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  • il y a 11 mois
Interview ou reportage d'une émission cinéma produite par CANAL+ autour d'un film disponible sur CANAL+ ou sortant en salles, un événement ou une actualité du 7ème Art
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Transcription
00:00Je suis très, très excitée pour tous les membres du jury.
00:03En fait, je suis fan de certains et je suis amie avec certains.
00:07Et juste se réunir en regardant les films, en discutant, tout ça, c'est vraiment les moments, on dirait, on fait un pilgrimage de cinéma.
00:17Obligé de regarder les films, on est obligé de parler des films.
00:20C'est vraiment un pilgrimage.
00:22Pèlerinage.
00:22Oui.
00:23Comment on dit ça ?
00:24Pèlerinage.
00:24Pèlerinage.
00:26Pèlerinage.
00:27Pèlerinage, oui.
00:27Vous avez un lien particulier avec le cinéma américain, qui vous a coûté votre vie d'avant, en Iran ?
00:34Oui, c'était en fait le cinéma un peu Ridley Scott, un peu le cinéma qu'on ne voit pas beaucoup à Deville, parce que c'est le cinéma indépendant américain.
00:43J'ai compris ça avec le cinéma américain, avec une émission que je voyais en Iran quand j'étais tout petite.
00:49Ce n'était pas avec les nouvelles vagues de Godard ou Julie Jim.
00:53Non, c'était vraiment des petits films américains, comme Croft and Cigarette de Jim Jarmusch.
00:58Et j'ai vu ça quand j'avais 10, 11, 12 ans.
01:01Alors, c'est génial d'être là.
01:03Vous avez tourné ensuite avec Jim Jarmusch.
01:05Oui, c'est vrai.
01:06Justement, quand vous regardez votre parcours, quand vous regardez cette décision que vous avez prise en 2008 de tourner dans Mensonges d'État,
01:13qu'est-ce que vous ressentez ?
01:14Qu'est-ce que vous vous dites ?
01:15À ce moment-là, j'avais 23 ans, j'étais aventurier, j'étais comme… j'avais peur de rien.
01:21Je ne pensais même pas que ça va me poser des problèmes, parce que si le film critiquait le stratégie américaine dans le Moyen-Orient,
01:27j'étais fière de le faire, même vis-à-vis les autorités iranières.
01:31Aujourd'hui, oui, je le regarde et je dis oui, c'est ça qui a divisé ma vie en deux.
01:35Et quelle belle division.
01:37Vous vous demandez parfois quelle aurait été votre vie ?
01:41Non.
01:42Parce que je crois, c'est comme je dis toujours, c'est quelqu'un qui perd deux jambes, en fait.
01:47Après, ce n'est pas grave si on a perdu ces deux jambes-là.
01:50Ce qui est grave, ce qui compte, c'est ce qu'on fait avec ne pas avoir des jambes-là.
01:55Ça veut dire que ça, ça ne définit pas qui je suis.
01:58L'exil, ça ne me définit pas.
02:00Mais ce que je suis devenue après, ça me définit.
02:03Justement, j'allais dire, depuis, vous n'avez jamais cessé d'être une femme engagée.
02:06Votre filmographie le prouve.
02:08Je pense au récent Lire le Lita à Téhéran, qui est sorti chez nous au printemps.
02:13Est-ce que cet exil vous permet plus de liberté ?
02:16En fait, quand on vit quelque chose comme l'exil,
02:18ou je dis comme un handicap de l'âme, ou un handicap physique même,
02:23on dirait qu'on est mort déjà une fois.
02:26Alors le reste de la vie, c'est un cadeau.
02:29Alors le reste, ça a été donné.
02:31Des fois, je regarde les photos dans mon téléphone de ma vie,
02:36et je me dis, mais waouh, qu'est-ce que j'ai vécu !
02:38Et être ici à Deauville, avec le soleil, pour le moment.
02:41Avec le soleil, avec le jury qu'on a, avec le cinéma indépendant américain.
02:47Même dire ça en ce moment, avec ce monde-là,
02:51où les studios qui décident,
02:53on ne peut pas faire des films indépendants, spécialement aux États-Unis.
02:57Déjà, on voit à quel point on est privilégié de pouvoir être là
03:01et fêter quand même quelque chose qui vient des États-Unis.
03:05Et ça compte, ça compte.
03:07On aime beaucoup en France le cinéma iranien.
03:10Et ce qu'on observe, c'est que malgré la censure,
03:12malgré tout ce qui se passe là-bas,
03:13en fait, les cinéastes iraniens arrivent à contourner les règles,
03:16les lois du régime.
03:17Ils proposent un cinéma éminemment politique, éminemment humain.
03:21Je pense à Mohamed Rasoulof, avec les graines du figuier,
03:24ou évidemment la dernière palme d'or de Jafar Paneï,
03:27un simple accident.
03:28Est-ce que vous diriez que les Iraniens sont dans leur chair
03:30un peuple de rebelles ?
03:32Oui, je crois que c'est ça.
03:33Ils sont rebelles, mais en même temps,
03:35c'était aussi un caractère de l'Iran
03:37et les Iraniens de tenir l'art et culture dans leur corps,
03:41et dans leur cœur, justement.
03:43Parce qu'il n'y a pas seulement le 45 camp de gouvernement islamique
03:48qu'on a vécu, mais on a vécu beaucoup de dictatures,
03:50beaucoup de régimes totalitaires, beaucoup, beaucoup,
03:53dans les millénaires.
03:54Et les Iraniens, ils ont toujours réussi à tenir ça,
03:59la poésie, les fêtes, les célébrations,
04:02la Nouvelle-An, nos rouges.
04:04On a réussi à même tenir notre langue dans notre cœur.
04:09Alors c'est ça l'esprit.
04:10L'Iran, c'est ça.
04:11C'est le pays de l'art et culture et de la poésie, vraiment.
04:16C'est pour toutes ces raisons qu'on vous a totalement adoptées,
04:18nous, en France.
04:20Est-ce que c'est une question difficile ?
04:21J'avais envie de vous demander,
04:22est-ce que cet exil en France vous a rendu plus supportable,
04:25votre situation,
04:27bien qu'il se passe encore des choses terribles
04:29et que l'actualité, j'imagine, est toujours très difficile à vivre pour vous ?
04:33C'est drôle. Moi, je crois que c'est un peu au contraire.
04:35Des fois, quand, par exemple, pendant la guerre,
04:3812 jours de guerre en Iran,
04:40des fois, j'avais l'impression que nous, on est en dehors de la guerre,
04:43on souffre beaucoup plus parce qu'on n'est pas dedans que les gens à l'intérieur.
04:48Ça veut dire qu'eux, ils souffrent autrement, mais ils sont au moins dedans.
04:50Nous, on est toujours en dehors de quelque chose et on regarde dedans.
04:54On dirait un pays où on est frustré, on ne sait pas qu'est-ce qui se passe
04:59et on souffre et on souffre parce qu'on n'est pas dedans.
05:02Et ça, c'est une frustration éternelle, je crois.
05:05Et puis, en tant qu'artiste, en tant que femme iranienne,
05:08évidemment, vous avez ce rôle d'utiliser votre voix pour faire bouger les lignes aussi.
05:13En fait, c'est quelque chose qui est hors de décision.
05:16C'est beaucoup plus organique.
05:17C'est devenu beaucoup plus organique.
05:19En même temps que je dis, là, en ce moment,
05:21il y a beaucoup de lettres signées par les artistes.
05:24Il y a beaucoup de condamnations.
05:25On condamne ci, on condamne ça à la fin.
05:29Ça ne change pas grand-chose.
05:30Ce qui change les choses, c'est l'augmentation de la conscience collective.
05:35Parce qu'on a, l'un côté, les dirigeants les plus fous de tout le temps.
05:40Et l'autre côté, on a la conscience collective qui peut augmenter,
05:44même spécialement avec les réseaux sociaux.
05:46Ça veut dire que, quelque part, j'ai l'espoir.
05:49Parce que je dis, oui, il y a beaucoup de l'obscurité en ce moment dans notre monde.
05:54Mais l'autre côté, spécialement avec la jeunesse,
05:57il y a quelque chose qui est en train de cuire de la conscience collective
06:02contre beaucoup d'injustices.
06:05Alors moi, j'ai l'espoir dans mon cœur.
06:09Un mot sur Pamela Anderson,
06:10qui va recevoir un prix ce soir d'honneur au Festival de Deauville.
06:14Qu'est-ce qui vous inspire, son parcours atypique à Pamela Anderson ?
06:18Moi, je me souviens, quand j'étais petite, à peu près,
06:22quand on parlait de Pamela...
06:23En fait, c'était comme un exemple, même en Iran,
06:26mais elle, elle est Pamela Anderson.
06:28C'était vraiment comme...
06:29Et là, c'est ce que je vois ce soir.
06:31D'abord, c'est cette grande femme qu'elle est là ce soir,
06:35encore aux États-Unis.
06:36Et son parcours, ce voyage qu'elle a fait de tout ce qu'elle a vécu,
06:42comme la femme qui a été peut-être vue, jugée ou peut-être...
06:47Bien sûr.
06:48Comme un, je ne sais pas, objet de désir, pas certainement sujet de désir.
06:52Et là, elle est devenue plutôt sujet de désir.
06:56Et ça, c'est très beau à voir.
06:59Elle est là et je l'admire énormément.
07:00Je crois que le parcours de chaque femme, c'est un livre, c'est une histoire.
07:06Alors, c'est génial qu'elle est là et elle reçoit ce prix.
07:09C'est génial.
07:11Vous étiez à l'affiche cet été.
07:12Vous êtes encore à l'affiche d'Alpha, de Julia Ducourneau,
07:15un film qui a été présenté à Cannes.
07:17Vous aviez confié que ça avait été un tournage éprouvant pour vous.
07:21En même temps, on vous voit, on sait que vous êtes une actrice très organique,
07:24que vous investissez toujours, corps et âme, dans tous vos rôles.
07:27On sent que vous ne choisissez pas vos rôles au hasard.
07:29Pourquoi celui-là, vous l'avez ressenti plus éprouvant que les autres ?
07:32Je crois que dans ce projet, pas seulement moi, mais Tahar, Julia,
07:36on a donné tout de 200%.
07:38Tout le monde était comme Tahar.
07:40Il ne devait pas perdre de 23 kilos, mais il a fait ça.
07:43Il était allé jusqu'au bout de tout.
07:46Et moi aussi.
07:48Je crois que le rôle qui était quand même...
07:51Parce que Tahar, elle était toujours sur le bord de la mort.
07:54Et c'est moi et Mélissa à l'autre côté.
07:55Et moi, c'était tout le temps en train de les ramener à la vie.
07:58Et ça, c'était un peu fatigant.
08:01Mélissa qui joue votre fille.
08:02Oui, exactement.
08:03Comment tu t'es fait ça ?
08:05T'es allée dans une boutique ?
08:06Une boutique ? De quoi tu pars ?
08:08Un salon tatouage, je ne sais pas !
08:09Qui t'a fait ça ?
08:10Avec quoi ?
08:11Mais je ne sais pas !
08:13Un mec, on a scoté son appart, je ne le connais pas.
08:16Elle était comment, Lédui ?
08:17Il l'a aussi utilisée sur quelqu'un d'autre ?
08:19Pointu.
08:20Elle était propre ou sale ?
08:26Elle sortait d'où ?
08:28D'un tiroir, enfin, je crois.
08:31Le film est sublime et je le défends...
08:33Vous avez raison.
08:34Complètement.
08:35Je crois que c'est un très bon film.
08:37Vous êtes aussi, alors, c'est autre chose, une mère courage dans la série Invasion,
08:42dont la saison 3 vient de démarrer.
08:44Entre Alpha et Invasion, on retrouve le spectre de ce que vous aimez faire comme grand écart
08:49dans votre carrière, on peut le dire.
08:51Oui, et j'ai tourné Les Clochettes de Kaboul, qui est encore un autre cinéma encore plus indépendant,
08:59avec très peu d'argent.
09:01Et oui, ça, c'est moi.
09:03Vraiment, je prends plaisir à faire Invasion et Tyler Rick, Extraction,
09:07que Alpha et Clochettes de Kaboul, pour moi, c'est du travail, c'est du challenge.
09:12Est-ce qu'il y a un rôle, justement, qu'on ne vous a pas encore proposé,
09:14mais que vous rêveriez de faire ?
09:16C'est très drôle que je dois vous dire que non.
09:17En fait, je suis arrivée à un moment où, en fait, je regarde derrière,
09:23je dis, si je meurs, si je traverse la rue et une voiture m'écrase,
09:27je dis, comme j'ai fait tout ce que j'ai fait, c'est bien.
09:30J'ai donné, j'ai servi à travers le cinéma ce que je voulais faire.
09:35Et voilà, ça va.
09:37Et je ne sais pas si c'est bien ou pas.
09:39Je travaille toujours avec la même intensité,
09:42mais avec, je suis beaucoup plus tranquille.
09:45Sereine.
09:46Sereine, oui.
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