00:00Bonjour, je m'appelle Océane Francillon et je suis ici pour France Guyane.
00:03Salut Océane, comment vas-tu ?
00:05Salut, ça va très bien, merci.
00:07Un plaisir de te recevoir dans les locaux de France Guyane.
00:09Aujourd'hui, on fait une interview pour parler de ton parcours dans l'escrime.
00:13Tu es escrimeuse, tu es championne du monde universitaire en titre depuis cette année, depuis quelques semaines.
00:20Mais toi, présente-toi à ta manière.
00:22Bonjour, je m'appelle Océane Francillon, j'ai 20 ans, je suis épéiste et je suis originaire de la Guyane.
00:28Alors pourquoi est-ce que toi tu as voulu commencer l'escrime ?
00:31Alors moi, j'ai commencé l'escrime un peu par hasard parce que mes parents connaissaient les dirigeants du club de Cayenne à l'époque
00:38qui nous avaient proposé d'essayer parce qu'on nous avait entré sur un forum.
00:42Et donc j'ai commencé un peu comme ça et au final, je n'ai jamais arrêté et voilà, j'en suis aujourd'hui.
00:47Tu as fait plusieurs fois l'équipe de France dès les sélections de jeunes, donc juniors.
00:52Est-ce que tu te rendais compte au début que tu participais aux plus grandes compétitions auxquelles tu pouvais participer en tant que escrimeuse ?
01:00Au début, non, parce que c'est vrai que je ne m'étais jamais dit que j'allais faire les championnats d'Europe, les championnats du monde.
01:07Et c'est vrai que c'est quand j'étais face aux faits accomplis que j'ai commencé à réaliser un peu que là, c'était vraiment de grandes compétitions.
01:16Ça prenait de l'ampleur, ce n'était pas juste des compétitions régionales, c'était plus juste « je m'éclate ».
01:23Enfin, voilà, c'était un peu la récompense des années de travail, des sacrifices, mais en même temps forcément du plaisir parce que je prends beaucoup de plaisir à faire de l'escrime.
01:33Donc oui, non, au début, je ne me rendais pas compte.
01:36Aujourd'hui, forcément plus, je me rends beaucoup plus compte, mais oui, non, au début, non.
01:41Donc l'escrime, tu as dit, pour toi, c'est des sacrifices, du travail, des efforts, mais aussi du plaisir.
01:47Et puis je pense beaucoup d'émotions en général.
01:49Quand tu revois les photos des moments que tu as vécu, il y a souvent, on voit qu'il y a beaucoup d'émotions et tout dans ce moment.
01:55Qu'est-ce que tu te dis ?
01:57Déjà, je pense que je ressens toutes les émotions que j'ai pu vivre, mais aussi d'autres émotions.
02:05Parce que forcément, avec du recul, on prend plus conscience des choses.
02:08Parce que ce moment à chaud, on se rend juste compte, on profite, mais on ne se rend pas compte qu'il y a vraiment tout un travail derrière, tout un accompagnement.
02:17Et en fait, après, quand on revoit ces images, on a tout ça qui nous submerge.
02:23Et c'est vrai qu'on est beaucoup reconnaissants.
02:26Moi, je sais que j'ai beaucoup été reconnaissante envers toutes les personnes qui m'ont accompagnée tout au long de mon parcours
02:32et qui m'ont permis d'atteindre ces objectifs.
02:34Donc oui, ça fait beaucoup d'émotions.
02:38Aujourd'hui, ton plus beau souvenir dans les scrims, c'est quoi ?
02:41Mon plus beau souvenir, je pense que c'est les championnats du monde junior en 2024.
02:46Parce que c'était mon premier titre mondial, du coup.
02:51Mon premier sacre et c'était pendant ma dernière année junior.
02:55Donc c'était la fin de quelque chose et de la finir de cette façon.
02:59C'était vraiment quelque chose de fort.
03:01Et puis, il y avait toute ma famille.
03:03Donc finir comme ça, devant eux.
03:06En plus, avec l'entraîneur qui m'a accompagnée durant toutes mes années junior, ça ne pouvait être qu'incroyable.
03:12Donc oui, mon plus beau souvenir.
03:14Qu'est-ce qui se passe dans ta tête quand tu te dis, en fait, c'est moi la meilleure du monde ?
03:19Je ne réalise pas.
03:20Je pense que je ne réalise pas parce que je n'y croyais pas.
03:24Au début, je savais que c'était possible.
03:25Mais les scrims à l'épée, c'est tellement changeant.
03:29C'est tellement incertain qu'en fait, oui, tu peux réussir.
03:32Mais comme tu ne peux ne pas réussir.
03:34Et en fait, quand ça m'est arrivé, je ne me rendais pas compte.
03:39C'est après, quelques mois après, pas tout de suite, pas quelques semaines, vraiment quelques mois après,
03:43que j'ai compris que j'avais été ce jour-là la meilleure du monde.
03:47Et c'était ouf.
03:48Tout ça, en partant de la Guyane, ça t'inspire quoi ?
03:52Toujours beaucoup de reconnaissance et beaucoup de fierté.
03:55Parce que partir de la Guyane, on pourrait dire que ce n'est pas forcément simple.
04:01Ce n'est pas le meilleur environnement.
04:03Alors que moi, je suis heureuse, justement, d'avoir commencé en Guyane, de m'être construite en Guyane.
04:09Et aujourd'hui, de pouvoir faire briller les couleurs de la Guyane haut.
04:13En tout cas, j'espère.
04:15Et donc, oui, beaucoup de fierté de pouvoir représenter la Guyane et de dire que je viens de la Guyane.
04:21Mais déjà, sur ta combinaison, ta combinaison de scrims, il y a un drapeau de la Guyane.
04:26Oui.
04:27En outre, ce détail.
04:28C'est important pour moi.
04:29Parce que comme je disais, je suis née en Guyane, j'ai vu en Guyane.
04:33J'ai passé les 15 premières années de ma vie ici.
04:35Donc, c'est hyper important pour moi de l'avoir sur moi et de montrer à tout le monde que, bah ouais, là que Guyane, on est présent, on est ici.
04:44Et qu'on brille aussi, quoi.
04:47Tu rentres souvent, presque dès que tu peux.
04:51Pourquoi c'est important pour toi de faire autant de fois le retour ?
04:55Alors souvent, pas tant que ça.
04:57Mais justement, dès que j'ai l'occasion, je rentre ou dès que j'ai un coup de mou, je rentre.
05:01Parce que c'est important pour moi de venir me ressourcer, de revoir ma famille, de revoir mes amis, mais surtout de me reconnecter un peu à l'environnement dans lequel j'ai grandi.
05:10Parce que, bah, c'est pas simple, le haut niveau.
05:13On a des passes où c'est, où c'est dur.
05:16Bah, moi, mon moyen pour réussir à surmonter, à surmonter ça, c'est rentrer chez moi, de revoir l'environnement dans lequel j'ai grandi.
05:25Et c'est pour ça que, dès que je peux, je rentre.
05:282024, en général, c'était une très belle année pour toi ?
05:31Ouais, ça a été une très belle année.
05:32Je pense pas, pour l'instant, ça a été ma plus belle année.
05:35Et je pense que ça sera toujours mon plus beau souvenir.
05:37Parce que, bah, du coup, c'est l'année où je fais championne du monde.
05:39Mais c'est aussi l'année où on fait 3e au monde par équipe.
05:43Je fais ma première médaille individuelle en championnat d'Europe.
05:47Donc, je fais 3e.
05:48Et par équipe, on fait 10 championnes d'Europe et 23.
05:51Mais aussi, en septembre, je suis passée en senior.
05:54Et c'est là où j'ai fait ma première médaille en championnat de France senior en N1.
05:59Donc, je fais 2e.
06:00Donc, c'est vrai que, bah, je m'y attendais pas.
06:02Vous avez été mort d'être ta première compétition sport avec les grands nouveaux fêtes.
06:05C'est ça.
06:06Et puis, même en rentrant des mondes, il y avait un circuit national senior.
06:10Et c'est là où je fais mon premier podium senior.
06:12Donc, en fait, ça a été une année quasiment parfaite.
06:15Parce que, c'est là où j'ai eu mes résultats.
06:18Ou aussi, bah, j'ai pris beaucoup de plaisir.
06:21Et c'est à ce moment-là, t'as l'impression que gagner ou faire une médaille,
06:25c'est donner de la valeur à tous les efforts que t'as faits pendant tout le temps.
06:28Ouais, je pense que ça donne de la valeur.
06:30Après, c'est pas forcément que les résultats.
06:33C'est sûr que c'est toujours cool de ramener une médaille.
06:35Et puis, même pour les entraîneurs, pour leur montrer qu'on est reconnaissant,
06:38bah, c'est une belle façon.
06:39Mais aussi, moi, je suis très fière de l'escrime que j'ai produite.
06:42Parce que, bah, l'année 2023-2024, en début d'année, même jusqu'au monde,
06:47ça a été très compliqué parce que je doutais beaucoup,
06:50je me mettais beaucoup de pression.
06:52Donc, c'est vrai que je pensais que résultat, que résultat.
06:54Et au final, ça se ressentait dans mon escrime
06:56parce que je prenais pas tant de plaisir, enfin, tout le temps.
06:59Au final, quand je revois ces moments-là,
07:02bah, c'est des moments où je me suis vraiment relâchée,
07:04où j'ai eu confiance en moi.
07:05Et donc, mon escrime était ce que j'attendais d'elle.
07:09Donc, c'est surtout ça, ouais.
07:11La pression et la santé mentale chez les athlètes,
07:14chez les escrimeurs et les escrimeuses,
07:17quelque chose qu'on n'aborde pas souvent.
07:19Toi, aujourd'hui, à l'INSEP,
07:20tu es accompagnée par une préparatrice mentale.
07:22Comment ça se passe ?
07:23Ouais, bah, du coup, cette année,
07:25j'ai fait la démarche d'être accompagnée
07:27par une préparatrice mentale
07:28parce que c'est vrai que j'ai remarqué l'importance
07:30d'en avoir une.
07:32Parce que, bah, forcément, on subit beaucoup de pression.
07:35Pas forcément de l'extérieur,
07:36mais même de nous-mêmes vis-à-vis de nous.
07:38Donc, c'est important de savoir comment gérer
07:40et comment y faire face.
07:41Et donc, en fait, on se cale des séances
07:44où on exprime un peu ce qu'on ressent.
07:47Et, bah, on parle aussi des situations
07:49qu'on a pu vivre en compétition.
07:51Et elles nous apportent des outils
07:52qui nous permettent de réussir à faire face
07:55et à contrôler ces situations.
07:57Est-ce qu'aujourd'hui, tu as un rêve ultime dans ton sport ?
08:01Je ne dirais pas un rêve.
08:02Parce qu'aujourd'hui, mon objectif, c'est vraiment
08:06de retrouver 100% de plaisir dans mon sport.
08:09Parce que c'est vrai qu'après l'année de 94,
08:11ça avait été compliqué avec la pression et tout ça.
08:13Aujourd'hui, ça redevient un peu du plaisir.
08:15Donc, ça, c'est mon objectif principal.
08:17Parce que je sais qu'en prenant 100% de plaisir,
08:20c'est là où je serai la meilleure.
08:22Donc, voilà.
08:23Et après, oui, forcément, les Jeux,
08:25ça devient vraiment quelque chose de concret
08:27où je commence forcément à ne plus y penser
08:30parce qu'il y a les résultats.
08:32Je grandis aussi.
08:34Donc, ça se désigne.
08:35Dans la catégorie ?
08:36Oui, c'est pas...
08:37Quand je suis rentrée dans la catégorie,
08:38là, je suis dans le groupe INSEP.
08:40Donc là, on commence déjà à nous parler des prochains jeux.
08:43Donc, forcément, là, c'est quelque chose
08:44qui devient plus réel, plus concret.
08:46Donc, oui, ça devient quelque chose
08:48que je pense, c'est un objectif.
08:51Tu vois, tu me parles du groupe INSEP.
08:53C'est bien de rappeler que même si l'escrime,
08:54c'est un sport individual,
08:56tu ne peux pas exister toute seule.
08:57Tu as besoin de personne à l'entraînement.
09:00Et puis, au-delà de ça,
09:00les compétitions se font à la fois en individuel
09:02et par équipe.
09:03Justement, par équipe,
09:04tu as gagné beaucoup, beaucoup de titres
09:07de champion de France.
09:08Tu as gagné en Europe,
09:10même sur des médailles au monde.
09:13En équipe, qu'est-ce que ça change
09:15de tirer en équipe ?
09:17Je pense que ça change beaucoup de choses
09:18parce que certes, oui,
09:19on est tout seul sur la piste.
09:21C'est comme on en dit,
09:22on est tout seul sur la piste,
09:23mais derrière, on ne se bat pas que pour nous.
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