00:00Allez, place à votre signature européen du mercredi. Bonjour Samuel Fitoussi.
00:04Bonjour Dimitri.
00:05Samuel, aujourd'hui vous souhaitez nous parler des mouvements sociaux qui agitent le pays,
00:08donc aujourd'hui, la semaine prochaine, aussi mouvement syndical programmé le 18, à l'appel de la gauche.
00:13Pour protester, initialement c'était contre le projet de budget du gouvernement Bayrou qui prévoyait des économies.
00:20Et bien déjà, je pense qu'on a tort de désigner ça comme un mouvement social,
00:23puisqu'il s'agit en réalité d'un mouvement conservateur,
00:25par le biais duquel une petite partie des Français défend le statu quo budgétaire au détriment du reste des Français.
00:31En bloquant le pays, les grévistes envoient un message.
00:34Constatez notre pouvoir, nous pouvons paralyser notre société et asphyxier votre activité quotidienne.
00:40S'il faut faire des efforts budgétaires, faites plutôt payer ceux qui n'ont pas notre pouvoir,
00:44c'est-à-dire plutôt les travailleurs du secteur privé.
00:48Autrement dit, il n'y a pas aujourd'hui une grève des salariés, mais de certains salariés,
00:52par exemple les cheminots, les aiguilleurs du ciel ou les fonctionnaires de la RATP,
00:56qui prennent en otage d'autres salariés, vous et moi Dimitri par exemple,
01:00pour nous sommer de continuer à financer leurs privilèges.
01:02Je pourrais vous rétorquer Samuel que le droit de grève en démocratie, c'est une liberté fondamentale.
01:07Oui, sauf que la grève dans une entreprise privée,
01:10ou même dans une entreprise publique au sein d'un secteur ouvert à la concurrence,
01:13n'est en rien comparable à une grève dans un monopole public.
01:17Dans le premier cas, il s'agit d'une grève contre l'employeur.
01:19Dans le second cas, il s'agit d'une grève contre la France,
01:22qui n'a aucune autre option que de céder pour libérer les 68 millions de victimes collatérales de la grève.
01:27Ce qui stupéfie, écrivait Jean-François Revelle,
01:30c'est la disproportion entre les sujets de réclamation
01:32et l'immensité du coup porté à la communauté par l'arme absolue de la grève des services publics.
01:38Arme absolue, plutôt efficace d'ailleurs à en juger par l'histoire récente.
01:42Exactement, puisqu'il y a un an,
01:43on se rappelle que lorsque les employés de la SNCF avaient menacé de bloquer le pays pendant les JO,
01:47ils avaient été récompensés.
01:49Les cheminots avaient obtenu de partir à la retraite 15 mois plus tôt que prévu par la nouvelle loi
01:53et les contrôleurs 18 mois plus tôt.
01:56La preuve qu'il est plus aisé d'augmenter la pression fiscale
01:58que de remettre en cause les passes droits
02:00de ceux qui ont la capacité de prendre la nation en otage.
02:03Sous l'ancien régime,
02:04les privilèges étaient indexés à la classe sociale à la naissance.
02:07Aujourd'hui, ils sont indexés sur le pouvoir de nuisance.
02:09Est-ce que vous y allez pas un peu fort quand même en parlant de privilèges, Samuel ?
02:13Ce ne sont pas les français les plus aisés malgré tout qui vont manifester aujourd'hui.
02:16Je vous répondrai que privilèges n'est pas synonyme de richesse.
02:19C'est, selon le dictionnaire, un droit particulier accordé à une catégorie d'individus
02:24en dehors de la loi commune.
02:26En l'occurrence, un cheminot qui,
02:28simplement parce qu'il détient le pouvoir de bloquer le pays,
02:30peut partir à la retraite plutôt qu'un opérateur de grue dans le privé,
02:34bénéficie d'un avantage qui n'est pas le produit de son mérite.
02:36Il bénéficie donc d'un privilège.
02:38C'est pourquoi, en soutenant les grèves du jour,
02:40la gauche mène, sous des mots d'ordre progressistes, un combat antisocial.
02:45Elle protège des rentes et sacrifie le contribuable sans défense
02:48à celui qui abuse de sa position dominante pour le rançonner.
02:51Donc, si je vous comprends bien, Samuel,
02:52le système social français récompense avant tout ceux qui peuvent nuire à la collectivité.
02:58C'est encore Jean-François Revelle qui en parlait le mieux.
03:00La lutte des classes, écrivait-il,
03:03ne se situe plus entre patrons et salariés du secteur privé.
03:06Elle se situe entre les salariés qui perçoivent plus ce qu'ils ne produisent
03:10et les salariés qui produisent plus que ce qu'ils ne perçoivent.
03:14Les avantages des premiers ne peuvent provenir que de prélèvements sur les revenus
03:17ou le confort des seconds.
03:19L'argent, blanchi par le sanctuaire de la solidarité nationale,
03:23va moins aux plus pauvres qu'aux plus forts dans la défense et l'accroissement de leurs privilèges.
03:27Signature Europe 1, Samuel Fitoussi, vous aimez bien Jean-François Revelle.
03:31Vous le citez beaucoup.
03:32C'est mon ador favori.