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  • il y a 4 mois

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00:00Bienvenue dans les récits extraordinaires de Pierre Bellemare, un podcast issu des archives d'Europe 1.
00:11Monsieur le baron est assis au coin du feu dans un fauteuil Louis XIII.
00:17Autour de lui, le grand salon tombe en lambeaux.
00:21La poussière s'est installée avec tranquillité sur les meubles de prix, les rideaux sont noirs, le tapis est culé.
00:28Monsieur le baron vit seul au milieu de ses livres, en compagnie d'une unique et vieille servante.
00:36Elle ne le quitte pas depuis qu'il est petit, tout petit.
00:40Depuis longtemps, oh, elle ne sert plus à grand chose sinon à éloigner les créanciers de monsieur en les maudissant jusqu'à leur première génération.
00:49Ça ne recule les échéances que le temps de vendre un meuble ou un bijou.
00:54Ce soir, monsieur le baron n'a plus rien avant.
00:56Il n'a pas payé le couvreur qui menace d'arrêter la réfection du toit principal et il pleut déjà dans l'aile droite.
01:05La vieille servante l'a encore menacé des pires sortilèges, mais le bougre réclame son dû fort de son bon droit.
01:12Remarquez bien, monsieur le baron.
01:15Je vous proposerai bien un arrangement.
01:16Donnez-moi la ferme du haut pour mon gendre et allez, je vous fais tout le complet, hein, jusqu'à l'écurie si vous voulez.
01:27Donnez la ferme, cela revient à lâcher le dernier espoir.
01:32Monsieur le baron Maxime promet d'y réfléchir et le bonhomme s'en va.
01:37Il doit se frotter les mains de satisfaction.
01:39Ils attendent tous que le baron abandonne la lutte pour se partager le domaine comme des rapaces.
01:44Dans sa cuisine, Lucie, la vieille servante, marmotte des imprécations.
01:48On dit dans le pays qu'elle fait de la sorcellerie.
01:51À la campagne en 1900 et encore de nos jours, il court beaucoup de sottises à ce sujet.
01:57Il suffit d'une vieille tête ridée et inquiétante, d'une robe noire et d'un caractère de cochon,
02:01pour qu'on vous imagine à cheval sur un balai.
02:07Lucie, la noire, comme on l'appelle.
02:09Ohé, elle n'est pas sorcière pour un sou.
02:13Seulement, elle a 70 ans passés, n'a pas connu de mari ni d'enfant
02:17et aime farouchement son monsieur Maxime, monsieur le baron.
02:21C'est elle qui l'a élevée, elle qui a enterré ses parents,
02:23elle qui le protège encore à 40 ans, comme s'il en avait 12.
02:28C'est d'elle que va venir l'idée.
02:31Une idée ingénieuse, dont elle ne mesure pas les conséquences, mais l'intention est bonne.
02:39Pour être sûre de son idée, la vieille Lucie a besoin de vérifier certains ragots.
02:44Et pour cela, il faut sortir du château, aller parler aux gens, les épier,
02:49chose qu'elle ne fait jamais, mais le jeu en vaut la chandelle.
02:55Prenant son air d'oiseau de mauvaise augure,
02:57sa vieille tête enfouie sous un fichu ver d'âtre, plus sorcière que jamais,
03:02Lucie, la noire, part à la chasse.
03:06Son fusil, autre que ses yeux perçants,
03:09elle a décidé de ne pas rentrer bredouille.
03:12Il y va de l'honneur et de la vie du baron Maxime, son maître.
03:17Drôle d'honneur et drôle de vie,
03:22mais drôle de baron, il faut bien le dire.
03:25La vieille Lucie est partie.
03:45Elle a raconté pour cela un énorme mensonge à son maître.
03:49Une histoire de cousin qui serait mort avec des tas d'histoires à régler.
03:53L'affaire de quelques semaines a-t-elle ajouté.
03:56C'est... il lui faut du temps pour débusquer son gibier.
04:01Quatre ou cinq domaines à visiter et les familles à connaître.
04:05Tout ce qui s'appelle de quelque chose dans la région à cinquante kilomètres à la ronde.
04:11Pas plus loin, car le temps presse et la vieille Lucie n'a pas beaucoup de jambes.
04:17Pour faire connaissance avec les gens, sa tactique est simple.
04:19Puisqu'elle a l'air d'une sorcière,
04:23c'est comme sorcière qu'elle se présente.
04:25Mais une sorcière pleine de bonnes attentions,
04:27dispensatrice de soins divers et de tisanes mystérieuses.
04:32En fait, Lucie Lanoire propose ses services comme les médecins ambulants
04:36qui autrefois parcouraient l'Amérique du Far West.
04:38Comme elle est vieille et bien inquiétante,
04:42on ne la renvoie pas tout de suite,
04:44ce qui lui donne le temps de poser des questions bizarres.
04:48Ce qu'elle cherche, elle va le trouver en deux semaines
04:51et à moins de trente kilomètres du château de son maître ruiné.
04:54Une vraie chance à croire que les anges s'en mêlent.
04:58C'est un manoir bien confortable,
05:00peuplé d'une famille de petites noblesses entourées de prairies grasses et de vaches normandes.
05:04Chez les métaillés, on est bien nourri
05:06et on accueille la vieille à l'heure de la soupe par respect pour son âge et son baluchon.
05:12La vieille Lucie écoute, pose une ou deux questions, mange sa soupe
05:17et à la nuit noire, va vérifier ce qu'on lui a dit.
05:22Et c'est vrai !
05:24La fille aînée des maîtres du manoir, Mélanie, vingt ans,
05:27est en galante compagnie avec un valet, un rusto de son âge
05:31que la différence de classe sociale, comme on dit, ne semble guère troublée.
05:35Lucie se frotte les mains, elle a trouvé son gibier.
05:39Ah, je sens qu'il faut que je vous explique maintenant de quoi il s'agit.
05:42Même, si vous avez déjà une petite idée sur la question,
05:45vous ne devinerez pas jusqu'où l'idée de Lucie Lanoire va.
05:49Les récits extraordinaires de Pierre Belmar, un podcast européen
06:01Ce que nous connaissons de la chasse extraordinaire de Lucie Lanoire
06:04est arrivé vingt ans plus tard aux oreilles d'un juge d'instruction.
06:08La vieille servante lui a confirmé elle-même du fond de son lit et de ses quatre-vingt-dix ans.
06:13Il y a droit à parier d'ailleurs que si la paralysie ne l'avait pas clouée dans un hospice,
06:17elle aurait bien trouvé le moyen de rendre la justice elle-même,
06:20peut-être même n'aurait-il pas eu de justice à rendre.
06:25Donc, la vieille Lucie rentre au logis du baron Maxime,
06:29plus que jamais assaillie par les créanciers,
06:32et dit à peu près ceci.
06:33« Maxime, mon garçon, il faut prendre femme, et une femme riche. »
06:39Jusque-là, l'idée n'a rien de nouveau,
06:40sauf que le baron Maxime n'a aucune idée de l'endroit
06:43où il pourrait trouver une femme riche
06:45et qui veuille bien de lui.
06:48Outre qu'il est criblé de dettes,
06:50il ne peut guère compter sur son physique pour compenser.
06:52Un air sec, des traits aigus, grands et maigres,
06:54le célibat et la solitude ne l'ont pas apporté à la coquetterie.
06:58D'autre part, dernier descendant de sa famille,
07:01il s'est promis de ne pas faire de mésalliance,
07:03quitte à laisser le nom s'éteindre après lui.
07:06On est baron ou on ne l'est pas.
07:07Où trouver une jeune fille de son rang nantie d'une dot même légère
07:13et qui veuille bien s'enterrer ici au lieu d'espérer le prince charmant.
07:19Lucie Lanoire sait où.
07:21Elle s'appelle Mélanie, elle est noble, elle a vingt ans,
07:24et je parie que la famille ne demande qu'une chose,
07:26c'est de s'en débarrasser.
07:28On pourrait même faire monter la dot en s'y prenant bien.
07:33Que le baron Maxime fasse atteler sa vieille calèche,
07:35enfile son dernier costume et aille demander la main de Mélanie.
07:41Le baron n'est pas choqué.
07:44Le baron trouve cela plus simple que de vendre sa ferme.
07:47Le baron va demander la main et la dot de Mélanie.
07:53Lucie Lanoire avait vu juste.
07:56Beaucoup plus juste qu'elle ne pensait même.
08:00Leur stupéfaction passée, les parents de la jeune fille,
08:03affichent un soulagement qui fait espérer beaucoup de leur générosité.
08:09Pour se rendre compte de la situation,
08:11il faut établir un rapide curriculum vitae de leur fille aînée
08:15jusqu'au moment de la demande en mariage.
08:18À dix ans, Mélanie est déjà une petite fille insupportable
08:22qui court derrière les garçons pour savoir comment ils sont faits.
08:26À quinze ans, elle fait fuir l'institutrice
08:29qui s'acharne à lui apprendre à lire et à écrire en lui racontant des horreurs.
08:33On la met au couvent des Ursulines.
08:35Malgré les sommes rondelettes que la famille les supplie d'accepter,
08:39les religieuses la renvoient au bout de quelques mois.
08:42Mélanie jure comme un chartier
08:44et vole le vin de Metz pour s'enivrer.
08:47Elle dévergonde ses camarades et leur apprend à boire en cachette.
08:52Revenu dans sa famille,
08:52elle s'attaque au calvados qui emplit les caves du manoir
08:55et pour ne pas boire seule, se fait des compagnons dans les cuisines,
08:59aux écuries, dans les champs.
09:01Si on l'enferme, elle menace de tuer n'importe qui.
09:05Si bien qu'à vingt ans,
09:06la charmante Mélanie est une habituée des beuveries
09:10et plus d'un valet l'a ramenée ivre morte dans sa chambre.
09:15Quant au reste,
09:18la famille baisse pudiquement les yeux.
09:21Grâce au ciel,
09:24rien n'est encore venu révéler son inconduite
09:27aux yeux du voisinage.
09:29Mais les parents tremblent
09:30de voir se produire l'inévitable.
09:32C'est dire que la demande en mariage du baron Maxime
09:35est la bienvenue.
09:37Chacun ayant posé ses intérêts et ses inconvénients,
09:41on s'épouse très vite,
09:42on regagne le château,
09:43on paie les dettes
09:44et une vie d'enfer commence.
09:47Les premières années sont relativement supportables
09:52car le baron a trouvé un moyen simple
09:54d'occuper sa femme.
09:561901, un enfant, Robert.
09:581902, un autre enfant, Roger.
10:011904, encore un autre, Jean.
10:031905, une fille, Elisabeth.
10:051906, rien.
10:06Pour cause, le baron est en voyage.
10:09À son retour, c'est le désastre, le vrai.
10:12Lucie Lanoire, la vieille gouvernante,
10:13a été reléguée à l'hospice.
10:15Elle seule arrivait de temps en temps
10:17à calmer les fureurs alcooliques
10:19de la nouvelle baronne
10:20et à tenir la barre de ce foyer chaotant.
10:23Elle s'y employait d'autant plus
10:24qu'elle en était responsable à plus d'un titre.
10:27Elle partit.
10:28Mélanie s'en donne alors vraiment à cœur joie.
10:31Les enfants traînent dans la maison
10:32sans surveillance, sales.
10:34Personne n'a songé à mettre les nez à l'école
10:36et le baron n'a plus qu'à retrousser ses manches
10:38pour ramasser les bouteilles vides.
10:41Oh, ce n'est pas une image.
10:42Cela va durer vingt ans.
10:46Vingt ans d'astuces épuisantes
10:48pour que l'alcool ne franchisse pas la porte du château.
10:51Mélanie le fait livrer par la fenêtre.
10:53Le baron ne donne plus d'argent.
10:55Elle achète un crédit.
10:56Il supplie les commerçants
10:57de ne plus accepter le crédit de sa femme.
10:59Elle vend tout ce qui lui tombe sous la main.
11:01Les bibelots, les meubles, les vêtements, les livres.
11:05Cette femme vieillit par l'alcoolisme
11:06à quarante ans, paraît plus de soixante,
11:09et mène à son mari une guerre
11:11d'une ingéniosité diabolique
11:13pour arriver à boire.
11:16Beaucoup d'alcooliques
11:17qui arrivaient à ce stade d'intoxication
11:18sont capables de déjouer
11:20avec une intelligence étonnante
11:22tous les pièges qu'ont leur temps.
11:23C'est d'autant plus facile
11:26avec le baron qui tient toujours
11:27à son rang et à sa dignité
11:29avec une ridicule obstination.
11:32Sa femme a beau être la pire des pochardes,
11:35il la traite en baronne
11:36et la traîne à la messe le dimanche.
11:40Mais il y a une fin à tout.
11:42Ayant tout vendu, tout épuisé,
11:46Mélanie va tenter de jouer sa dernière carte.
11:49Il faut qu'elle récupère sa dot.
11:51Aussi aberrant que cela puisse paraître,
11:55elle va décider de tuer son mari
11:57avec l'aide de ses enfants
11:59et de la cuisinière.
12:02La cuisinière est stupide
12:04et sûrement pas en possession
12:06de toutes ses facultés,
12:07mais les enfants !
12:10L'aîné Robert a 19 ans,
12:11les autres 18, 17 et 16 ans la dernière.
12:16Et c'est avec eux,
12:18devant eux,
12:19que Mélanie annonce
12:21« Il faut trouver un moyen
12:25de supprimer votre paix. »
12:29Robert propose le revolver.
12:32Pour Roger et Jean,
12:33il faut payer un gangster à Paris.
12:36Élisabeth, à 16 ans,
12:37propose de l'étrangler.
12:40Ils l'ont dit plus tard,
12:41ils l'ont reconnu.
12:43C'est une sorte de conseil de famille
12:45où chacun donnait son avis
12:47sur le sujet.
12:48Et si on faisait ça ?
12:49Et si on faisait ci ?
12:51Et si on lui faisait cela ?
12:52Peut-être ont-ils des excuses,
12:56tous les quatre.
12:58On a beaucoup chuchoté dans la région
12:59et dit des choses sur la façon
13:01dont Mélanie, leur mère,
13:02avait semé lentement dans leur esprit
13:04tous les vices possibles et imaginables,
13:06y compris l'alcool, bien entendu.
13:08Donc, tout le monde est d'accord.
13:11Il faut t'éliminer, papa !
13:12Première tentative,
13:15le 12 août 1921.
13:17Mélanie a trouvé des comprimés
13:19de sublimés corrosifs.
13:21Le soir, à table,
13:22pendant que les enfants font le guet,
13:24elle le jette dans la soupe.
13:26À catastrophe,
13:26le potage devient tout bleu.
13:28Alors, on appelle la cuisinière
13:29à la rescousse
13:30et c'est elle qui sauve la situation
13:31en rajoutant du lait.
13:34Monsieur ne voit rien.
13:36Monsieur mange
13:37et monsieur ne meurt pas.
13:40Le lait a servi d'antidote.
13:41Le baron Maxime
13:42ne saura jamais
13:43à combien de tentatives
13:44de ce genre
13:45qu'il a réchappé.
13:47De l'aveu de la cuisinière,
13:49il eut de tout
13:49dans son potage.
13:51C'était à qui trouverait
13:52la meilleure idée.
13:54Ils y passèrent l'été.
13:57Alors, vint l'automne
13:57et les champignons.
13:58Oh, chacun ramenait les siens,
14:01le plus vénéneux
14:02qu'il trouvait.
14:04Le baron en mangea
14:05en omelette,
14:06en fricassé,
14:07en salade.
14:08C'était à n'y pas croire.
14:10Pas un malaise.
14:11Pas un doute.
14:12Aïe, hein !
14:13Pour mémoire,
14:15un court extrait
14:15de l'interrogatoire
14:16du capitaine de gendarmerie
14:17avec la cuisinière Louise.
14:19Mais combien de fois
14:20avez-vous préparé
14:21des plats semblables ?
14:22Oh, je ne sais pas.
14:24Chaque fois qu'on en trouvait.
14:25Mais qui vous donnait
14:26l'ordre de le faire manger
14:27au baron ?
14:28Oh, il n'y avait pas d'ordre.
14:29C'était des fois madame
14:30qui disait,
14:31tiens, et c'est donc ça ?
14:33Des fois, c'était
14:33M. Robert
14:34ou les autres,
14:34ça dépendait.
14:36Mais c'était toujours
14:36des champignons.
14:37Oh, ben non !
14:38Des fois, c'était des poudres.
14:40Je ne savais pas
14:41ce que c'était, hein ?
14:42Vous êtes sûr
14:43que c'était bien
14:44pour le tuer ?
14:45Vous êtes sûr
14:46que les champignons
14:46étaient vénéneux ?
14:48Oh, ben ça,
14:48j'en suis sûr !
14:49On a mis de la poudre
14:51à une poule une fois
14:52pour voir dans le bec.
14:53Elle a crevé.
14:55Et M. le baron
14:55n'était jamais malade ?
14:57Jamais.
14:57Elle a toujours
14:58une bonne santé.
15:00À croire que le diable
15:00était en lui, hein,
15:01madame disait souvent,
15:02c'est Lucie la Noire
15:03qui a jeté le sort.
15:04Elle le protège.
15:06Pourquoi Lucie ?
15:07Ben, tout le monde sait
15:08qu'elle est sorcière, Lucie.
15:09C'est elle qui a fait
15:10marier madame.
15:11Ça fait longtemps
15:11qu'on le dit dans le village.
15:12D'ailleurs, elle ne meurt pas, hein.
15:14Elle va sur ses cent ans
15:14et elle ne meurt pas.
15:17Voilà l'ambiance
15:18qui régnait
15:18aux alentours des années 20
15:19dans un joli petit pays
15:20de France,
15:21dans un petit château
15:22où vivait une grande famille.
15:25Il ne reste pas moins vrai
15:27que l'extraordinaire résistance
15:28du baron Maxime
15:29posait à sa famille
15:30un problème insolu.
15:33On peut penser aujourd'hui
15:33que le malheureux
15:34s'est lentement accoutumé
15:35au poison
15:36que déversait généreusement
15:37dans sa soupe
15:38sa femme,
15:39ses quatre enfants
15:39et sa cuisinière.
15:41D'autant plus que
15:41leur connaissance
15:42dans ce domaine
15:43était quand même
15:44sûrement très limitée.
15:45La saison des champignons
15:46passe,
15:47le baron est toujours debout.
15:50Si tout cela
15:51n'était pas aussi effrayant,
15:54on pourrait rire.
15:56C'est peu de temps
15:57avant Noël
15:57que le conseil de famille
15:58va mettre au point
15:59son dernier plan.
16:01Un vieux fusil
16:02et des balles
16:03fabriquées au village
16:04vont permettre
16:06à l'aîné de la famille
16:06Robert
16:07de s'entraîner
16:08au tir
16:08sous la direction
16:09de sa maman.
16:11Si cette dernière
16:12a finalement consenti
16:13à l'utilisation
16:14d'une arme à feu,
16:15c'est qu'elle croit
16:15fermement que son mari
16:17est,
16:18comme elle le dira,
16:19inattaquable
16:20par l'intérieur.
16:22Elle fait
16:23de son fils
16:24un champion
16:25de tir
16:25en quelques jours.
16:27Le jeune homme
16:28n'est pas
16:28d'une intelligence
16:29brillante,
16:30mais mettre
16:30une balle
16:31dans la tête
16:31d'un personnage
16:32dessiné sur un arbre,
16:34c'est à la portée
16:34de presque tout le monde.
16:36Le 14 décembre,
16:38le baron
16:38rentre
16:39de la foire voisine
16:40en voiture.
16:41Il doit longer
16:41un petit bois
16:42et s'arrêter
16:43devant la grille
16:44du château
16:44pour l'ouvrir.
16:46Il n'aura pas
16:46le temps
16:47d'ouvrir
16:48la portière,
16:49son fils
16:50là-bas,
16:51d'une balle
16:51en pleine tête.
16:53Charmante femme.
16:55Le soir,
16:56le calvados
16:56est sur la table.
16:58Le lendemain,
16:58les gendarmes
16:59arrêtent la mère
17:00et le fils.
17:01Ils ne résistent
17:01même pas,
17:02complètement abrutis
17:03par l'alcool.
17:06Interrogée
17:06sur son lit d'hospice,
17:07la vieille Lucie,
17:08Lucie la Noire,
17:10ayant raconté
17:10ce qu'elle savait,
17:11la rage au cœur,
17:13conclut
17:13« Cette fille,
17:15c'est une fin de race,
17:16monsieur. »
17:18Les jurés ne furent pas tendres
17:20pour cette fin de race
17:21et son rejeton.
17:22Bien que les psychiatres
17:23aient affirmé,
17:24démontré,
17:25et ils avaient raison,
17:26que la mère était folle,
17:27alcoolique,
17:28et son fils
17:29complètement dégénéré,
17:31c'est la peine de mort pour elle
17:32et le bagne à vie
17:33pour son fils.
17:34Quant à la cuisinière
17:35et aux autres enfants
17:36qui racontèrent si ingénuement
17:37l'épouvantable jeu de mort
17:38auquel ils s'étaient livré
17:40sans résultat,
17:41que faire d'eux ?
17:43Qu'a-t-on fait d'eux ?
17:45Un peu de prison
17:48et adieu va.
17:51Dans les journaux de l'époque,
17:52on a titré, bien sûr,
17:53« Drame de l'alcoolisme. »
17:57La mère a guéri en prison
17:58et retrouvait une bonne part
17:59de sa lucidité.
18:01Le gamin,
18:02le gentilhomme,
18:03comme on l'appelait au bagne,
18:04est mort là-bas.
18:05Il était libérable
18:06dès 1937 pourtant
18:07et il pouvait rentrer en France,
18:09mais il a préféré
18:10rester là-bas,
18:11portier,
18:12à l'hôpital colonial de Cayenne,
18:13tuberculeux pendant huit ans
18:15pour mourir,
18:19seule,
18:20un soir.
18:22Tout compte fait,
18:25Lucie la Noire
18:27était peut-être bien sorcière.
18:30Vous venez d'écouter
18:50les récits extraordinaires
18:52de Pierre Bellemare,
18:53un podcast
18:54issu des archives
18:55d'Europe 1.
18:56Réalisation et composition musicale,
18:59Julien Tarot
19:00Production,
19:02Estelle Lafon
19:03Patrimoine sonore,
19:05Sylvaine Denis,
19:06Laetitia Casanova,
19:07Antoine Reclus
19:08Remerciements à Roselyne Bellemare.
19:11Les récits extraordinaires
19:13sont disponibles
19:14sur le site
19:14et l'appli Europe 1.
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