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00:00Bienvenue dans les récits extraordinaires de Pierre Bellemare.
00:08Un podcast issu des archives d'Europe 1.
00:11Le 10 avril 1825, dimanche de Quasimodo, c'est la fête de Saint-Avertin en Touraine.
00:18Garçon et fille se sont rencontrés, ont dansé et ont bu le petit vin blanc.
00:24Les soirs de printemps dans le pays de la Loire ont des couleurs d'une tendresse infinie.
00:27Les poètes s'en émerveillent, les étrangers déclarent, mais ce sont les couleurs de la vraie France, du berceau de son histoire.
00:36Les paysans de la région, eux, habitués, se contentent d'en ressentir les bienfaits, la douceur de vivre.
00:44Je te raccompagne, si tu veux.
00:48Sylvie venait d'accepter qu'Honoré lui fasse un brin de conduite,
00:51devinant bien, et le souhaitant, qu'il lui ferait aussi un brin de cour en chemin.
00:59Sylvie Griveaux, servante dans une ferme mignonne et farouche, disait-on.
01:03Honoré Veuillot, garçon de café, bien bâti, beau gosse, qui savait s'y prendre avec les femmes.
01:10Ils avaient vingt ans.
01:11Elles portaient une robe blanche à volant, et lui, son costume des dimanches, noir, comme il se doit à la campagne.
01:19Et de jeunes gens, dès qu'ils sont sortis du village, se sont enlacés.
01:22Ils marchent lentement dans un sentier de la forêt de l'Arcée,
01:25raccourci pour rejoindre le village de Véretz, où travaille Sylvie.
01:31Quand on prend un raccourci, on n'est pas pressé.
01:33Honoré fait durer le plaisir.
01:35La jeune fille pose la tête sur son épaule.
01:39Il lui embrasse le front.
01:42La forêt à la tombée du jour s'emplit de bruit.
01:44Des oiseaux qui appellent.
01:46Des animaux qui sortent des taillis pour aller boire à l'étang.
01:49Les amoureux arrivent au lieu dit « la fosse de la lande ».
01:53C'est un carrefour.
01:55Une étape a un prétexte à s'arrêter, à se reposer.
01:59Honoré enlève son veston, le pose à terre contre un buisson.
02:04Sylvie ne se fait pas prier pour s'asseoir dessus.
02:08Elle ne salira pas sa robe.
02:11Du moins, le croit-elle jusqu'au moment où, bien sûr,
02:15elle s'étend complètement, regardant le ciel et la cime des arbres,
02:18et lui, étendu à son tour, l'obligeant à fermer les yeux.
02:23Soudain, ils entendent un remue-ménage, une violente dispute.
02:28Des gens sont là, tout près, qui se querellent.
02:31Évidemment, Honoré et Sylvie ne sont pas dans une situation
02:35qui leur permette de se montrer.
02:37Ils ne tiennent pas non plus à ce que l'on sache ce qu'ils font.
02:41Ils restent étendus à l'abri de leurs buissons sans bouger.
02:45Un coup de feu retentit, puis deux autres.
02:47Alors Sylvie se relève, prête à s'enfuir.
02:49Honoré la retient.
02:51Ne bouge pas sur tout, attends.
02:53Ils ont quand même aperçu un homme abattu,
02:56et des gens qui se sauvent à travers bois.
03:00Il n'est peut-être que blessé, allons voir.
03:03Ils s'approchent.
03:07Mais c'est M. Courrier !
03:09Mon Dieu ! Ne le touche pas, surtout !
03:12Il est mort.
03:15Honoré Veillot et Sylvie Griveaux
03:18venaient d'être témoins de l'assassinat de Paul-Louis Courrier,
03:24l'écrivain, le grand pamphlétaire de la restauration.
03:27Viens, Sylvie, ne restons pas là.
03:30Oh, j'ai peur.
03:31Justement, vaut mieux ne pas être mêlé à tout ça.
03:34Oh, c'est trop horrible.
03:35Allez, viens !
03:36Personne ne nous a vus.
03:38Tu n'as qu'à tenir ta langue.
03:42Les deux jeunes gens rentrent séparément chez eux
03:44et ne disent rien.
04:07À la Chavonnière, le domaine de Paul-Louis Courrier,
04:10c'est l'heure du souper.
04:11Le garde Frémont, un petit homme
04:13qui porte des favoris roux,
04:15entre dans la cuisine
04:16et pose son fusil dans un coin.
04:18Je mangerai bien un morceau.
04:20Le cuisinière lui sert une assiette de soupe.
04:23Tu n'as pas rencontré monsieur en faisant ta tournée ?
04:26Non.
04:27Tu n'es pas rentré ?
04:29Tiens, non.
04:30Mais tu es en passée.
04:32Jamais il rentre si tard.
04:34Ah, mon dîner va être bon, tiens.
04:37Frémont mange sa soupe
04:38puis se retire dans les communs où il se couche.
04:41À dix heures, la cuisinière qui est attendue
04:42et commence à s'inquiéter sérieusement
04:44va réveiller le garde.
04:46On allume une lanterne,
04:47on parcourt le domaine en appelant,
04:49pas de réponse.
04:51Entrer à la maison,
04:52on se pose des questions.
04:54Frémont suggère,
04:56Madame est à Paris,
04:57il est peut-être allé la rejoindre.
04:59Il nous aurait prévenu.
05:00Oui, bien sûr.
05:01Il n'a pas fait atteler.
05:04Ben non, alors.
05:06Fait nuit noire.
05:08Que faire en cette campagne perdue ?
05:10Et pour un maître que ses serviteurs détestent ?
05:13Un homme bourru,
05:14au caractère fantasque,
05:16qui vit en solitaire comme un sanglier,
05:18qui n'a pratiquement pas de rapport avec ses gens,
05:20sinon pour les accabler de reproches.
05:21Après tout,
05:23il faut peut-être mieux ne rien faire.
05:25Domestique décide d'attendre le lendemain.
05:27Le lendemain,
05:30le garde-champêtre,
05:30les gendarmes accompagnés de Frémont,
05:32organisent une battue.
05:34Au bout de plusieurs heures,
05:37ils trouvent,
05:38à la fosse de la lande,
05:40le cadavre de Paul-Louis Courrier.
05:43Qui a tué ?
05:46Le procureur du roi,
05:48délégué sur les lieux du crime,
05:49est perplexe.
05:51C'est un assassinat sans assassin.
05:54Un seul indice,
05:54Paul-Louis Courrier a été abattu
05:56de trois balles de chevrotines
05:58avec, dans les cartouches,
06:00de la bourre,
06:01constitué de petits morceaux de journa.
06:06En recollant patiemment les morceaux,
06:08on s'aperçoit qu'il s'agit d'une page
06:10du feuilleton littéraire,
06:12un journal parisien
06:13que personne ne lit dans la région.
06:16Un assassinat sans assassin
06:17entouré à une souette,
06:18mais...
06:20à Paris.
06:20À Paris,
06:22Mme Paul-Louis Courrier,
06:23une jolie femme de 20 ans
06:24plus jeune que son mari,
06:26dès qu'elle apprend la nouvelle,
06:27décrète qu'il ne peut s'agir
06:28que d'un crime politique.
06:30Elle ajoute même
06:30« fomenté par les jésuites ».
06:33Paul-Louis Courrier,
06:34écrivain célèbre,
06:35pamphétaire de grand talent,
06:36ancien officier d'artillerie,
06:37grognard sous Napoléon,
06:39grognon sous Louis XVIII,
06:41et depuis l'avènement de Charles X,
06:42la bête noire du régime.
06:44Il ne pardonne rien au roi
06:45le plus bête que la France ait connue,
06:47car il est intelligent,
06:49lui, très intelligent.
06:49Il mesure la force
06:51d'une phrase bien écrite.
06:53« Il n'est tyran
06:54qui n'obéisse ni maître,
06:56qui ne soit esclave ».
06:58Un roi autocrate
06:59peut méditer ses paroles
07:01et craindre l'avenir.
07:03Quand son secrétaire
07:04lui annoncera la mort de l'écrivain,
07:05il dira simplement
07:06« Ouf ! »
07:08Paul-Louis Courrier
07:09dénonce tous les abus.
07:11Il n'est le compère de personne.
07:13« J'envoie au diable, »
07:14dit-il,
07:14« la droite, la gauche, le centre ».
07:16Il a condamné
07:17et condamnera jusqu'à son dernier soupir,
07:20malgré les amendes,
07:21la prison même,
07:22ce qui, à ses yeux,
07:23mérite d'être condamné.
07:24Le parti des prêtres,
07:26le milliard pour les émigrés,
07:27la guerre d'Espagne,
07:28l'occupation française en Italie.
07:30À ce propos,
07:32il ébauche une théorie
07:33de la guérilla
07:34et de la guerre subversive
07:35qu'eux n'auraient désavoué
07:37ni Gap,
07:38ni Che Guevara.
07:39Une sorte de monstre
07:40pour son époque,
07:41la restauration
07:42à la grande désillusion
07:43après la révolution de 89.
07:46Après le crime sexuel
07:48du curé Maingras,
07:49une sorte de curé du Ruf,
07:50il publie une lettre
07:51sur le célibat du prêtre.
07:53Il s'élève avec force
07:54contre la souscription nationale
07:55destinée à donner
07:57le château de Chambord
07:57au duc de Bordeaux.
07:59« S'il vous arrive
07:59de lever un lièvre,
08:01voilà les gardes qui accourent,
08:02chez les princes,
08:03tout est gardé. »
08:04Et encore,
08:05« Si un seul
08:06de ces honnêtes éligibles,
08:07ceux dont ont fait
08:08nos députés,
08:09suffit à vous faire enrager,
08:12que sera-ce
08:12d'une cour à Chambord ? »
08:14Enfin,
08:15dans le pamphlet des pamphlets,
08:16il mesure sa force.
08:17« Dans tout ce qui s'imprime,
08:19il y a du poison
08:20plus ou moins délayé
08:21selon l'étendue de l'ouvrage,
08:24plus ou moins mortel.
08:26De la cétate de morphine,
08:28un grain,
08:29dans une cuve se perd,
08:30n'est point senti,
08:31dans une tasse fait vomir.
08:33En une cuillerée,
08:35tu ! »
08:37Voilà le pamphlet.
08:40Évidemment,
08:42un écrivain de cette trempe
08:43fait peur aux gens en place.
08:46De là à vouloir le supprimer,
08:49Mme Paul-Louis Courrier
08:50le sait bien,
08:51et c'est pour cela
08:52qu'elle oriente
08:52les recherches en ce sens,
08:54avec un peu trop de diligence,
08:56ce qui intrigue
08:58le procureur du roi.
09:00Alors le procureur
09:01s'intéresse
09:02à la vie privée
09:02de Mme Paul-Louis Courrier.
09:05Herminie,
09:06minette pour ses intimes,
09:08une trop jolie femme
09:09de 29 ans,
09:10une vraie femme
09:11à cet âge-là,
09:12une de ces femmes
09:12qu'un homme désire
09:14dès qu'il la voit,
09:15parce que,
09:16à la manière
09:16dont elle le regarde,
09:18elle lui dit
09:19qu'il a sa chance.
09:21Le procureur questionne
09:22les domestiques,
09:22interroge les amis,
09:23les voisins.
09:24Quand elle s'est mariée,
09:26elle avait quel âge ?
09:2718 ans.
09:28Et lui ?
09:2942.
09:30Ils se sont installés
09:31dans la campagne ?
09:33Oui, presque tout de suite.
09:34Elle s'y ennuyait beaucoup.
09:36Il passait son temps
09:37enfermé dans son bureau
09:38à écrire ou à lire.
09:40C'était un érudit.
09:42Il lisait Hérodote
09:43ou Cicéron dans le texte.
09:45Il se promenait avec elle ?
09:47L'emmenait-il en voyage ?
09:49Non.
09:50Non, la conversation
09:51dérange la promenade,
09:52disait-il.
09:53Elle empêche
09:54de jouir de la nature.
09:56Il projetait
09:56un séjour en Amérique
09:57avec Lafayette.
09:58Oh, sans elle.
10:00Il a voulu aussi
10:00partir au Portugal,
10:01seul.
10:03Elle le lui a reproché.
10:06Il lui a répondu
10:07« Que veux-tu ?
10:08Si Dieu m'a créé bourru,
10:10bourru,
10:10je dois vivre et mourir.
10:12Ailleurs,
10:12veux-tu que je te dise ?
10:14Je suis vieux maintenant.
10:15Je ne peux plus changer. »
10:17Alors,
10:18quand il était en voyage,
10:20sa femme restait
10:20à la Chavanière ?
10:23« Oui,
10:23c'est de là
10:24d'où vient tout le mal. »
10:26Pierre Dubois ?
10:28« Ah ! »
10:30« Vous saviez ? »
10:32Oh, remarquez,
10:32elle ne se cachait pas.
10:34Mais un chartier,
10:35tout de même,
10:35avec une dame comme elle.
10:38Il prenait ses repas
10:39à la salle à manger.
10:40Elle s'amusait à boire
10:41dans le même verre que lui
10:42pour connaître ses pensées.
10:43Et s'il n'y avait eu que ça,
10:48elle avait d'autres amants.
10:50Pierre Dubois s'est marié,
10:51il a quitté la Chavanière,
10:52évidemment,
10:52et il s'est installé
10:53avec sa femme au village.
10:55Alors,
10:56madame Courrier
10:56a pris le frère Dubois.
11:00Ça ne fait rien.
11:02Mais je croyais
11:03qu'elle avait continué
11:04ses relations avec Pierre.
11:05Oh, ben,
11:05ça n'empêche pas.
11:06Elle a gardé les deux.
11:08Elle les recevait même ensemble.
11:10Le garde,
11:10Frémont,
11:11les a vus
11:11à travers les volets.
11:12Elle devait avoir
11:15une jolie réputation.
11:16Au contraire.
11:18Elle était si gentille,
11:19madame Courrier.
11:20Pas comme son mari, hein.
11:21Elle,
11:22tout le monde l'aime ici.
11:25Le procureur
11:26n'en croit pas ses oreilles.
11:28C'était donc
11:29le paradis à la Chavanière.
11:30Les fleurs,
11:31les petits oiseaux,
11:31la romance.
11:33Rôle de paradis
11:34quand le maître revient.
11:37On le trouve
11:38assassiné dans les bois.
11:42Les récits extraordinaires
11:48de Pierre Belmar,
11:50un podcast européen.
11:52Le meurtre de Paul-Louis Courrier
11:53demeure un mystère.
11:54Les deux seuls témoins,
11:55les amoureux de la fête
11:55de Saint-Avertin
11:56ayant décidé de se taire.
11:59Meurtre politique, peut-être.
12:01Crime passionnel, pourquoi pas.
12:03Quand une femme adorable
12:05consacre sa vie au plaisir,
12:07quand elle affiche un bonheur défendu
12:08sans honte
12:09et rend heureux
12:09ceux qui l'entourent,
12:11quand elle est riche
12:12et dépense sans compter
12:13pour elle et pour les autres,
12:14quand d'une voix douce
12:15elle explique que la joie de vivre
12:17se moque de la morale,
12:20cela ne dure qu'un moment.
12:22Jusqu'au jour où le mari,
12:23de retour de voyage,
12:25reçoit une lettre anonyme.
12:28Vous êtes donc aveugle.
12:30Vérifiez les bouteilles
12:31de votre cave.
12:33Vous verrez que les meilleures
12:34sont parties.
12:35Elles n'ont pas été perdues
12:37pour tout le monde
12:37et ce bourg de pierre du bois
12:39connaît le goût de votre vin
12:41aussi bien que la douceur
12:43de votre matelas.
12:45On boit dans le même verre,
12:46on couche dans le même lit
12:48et le monde rit bien
12:49du bon mari confiant.
12:52Le procureur continue
12:53ses interrogatoires.
12:56La réaction de M. Courrier
12:57après cette lettre ?
12:59Il s'est enfermé dans son cabinet
13:00et on ne le voyait plus.
13:02Et sa femme ?
13:03À genoux.
13:05À genoux,
13:05elle demandait pardon.
13:07Il lui a trouvé des excuses ?
13:09Aucune.
13:10Un jour,
13:11je l'ai entendu
13:11la traiter de putain.
13:13Elle s'est mise à pleurer.
13:14Si tu ne m'aimes plus,
13:16tu ne veux pas me pardonner,
13:17respecte au moins
13:17le nom que tu m'as donné.
13:18Oh !
13:19Pour ce que tu en as fait,
13:21tu l'as traîné dans la boue.
13:22Enfin,
13:23ils avaient deux enfants.
13:25Ils auraient pu,
13:26pour les enfants,
13:27essayer.
13:28Oh, essayer quoi ?
13:30Le premier enfant
13:30était de lui,
13:31mais le second.
13:32Enfin,
13:34ils envisageaient une solution.
13:36M. Courrier a chargé
13:38le garde Frémont
13:38de surveiller sa femme.
13:40Il voulait des preuves
13:41en vue d'une séparation.
13:43Il lui a même donné
13:44de l'argent à Frémont
13:45pour tenter d'acheter
13:46à Pierre Dubois
13:47les lettres d'amour
13:48qu'il possédait.
13:50Frémont les a achetées ?
13:52Non.
13:53Du jour
13:54où il a eu de l'argent,
13:55il s'est mis à boire
13:56de plus en plus.
13:58Il ne désoûlait plus.
13:59C'est
14:01Mme Courrier
14:02qui a pris la décision.
14:04Elle est allée
14:04s'installer à Paris
14:05chez ses parents.
14:07Et lui ?
14:08Lui,
14:09il est resté
14:09la chevenière,
14:10il se promenait
14:11dans les bois,
14:11il lisait
14:12où il écrivait.
14:14Paul-Louis Courrier
14:15rédige un livret
14:16du vigneron
14:17où il se parle
14:18à lui-même.
14:20Prends garde,
14:21Paul-Louis,
14:21prends garde.
14:23Les cajots
14:24te feront
14:25assassiner.
14:25Le procureur,
14:28en lisant cette phrase,
14:29se demande
14:29si finalement
14:30la politique
14:30n'est pas mêlée
14:32au crime.
14:33Mais par quel
14:34intermédiaire ?
14:34Qui serait venu
14:35de Paris ?
14:36Ou encore,
14:36qui de Paris
14:37aurait soudoyé
14:38quelqu'un
14:39payé un assassin ?
14:42Les paysans de Touraine,
14:43les fermiers,
14:43haïssent l'écrivain
14:44et pourtant lui
14:45écrivent une pétition
14:46pour les villes
14:46la joie
14:47qu'on empêche
14:47de danser.
14:49Évidemment,
14:49pense le procureur,
14:51ce ne devait pas
14:51être très difficile
14:53de trouver dans la région
14:53quelqu'un
14:54pour se débarrasser
14:55d'un opposant
14:56si dangereux.
14:57Il n'y a aucune preuve.
14:59Le journal parisien
15:00tout de même,
15:00ce feuilleton littéraire
15:01dont on s'est servi
15:02pour préparer
15:03les cartouches.
15:04Mais alors,
15:05le criminel
15:06ne serait pas
15:07un paysan du coin.
15:09L'enquête
15:10tourne en rond.
15:11Le procureur
15:12se penche à nouveau
15:13sur les pages
15:13du dossier
15:14qui concernent
15:14la vie amoureuse
15:16d'Hermini,
15:16la belle
15:17Hermini Courrier.
15:19Le mari lui aussi
15:20s'intéresse à l'amour,
15:21mais dans le secret
15:22de son cabinet,
15:23il a traduit
15:24Daphnisse et Chloé.
15:26Daphnisse poursuit un bouc
15:27et tombe dans un piège.
15:29Chloé l'aide
15:30à se délivrer.
15:31Une fontaine est proche,
15:32il va s'y baigner.
15:33Chloé le regarde,
15:34charmée de le voir tout nu.
15:36Et le voyant,
15:37elle ne pouvait se retenir
15:38de le toucher.
15:39Puis le soir,
15:40retournant à son logis,
15:41elle pensait
15:42à Daphnisse nue
15:43et cette pensée-là
15:45était le commencement
15:46de l'amour.
15:47Oh !
15:49Que ne suis-je sa flûte
15:50pour toucher ses lèvres ?
15:52Que ne suis-je son petit chevreau
15:53pour qu'il me prenne
15:54dans ses bras ?
15:57Paul-Louis Courrier
15:57avait recopié
15:58à la bibliothèque
15:59florentienne de Florence
16:00ce passage inconnu
16:01du manuscrit grec.
16:03Et en le recopiant,
16:05il avait fait
16:05une tâche d'encre.
16:07Exprès ?
16:09C'est ce qu'a prétendu
16:10le conservateur.
16:11L'écrivain
16:12voulait être le seul
16:13à posséder
16:14cette version du poème.
16:15Seul.
16:17Toujours seul.
16:19Une tâche d'encre
16:20sur l'amour.
16:22Décidément,
16:24Paul-Louis Courrier
16:24paraît maudit.
16:27Dans ce climat érotique
16:28qui règne à la Chavonnière,
16:29le procureur s'entête.
16:32Crime politique
16:32ou pas seulement politique ?
16:35Ce ne peuvent être
16:35que les amants d'Hermini,
16:37Pierre Dubois
16:37et son frère Saint-Faurien.
16:39les coupables.
16:40Ou encore
16:41le voyeur,
16:42le vieux garde Frémont,
16:43l'alcoolique,
16:44qui s'embusque
16:45derrière les volets
16:46de la chambre à coucher.
16:48Pierre Dubois
16:48et son frère
16:49ont des alibis.
16:50Ils sont restés au village
16:51tout l'après-midi du dimanche
16:52au cabaret.
16:53Ils ne l'ont quitté
16:54que tard dans la soirée.
16:55Or, selon l'autopsie,
16:57la mort a eu lieu
16:58en fin d'après-midi.
16:59Frémont, lui,
17:00est inculpé.
17:01Le procureur,
17:02en questionnant à nouveau
17:03les autres domestiques,
17:04a découvert que
17:04Paul-Louis Courrier
17:05avait donné rendez-vous
17:06à son garde
17:07dans la forêt
17:07pour préparer
17:08une coupe d'arbre,
17:10fendre d'un coup de hache
17:11un morceau
17:12de ceux
17:12qui devaient être abattus.
17:15Autre découverte
17:16plus grave,
17:17en perquisitionnant
17:17dans la chambre de Frémont,
17:19le procureur du roi
17:20y a trouvé
17:20une page
17:21du fameux feuilleton littéraire
17:23soi-disant
17:23inconnu en Touraine,
17:25sauf
17:25pour fabriquer
17:26les cartouches.
17:28Monsieur l'avait rapporté
17:29de Paris,
17:29explique le garde.
17:30Je m'en servais
17:31comme des autres journaux
17:32quand il les avait lus.
17:33On a toujours besoin
17:34de vieux papiers.
17:35Madame Courrier,
17:37dès que Frémont
17:38est en prison,
17:39change de tactique
17:40qu'elle accable.
17:41Elle avait cru d'abord
17:42à un crime politique.
17:43Elle pense autrement.
17:45Mon mari voulait
17:46réorganiser ses affaires
17:47et exploiter
17:48différemment la propriété.
17:49Il avait décidé
17:50de renvoyer Frémont.
17:51Mais c'est vous
17:52qui le dites.
17:53Lisez les journales
17:53d'André Douart,
17:54vous y verrez une annonce.
17:55Demande pour la campagne
17:56domestique,
17:57sachant lire et écrire.
17:58Et il aurait tué
18:00votre mari pour ça ?
18:01C'est possible.
18:02Il pensait que moi,
18:04je l'aurais gardé
18:04à mon service.
18:06Aussi,
18:06Madame m'accuse,
18:07réplique Frémont,
18:07c'est pour se venger.
18:09J'étais le confident
18:10des chagrins de monsieur.
18:11C'est moi qui étais
18:12chargé de surveiller Madame.
18:13Je disais tout
18:14à mon maître.
18:16Le procès s'ouvre
18:17à Tours
18:18le 31 août 1825.
18:19Il dure trois jours.
18:21Seul inculpé,
18:21Frémont.
18:23En l'absence de preuves,
18:25il est acquitté.
18:25Et la vie reprend
18:26à la Chavonnière,
18:27presque comme au bon vieux temps
18:29quand le maître
18:29était en voyage.
18:32Herménie Courrier
18:32engage à nouveau
18:33Pierre Dubois
18:34et Saint-Faurien
18:34et un maçon
18:35pour ériger
18:36dans la forêt de l'Arsag
18:37au lieu dit
18:38de la fosse de la Lande
18:39un monument,
18:41une colonne de marbre
18:42montée sur un socle
18:43de granit.
18:44Avec une inscription gravée
18:46à la mémoire
18:47de Paul-Louis Courrier
18:48assassiné en cet endroit
18:49le 10 avril 1825,
18:52sa dépouille mortelle
18:53repose à Véretz
18:55mais ici,
18:57sa dernière pensée
18:58a rejoint
18:59l'éternité.
19:02La belle Hermine
19:03pense-t-elle
19:03que cela suffit
19:04pour revivre heureuse
19:05en compagnie
19:06de ses amants ?
19:08Un mois plus tard,
19:09une main anonyme
19:10ajoute au goudron
19:11sur le monument
19:12une autre inscription.
19:14Frémont est l'assassin.
19:16Il vit ronger le remords
19:17mais les lois
19:19ne peuvent l'atteindre.
19:20La comédie dramatique
19:23tourne à la tragédie.
19:25Pierre Dubois
19:26délaisse la chavonnière.
19:27L'attrait de sa maîtresse
19:28ne suffit pas
19:29à lui apporter l'oubli.
19:30Son frère,
19:31Saint-Faurien,
19:31bousculé par un cheval,
19:32se blesse grièvement
19:33et meurt,
19:34appelant dans son délire
19:35« Herminie !
19:36Herminie ! »
19:37Herminette !
19:38Celle-ci en larmes
19:39à genoux près du lit
19:40du mourant
19:40lui prend la main,
19:41l'embrasse,
19:42lui passe un anneau d'or
19:44au doigt.
19:46Le monument construit
19:46dans la forêt
19:47sur les lieux du crime
19:48est un défi.
19:50Un défi à personne ?
19:52Personne sauf Sylvie Griveaux,
19:56vous vous souvenez ?
19:57La jeune fille
19:58qui connut l'amour
19:59à cet endroit
19:59pendant qu'on tuait un homme.
20:01Elle y passe à cheval.
20:03Et c'est le cheval
20:04qui prend peur.
20:05Fait un écart,
20:05ce cabre,
20:06Sylvie tombe.
20:07Oh, elle n'a aucun mal,
20:08mais de retour à la ferme,
20:10elle avoue un ingénuement
20:12en racontant l'accident
20:14à son patron.
20:15Oh, j'ai eu presque aussi peur
20:17que le jour
20:17où on a tué M. Courrier.
20:20Qu'est-ce que tu dis ?
20:23C'est trop tard maintenant
20:24à la parler.
20:26Tu as vu tuer M. Courrier ?
20:30Oui.
20:33Je l'ai vu.
20:35Le patron emmène presque
20:36de force Sylvie
20:37chez le procureur.
20:39Les interrogatoires reprennent.
20:42Ils étaient combien ?
20:44Cinq ?
20:46Les frères Dubois ?
20:48Deux bûcherons ?
20:50Et Frémont ?
20:51C'est Frémont
20:52qui a tiré.
20:54Oui, c'est moi
20:55qui ai tiré.
20:57Pierre Dubois
20:57m'a forcé.
20:59Il m'a dit
20:59« C'est lui ou toi ? »
21:01Ça ne faut rien
21:02à même ajouter.
21:03C'est madame
21:04qui a tout commandé.
21:05Si on se sert de toi,
21:06c'est parce qu'il n'y a que toi
21:07qui peux approcher monsieur.
21:10Madame Courrier est arrêtée
21:11puis relâchée
21:12au bout de deux mois.
21:14Peut-on prendre au sérieux
21:15les témoignages
21:16d'une fille de rien
21:17qui s'invente
21:17des romans d'amour
21:18et d'un ivrogne
21:20qui n'a plus rien à craindre
21:21puisqu'il a été acquitté ?
21:23Un deuxième procès a lieu
21:26le 9 juin 1830 à Tours.
21:29Il ne reste donc
21:30comme accusé
21:31que Pierre Dubois
21:31et les deux bûcherons.
21:34Sylvie Griveaux
21:34réitère ses accusations.
21:37Comparaît alors à la barre
21:38son amoureux
21:39du dimanche de la fête
21:40de Saint-Avertin
21:40Honoré Veillot.
21:42Il a bien changé.
21:44Ce n'est plus un garçon de café.
21:45Il s'est marié,
21:46enrichi.
21:47C'est un bourgeois.
21:49Le dimanche ?
21:51J'étais de service
21:51à l'auberge.
21:52Je n'ai pas
21:52accompagné Sylvie.
21:54Je le jure
21:55devant Dieu
21:55et devant les hommes.
21:57Je n'ai pas été
21:58dans la forêt.
21:59Je n'ai pas assisté
21:59au crime.
22:03Entre les déclarations
22:04invraisemblables
22:05d'une fille
22:06de mœur facile
22:06et l'assurance
22:07le serment
22:08d'un homme établi,
22:10le jury n'hésite pas.
22:12Les trois accusés
22:13sont acquittés.
22:15La presse s'enflamme.
22:17On a accusé
22:18les comparses
22:18des paysans
22:19sans défense.
22:20C'est un crime politique.
22:21Le pouvoir veut
22:22le camoufler.
22:23Les témoins
22:23ont dit n'importe quoi.
22:24On les a menacés,
22:25payés.
22:27La révolution de juillet
22:28met un point au débat,
22:30mais pas un point final.
22:33On en discute encore
22:34aujourd'hui
22:34et différemment
22:35selon
22:36qu'on est de droite
22:37ou de gauche,
22:39monarchiste
22:40ou républicain.
22:42Paul-Louis Courrier
22:43de L'Autre Monde
22:44conclut
22:44La vertu
22:46semble avoir
22:47des bornes,
22:49mais le dernier
22:50degré
22:50de la bassesse
22:51n'est pas
22:52connu.
22:54Et Mme Paul-Louis Courrier
22:56qui est-elle devenue ?
22:58Elle s'est remariée
23:00à Genève
23:01avec un Suisse
23:03et a vécu
23:04heureuse
23:05et considérée.
23:06Vous venez d'écouter
23:26les récits extraordinaires
23:27de Pierre Bellemare,
23:29un podcast
23:30issu des archives
23:31de repeint.
23:32Réalisation
23:33et composition musicale
23:35Julien Tarot
23:36Productions
23:37Estelle Lafon
23:38Patrimoine sonore
23:40Sylvaine Denis
23:41Laetitia Casanova
23:43Antoine Reclus
23:44Remerciements
23:45à Roselyne Bellemare
23:46Les récits extraordinaires
23:48sont disponibles
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23:50et l'appli Europe 1.
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