00:00Anne-Sophie Lapix, RTL Soir.
00:03Un lion s'en est allé.
00:05C'est ainsi que Meryl Streep, qui avait été sa partenaire dans Out of Africa,
00:09salue ce soir la mémoire de Robert Redford.
00:11L'acteur est décédé chez lui à Sundance, dans l'Utah, à l'âge de 89 ans.
00:16Pour en parler avec nous, le grand invité de RTL Soir est Thierry Frémaux,
00:20délégué général du Festival de Cannes.
00:22Bonsoir.
00:23Bonsoir.
00:24D'abord, est-ce que Robert Redford était un habitué du Festival de Cannes ?
00:29Il l'a été, de façon intermittente, il l'a été dans les années 60.
00:33Il y a des photos très belles de lui, d'une sorte d'insouciance de l'époque.
00:39Et puis, il l'a été il n'y a pas si longtemps pour un film dont il était le héros,
00:46et il allait presque dire le héros unique, puisque c'est un homme perdu en mer.
00:51Et il a failli être là cette année, car il a voulu faire un...
00:58Il voulait venir pour faire un acte, une déclaration environnementale,
01:03pour dire qu'il fallait quand même tous se saisir de cette question du dérèglement climatique.
01:08Et on a bien senti d'ailleurs que ses hésitations tenaient un peu à sa santé.
01:13Il a fini par décliner notre invitation.
01:17Et puis voilà, on a appris cette nouvelle aujourd'hui.
01:20Et vous, quand l'avez-vous rencontré pour la première fois ?
01:22Je l'ai rencontré à l'occasion d'un dîner à Los Angeles, il y a très très longtemps, j'étais jeune.
01:29Il venait de lancer le festival de Sundance, puisque chaque fois que je le voyais, je lui disais
01:34« Nous sommes collègues », puisqu'il a lancé cet extraordinaire rendez-vous
01:39dans ses montagnes de Park City chaque mois de janvier.
01:43Et donc, ça l'amusait de savoir que nous, on trouvait qu'il faisait le même métier.
01:50D'ailleurs, tout plus grand festival du monde que nous sommes, le festival de Cannes,
01:55nous considérons que tous ceux qui font des événements de cinéma partout dans le monde
02:00font absolument le même métier.
02:02Stéphane Boutsoc, ce festival de Sundance, c'est un festival de cinéma indépendant.
02:06C'est un grand rendez-vous du cinéma indépendant aux Etats-Unis, dans une période où c'est
02:11très difficile de faire des films indépendants, notamment aux Etats-Unis.
02:15Mais Thierry Frémaux, il y a aussi un lien direct entre Redford et Cannes, via évidemment
02:20Sidney Pollack, c'est La Palme d'Or de 72 pour Jeremy Johnson.
02:23Oui, c'est ça.
02:25C'était la grande époque d'un cinéma indépendant américain, qui était aussi un cinéma
02:29mainstream, comme on dit, c'était un grand public, parce que le sujet s'imposait
02:34à tous, au cinéphile comme au public populaire.
02:39Et là, en plus, il y avait quelque chose d'incroyablement cohérent dans le choix de
02:44Robert Redford de faire ce film.
02:45D'abord, la fidélité qu'ils avaient mutuellement l'un pour l'autre, avec Sidney Pollack, qui
02:50leur donnera évidemment des films comme Le Cavalier Électrique, comme évidemment
02:53Out of Africa, et puis parce que c'était un peu sa vie, de vie dans les montagnes.
02:59Il a publié un livre assez rare, il y a maintenant quelques décennies, où il racontait, en photo
03:05et en texte, un long, long, long voyage à cheval.
03:09Et on pensait immédiatement à une sorte de cohérence, pas parce qu'il a joué The Sundance
03:15Kid, parce que le festival porte le nom de ce personnage fameux du film de George
03:20Roy Hill, Butch Cassidy et le Kid, mais aussi parce qu'il était américain.
03:27Et lors du concert de Bruce Springsteen au mois de juin à Marseille, Springsteen disait
03:34à 60 000 personnes, vous savez, l'Amérique est la même, l'Amérique n'a pas changé,
03:38l'Amérique reste la terre de l'utopie, du rêve, du futur, qui protège les migrants,
03:43qui protège les plus faibles.
03:45C'était ça, Robert Redford.
03:47On savait que Paul Newman était aussi ça.
03:50Mais Redford, il s'engageait, il militait, il faisait partie de commissions à l'ONU.
03:55Et la question du paysage de cette terre qu'il faut chérir et protéger, c'est un engagement
04:03qu'il a eu très tôt.
04:04Robert Redford, c'était un homme engagé.
04:07C'était aussi un très très bel homme.
04:10C'est une expression, Robert Redford, on peut le dire.
04:13Oui, oui.
04:14Et vous savez en plus que Jane Fonda a dit que de tous les partenaires avec qui elle a
04:19travaillé, c'est celui qui embrassait le mieux.
04:21Et on lui fait confiance.
04:24Vous voyez qu'il avait toutes les qualités.
04:26Oui, oui, on fait sa confiance à Jane.
04:28Autre d'ailleurs, femme très engagée.
04:31Donc, il y a ça, il y a cette espèce de génération.
04:34C'est pour ça que je disais que l'Amérique n'a pas changé.
04:37C'est-à-dire cette Amérique qu'on a aimée et qu'on a aimée grâce au cinéma.
04:41Moi, ma génération aimait le cinéma, c'était aimer le cinéma américain.
04:45Et Redford faisait partie de ses têtes de pont.
04:49C'était un homme assez rare.
04:51Ce n'est pas quelqu'un qui tournait beaucoup, beaucoup.
04:54Mais qui était de grande qualité, très imprévisible dans ses choix.
04:58Et pourtant, chaque fois, on se disait, bah oui, c'est évident que ce film-là était pour lui.
05:02Vous évoquiez tout à l'heure le film Out of Africa.
05:05Il a incarné également un couple mythique avec Meryl Streep, qu'il a d'ailleurs retrouvé dans d'autres films.
05:10Oui, Meryl, c'est pareil, elle doit être bien triste.
05:12Elle aussi, aujourd'hui, parce que c'est...
05:16En fait, avec la mort de Robert Redford, on entre aussi dans quelque chose qui va voir sans doute
05:22un certain nombre de grandes stars hollywoodiennes disparaître, parce que le temps a passé.
05:31Il est plus âgé que Meryl Streep, quand même.
05:34Oui, oui, oui, non, absolument, absolument.
05:35Mais non, je vous parle comme ça, parce que je trouve ça assez bouleversant, ce qui vient d'arriver.
05:45En plus, c'est quelqu'un qui, souvenez-vous de l'arnaque, qui était capable de faire des films
05:51qui marchaient incroyablement bien, quoi.
05:54Il a été le premier Gatsby, le magnifique.
05:56Et oui, il était là, il est avec nous, on a grandi avec lui, quoi.
06:05Thierry Frémaux, il y avait un lien aussi entre Redford et la France.
06:09D'abord, il avait reçu chez nous un César d'honneur en 2019.
06:12Et à cette occasion-là, il nous avait raconté sur RTL qu'il était venu dans ses jeunes années à Paris
06:17étudier la peinture quand il n'était pas du tout connu.
06:19Et je rebondis, parce que bientôt, il y a le Festival Lumière à Lyon qui vous est cher,
06:23où on honore le cinéma de patrimoine.
06:25On peut imaginer voir aussi le visage cette année de Redford sur un des écrans lyonnais.
06:32Oui, oui, parce que, bon, d'ici là, c'est l'an trois semaines.
06:34Mais d'ici là, on aura beaucoup, beaucoup rendu hommage à Robert Redford un peu partout.
06:38Je suis sûr que les télés vont le faire.
06:41Et plein d'exploitants, plein de gens de cinéma.
06:44Mais alors, c'est drôle ce que vous dites, parce que c'est vrai, en effet,
06:46que jeune apprenti peintre, et quand Anne-Sophie évoquait ses premières rencontres avec Cannes,
06:53en fait, sa première rencontre avec Cannes n'était pas une rencontre de cinéma,
06:56mais c'était à l'époque où il traînait, littéralement,
06:59désœuvré, désargenté, sur la côte d'Azur.
07:02Et il a raconté ça beaucoup.
07:04D'abord, il y avait le mythe frit-geraldien, émingouéien de la Riviera française.
07:12Mais il disait que personne ne s'intéressait à lui, ni à sa peinture.
07:15Et encore moins à lui.
07:17Et disait-il, les filles ne me regardaient pas.
07:19Donc après, quand elles se sont mises à me regarder,
07:21je repensais quand même à cette époque-là.
07:25C'est quelque chose qui pourrait donner courage à tous les jeunes gens,
07:28filles et garçons,
07:30de se dire qu'il ne faut pas perdre courage quand on a 18-20 ans
07:34et qu'on ne sait pas quoi faire de notre vie.
07:36Un jour, on devient Robert Redford.
07:38Vous parliez de son engagement.
07:39Donald Trump l'a rendu hommage aujourd'hui.
07:42Pourtant, on ne peut pas dire que c'était un ami de Donald Trump.
07:46Non, sans doute pas.
07:47J'arrive des Etats-Unis,
07:49je n'ai pas trouvé beaucoup à Hollywood de supporters de Donald Trump.
07:53Les gens disent qu'il faut attendre 4 ans.
07:56Donc la fin du mandat, si on a bien compris.
07:58Oui, c'est ça.
08:00Mais non, mais sans doute que Trump,
08:02qui a tout à fait le droit d'admirer Robert Redford,
08:07passait par-dessus ses propres engagements
08:09pour admirer quelqu'un qui n'était pas de son obédience politique.
08:14Mais on ne veut que lui conseiller
08:16de s'intéresser d'un peu plus près à Redford
08:20et que post-mortem, il puisse encore éventuellement l'influencer.
08:23Merci Thierry Frémeau, délégué général du Festival de Cannes,
08:27d'avoir évoqué avec nous la carrière de ce géant d'Hollywood.
08:31Merci à vous.
08:32Vous restez avec nous Stéphane Boutsoc dans un instant dans RTL Soir.
08:35Vous nous conseillerez 3 films de Robert Redford,
08:38à voir ou à revoir.
08:39Ce sera la tentation du soir.
08:41Et puis Florian Gazan sera également avec nous.
08:43Il a repéré l'info qu'il ne fallait pas manquer.
08:44A tout de suite.
08:45RTL Soir
08:47Et puis Florian Gazan
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