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  • il y a 6 mois

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00:00Bienvenue au Cœur du Crime, un podcast issu des archives d'Europe 1.
00:11Savez-vous que plus d'un tiers des crimes et délits commis en France sont traités par la Gendarmerie Nationale ?
00:19Je m'appelle Yann Kermadek, je suis commandant de gendarmerie.
00:25Je dirige une section de recherche dont la mission essentielle est une mission de police judiciaire.
00:41L'histoire que je vais vous raconter est une histoire vraie.
00:46Tous les faits sont réels et se sont déroulés en France.
00:50Seuls les noms des personnes et des lieux ont été changés.
00:55Il avait fait très beau ce dimanche 17 décembre.
01:04Le soleil avait brillé toute la journée, réchauffant la terre et inondant la campagne environnante d'une douce lumière.
01:12Quatre heures de l'après-midi venaient de sonner au clocher du village.
01:15Tout était paisible, calme et silencieux.
01:17C'est à peine si l'on entendait de temps à autre, dans le lointain, les derniers coups de fusil de quelques chasseurs attardés et les aboiements de leurs chiens.
01:27Oui, ça avait été une très belle journée.
01:31L'hiver s'avançait timidement.
01:33Dans moins d'une semaine, on fêtrait Noël et déjà dans les villes et les villages alentours, chacun se préparait à célébrer joyeusement la nativité.
01:41Confortablement installé dans mon vieux fauteuil, je lisais un bon bouquin, tandis que Cécile, ma femme, enfermée dans sa cuisine depuis plus d'une heure, confectionnait un de ces délicieux phares bretons dont elle a le secret.
01:55Quant à Gaël, mon plus jeune fils, assis devant son piano, il massacrait allègrement une ravissante sonate de scarlatti qui ne lui avait pourtant rien fait.
02:06Avec un acharnement consciencieux, mon charmant bambin tapait sur son clavier, confirmant ainsi ce que ma femme et moi pensions depuis longtemps, sans oser nous l'avouer.
02:17Le cher petit était certainement doué pour jouer du tambour, mais pas du piano.
02:23Donc, je lisais, ou plutôt j'essayais de lire, quand soudain la sonnerie du téléphone retentit, mettant ainsi un terme aux souffrances de l'instrument et de la malheureuse sonate qui l'avait échappé belle.
02:37À l'autre bout du fil, mon adjoint, le major Morsan, qui m'informait que Louis Dreis, le garde-chasse, venait d'être grièvement blessé dans la forêt des Trois-Fontaines.
02:48Il avait reçu, pratiquement à bout portant, une décharge de chevrotine.
02:53Blessé à mort, le vieil homme avait néanmoins trouvé la force et le courage de remonter dans sa voiture et de regagner son domicile.
03:00Arrivé chez lui, il s'était écroulé sous les yeux de sa femme.
03:05Celle-ci avait immédiatement appelé la brigade territoriale, qui nous avait prévenus à son tour.
03:11D'après l'adjudant-chef marin, commandant la brigade, ce ne serait pas un accident.
03:18Je m'habillais à la hâte, et moins de dix minutes plus tard, je rejoignais le major Morsan et les gendarmes Fillot et Beauvais,
03:25le technicien des investigations criminelles, dans l'estafette qui démarra aussitôt aux sirènes hurlantes.
03:33Nous arrivons à la maison du garde-chasse, pratiquement en même temps que l'ambulance que Morsan avait appelée.
03:40L'adjudant-chef marin est déjà sur place.
03:43Tandis que ces hommes maintiennent à distance les voisins et amis accourus au cri de Mme Dreis,
03:49ils tentent, par des paroles apaisantes, de calmer la vieille femme, qui, entre deux sanglots, ne cesse de répéter
03:56« Oh mon Dieu, qu'est-ce qu'ils t'ont fait, mon pauvre Louis ? Qu'est-ce qu'ils t'ont fait ? »
04:02Le garde-chasse, toujours inconscient, gît à même le sol devant sa maison.
04:08Avec d'infinies précautions, les ambulanciers et des gendarmes installent le malheureux dans l'ambulance
04:13qui part immédiatement pour le centre hospitalier régional.
04:16Les uns après les autres, les curieux quittent la place.
04:22Chacun rentre chez soi en commentant l'événement.
04:26À la suite de Mme Dreis, nous pénétrons, Morsan, l'adjudant-chef marin et moi, dans la maison du garde.
04:33De sa démarche hésitante, la vieille dame nous précède jusqu'à la petite salle à manger.
04:40Le mobilier est simple, rustique, sans tambon la cire.
04:43Autour de la table sont disposées quatre chaises.
04:48Mme Dreis s'assied et nous invite à en faire autant.
04:53Elle semble avoir retrouvé un semblant de calme.
04:57Elle nous regarde l'un après l'autre, sans nous voir.
05:00Le désespoir et l'incompréhension se lisent dans son regard.
05:05De grosses larmes coulent sur son beau visage.
05:09Notre émotion est grande.
05:11J'attends quelques instants, puis, d'une voix que je m'efforce d'adoucir,
05:16je lui demande si elle accepte de répondre à mes questions.
05:20Après s'être essuyée les yeux avec son mouchoir, elle me fait oui de la tête.
05:25Mme Dreis, avez-vous remarqué, ces derniers jours, un changement de comportement chez votre mari ?
05:35Était-il nerveux ? Vous a-t-il fait part de certaines craintes qu'il avait ?
05:39Se sentait-il menacé ?
05:42Lui connaissiez-vous des ennemis ?
05:45À chacune de mes questions, après un court instant d'hésitation, la vieille dame répondait non de la tête.
05:53Mme Dreis, avant de perdre conscience, votre mari vous a-t-il parlé ?
05:59Essayez-il vous souvenir, madame.
06:01Tout ce que vous me direz peut nous aider à retrouver son agresseur.
06:05Je vous en prie, faites un effort.
06:09Recroquevillée sur sa chaise, Mme Dreis est immobile.
06:13Seules ses mains, agitées d'un léger tremblement, semblent vivantes.
06:20Soudain, la vieille dame se redresse, prend une longue inspiration, à moins que ce ne soit un sanglot étouffé, et se met à parler.
06:30Ce matin, Louis s'est levé à six heures, comme d'habitude.
06:37Il a bu son café au lait, et il est allé agrainer les faisans de l'élevage au bois brûlé.
06:43Oui, la société de chasse possède un élevage de faisans, c'est Louis qui s'en occupe.
06:48Après l'agrainage, Louis est rentré, et comme aujourd'hui il y avait une battue au sanglier, il est allé poster les chasseurs de la commune.
06:58Il a fait son tour, comme à chaque fois, pour voir si les chasseurs étaient bien à leur poste, et après il a mis en place les rabatteurs, comme on fait d'habitude.
07:08Et puis, il a donné le signal du départ de la battue.
07:13Comme tout se passait bien, il est rentré ici vers midi, midi et demi.
07:19Après le déjeuner, vers deux heures, il m'a dit, pourvu qu'il n'aille pas chasser dans la réserve, je ferais peut-être mieux d'y aller jeter un petit coup d'œil.
07:29Alors, il a repris sa méhari, et il est reparti.
07:32Moi, comme j'avais fini ma vaisselle, j'ai pris mon tricot, et je me suis installé sur le divan.
07:41J'ai dû m'assoupir un peu.
07:44Vers trois heures, trois heures et demie de l'après-midi, j'ai entendu la voiture de Louis qui arrivait.
07:52Je suis allé ouvrir la porte, et j'ai vu Louis tout en sang, qui tombait au pied du perron.
07:58Je me suis précipité vers lui.
08:01Il parlait à voix basse, alors je me suis penché vers lui, et j'ai entendu ce qu'il disait.
08:08Il m'a tiré à bout portant.
08:11Un grand type, dans les quarante ans, blanc, avec une moustache.
08:16Il a deux chevaux jaunes.
08:19Mon Dieu, que j'ai mal, il disait.
08:23J'allais appeler les gendarmes.
08:27Et puis il s'est évanoui.
08:30Moi, j'ai crié.
08:31Les voisins sont venus, et je vous ai appelés.
08:35Mon Dieu, mon Dieu, mon pauvre Louis, qu'est-ce qu'ils lui ont fait ?
08:39J'envoie un de mes hommes chercher une ou deux voisines afin qu'elle s'occupe de Mme Dreiss, après les instants douloureux qu'elle vient de vivre.
08:51Pendant ce temps, l'adjudant-chef marin, utilisant la radio de l'estafette, alerte toutes les brigades de la région et fait établir des postes d'interception.
09:01Hélas, ceux-ci ne permettront pas de retrouver la deux chevaux jaunes.
09:05De mon côté, chez Mme Dreiss, j'appelle l'hôpital.
09:12Le médecin-chef que j'ai au bout du fil m'apprend que le vieux garde-chasse est mort pendant qu'on tentait de l'opérer.
09:20Une immense tristesse m'envahit.
09:24Mme Dreiss, qui ne m'a pas quitté des yeux tout au long de ma conversation avec le médecin, me regarde avec intensité, guettant sur mes lèvres un mot d'espoir.
09:31Et c'est la gorge serrée que je lui fais part de la terrible nouvelle.
09:40Dehors, la nuit est froide, noire, sinistre.
09:46Nous remontons en voiture et nous dirigeons vers la forêt des Trois-Fontaines.
09:49Mais c'est en vain que nous essaierons de retrouver précisément le lieu de l'agression.
09:54Je demande à l'adjudant-chef marin de mettre en place un dispositif afin de protéger la zone supposée du meurtre.
10:02Le lendemain, dès le lever du jour, ces hommes et les miens ratisseront la forêt dans l'espoir de trouver quelques indices.
10:09Pendant ce temps, je rencontre personnellement M. Tranheim, le maire du village, qui est aussi le président de la société de chasse.
10:21Il semble très abattu par la mort de Louis Dreiss. Louis était un brave homme, estimé de tous.
10:28M. Tranheim me communique la liste des chasseurs ayant participé à l'abattu au sanglier.
10:32Il me donne également le nom de tous les hommes de la contrée qui, à sa connaissance, possèdent un fusil et qui auraient eu, par le passé, mailles à partir avec le garde-chasse.
10:44De retour à mon bureau, je fais convoquer tous les chasseurs figurant sur la liste communiquée par le maire.
10:51Je les entends l'un après l'autre.
10:54Et j'apprends pas mal de choses importantes.
10:57Ainsi, ce dimanche, vers 14h35, des chasseurs postés ont vu sortir une voiture de la réserve de chasse.
11:06A leur vue, le conducteur a arrêté son véhicule et leur a demandé où il pourrait trouver un poste de secours, car, disait-il, un garde-chasse gisait, blessé, dans la forêt.
11:18L'homme était grand, mince, blond, portait une fine moustache.
11:22Il était âgé d'environ 40-45 ans.
11:26Il était vêtu d'un costume de chasse en velours marron et portait, accroché à sa cartouchière, un long couteau de chasse.
11:34Il avait également, et ce renseignement s'avéra par la suite d'une importance capitale, une rose rouge tatouée sur le dos de la main gauche.
11:43Aucun des témoins présents n'eut hélas le réflexe de noter le numéro minéralogique de la voiture.
11:52C'était une deux chevaux jaune.
11:54L'enquête venait de faire un premier pas.
12:00Le signalement du conducteur de la deux chevaux correspondait, trait pour trait, à la description faite à sa femme par le garde-chasse agonisant.
12:09Grand, blond, fine moustache, deux chevaux jaunes.
12:13Qui était donc ce meurtrier qui, détail que le vieux garde-chasse n'avait pas remarqué, portait une rose rouge tatouée au dos de sa main gauche ?
12:27C'est ce que vous saurez dans quelques instants.
12:37Louis Dreis, le garde-chasse de la commune, vient de mourir des suites de ses blessures.
12:43Dans la forêt des Trois Fontaines, un homme a tiré sur lui à bout portant.
12:49Avant de mourir, le vieux garde-chasse a pu donner à sa femme le signalement de son assassin.
12:56Un homme blond, 40 ans environ, portant une fine moustache et conduisant une deux chevaux jaunes.
13:04Des témoins ont vu l'homme correspondant à cette description et ajoutent qu'il a une rose rouge tatouée sur le dos de la main.
13:15J'appelais aussitôt au téléphone le colonel Roll qui dirigeait avec une grande compétence le service technique de recherche judiciaire et de documentation au fort de Rony, près de Paris.
13:26Après un bref échange de propos amicaux, je lui fais part de mes recherches.
13:34Avaient-ils dans son fichier judex un homme grand, blond, moustache, la quarantaine, portant une rose tatouée au dos de la main gauche ?
13:44Il faut savoir que le fichier judex de la gendarmerie nationale est unique au monde.
13:50Plus de 500 000 individus ayant déjà eu affaire à la justice y sont répertoriés, classés selon leurs signes particuliers, leurs surnoms, leurs anomalies physiques ou leurs tatouages.
14:05Moins de dix minutes plus tard, j'avais le renseignement.
14:08Le colonel Roll me communiquait une liste de sept hommes correspondant à la description, grand, blond, quarante, quarante-cinq ans, moustache, une rose tatouée au dos de la main gauche.
14:19Tous avaient déjà été condamnés.
14:21Quatre pour vol dans le midi, deux pour hold-up, quelque part en France, le septième pour meurtre en Alsace, quinze ans auparavant.
14:30Il s'appelait Nicolas Erlac. Il avait quarante-et-un ans et demeurait à Revigny-sur-Ornain.
14:40Ça ne pouvait être que lui.
14:43Je remerciais vivement mon ami, le colonel Roll, pour la qualité et l'efficacité de son fichier, décidément le meilleur du monde.
14:51Il nous faut à peine un quart d'heure pour trouver l'adresse de Nicolas Erlac.
14:57Il habite maintenant Vernon-Cour, un village situé à une vingtaine de kilomètres d'ici.
15:03Je me rends immédiatement à son domicile, accompagné de quatre de mes hommes.
15:09Comme je le craignais, Erlac n'est pas chez lui.
15:13À tout hasard, je frappe à la porte de l'appartement voisin.
15:16Le vieil homme qui vient ouvrir la porte nous confirme que Nicolas Erlac habite bien ici,
15:24mais qu'il lui arrive de disparaître plusieurs jours durant.
15:28La dernière fois que je l'ai vu, c'était dimanche matin, très tôt.
15:33Il allait à la chasse, enfin, c'est ce que j'ai pensé, vu qu'il était habillé en chasseur.
15:38Il avait un costume en vlour marron et tout ça, cartouchière, fusil.
15:43Elle avait aussi un gros poignet raccroché à sa ceinture.
15:48Je ne l'ai pas revu depuis.
15:49De toute façon, je l'évite autant que je peux.
15:52Moi, il me fait peur.
15:54C'est une brute.
15:55Il passe son temps à frapper les gens.
15:57Tenez, il avait une petite femme gentille comme tout, Martine, qu'elle s'appelle.
16:02Elle était du même village que moi, Saint-Rémy-sur-Busib.
16:06Ses parents sont de vieux amis à moi.
16:09Ils ont encore un petit salon de coiffure à Saint-Rémy.
16:11« Ah oui, une gentille fille, Martine.
16:14Eh bien, figurez-vous qu'il la battait comme plâtre, n'est-ce pas ? »
16:18Alors, à chaque fois, la pauvre gosse, elle allait se réfugier chez ses parents, à Bussy.
16:23Et lui, alors, il venait comme un fou.
16:25Il disait qu'il ne pouvait pas se passer d'elle.
16:27Alors, à chaque fois, il allait la rechercher là-bas.
16:31Pendant quatre-cinq jours, ça allait bien.
16:32Et puis, tout d'un coup, pour un oui, pour un non, il la battait à nouveau, la brute.
16:37« La dernière fois, c'était samedi, je me souviens.
16:40Je l'ai croisé dans l'escalier, Martine, au moment où elle filait en douce, en larmes et salement amochée.
16:46Je vous le dis, relax, c'est une brute.
16:49Dès qu'on n'est pas d'accord avec lui, il connaît que ce langage-là.
16:53Une brute, je vous le dis. »
16:57De retour à la gendarmerie, je fais diffuser un message de recherche à toutes les brigades territoriales dans un rayon de cent kilomètres.
17:04Puis, je rassemble tous mes hommes de la section de recherche et leur fais part du plan que je compte mettre en action.
17:11À n'en pas douter, Martine, la compagne de Nicolas Erlac, a dû se réfugier une fois de plus chez ses parents, à Saint-Rémy-sur-Bussy.
17:18Nous avons donc neuf chances sur dix de retrouver Erlac là-bas.
17:22« Il faut faire vite, messieurs. »
17:24Morsan, appelez la brigade de Saint-Rémy-sur-Bussy et les brigades voisines, qu'ils établissent discrètement un cordon autour du village.
17:31« Valois et six hommes avec moi. Direction Saint-Rémy-sur-Bussy. Vite ! »
17:38Il est presque onze heures du soir quand nous arrivons à Saint-Rémy.
17:41Les gendarmes des quatre brigades sont en poste et ceinturent le village,
17:45dans lequel, depuis le coup de téléphone de Morsan, personne n'est entré ni sorti.
17:49La nuit est noire.
17:54Nous pénétrons, mes hommes et moi, dans le village endormi.
17:59Nous trouvons rapidement le petit salon de coiffure,
18:02devant lequel stationne une deux chevaux jaune.
18:06Il est là.
18:10Je ne me suis pas trompé.
18:13Mais hélas, on ne peut pas agir avant six heures du matin.
18:18Il est vingt-trois heures trente.
18:21La longue attente commence.
18:23J'ai placé le chef Valois et trois gendarmes à l'arrière de la boutique.
18:28On ne sait jamais.
18:31Pendant près de sept heures, luttant contre le froid et la fatigue,
18:35les yeux rivés sur les fenêtres de l'appartement,
18:38laissant son alerte, nous guettons le moindre mouvement,
18:42le moindre bruit.
18:43Dans presque sept heures, nous toucherons au but.
18:51Soudain, une pensée angoissante m'envahit.
18:56Qu'allons-nous découvrir quand nous pénétrerons au petit jour dans l'appartement ?
19:00Erlac est violent, brutal, il l'a prouvé.
19:05Et si Martin avait refusé de reprendre la vie commune ?
19:08S'il l'avait à nouveau frappé ?
19:10Ou pire encore,
19:13cet homme a déjà tué.
19:16Je crois que je n'ai jamais autant espéré voir le jour se lever.
19:22Mon commandant, il est six heures.
19:25Allons-y, messieurs.
19:26Soyez vigilants, hein ?
19:27L'homme est dangereux.
19:29Nous sonnons la porte.
19:30Après un long moment, elle s'ouvre.
19:32Bousculant presque le vieux monsieur, encore tout en sommeillé, qui vient d'ouvrir,
19:35nous nous précipitons, armes au point, dans le petit escalier qui mène au premier étage.
19:39Là, dans une des chambres, nous trouvons Erlac,
19:41allongé, tout habillé sur un lit, un fusil à ses côtés.
19:44Il tente de se défendre, mais en vain.
19:46Après une courte lutte, nous le maîtrisons, lui passons les menottes et l'emmenons.
19:53La scène s'est déroulée très vite.
19:57Martin et ses parents,
19:58mûés de stupeur,
20:01hébétés, cloués sur place,
20:03nous regardent partir sans comprendre.
20:05Moins d'une heure après, de retour à la gendarmerie,
20:11je fais mettre Nicolas Erlac en chambre de sûreté.
20:15Puis, malgré l'heure matinale,
20:17j'appelle le juge d'instruction à son domicile.
20:20À huit heures cinq, il pénètre dans mon bureau.
20:24Je fais aussitôt amener Nicolas Erlac.
20:28L'interrogatoire commence.
20:31Nicolas Erlac,
20:33reconnaissez-vous avoir le dimanche 17 décembre,
20:36dans la forêt des Trois Fontaines,
20:38tué d'une décharge de chevretine tirée à bout portant,
20:41M. Louis Dreis, garde-chasse de la commune ?
20:44« Ah bon, il est mort ? »
20:48« Oui, il est mort. »
20:51« Reconnaissez-vous avoir tiré sur lui ? »
20:54« Ouais, mais il l'a bien cherché.
20:55Il m'a agressé. »
20:57J'étais là, tranquillement,
20:58en train de chasser dans la réserve,
21:00quand ce vieux Péquenot bondit sur moi,
21:02en hurlant,
21:02que j'avais pas le droit de chasser ici,
21:04qu'il allait me foutre un PV,
21:06qu'il fallait que je lui donne mes papiers,
21:08et que j'allais entendre parler de lui.
21:09« Moi, j'aime pas qu'on me parle sur ce temps.
21:13Je supporte pas qu'on m'agresse. »
21:16« Alors, j'y ai collé une baffe. »
21:17« Où là, qui se met à gueuler comme un putoir. »
21:19« Alors, je l'ai tiré comme un lapin. »
21:20« Je suis un homme, moi, un vrai. »
21:23« J'aime pas qu'on m'emmerde. »
21:24« Il m'a agressé, il a payé. »
21:26« Et d'ailleurs, c'est pas le premier, hein. »
21:28« J'en ai puni plus d'un qui m'avait agressé. »
21:32« Ah. Et vous en avez puni beaucoup, comme ça, M. Erlac ? »
21:38« Est-ce que je sais, moi ? J'ai pas fait le compte. »
21:41« Trois, quatre... »
21:43« Tout ce que je peux vous dire, c'est que depuis que je suis sorti de prison,
21:45il n'y en a pas beaucoup qui m'ont marché sur les pieds. »
21:48« Voilà, ils l'ont regretté. »
21:52« C'était consternant de bêtises et d'horreurs. »
21:56« J'avais honte pour lui. »
21:59Au cours des mois qui suivirent,
22:02après de longues et minutieuses recherches,
22:05on découvrit que Nicolas Erlac avait par quatre fois tué un innocent,
22:10sans autre motif que poussé par l'irrépressible sentiment
22:14d'avoir subi une agression
22:15et d'y avoir répondu,
22:18sans le moindre remords.
22:22Nicolas Erlac était-il un monstre sanguinaire
22:24ou un dangereux malade mental maniaque du crime ?
22:29Qui pourra jamais répondre à cette question ?
22:34Nous étions le mardi 19 décembre.
22:37L'enquête était close.
22:40Erlac avait signé ses aveux
22:41et avait été écroué.
22:43Dans cinq jours, nous fêterons Noël.
22:49Chacun célébrera à sa manière
22:51la naissance de celui dont le message était
22:54« Aimez-vous les uns les autres
22:57et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. »
23:06Vous venez d'écouter Au cœur du crime,
23:09un podcast issu des archives d'Europe 1.
23:12Réalisation Julien Tarot
23:14Production Estelle Lafon
23:16Patrimoine sonore Sylvaine Denis
23:18Laetitia Casanova et Antoine Reclus
23:21Promotion Marie Corpé
23:23Au cœur du crime est disponible sur le site
23:26et l'appli Europe 1.
23:28Écoutez aussi l'épisode suivant
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23:33Sous-titrage Société Radio-Canada
23:34Sous-titrage Société Radio-Canada
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