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  • il y a 4 mois

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Transcription
00:00Parce que, évidemment, c'est obligatoire et c'est un bonheur de recevoir celle qui revient chaque année au moment des vendanges, justement, pour présenter son nouveau nectar.
00:10Et alors, cette année, je peux vous dire que c'est un excellent cru, je l'ai avalé d'une traite.
00:14Bonjour Amélie Nautombe.
00:16Bonjour Thomas.
00:16Merci d'être là ce matin pour nous présenter ce 34e roman intitulé « Tant mieux »
00:23qui est, dites-vous, votre coming-out d'orpheline parce que vous osez enfin parler du décès de votre mère et de son histoire à elle.
00:33Oui, ma mère est donc morte le 11 février 2024 et j'ai été incapable de le dire.
00:38Autant quand mon père est mort, je l'ai dit à tout le monde, quand ma mère est morte, ça ne sortait pas de ma bouche.
00:43Quand les gens me demandaient des nouvelles de ma mère, je disais « Oh, elle me va très bien ».
00:46Puis, au bout de six mois, je me suis demandé combien de temps j'allais encore mentir comme ça.
00:49Et quand j'ai un grave problème dans ma vie, je ne connais pas 36 solutions.
00:54La seule chose que je peux faire, c'est écrire un livre.
00:57Donc, j'ai écrit le livre de ma mère.
01:00Il fallait que j'explique quelle femme elle était et puis qu'enfin, je lâche le morceau.
01:04Voilà, elle est morte.
01:05Votre père, qui était un grand diplomate et qui est beaucoup plus présent finalement dans vos romans,
01:10on sent qu'il était particulièrement important dans votre vie.
01:12Et pourtant, oui, vous expliquez qu'il est beaucoup plus dur finalement de perdre sa maman.
01:17En tout cas, pour vous, ça a été quelque chose qui était insurmontable.
01:20Mais c'est ce que j'ai constaté.
01:21Je n'ai même pas d'explication.
01:22Père de son père, c'est horrible.
01:23Mais perdre sa mère, c'est pire.
01:26Je ne sais même pas pourquoi.
01:28Ça prend au trip d'une telle manière.
01:31Et on en est sans voix.
01:32Enfin, j'en ai été sans voix pendant six mois.
01:35Et ce livre, tant mieux.
01:37Vous l'avez écrit à Mélina Tombe à la manière d'un conte.
01:40Puisque pendant les 9-10e du livre, vous racontez l'histoire de la petite Adrienne,
01:44le nom que vous donnez à votre maman.
01:46On la découvre à l'âge de 4 ans.
01:48Adrienne qui va vivre un été pendant la seconde guerre mondiale
01:50chez sa monstrueuse grand-mère maternelle.
01:53Deux mois de torture.
01:55On ne peut pas dire les choses autrement.
01:56Avec pour seul jouet une cuillère en bois qu'elle a baptisée Maïzena.
02:01Et un mantra qu'elle se répète tant mieux
02:05qui lui permet de se déconnecter avec la réalité, c'est ça ?
02:10C'est ça.
02:11Donc la petite fille de 4 ans est livrée à sa grand-mère
02:14qui est folle, qui est sadique, qui est une sorcière.
02:17Il n'y a personne d'autre dans la maison.
02:18Il y a cette toute vieille dame et la petite fille de 4 ans.
02:21La vieille dame est sadique.
02:22Elle lui fait manger des aorans au vinaigre
02:25avec un bol de café au lait au petit déjeuner.
02:27Évidemment, la petite fille vomit.
02:29La grand-mère lui fait manger son vomi.
02:32Elle revomit son vomi.
02:33Et la grand-mère lui dit
02:34« Tu remangeras ton vomi aussi longtemps que tu ne le vomiras plus. »
02:38Et la petite fille comprend que personne ne va venir la sauver,
02:41qu'il faut qu'elle se sorte seule de cette situation.
02:44Elle se dit
02:45« Il doit exister un mot magique pour me sortir de là. »
02:48Et elle trouve le mot magique.
02:49Le mot magique, c'est tant mieux.
02:51Tant mieux, qu'est-ce que c'est ?
02:52C'est l'optimisme paradoxal.
02:54Tout va mal, donc tout va bien.
02:56Donc décidons que tout va bien.
02:57C'est ça. Décidons que tout va bien, parce que sinon, on ne va pas s'en sortir.
03:00C'est la seule chose possible à faire.
03:02Et votre mère, elle fonctionnera avec cette capacité, comme ça, toute sa vie, à se dissocier.
03:09Finalement, c'est un peu Dr. Jekyll et Mr. Hyde.
03:11C'est ça. Je l'ai toujours connue comme ça.
03:13Et quand j'étais toute petite, je n'avais pas l'explication.
03:16Mais comme elle parlait très facilement et qu'elle racontait tout le temps ses histoires de son enfance,
03:20mais l'air de les trouver marrantes, l'air de les trouver normales,
03:24peu à peu, j'ai recollé les morceaux.
03:26D'accord, donc, ma mère était une petite fille martyr.
03:30Elle s'est créée cette personnalité.
03:32C'est pour ça qu'elle est bizarre.
03:33Il y a une explication derrière à sa folie, parce que vous parlez même de folie.
03:37C'est une forme de folie, de folie géniale, parce que finalement, ma mère a été une femme géniale,
03:41une mère extraordinaire.
03:42Je suis extrêmement privilégiée d'avoir eu une telle mère comme une telle mère,
03:47parce que moi aussi, pour mille autres raisons sans doute très personnelles,
03:51je n'allais pas très bien au départ, mais d'avoir une telle mère m'a certainement tirée vers le haut.
03:55Et c'est vrai qu'il faut expliquer aussi qu'elle a assisté à des scènes qui sont assez terrifiantes,
03:59que vous racontez dans le livre.
04:00Je ne sais pas d'ailleurs ce qui est de l'ordre du compte ou de la réalité.
04:03Tout est vrai.
04:03Tout est vrai ?
04:04Tout est vrai.
04:04Parce qu'elle va se rendre compte, par exemple, à 7 ans, que sa mère est une céréale killeuse de chats.
04:10C'est ça.
04:10Elle tue tous les chats du quartier.
04:12Donc ça se passe à Bruxelles pendant la guerre, et on constate que tous les chats du quartier disparaissent.
04:17Et un jour, ma mère, à l'âge de 7 ans, surprend sa mère en train de zigouiller un chat avec cruauté,
04:24avec sadisme et jouissance.
04:26Et elle comprend que si tous les chats disparaissent, c'est parce que sa mère les attrape et les tue,
04:30parce que sa mère a une haine pathologique déjà.
04:33C'est absolument authentique.
04:35De 1942 à 1985, un nombre remarquable de chats bruxellois ont disparu, tués par ma grand-mère.
04:42Incroyable.
04:42Et alors, malgré ça, elle avait quand même un amour inconditionnel pour sa mère.
04:46Mais c'est ça le plus extraordinaire, c'est que ma mère a toujours aimé sa mère, sa mère maltraitante et tout.
04:52C'est là que ma mère est un personnage extraordinaire, parce qu'on s'aperçoit que sa grand-mère est un monstre, sa mère est un monstre.
04:58Il y a une lignée comme ça de femmes maléfiques au-dessus de sa tête qui se transmettent la haine de mère en fille.
05:04Et ma mère, qui est tout au bout de cette chaîne, transforme cette haine en amour, sans même savoir qu'elle fait quelque chose de spécial.
05:11C'est ça qui est très beau, c'est qu'elle arrive à rompre la chaîne finalement, Héloïse ?
05:15Thomas le disait, il y a des allures de contes dans votre livre, pourtant vous dites que tout ce que vous racontez est vrai.
05:20Dans quel contexte votre maman vous a raconté ces histoires de son enfance aussi difficiles ?
05:26Alors, je sais que ça a l'air complètement tordu, mais elle parlait d'abondance de ça à n'importe quel moment.
05:32Elle avait un côté insortable, ma mère, c'est-à-dire qu'elle était sans filtre.
05:36Mais c'est ça qui lui faisait du bien, c'est tellement.
05:38C'est ça, c'est qu'elle a extériorisé tout ça.
05:39Elle racontait ça, mais à tout le monde, elle ne voyait pas pourquoi elle n'en aurait pas parlé.
05:44Les gens se regardaient à l'air de dire, mais cette femme est folle ou quoi, de raconter des trucs pareils.
05:48Mais elle racontait ça comme quelque chose de plutôt rigolo, de plutôt folklorique,
05:52sans se rendre compte que ce qu'elle avait vécu était juste monstrueux.
05:56Terrible.
05:56Et vous écrivez d'ailleurs qu'elle n'avait jamais reçu ce dont un enfant a le plus besoin, de la considération.
06:03C'est encore plus important que l'amour.
06:04C'est encore plus important que l'amour et c'est d'autant plus fou que non seulement à moi, elle m'a donné beaucoup d'amour,
06:10mais elle m'a donné énormément de considération.
06:12Donc elle a été capable de me donner à moi, son enfant, ce dont elle avait tragiquement manqué toute sa vie.
06:17C'est quoi la considération ?
06:18La considération, c'est regarder quelqu'un pour ce qu'il est, et vraiment lui faire sentir,
06:24je te regarde, je vois la valeur de la personne que tu es, sans tenir compte du lien que j'ai avec toi.
06:30C'est-à-dire que, bien sûr qu'un enfant a besoin d'amour, les cajoleries, il adore,
06:34mais il aime aussi être vu comme une vraie personne, en dehors de ce contexte de cajolerie.
06:39Et quand je voyais que mes parents, et particulièrement ma mère, me regardaient à l'air de dire
06:44« Tu es une petite personne bien spéciale, toi, et je vois qui tu es », j'étais trop contente.
06:49C'est aussi un bon manuel d'éducation pour tous les parents.
06:53Votre bouquin Amélie ne tombe tant mieux, qui sort bien sûr chez Albain Michel.
06:58On va continuer à en parler tout au long de cette émission,
07:00et puis on va parler cinéma avec M. Benkemon.
07:03Qu'est-ce que vous avez prévu ce matin ?
07:04Longue, longue, longue, lignée aristocratique anglaise, une grande histoire qui se termine par un film,
07:10et c'est Downtown Abbey, vous connaissez, le grand final.
07:13Ah, il est sûr.
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