00:00Thomas Soto, RTL Matin.
00:02A 9h15, c'est l'esprit de l'info avec notre grand témoin du jour, Eric Orsena.
00:05Bonjour et bienvenue, Eric Orsena.
00:07Bonjour.
00:08Vous venez de publier Adopte ta rivière aux éditions de l'Iconoclast,
00:12ouvrage destiné aux enfants.
00:13Tiens, avant de plonger dans les tourments de l'actu,
00:14c'est quoi le sens d'Adopte ta rivière ?
00:17Livre illustré, hein ?
00:17Alors, c'est tout simple, c'est proposer aux grands enfants,
00:22c'est-à-dire le CM2, c'est-à-dire 10-11 ans,
00:24leur proposer d'adopter 100 mètres de la rivière la plus proche de l'école.
00:28J'ai fait ça en Bretagne, j'ai fait ça au Mureau,
00:31j'ai fait ça à Saint-Denis, j'ai fait ça un peu partout en France,
00:34une journée entière, et les gamins, ils passent là,
00:37et ils disent, oh, qu'est-ce que c'est qu'un Martin Pêcheur ?
00:39Ah bon ? Ils creusent des tunnels pour mettre les oeufs ?
00:41Ah bon ? Qu'est-ce que c'est que ça, c'est un ragondin ?
00:43Ah non, pourquoi c'est pas un castor ?
00:45Etc, etc.
00:45Donc, parce que l'eau, c'est une matière très bien,
00:48c'est important, tout le monde le sait,
00:50mais une rivière, on a tous une rivière dans notre cœur, ou un fleuve.
00:53C'est le retour du prof, c'est Éric Orsenal.
00:55Moi, je suis un prof, vraiment prof,
00:58c'est-à-dire apprendre et transmettre,
01:02ça aurait été ma vie entière.
01:03Avec de très belles illustrations de Delphine Balm,
01:05qu'on cite dans votre petit livre, Adopte ta rivière.
01:09Tout à l'heure, en ouvrant l'émission à 7h,
01:10RT le matin, on a diffusé cette chanson de Florent Pagny.
01:12N'importe quoi, vous la connaissez cette chanson ?
01:27Ah bien sûr, moi, j'adore Florent Pagny.
01:29Est-ce que c'est le meilleur résumé de notre époque ?
01:31N'importe quoi, oui, n'importe quoi.
01:33Et d'ailleurs, le « en même temps » du président actuel,
01:36moi je l'ai soutenu,
01:38et en fait, on s'est rendu compte que le « en même temps »,
01:41c'est n'importe quoi.
01:42Ah, c'est fini, vous n'y croyez plus ?
01:43Ah, moi, j'y crois plus du tout, et je reviens...
01:45Pourtant, vous l'avez aimé, politiquement.
01:47Complètement, complètement, soutenu et tout ça.
01:49Aider même ?
01:49Oui, tout à fait, aider avec mes petits moyens.
01:52Mais je pense que, en même temps,
01:55encore une fois, ça ne correspond pas à la réalité.
01:58Quand vous êtes, comme on dit, le bloc central,
02:01vous favorisez les extrêmes.
02:02Alors que si vous avez l'alternance,
02:04parce que si vous avez l'alternance,
02:05vous êtes obligé d'intégrer les extrêmes.
02:08Et dans la physiologie, dans la vie même,
02:11vous inspirez pas et vous expirez pas en même temps.
02:15Il y a un temps pour l'un, un temps pour l'autre.
02:17C'est ce que je préfère.
02:18D'accord.
02:18Florent Pagny, Marconi Fogel lui a posé une question
02:21sur cette idée en vogue de la taxation des riches,
02:24auquel même la Macronie semble prête à céder.
02:26Écoutez ce qu'il a répondu.
02:27Le riche, quand on vient le taxer, il s'en va.
02:30Et donc, le truc du riche, c'est qu'à un moment,
02:32il consomme, il dépense, il entretient beaucoup de gens
02:35et il fait vivre beaucoup de monde.
02:37Donc, taxer les riches, c'est une mauvaise direction.
02:39Mais bon.
02:39Mais la chasse aux riches, c'est des conneries.
02:43Il faut les laisser tranquilles, parce que, je vous dis,
02:45ils font vivre beaucoup de monde.
02:46Il faut les laisser tranquilles, les riches, aujourd'hui ?
02:48Ils sont devenus les boucs émissaires de la société ?
02:50Non, les boucs émissaires, rien du tout.
02:51C'est quand même, on voit ça, que l'inégalité a complètement explosé.
02:56Et il ne s'agit pas d'une taxe gigantesque,
02:59c'est juste 2%.
03:00Quand vous gagnez plusieurs centaines de millions par an,
03:05évidemment, c'est rien du tout.
03:07Sauf qu'il y a un symbole,
03:08et que la France n'en peut plus de la justice.
03:10C'est tout.
03:11Donc, vous dites qu'il faut les taxer.
03:12Vous dites qu'il faut qu'ils contribuent davantage.
03:14Mais la taxe Zuckman, c'est rien du tout.
03:17Ils ne se rendront même pas compte de ça.
03:19C'est à la fois la réalité pour contribuer à la diminution de la dette,
03:23et en même temps la symbolique, quand même.
03:25On a l'impression qu'on a une société plus divisée que jamais,
03:27que sur chaque sujet, ça se clive, ça se creuse comme jamais.
03:30Ça vous inquiète, ça ou pas ?
03:31D'abord, est-ce que c'est la réalité ?
03:32C'est complètement la réalité, complètement la réalité.
03:35Moi, quand je viens ce matin, je suis venu ce matin,
03:38et j'y avais partout des visages tendus.
03:40Et puis, j'arrive à RTL, il y a un taux de sourire inégalé.
03:44Et donc, je me suis dit, pourquoi la société n'est pas comme ça ?
03:46Il ne faut pas quand même exagérer.
03:47Est-ce que peut-être qu'on a un peu des privilégiés ici, quand on travaille à RTL ?
03:50C'est des privilégiés, parce que pourquoi ?
03:52Parce qu'il y a une vision assez claire, ce que n'a pas la France.
03:55On a l'impression d'être ensemble, parce qu'on n'est pas ensemble.
03:57Mais on est ensemble que s'il y a une vision commune.
04:00S'il n'y avait pas une vision commune de la station RTL,
04:03les gens, ils seraient à la tronche.
04:05Je ne vais pas comparer, mais il y a d'autres endroits.
04:07Ça veut dire quoi ? Il manque un cap ?
04:09Parce que nous, à RTL, on sait où on va aller.
04:10Pardon, je vais filer la métaphore jusqu'au bout,
04:12mais on sait où on va aller, on sait qu'on a des directives,
04:15on a un projet, on a une ambition, on a une ligne éditoriale.
04:18C'est ce qui manque à la France, en fait, une ligne éditoriale ?
04:20Regardez ce qui s'est passé avec la loi sur l'agriculture, la loi du plomb.
04:24C'était des trucs comme ça.
04:25Qui remettaient les néonicotinoïdes pendant un temps.
04:27Oui, mais sans aucune vision.
04:30On a fait un livre avec Julien de Normandie,
04:31c'était « Nourrir sans dévaster ».
04:33Il faut une vision.
04:34Si vous n'avez pas de projet, vous voyez bien, de vie personnelle,
04:37si on n'a pas de projet, on se divise.
04:40Et on appelle ça « l'indivision », vous voyez, avec les maisons, etc.
04:43Si il y a un projet, le projet vous entraîne.
04:47Cette dynamique-là vous empêche de retourner les uns contre les autres.
04:51Est-ce que vous êtes touché par la colère ?
04:53On a l'impression que la colère, ça a été le mot de la semaine,
04:55celui qu'on a le plus entendu.
04:56Les gens sont en colère, la France est en colère.
04:58Mais la colère, encore une fois, s'il n'y a pas de projet, on est en colère.
05:01Puisque, évidemment, on se revient vers soi.
05:03Vous savez, si vous ne donnez pas à manger à l'énergie qu'on a chacun en nous,
05:08évidemment, vous retournez contre vous et vous retournez contre les autres.
05:12Donc, s'il y a une sorte de perspective, et les perspectives, elles sont claires.
05:16On voit très bien qu'on a beau avancer, avancer,
05:20les deux piliers que sont l'enseignement et le soin ne vont pas en France.
05:25Il y a quand même une perspective.
05:27Ça doit être ça, les deux priorités ?
05:28L'école, l'hôpital ?
05:29Pour moi, c'est ce qu'on appelle le soin, évidemment.
05:32Et puis, redonner ce sens à la démocratie.
05:38Mais qu'est-ce qu'il peut le redonner ?
05:39Tout à l'heure, Xavier Bertrand, qui était assis à votre place, disait
05:41« Il faut qu'Emmanuel Macron parle, qu'il dise comment il voit les 19 prochains mois,
05:45qu'il nous donne un cap. »
05:46Ça peut aider ou on a l'impression que les mots se perdent littéralement,
05:50en quelques secondes disparaissent, ne marquent plus ?
05:53Parce que les mots, quand vous n'avez rien à dire, les mots ne parlent pas.
05:57Et si on reprend exactement les mêmes et ça recommence,
06:01moi, je pense que la France est dans une situation absolument grave,
06:05avec des potentiels incroyables.
06:07Ça, c'est le point d'espoir, avec des potentiels incroyables.
06:10Le potentiel, il est inouï quand on voit ça.
06:12Écoutez, quand vous voyez qu'une entreprise,
06:16pas gigantesque stratégiquement,
06:18mais petit bateau,
06:19que petit bateau quitte la France,
06:22mais moi, je pleure,
06:23parce que moi, je ne suis pas de ceux qui n'aiment pas les entreprises.
06:27C'est la vie économique, ça ?
06:28Bien sûr, moi, je suis économiste de formation,
06:30c'est ma conviction totale, le symbole.
06:32On a perdu Alstom, on a perdu Lafarge,
06:35on a perdu tout ça, etc.
06:36Pourquoi ? Pour des raisons de court terme.
06:40Donc, la vision un peu,
06:42la France a tous les atouts pour ça.
06:44Vous dites qu'il faudrait, pour faire du bien au pays,
06:46même si, évidemment, en laissant les choses à leur proportion,
06:49il faudrait garder le petit bateau en France,
06:52même si ça nous coûtait plus cher,
06:54même s'il y a des symboles qui sont trop coûteux à laisser filer ?
06:57Mais le symbole, ça fiche en l'air l'énergie.
07:01On va dire qu'on va taxer les riches,
07:03autrement, si on les taxe, ils vont partir.
07:06Mais si on n'a pas la possibilité de dire,
07:08moi, je vais créer quelque chose pour mon pays,
07:10c'est quand même une dynamique incroyable, personnelle.
07:15Vous voyez, il n'y a pas de projet.
07:17Seul un projet rassemble.
07:19Si vous n'avez pas de projet,
07:21vous êtes des rentiers,
07:22et les rentiers, en général, ils se déchirent.
07:24Ce qu'on appelle l'indivision.
07:25Emmanuel Macron, il a été élu sur une promesse en 2017,
07:28je vais réconseiller les Français.
07:30La France n'a jamais été aussi divisée qu'aujourd'hui.
07:33Qu'est-ce qu'il a raté ?
07:34Vous avez beaucoup cru en lui, vous l'avez dit.
07:36Qu'est-ce qu'il a raté pour que,
07:38huit ans après,
07:39ce ne sont plus des fractures,
07:42ce sont des crevasses ?
07:42Eh bien, à peine élu, on a parlé,
07:48et puis, il m'a dit, qu'est-ce qui ne va pas ?
07:51Je lui ai dit, tu traites mal les maires de France.
07:53Ah bon ? Ils bloquent mes réformes.
07:55Je lui ai dit, non, ils tiennent le pays.
07:57Et donc, cet aspect-là est absolument clé.
08:00Moi, je voudrais une règle très simple.
08:02Je ne vais pas, je suis juriste,
08:03j'ai été conseiller d'État,
08:04mais pas tout changer dans la Constitution.
08:07Il y a un point précis.
08:08Nul ne peut être candidat
08:10au poste suprême de président de la République
08:12s'il n'a été élu local au moins dix ans.
08:16Il aurait appris ce que c'est
08:17que la vie quotidienne des Français.
08:19Très bonne mesure qui fera sans doute réagir au 64 900.
08:21Vous restez avec nous, Éric Orsena.
08:22Je rappelle, adopte ta rivière.
08:24Éric Orsena de l'Académie française.
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