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  • il y a 5 mois
Télématin reçoit Laurent Frajerman, sociologue et historien, spécialiste des mouvements sociaux.

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Transcription
00:00Qui a manifesté hier et la violence faisait-elle partie du programme ?
00:03On va analyser cette mobilisation avec vous, Laurent Fragermann.
00:07Bonjour, vous êtes professeur agrégé d'histoire, sociologue spécialiste des mouvements sociaux.
00:12On a assisté à des opérations éclaires, très mobiles, parfois violentes à Paris et ailleurs en France,
00:19mobilisation qui avait été lancée sur Internet.
00:21Est-ce qu'on est face à une nouvelle forme de protestation ?
00:25Alors, ce qu'on a vu hier, ce qui était le plus visible hier, c'est assez classique.
00:28Donc, ce n'est pas une nouvelle forme.
00:31Mais ça cache un petit peu d'autres formes de mobilisation, y compris le projet initial de Bloquons-Tout.
00:36Au mois d'août, l'idée, c'était pas, justement, c'était d'éviter la violence.
00:40C'était même d'éviter les manifestations pour ne pas donner prise à des actes violents,
00:45un peu tirant les sons des gilets jaunes.
00:47Sauf que le problème, c'est que ce qui a bien fonctionné au mois d'août, au mois de septembre, ne marche plus.
00:52Parce que le fait que vous ayez des organisateurs anonymes, donc pas d'interlocuteurs, etc.,
00:57ça a fait que, finalement, le mouvement a pris une autre direction.
01:00C'est ça, il n'y avait pas de chef, ça a pris de l'ampleur, c'est ce qu'on disait sur les réseaux sociaux.
01:06Il n'y avait pas de forme d'organisation, c'était ça ?
01:09Oui, c'était gazeux.
01:10Et finalement, ça a permis que d'autres, que tout le monde se projette un petit peu.
01:15En même temps, on a vu dans le reportage précédent un pharmacien qui avait mis son petit autocollant en grève.
01:20On n'a pas vu les pharmaciens se rejoindre au mouvement.
01:22On n'a pas vu se fédérer des colères très variées.
01:25Par contre, ça a été quand même un mouvement important.
01:28Moi, je ne me focaliserai pas que sur la question des violences.
01:31C'est un élément, je ne vais pas le négliger.
01:33Je pense que si on habite à côté du restaurant coréen, on y pense beaucoup, c'est évident.
01:37Mais je pense quand même qu'on est un peu dans un match retour de 2023.
01:41C'est-à-dire une frange des manifestants de 2023 qui se disent,
01:44on n'a pas réussi à bloquer et c'est ça qui a manqué.
01:47On a vu des taux de grévistes plus importants que ce que j'attendais
01:51dans la fonction publique hospitalière, chez les enseignants, etc.
01:55Et on a vu les lycéens, qui ne s'étaient pas trop mobilisés en 2023, qui apparaissent.
01:59Et ça correspond, c'est parfait pour les lycéens parce que c'est un mouvement flou.
02:02Il n'y a pas trop de mots d'ordre.
02:03En même temps, il y a une colère, il y a quelque chose qu'on veut exprimer sans être très clair dessus.
02:07Je ne veux pas caricaturer.
02:09Mais enfin, vous voyez, pour des lycéens, ça correspond bien à un début de mouvement.
02:13Cela dit, je n'en sais rien.
02:15Ça peut s'arrêter aujourd'hui.
02:17C'est pour ça que c'est un mouvement.
02:18On peut dire que d'un côté, le ministère, M. Retailleau, peut dire,
02:22j'ai contrôlé la situation, tout s'est bien passé, j'ai fait mon travail.
02:26Mais d'un autre côté, il y a le 18 septembre qui arrive.
02:29Et ce n'est pas évident que ça ne continue pas.
02:32Vous parliez des pharmaciens, des lycéens.
02:33Est-ce qu'on peut malgré tout dresser un portrait type des bloqueurs d'hier ?
02:38Le portrait type, c'est la gauche radicale incarnée actuellement par la France insoumise.
02:43C'est-à-dire plutôt les jeunes ou les syndicalistes de la fonction publique, etc.
02:49C'est plutôt ce portrait type avec une forte composante de gens qui ont envie aussi d'exprimer.
02:55Vous avez quand même 20% de la population qui estime que la violence est légitime.
02:59On évoquait la crise démocratique, c'est un fait.
03:0220% de la population en général.
03:03Une étude sur ceux qui voulaient le plus organiser le mouvement à la fin, plus l'extrême-gauche, nous disait que parmi eux, 40% estimaient que c'était légitime.
03:12Donc forcément, ça s'est manifesté dans la rue.
03:15Donc le portrait robot de ceux qu'on a vus, mais on a également des gens qui ont suivi le mot d'ordre initial, qui n'ont pas consommé ce jour-là, qui sont restés chez eux.
03:23C'était un peu bizarre de choisir un mercredi parce que le mercredi, il y a déjà les gens qui prennent leur jour pour les enfants, les professeurs des écoles dans leur immense majorité n'ont pas cours.
03:33Donc ce n'était pas idéal, mais ceux-là se sont aussi mobilisés.
03:37Donc ce sont des bloqueurs un peu invisibles hier en l'occurrence, mais qui pourraient peut-être se réveiller le 18 septembre.
03:45Est-ce que cette manifestation, cette mobilisation d'hier peut donner de l'élan à l'appel de l'intersyndical du 18 ?
03:53Très clairement, très clairement.
03:54D'abord, il faut vraiment que le gouvernement, très rapidement, en tout cas M. Lecornu, dise qu'il renonce à ces deux jours fériés, à la suppression des deux jours fériés,
04:02que les choses soient claires là-dessus, pas financées, je pense.
04:06Ce n'est peut-être pas son intention.
04:07J'espère bien pour, en tout cas, si j'ai un conseil à lui donner.
04:10Et la deuxième chose, c'est qu'on a vu 2019, le 5 décembre 2019, une mobilisation très importante dans l'histoire sociale dans notre pays,
04:18qui arrive un an après les Gilets jaunes.
04:19Donc ce n'est pas forcément les mêmes personnes, mais évidemment qu'il y a des influences.
04:24Il y a quand même une continuité.
04:25Alors, vous nous disiez un match retour par rapport aux Gilets jaunes ?
04:28Alors, un match retour, j'ai dit de 2023, sur les retraites.
04:32Sur les Gilets jaunes, je pense qu'il y en avait, bien sûr, mais cette composante plus populaire, plus provinciale, a été moins visible hier.
04:39On a plus vu les métropoles se mobiliser avec des gens qui… ou des jeunes.
04:45Donc c'était un petit peu différent, mais je pense qu'ils sont là.
04:47Et toute la question pour le gouvernement, c'est d'éviter que toutes ces colères, tous ces mouvements qui sont très différents,
04:53en réalité, on a une société fracturée, ne convergent.
04:55On a noté donc les conseils que vous donniez au nouveau Premier ministre.
04:58Mais selon vous, quel effet a eu justement la nomination de Sébastien Lecornu sur cette manifestation d'hier ?
05:03Est-ce que ça en a dissuadé quelques-uns ou est-ce que… ?
05:05Alors, vous avez une partie de la population, j'ai évoqué les lycéens, mais également les anciens gilets jaunes, etc.,
05:11qui ne sont pas tellement dans le jeu institutionnel.
05:13Donc qu'il y ait un Premier ministre ou pas, ça ne change pas grand-chose pour eux.
05:16Ils expriment une colère plus générale, plus globale.
05:18Vous avez par contre d'autres parties de la population qui ne font pas grève, s'il n'y a pas un mot d'ordre précis,
05:23avec des perspectives claires.
05:24Donc cela, finalement, la nomination de ce Premier ministre, qui est vraiment dans la foulée de M. Macron,
05:32a plutôt, à mon avis, radicalisé les choses.
05:35Alors, soit radicalisé dans la violence, soit radicalisé dans le taux de grévistes.
05:38Je pense que ça les a mécontentés, et je pense que du coup, en plus, ça met M. Macron en première ligne.
05:43Il n'a plus de fusibles, et comme il est très impopulaire, il est urtiquant et il le sera jusqu'au bout,
05:49ça n'était pas une très bonne opération de ce point de vue-là.
05:51Qu'est-ce qui domine aujourd'hui ? C'est de la colère ou c'est de la fatigue chez les manifestants ?
05:58Et qu'est-ce que ça peut entraîner comme réaction ?
06:00Alors, la colère, elle est là après M. Béroud a essayé de faire de la pédagogie de l'austérité.
06:06On peut constater qu'il n'a pas vraiment réussi, puisqu'encore le dernier sondage nous dit
06:10que la préoccupation principale des Français, c'est le pouvoir d'achat.
06:13Donc, à partir de là, il y a une colère sur l'idée « gérer mieux ».
06:18Donc oui, il y a de la colère.
06:19Après, cette colère ne peut déboucher sur un mouvement social que s'il y a des perspectives.
06:24Pour l'instant, c'est quand même un peu flou.
06:25Merci beaucoup de nous avoir éclairés ce matin.
06:27Merci beaucoup.
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