance comme ça, vous dites, bah tiens, petite réhabilitation ?
08:44Mais je suis parti à la retraite dans l'administration, mais j'ai repris des activités derrière.
08:52Je n'ai pas besoin de reconnaissance.
08:55Je remercie beaucoup ceux qui m'ont confié cette mission, mais je ne l'identifie pas comme étant une marque de favoritisme ou de reconnaissance.
09:02Je m'engage pour mon pays.
09:03Ça fait des années que je le fais et je continue à le faire de la façon qui m'a été confiée.
09:11En 2022, vous avez publié un livre sur vos années à la préfecture de police, L'ordre nécessaire, ça s'appelait.
09:15Avec le recul, est-ce que vous avez des regrets ? Est-ce qu'il y a des choses que vous auriez pu faire différemment ?
09:21On a toujours des regrets sur des choses qu'on aurait pu faire différemment.
09:24Oui, je pense en particulier au Stade de France, parce que je suis parti sur cet échec et ça m'a profondément affecté.
09:34Mais sinon, le reste, je ne le regrette pas.
09:36C'est quand même moi qui introduis la mobilité et la réactivité dans le fonctionnement des forces de police.
09:41Si aujourd'hui, les manifestations fonctionnent, c'est aussi grâce à la doctrine mise en place à l'époque.
09:47Donc c'est grâce à vous ?
09:48Non, ce n'est pas grâce à moi, parce que je n'étais pas tout seul, mais nous étions suffisamment nombreux pour laisser des traces.
09:53Didier Lallement, vous savez que vous avez l'image d'un type austère, très raide. De quand date votre dernier fou rire ?
09:59Je suis effectivement un austère qui ne se marre pas.
10:01Ah, qui ne se marre pas ? Jamais ?
10:02Jamais.
10:03On va souhaiter bonne chance à Exvizorec qui va nous rejoindre dans un instant.
10:05Je le prends comme un acquis.
10:06Je vais essayer de vous faire marrer.
10:08Je vais essayer de vous faire marrer.
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