00:00Bonjour à tous !
00:08A l'heure où tout le monde est inquiet pour Johnny Hallyday,
00:11mon invité est son ami, l'autre légende du rock français.
00:15Bonjour Eddie Mitchell.
00:16Bonjour.
00:17Et c'est à la fin des années 50 que vous découvrez le rock'n'roll.
00:20C'est là que vous rencontrez Johnny Hallyday.
00:22Il a 14 ans, vous avez 15 ans.
00:23Et lors d'une surprise partie, il vous pique vos disques et vous vous battez.
00:28On se bat, on se bas, on se bouscule, disons.
00:32Et c'est la dernière fois que vous vous bousculerez ?
00:35Oui, parce qu'après on a vite compris qu'on aimait la même chose,
00:38donc ce n'était pas la peine de se manger le nez.
00:41Et en fait, tous les deux, vous allez inventer le rock français ?
00:44Si on veut, oui.
00:47C'est vous qui importez cette musique-là et qui l'a réinventée ?
00:50Oui, enfin, Johnny a démarré un an avant moi.
00:55Et par contre, lui, je me souviens quand il chantait dans les boîtes, quoi.
01:01Il chantait au fan club de Polanka, vous voyez, qui se trouvait sur les grands boulevards.
01:08Alors que moi, je chantais à Pigalle dans des cabarets bizarres.
01:13Et pendant des années, alors que vous étiez les meilleurs amis du monde, on va presque vous opposer.
01:18En fait, on était Eddie ou Johnny comme on était Lennon ou McCartney, un peu.
01:22Oui, mais enfin, nous, on savait, donc ça nous faisait rire.
01:26Ça vous faisait rire ?
01:27Oui, oui, oui.
01:28Ah oui, bah oui, parce que nous, il n'y a jamais eu...
01:31Parce que Johnny, on est différents de toute façon, même si on est complémentaires.
01:35Quelle est la différence ?
01:36La différence, c'est que Johnny ose des choses que moi, je n'oserais jamais.
01:41Oui.
01:42Comme par exemple, à une époque, il a été Benny & Clyde, il a été Mad Max, il a été hippie.
01:49Et à chaque fois, je veux dire, ça passait.
01:53Le public fonctionnait.
01:55Que moi, je serais incapable.
01:57Je ne me viendrais même pas à l'esprit, d'ailleurs.
02:00Aujourd'hui, vous sortez votre album, la même tribu.
02:04Vous reprenez vos plus grandes chansons en duo avec d'autres grands chanteurs français.
02:08Johnny, Julien Clerc, Renaud, Brigitte, Souchon et bien d'autres.
02:13Tous membres de la même tribu.
02:16La lumière des beaux quartiers, moins que la rue où je suis né.
02:21Mais nos seins sont métissés, pacifiques ou bien guerriers.
02:27On n'a pas le même thème, mais on est de la même veine.
02:32Différents individus, issus de la même tribu.
02:37On a quelque chose de Tennessee.
02:42C'est avec Johnny que vous chantez le premier duo.
02:45C'est un rockeur.
02:47C'est un rockeur, c'est un rockeur, un rockeur qui a brûlé sa vie par les deux bouts.
03:00Oui, mais enfin, il est encore en vie, rassurez-vous.
03:04Mais un rockeur, ça brûle sa vie par les deux bouts ?
03:06Pas forcément.
03:07Pas forcément.
03:08Mais enfin, je veux dire, c'est quelqu'un qui est très, très sollicité et qui se disperse, c'est vrai.
03:14Et vous, vous diriez que vous avez moins brûlé la vie par les deux bouts ?
03:19C'était l'époque ?
03:20Je ne sais pas, je ne sais pas.
03:22Parce que, je ne sais pas, un employé de banque n'arrive pas à me suivre.
03:26Ça, c'est évident.
03:29Donc, Johnny, votre vieille canaille, est-ce que ça vous touche que ces dernières scènes, vous les ayez vécues ensemble ?
03:39Ah oui, c'était un moment magique.
03:43On s'est vraiment, vraiment, vraiment amusé.
03:46Et puis, le public l'a bien ressenti parce que le public était content, fier d'être là même, disons.
03:51Et donc, il y a eu une vraie connivence.
03:54On sait que c'est une bête de scène, Johnny.
03:58Comment a-t-il vécu ces scènes-là ?
04:02Comme il sait le faire.
04:04C'est-à-dire qu'il arrive toujours fatigué.
04:07Et puis, d'un seul coup, c'est comme pour un acteur.
04:10On dit moteur et il s'allume et il est fantastique sur scène.
04:17Ça le fatiguait, mais c'était vital.
04:19Oui, ça lui a fait un bien fou, je crois, d'ailleurs.
04:23Oui.
04:24Et vous, vous les avez vécues comment ces scènes-là ?
04:26Ben, un petit peu, un petit peu, un petit peu, comment dirais-je, un petit peu inquiets.
04:31Mais en même temps, comme ça partait, ça partait.
04:34Mais on était un petit peu inquiets pour Johnny, c'est vrai.
04:36Parce que bon, comme on le sait, il était pas en grande forme.
04:39Mais comme je vous dis, il suffit de le brancher et hop, ça part.
04:45Alors, je sais que vous n'aimez pas qu'on vous demande des nouvelles de Johnny.
04:48Vous dites, bon, je suis son ami, je suis pas son médecin de garde.
04:50Ben oui, bien sûr.
04:51Bien sûr, bien sûr.
04:52Mais en même temps, vous comprenez les inquiétudes que sont les personnes-là ?
04:55Bien sûr que je les comprends, mais je veux dire, ça, c'est la vie qui est ainsi faite.
04:59On peut peu de choses.
05:01On peut simplement penser à lui et, si on est croyant, prier pour lui.
05:06Et le faire parvenir un message d'amour.
05:11Mais c'est tout ce qu'on peut faire.
05:12Vous dites, c'est un battant.
05:13Ah oui, c'est un Robocop.
05:15Un Robocop ?
05:17Ah oui, parce qu'il est cousu de partout.
05:19Mais bon, tout va bien, il fonctionne.
05:21Il a une détermination.
05:23Ah oui, il bouffe la vie, vraiment.
05:27On le sait, entouré de ses proches.
05:29Vous l'avez vu, vous, ces derniers jours ?
05:31Je l'ai vu, oui, il y a une semaine.
05:34Et ?
05:38Il se soigne, il se soigne, il se bat.
05:41Croyez-moi, il respire, il est battant.
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