00:00Vous avez tourné un film formidable avec Johnny, on vient de voir quelques images, peut-être l'un de ses meilleurs, Jean-Philippe de Laurent Tuelle.
00:06Quel homme avez-vous découvert sur le tournage ? C'était je crois en 2007.
00:14Comment c'est tellement pas réel, on a l'impression, on a une sensation.
00:19La première chose qui vient, c'est l'incroyable, surprenante simplicité.
00:25Une anecdote qui résume, on tournait dans une maison, dans un pavillon de banlieue, qui était très confortable, assez cosy.
00:35Mais toutes les bandes techniciens, il y avait pas mal de bobos, un peu chics, qui n'aimaient pas du tout cette maison, qui la trouvaient, qui avait trop de vis-à-vis.
00:47Et puis, ils sont tous partis, et on s'est retrouvés que tous les deux dans la maison.
00:52Et un moment, Johnny s'est tourné vers moi et m'a dit une phrase très simple.
00:59Il m'a dit, moi j'aime beaucoup cette maison.
01:02Et je pense qu'il n'y a pas plus belle définition.
01:05C'est-à-dire qu'il faisait partie des immenses stars qui enlèvent toute intimidation.
01:12Et quand vous étiez à côté de lui, il te donnait l'illusion ou la réalité, je ne sais pas, qu'il n'était pas cette incroyable légende.
01:23Il avait une manipulation de la simplicité qui était prodigieuse.
01:28Il y a tellement de choses à raconter qu'on est un peu dépassé.
01:33Et surtout, on n'a pas l'impression que c'est réel.
01:35On n'a pas la sensation que cet homme va mourir ou est mort.
01:41C'est inconcevable.
01:43C'est très étrange comme sensation.
01:45Fabrice, j'en dorme son hier.
01:47Et Johnny Hallyday, ce matin, c'est hallucinant.
01:55Deux énormes monuments français.
01:59Vous vouliez nous raconter une dernière anecdote ?
02:01Je vous en prie, je vous en prie.
02:01Alors, je vais vous faire l'anecdote, elle est très simple.
02:05Je vais certainement me planter.
02:08Mais avec le drame que nous traversons, c'est un peu anecdotique.
02:11La dernière semaine de ce tournage, qui s'appelait Jean-Philippe,
02:18nous tournions à Quiberon pour faire comprendre à Johnny
02:21qu'il a été une star énorme et qu'il allait à Quiberon souvent.
02:26Et pendant ce tournage, la dernière semaine était une semaine
02:29où nous tournions de nuit.
02:32Et pour tourner de nuit, il faut attendre la nuit.
02:36Alors, nous allions vers 21h.
02:39Nous allions au maquillage.
02:41Et un soir, Johnny m'a demandé, et tout ça est vrai,
02:45Johnny m'a dit, qu'est-ce que...
02:47Je ne l'imite pas, je n'ai pas envie de m'amuser.
02:50Il me dit, qu'est-ce que tu as fait toute la journée, toi,
02:51pour attendre le tournage ?
02:53Il était très curieux.
02:55Alors, moi, je lui dis, rien de spécial, Johnny.
02:58J'ai fait une heure de marche sur la plage
03:00parce que mon toubib m'a dit qu'il fallait faire du cardio,
03:02au training.
03:03Après, je suis rentré à la maison, j'ai écouté Glenn Gould,
03:07les variations de Goldberg,
03:08et puis quelques parties tasses.
03:11J'ai écouté les suites pour Violoncelle.
03:13Et puis après, j'ai lu ce bouquin que je trouve extraordinaire,
03:16Métaphysique de l'amour et de la mort de Schopenhauer.
03:20Et il m'a répondu cette phrase hallucinante et sublime.
03:22Il m'a dit, tu t'es fait chier, quoi.
03:24Et je ne sais pas si ça passe à la télé,
03:28mais dans le public, c'était un hurlement de rire.
03:31Parce qu'il y a, chez Johnny, un génie de la formule rapide
03:37qui ramène à du réel.
03:40Par exemple, il y avait ce moment incroyable,
03:43une nuit où on ne trouvait pas la manière de jouer la scène.
03:46Il était 5h du matin et je lui dis,
03:49tu sais, c'est normal qu'on bute sur cette scène,
03:52à les structurer dramaturgiquement d'une drôle de manière,
03:56à là quelque chose qui se dérobe à la construction.
04:01Et il m'a coupé en me disant,
04:02t'as raison, allez, bon calme.
04:04Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires