00:00C'est la France, le mercredi à 13h50, le regard d'Éric Fautorino du 1 hebdo.
00:05Et aujourd'hui, Éric, vous demandez s'il faut féminiser la devise inscrite au fronton du Panthéon à Paris depuis 1791.
00:13Oui, je vous dirais Jérôme, comment faire d'une bonne question un mauvais débat ?
00:17C'est le cas d'école que je pourrais proposer à l'ancienne première ministre désormais,
00:21et peut-être pour plus très longtemps ministre de l'éducation nationale, Elisabeth Borne.
00:25Lors de sa conférence de presse de rentrée, en effet, celle-ci a annoncé sa volonté de déranger,
00:30ou plutôt de dégenrer la fameuse devise du Panthéon aux grands hommes, la patrie reconnaissante,
00:37afin de mettre en lumière la place des femmes dans l'histoire,
00:39et d'encourager les jeunes filles à s'engager notamment dans des parcours scientifiques.
00:44Si en levant les yeux, les femmes ne voient pas la société reconnaître pleinement leur place dans son histoire,
00:49alors nous leur envoyons un message contradictoire à ainsi plaider Mme Borne.
00:54Bonne question donc quand on sait que les femmes au Panthéon se sont longtemps comptées sur les doigts d'une seule main.
01:00Si on exclut en effet Sophie Berthelot, panthéonisée en 1907 en sa qualité d'épouse d'eux,
01:05en l'occurrence du chimiste Marcelin Berthelot, la famille refusait que les époux soient séparés.
01:10La liste est courte, très courte, trop courte, des grandes femmes d'exception ainsi honorées.
01:15Une fois qu'on vient de faire ce tableau, cher Eric, pourquoi la suggestion d'Elisabeth Borne vous paraît-elle maladroite ?
01:20Vous connaissez le proverbe chinois Jérôme, le sage montre la lune, l'idiot regarde le doigt.
01:25Loin de moi l'idée de traiter la ministre d'idiote, je dirais juste qu'elle se met le doigt dans l'œil.
01:30Pour au moins deux raisons.
01:31Si elles sont rares, ce sont des femmes d'exception qui reposent au Panthéon.
01:35A commencer par Marie Curie, seule femme à avoir reçu deux prix Nobel et dans deux disciplines scientifiques différentes.
01:41Quant à Geneviève Antonios de Gaulle, Germaine Dillon, Simone Veil ou Joséphine Becker ou encore Méliné Manouchian,
01:48leur mérite en font des figures marquantes pour les jeunes générations.
01:51L'autre raison de ce fourvoiement tient selon moi au détournement de sens de l'expression « grands hommes »
01:57qui figure au fronton du Panthéon depuis le XVe siècle.
02:00Dans ce sanctuaire laïque, le diable est dans les détails.
02:02« Chacun sait que le H majuscule ne fait pas référence à l'homme par opposition à la femme, mais à l'homme en tant qu'être humain.
02:11Il ne s'agit donc pas de sexe, la majuscule du masculin englobe l'ensemble de l'humanité. »
02:16Tout ça c'est facile à dire quand on est un homme, Eric.
02:19Plus difficile à entendre pour une femme.
02:21C'est vrai.
02:22Tout dépend où commence le combat légitime des femmes.
02:24Est-ce dans ces traces de l'histoire qu'il faudrait effacer ou travestir ?
02:29Ou dans la vie réelle, au présent, où s'accumulent les inégalités entre les deux sexes ?
02:33Qu'il s'agisse des salaires, du déroulé des carrières, de la vie domestique ou de l'accès aux filières éducatives d'excellence.
02:39A l'évidence, depuis deux siècles, le Panthéon devrait accueillir plus de femmes,
02:43comme le Nobel devrait couronner plus de femmes.
02:46Mais ce n'est pas en tordant le langage de l'écriture dite inclusive aux deux vies historiques
02:50que leur sort en sera amélioré.
02:52Le débat est lancé à la une du 1 hebdo cette semaine, Eric.
02:56Alors, dans ce climat tendu de la rentrée, entre le vote du 8 septembre et le blocage annoncé du 10,
03:01nous nous demandons que faire de nos colères.
03:04Je vous recommande, Jérôme, le grand entretien avec la philosophe Sophie Galabru,
03:08qui défend avec conviction le droit à la colère,
03:10précisant que la colère féminine est longtemps passée pour de la folie,
03:14afin de mieux disqualifier les femmes et de les dominer.
03:17La colère, nous dit Sophie Galabru, est une émotion à décrypter, à réhabiliter.
03:20Et quant au politiste Vincent Martini, il écrit pourquoi la colère ne peut en aucun cas être un programme.
03:27Encore du débat, donc. Merci Eric Fautorino.