00:00Passer de l'énergie à l'écologie, c'est un grand pas ? C'est quoi ?
00:08C'est une continuité parce qu'en réalité j'avais en charge la transition énergétique et la lutte contre le dérèglement climatique.
00:16Et aujourd'hui j'ai élargi ce combat de la lutte contre le dérèglement climatique aux enjeux de la lutte contre les pollutions et la lutte contre l'effondrement de la biodiversité.
00:26Donc j'ai à la fois tout le pilotage des négociations internationales et toute la planification écologique sur l'ensemble des secteurs.
00:37Vous avez expliqué que vous n'aimiez pas trop la notion de transition écologique. Pourquoi ?
00:42Parce que c'est un terme mou et qui ne dit pas où on va. Or ce à quoi nous faisons face c'est une urgence écologique.
00:48Cette urgence écologique, elle pose une question existentielle aux humains, aux citoyens que nous sommes.
00:57Une question existentielle face au dérèglement climatique et à l'impact des catastrophes naturelles.
01:03Une question existentielle aussi face au coût des transitions, c'est-à-dire que c'est un impact sur le pouvoir d'achat, c'est un impact sur la compétitivité des entreprises.
01:10Une question existentielle par rapport à l'accès à des ressources qui sont absolument essentielles.
01:16Je pense évidemment à l'eau, je pense à l'énergie, je pense aux matières premières et je pense à l'alimentation.
01:22Parce que si le dérèglement climatique induit des catastrophes qui nous empêchent de produire l'alimentation dont nous avons besoin,
01:30c'est quand même un problème absolument essentiel pour les populations.
01:34Donc c'est sur ça que je pense important d'avancer.
01:40On constate une forme de fracture entre la France d'en bas et la France d'en haut, c'est-à-dire entre la France urbaine et la France rurale.
01:49Comment mieux faire passer les enjeux climatiques, les enjeux écologiques dans la France rurale ?
01:57Alors je pense que la ruralité est beaucoup plus au fait, que l'on veut bien le dire, des enjeux de l'écologie.
02:03Pour avoir été élue députée d'une circonscription où 35 des 42 communes où j'ai été élue sont des communes rurales,
02:15et où j'ai fait des kilomètres et des kilomètres de porte à porte, 80 kilomètres dans ma dernière semaine de campagne,
02:22j'ai entendu des gens qui étaient préoccupés par la qualité de l'eau, par l'absence ou qui étaient en colère parce qu'il y avait des dépôts sauvages dans les forêts où ils avaient l'habitude d'aller,
02:36qui étaient pêcheurs et qui étaient chasseurs et qui voyaient l'effondrement de la biodiversité.
02:40Des gens qui étaient soucieux aussi de la manière d'aller travailler ou dont leur enfant pourrait aller étudier sans moyens de motorisation,
02:51tout en voulant bien faire et en cherchant à avoir des moyens décarbonés.
02:54Donc ça c'est des préoccupations ultra partagées.
02:59Ce qu'on boit, ce qu'on mange, ce qu'on respire, la manière dont on se déplace sur le territoire,
03:07c'est des préoccupations de tous les citoyens et citoyennes qui soient en ville ou qui soient dans les territoires ruraux.
03:13Et je veux absolument sortir de ces caricatures.
03:16Au fond, je pense que le mouvement politique écologique a été un des pires ennemis des politiques écologiques que l'on veut mener.
03:26Les gens, ils veulent vivre bien, ils veulent vivre en santé le plus longtemps possible
03:30et ils veulent avoir un emploi qui ne détruit pas la planète parce qu'ils ont bien compris qu'ils étaient reliés à la planète.
03:36Moi, je ne travaille pas pour la planète. Je travaille pour les Françaises et les Français.
03:39Je travaille pour des citoyens qui sont faits de chair et de sang et qui ne veulent pas mourir de maladies chroniques liées à des problèmes environnementaux.
03:48Et ça, je crois que c'est très concret.
03:49Et lorsqu'on prend ce sujet sous cet angle-là, on a beaucoup plus d'écoute de la part des citoyens et des citoyennes.
03:56Et on le voit bien sur le terrain.
03:58Parce qu'au fond, les collectivités locales, les maires par exemple, déploient énormément de politique écologique.
04:04Quand vous allez refaire la cantine de votre école et revoir les circuits d'approvisionnement en vous posant la question de la qualité de l'alimentation,
04:13en fait, vous faites une politique écologique.
04:14Quand vous allez dépolluer le cours d'eau qui passe sur votre commune, vous faites une politique écologique.
04:20Quand vous allez travailler sur la lutte contre les inondations possibles de votre commune,
04:25parce que le dérèglement climatique peut avoir un impact, vous faites une politique écologique.
04:31Donc je veux absolument sortir de cette caricature qui oppose les bobos des grandes villes à haut revenu et le reste du monde.
04:39L'écologie, c'est fait pour tout le monde.
04:42Ça doit être un bénéfice immédiat pour les personnes qui en bénéficient.
04:46Et ça passe par des politiques très incarnées, très concrètes,
04:50et qui doivent se déployer au niveau des mairies, au niveau des agglomérations, partout en France.
04:55Quand on est à Autun, quand on est en Saône-et-Loire, pour aller travailler, on a besoin d'une voiture.
04:59Et ce n'est pas forcément une voiture électrique.
05:04C'est un problème aujourd'hui ?
05:05Non, parce que lorsqu'on dit qu'on va arrêter de mettre à disposition des Françaises et des Français
05:11des voitures à moteur thermique à horizon 2035, c'est-à-dire dans 10 ans,
05:17ça veut dire qu'on s'autorise, puisqu'une voiture en moyenne en France, on la conserve à peu près 19 ans,
05:22à avoir encore des voitures thermiques au-delà de 2050.
05:26Donc c'est une transition qui prend du temps.
05:28C'est une transition qui ne se fait pas du jour au lendemain.
05:32Et tout le travail...
05:32Pourtant, les constructeurs ont arrêté de produire des voitures thermiques.
05:37Alors non, ce n'est pas le cas.
05:39Aujourd'hui, en France, on produit des voitures thermiques, des voitures électriques et des voitures hybrides.
05:43Mais ce qui est intéressant, c'est que là où il y a peut-être 3 à 4 ans, une voiture électrique a coûté plus de 30 000 euros,
05:52voire même aux alentours de 40 000 euros, on commence à voir arriver les premiers modèles en dessous de 25 000 euros.
06:00Et avec les aides qu'apporte l'État, on commence à avoir des situations.
06:04Et d'ailleurs, c'est le cas des modèles, je dirais, de citadines,
06:11où la voiture électrique coûte, sur le temps de son utilisation, son cycle de vie, moins cher qu'une voiture thermique.
06:17Parce que c'est moins coûteux en carburant, parce que c'est moins coûteux en entretien.
06:21Et on voit bien qu'il y a 7 ans où, en gros, les Français achetaient peut-être 2 % de voitures électriques
06:30dans l'ensemble des voitures dans l'année.
06:33Et aujourd'hui, où ils sont plutôt du côté de 20 %, on a fait un effort et une avancée considérable.
06:40Et c'est normal que ce soit difficile.
06:42C'est normal qu'aujourd'hui, on se dise, il n'y a pas des bandes de recharge partout,
06:47ce n'est pas pratique pour moi.
06:48Parce que c'est une infrastructure qu'on est en train de créer.
06:53Et si vous reprenez les grandes histoires de transformation,
06:56qu'il s'agisse du rail qui s'est imposé progressivement en France au 19e siècle,
07:00vous retrouvez ces grands moments où, effectivement, sur 5 ans, sur 10 ans, sur 15 ans, sur 20 ans,
07:05on transforme des manières de se déplacer.
07:08Mais ça ne veut pas dire qu'on ne va pas y arriver.
07:10Et ça ne veut pas dire qu'on ne va pas y arriver avec des modèles qui soient enfin compétitifs en coût
07:15et qui soient à l'usage, effectivement, adaptés à la réalité des besoins des Françaises et des Français.
07:21Vous avez beaucoup défendu le nucléaire que vous avez remis au centre de l'échiquier.
07:27Vous estimez que vous avez gagné avec les engagements qui sont pris ou qui sont à venir
07:31de la part du président de la République avec un programme de 8 EPR supplémentaires
07:37aux 6 qui ont déjà été commandés ?
07:40J'estime qu'en France, on a, je pense, gagné la bataille de l'opinion publique
07:48et la bataille politique sur la relance du nucléaire.
07:51J'ai aussi une grande fierté d'avoir réhabilité dans les textes, c'est-à-dire juridiquement,
07:59la place du nucléaire, la place qu'aurait dû occuper depuis des années le nucléaire,
08:03dans la législation européenne comme étant un des moyens pour lutter contre le dérèglement climatique
08:08puisque le nucléaire émet très peu de gaz à effet de serre.
08:12Je ne suis pas sûre qu'on soit encore au bout du chemin parce qu'il y a encore des réticences
08:16au niveau européen pour complètement reconnaître le nucléaire.
08:20Mais je dois dire que trois ans de combat intensif pour entendre pour la première fois
08:26un commissaire européen qui est au climat faire une interview aux Echos qui dit
08:34« Je suis pour la neutralité technologique, je soutiens le nucléaire »,
08:38c'est une vraie victoire politique, cette victoire est due au travail du président de la République
08:42et je pense avoir une part dans cela aussi.