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00:00Un podcast issu des archives d'Europe 1.
00:06Savez-vous que plus d'un tiers des crimes et délits commis en France
00:09sont traités par la Gendarmerie Nationale ?
00:14Je m'appelle Yann Kermadek.
00:19Je suis commandant de gendarmerie.
00:22Je dirige une section de recherche
00:23dont la mission essentielle est une mission de police judiciaire.
00:30L'histoire que je vais vous raconter est une histoire vraie.
00:41Tous les faits sont réels et se sont déroulés en France.
00:45Seuls, les noms des personnes et des lieux ont été changés.
00:55M'artroyer frissonna.
00:57Le vent s'engouffrait par toutes les ouvertures de la maison
01:01et elle se dit qu'il était l'heure de fermer les volets.
01:05Marthe n'avait jamais pu s'habituer à la solitude.
01:09Depuis deux ans qu'Henri était mort,
01:11après le chagrin, les larmes,
01:14le désespoir d'avoir perdu celui qui avait été le compagnon de toute une vie,
01:18elle s'était peu à peu résignée.
01:20Elle n'avait plus de famille, pas d'amis.
01:24De temps en temps, une voisine venait faire un brin de causette
01:28en sirotant un verre de vin blanc, celui qu'Henri aimait tant.
01:32Elle bavardait de la pluie et du beau temps
01:34et la voisine s'en retournait,
01:37laissant Marthe plus seule que jamais.
01:40La journée, Marthe s'occupait des quelques lapins
01:43dont elle faisait l'élevage
01:45et qu'elle allait vendre les jours de marché.
01:48Avec la petite retraite qu'elle touchait chaque trimestre,
01:51augmentée de l'argent provenant de la vente de ses lapins,
01:54elle arrivait à vivre tant bien que mal,
01:57sans rien demander à personne.
01:59La nuit allait être glaciale.
02:02Marthe se dit qu'il faudrait bientôt activer le feu dans la cheminée.
02:07La soirée s'annonçait comme les autres soirées,
02:10triste et monotone.
02:12Elle alluma son poste de radio.
02:15Un peu de musique trompait sa solitude et son angoisse.
02:19Oh oui, de la musique, du bruit, tout,
02:21plutôt que ce silence oppressant,
02:24les craquements de la vieille maison,
02:25les hululements du vent,
02:27le frôlement des branches contre les volets clos.
02:31Marthe alla vérifier que la porte d'entrée
02:33était bien fermée à clé,
02:35le verrou poussé.
02:37Elle se souvint du temps où, jeune marié,
02:40Henri se moquait d'elle et de ses frayeurs.
02:44Tout cela était bien loin aujourd'hui.
02:47Henri disparut.
02:49Les frayeurs s'étaient muets en une épouvantable angoisse
02:52dès que le soir tombait.
02:55Dans la cuisine,
02:57la soupe qui va composer le frugal repas de Marthe
03:00est en train de frissonner dans une casserole.
03:03À la radio, Yves Montand chante les roses de Picardie,
03:09la chanson préférée d'Henri.
03:13La soupe est prête.
03:15Marthe en remplit un bol
03:16et va s'installer dans son vieux fauteuil près de la cheminée.
03:21Soudain,
03:23elle s'immobilise.
03:25Elle a entendu un bruit, un craquement.
03:27C'est sans doute son imagination qui lui joue un tour.
03:32On n'a pas idée d'être aussi peureuse.
03:36Marthe regarde la porte d'entrée,
03:38d'où lui a semblé venir le bruit.
03:42Brusquement,
03:43son sang se glace dans ses veines.
03:46La poignée de la porte est en train de tourner doucement,
03:50tout doucement.
03:53Quelqu'un essaie d'entrer.
03:54Marthe est pétrifiée.
03:57Comment appeler au secours ?
03:59La maison est isolée
04:00et Henri n'a jamais voulu faire installer le téléphone.
04:04Pour appeler qui, d'ailleurs ?
04:07Tout à coup,
04:07on frappe à la porte.
04:09Marthe,
04:10rassemblant ses forces et son courage,
04:12se lève
04:13et s'approche en tremblant.
04:15Elle demande d'une voix étranglée.
04:18Qui est là ?
04:20Une voix d'homme inconnu lui répond.
04:22Ouvre !
04:23Ouvre !
04:24Mais qu'est-ce que c'est ?
04:26Qu'est-ce que vous voulez ?
04:27Ouvre, je te dis, ouvre !
04:29Non,
04:30allez-vous-en.
04:31Ouvre-moi,
04:32Oshkasto !
04:33Laissez-moi tranquille,
04:35allez-vous-en.
04:37L'homme frappe maintenant
04:38de toutes ses forces
04:39contre la porte,
04:40à coups de poing,
04:41à coups de pied,
04:42de plus en plus fort.
04:44Marthe est allée se réfugier
04:45au fond de la pièce.
04:46Elle fait une prière désespérée.
04:48Mon Dieu,
04:49mon Dieu,
04:49faites que je me réveille,
04:50faites que ce soit un cauchemar.
04:52Mon Dieu,
04:53aidez-moi,
04:53je vous en prie.
04:55Maintenant,
04:56c'est à coups de pioche
04:57que l'inconnu,
04:58comme un forcené,
04:59s'attaque à la porte
04:59dont l'un des panneaux
05:01a éclaté.
05:02Le bruit de la pioche
05:03contre le bois
05:04résonne dans la tête
05:04et dans le cœur
05:05de Marthe affolée,
05:06qui s'est recroquevillée
05:07comme un pauvre animal
05:08traqué.
05:10À coups de pied,
05:11l'homme fait sauter
05:12le dernier panneau
05:13de la porte déchiqueté.
05:14Marthe ne voit
05:15qu'une masse sombre
05:16et menaçante
05:17qui avance droit
05:18sur elle,
05:19un couteau à la main.
05:22Une lame qui brille,
05:24une douleur fulgurante.
05:27La dernière image
05:28que Marthe Royer
05:29emportera
05:30avant de mourir
05:31la gorge tranchée
05:32sera celle
05:33d'une paire de bottes
05:34en caoutchouc,
05:36des bottes vertes.
05:38C'est le lendemain
05:41vers 15h
05:42que le commandant
05:43de la brigade
05:43territoriale
05:44de Vernon
05:45m'a appelé.
05:46On venait
05:47de découvrir
05:47Marthe Royer
05:48assassiné
05:49baignant dans son sang.
05:52J'aimerais
05:53donc sur place
05:54accompagné
05:55du chef Beauvais,
05:56technicien
05:56des investigations
05:57criminelles
05:58et des gendarmes
05:59préau et la rue.
06:03La victime
06:04gille
06:04près de la cheminée.
06:06À la base du coup,
06:07la plaie est béante.
06:10La tête repose
06:11dans une flaque
06:11de sang coagulée.
06:14Près du corps,
06:15une pioche,
06:17celle qui,
06:17vraisemblablement,
06:19a servi
06:20à défoncer
06:20la porte d'entrée.
06:23Les indices
06:24sont peu nombreux.
06:25Cependant,
06:26nous pouvons relever
06:27quelques empreintes
06:28de pas sur le sol
06:29près du cadavre
06:29et sur ce qui reste
06:31de la porte.
06:32En effet,
06:33sur les panneaux
06:33de bois disloqués,
06:35des traces boueuses
06:36parfaitement nettes,
06:38correspondantes
06:38à des semelles
06:39à crampons
06:39dont le dessin
06:40est très précis,
06:42intéressant au plus haut point
06:43le chef Beauvais
06:44qui en fait un moulage.
06:47Beauvais affirme,
06:48suite à l'examen
06:49des empreintes,
06:50que l'agresseur
06:51portait des chaussures
06:52style patogas
06:53ou des bottes
06:54de taille 42,
06:56usées anormalement
06:57sur le côté gauche
06:58de chaque pied
06:59et dont deux
07:00des crampons
07:00manquent
07:01au pied droit.
07:02Les indices relevés,
07:06les photos
07:06de la victime
07:07et du lieu
07:07du drame
07:08prises,
07:09l'ambulance
07:10emporte le corps
07:11de Marte Royer
07:12vers le centre
07:12hospitalier régional.
07:15Pour tenter
07:16de glaner
07:16quelques renseignements
07:17et connaître
07:18les habitudes
07:19et les fréquentations
07:20de la victime,
07:21nous nous rendons
07:22chez les voisins
07:22les plus proches.
07:24C'est ainsi
07:25que je suis reçu
07:26par Mme Vannot
07:27qui pleure longuement
07:28sur le sort
07:29de cette pauvre Marthe
07:30qui ne s'attendait
07:31certes pas
07:32à rejoindre
07:32son cher Henri
07:33dans des circonstances
07:34aussi horribles.
07:37Pendant que
07:37la brave femme
07:38me confie
07:38ses souvenirs
07:39de jeunesse
07:40du temps
07:40où Marte Royer
07:41et elle
07:42allaient au bal
07:42ensemble
07:43avant de rencontrer
07:44leur mari respectif,
07:46j'aperçois
07:46près de l'âtre
07:47une paire
07:48de bottes vertes
07:49en caoutchouc.
07:51Machinalement,
07:52je m'en saisis,
07:53je regarde
07:54la semelle
07:54et il me semble
07:56reconnaître
07:57le même dessin
07:58que sur les empreintes
07:59relevées tout à l'heure
08:00par le chef Beauvais.
08:03Les bottes
08:04de Mme Vannot
08:04sont neuves,
08:06de pointure 37,
08:07elles ne sont
08:07bien entendu
08:08pas celles
08:08que nous recherchons,
08:09mais il est
08:10très intéressant
08:11d'apprendre
08:11qu'elles ont été achetées
08:13à la coopérative agricole.
08:16Renseignement pris
08:17auprès de la coopérative
08:18en question,
08:20j'ai la certitude
08:21que le dessin
08:22des empreintes
08:22relevées
08:22chez la victime
08:23correspond à une semelle
08:25de bottes
08:25de pointure 42
08:26et qui n'existe
08:27que dans la couleur verte.
08:29De plus,
08:30le gérant
08:31de la coopérative
08:32nous affirme
08:33qu'il est le seul
08:34dépositaire
08:35de cette marque
08:35de bottes
08:36dans la région.
08:38Ainsi,
08:39pour l'instant,
08:40tout ce que nous savons
08:41du meurtrier,
08:43c'est qu'il chose
08:44du 42
08:45et qu'il possède
08:46une paire de bottes
08:47usagées
08:47dont deux crampons
08:49manquent
08:50au pied droit.
08:52Je rassemble
08:53mes hommes
08:54et leur demande
08:55d'effectuer
08:55systématiquement
08:56le porte-à-porte
08:57dans tout le pays.
08:58Je dresse
08:59un plan d'action
09:00qui prévoit
09:01une répartition
09:02journalière
09:02du secteur
09:03à explorer.
09:05Chaque soir,
09:06les équipes
09:07me rendront compte
09:08des lieux
09:08visités
09:09et des personnes
09:10entendues.
09:11Un seul mot
09:12d'ordre.
09:13Des bottes
09:14vertes,
09:15anormalement
09:15usagées,
09:16pointure 42.
09:19Les recherches
09:20commencent,
09:21méthodiques,
09:22dans un cercle
09:23qui va aller
09:24en s'agrandissant.
09:25Les gendarmes
09:27découvrent
09:28de nombreuses
09:28paires
09:29de bottes
09:29vertes,
09:30mais pas
09:30de semelles
09:31correspondantes
09:32aux empreintes
09:32de l'assassin.
09:35Entre le 20
09:36et le 27 novembre,
09:37nous procédons
09:38à de nombreux
09:39contrôles
09:39et visites
09:40inopinées.
09:42Hélas,
09:43sans aucun résultat.
09:46Mais,
09:47les langues
09:47se délient.
09:49La rumeur
09:49commence à circuler,
09:51à s'enfler,
09:52jusqu'à devenir
09:52une seule voix.
09:53« Il y en a un
09:55qui est incapable
09:56d'avoir fait le coup.
09:57C'est Karim Ougalem,
09:58un type très agressif.
10:00Il a déjà menacé
10:00le père du Boile
10:01avec un couteau.
10:02Pour vieux,
10:02on était tout retourné.
10:03Et le Karim,
10:04en plus,
10:04il boit.
10:05Et quand il a bu,
10:06il peut être très violent. »
10:08Un témoin
10:09a même vu
10:10Karim Ougalem
10:11le jour du crime,
10:12dans l'après-midi,
10:13rôder
10:14tout près
10:14de chez Martroyer.
10:17Le témoin ajoute
10:17qu'Ougalem
10:18portait des bottes,
10:19mais il ne se souvient
10:20plus de quelle couleur
10:21elles étaient.
10:23Je décide donc
10:25d'interroger
10:26Karim Ougalem
10:27et je le fais
10:29convoquer
10:29dans mon bureau.
10:32« Monsieur Ougalem,
10:34connaissez-vous
10:34Martroyer ? »
10:36« Oui, monsieur,
10:37je connaissais
10:37Martroyer.
10:38J'avais travaillé
10:39chez elle
10:39il y a quelque temps. »
10:41« Vous aviez
10:42travaillé chez elle ? »
10:43« Oui, monsieur,
10:44des petits travaux
10:44de peinture,
10:45des bricolages,
10:46des choses comme ça, quoi. »
10:48« Où étiez-vous,
10:49monsieur Ougalem,
10:50le 17 novembre
10:51à 7 heures du soir ? »
10:53« Je ne me souviens plus,
10:54monsieur.
10:55Le 17 novembre ?
10:56Je ne sais plus
10:56où j'étais,
10:57mon monsieur. »
10:58« Essayez tout de même
10:59de vous en souvenir,
11:00monsieur Ougalem.
11:01Le 17 novembre
11:02était un mardi.
11:03C'est dans la soirée
11:04que Mme Royer
11:05a été assassinée.
11:06« Attendez, monsieur,
11:08je me souviens maintenant.
11:09Je suis allé faire des courses
11:10chez Favier,
11:10l'épicier.
11:11Je m'ai mis en malaise
11:12et Favier m'a demandé
11:13si je voulais
11:14qu'elle me ramène
11:14chez moi. »
11:17Immédiatement,
11:18je téléphone à l'épicier
11:19qui me confirme
11:20la venue d'Ougalem
11:21dans l'après-midi
11:22du 17 novembre.
11:23Celui-ci a bien acheté
11:24deux bouteilles de vin,
11:26mais en ce qui concerne
11:27son malaise,
11:28l'épicier n'en a gardé
11:29aucun souvenir.
11:32Jusqu'à plus ample informé,
11:34je me vois contraint
11:35de placer Ougalem
11:36en garde à vue
11:37et j'en vois deux de mes hommes
11:38perquisitionnés chez lui.
11:40Je suis curieux
11:41de connaître
11:42la couleur des bottes
11:43qu'il portait
11:43le jour où on l'a vu
11:45rôder près de chez Mar
11:46Troyer.
11:48À son domicile,
11:50Mme Ougalem,
11:51sa femme,
11:51qui ne parle pas
11:52très bien le français,
11:54reçoit mes hommes
11:55avec beaucoup de crainte
11:56et pleure
11:57en apprenant
11:57que son mari
11:58est placé
11:59en garde à vue.
12:01Dans l'appartement,
12:02on ne trouve
12:02qu'un couteau
12:03au pinel
12:04et une vieille
12:05paire de bottes noires
12:06qui n'ont vraisemblablement
12:07aucun point commun,
12:09à part la pointure 42,
12:11avec les bottes
12:12de l'assassin.
12:12Je fais revenir
12:15Ougalem dans mon bureau.
12:17M. Ougalem,
12:18où étiez-vous
12:19le 17 novembre
12:20à 7 heures du soir ?
12:22J'ai eu un malaise,
12:23monsieur,
12:23je vous l'ai déjà dit.
12:24De toute façon,
12:25c'est pas moi
12:26qui ai tué Mme Royer.
12:27Pourquoi je l'aurais tué ?
12:28Dites,
12:28elle ne m'avait rien fait,
12:29cette femme.
12:29Pourquoi ?
12:30Pour de l'argent,
12:32M. Ougalem.
12:34C'est lui qui a fait le coup
12:35à emporter les économies
12:36de Martroyer.
12:37De plus,
12:37vous veniez d'acheter du vin,
12:39vous l'avez dit vous-même.
12:40Or, d'après les témoins,
12:42il suffit que vous ayez
12:43un peu bu
12:44pour que vous deveniez
12:45violent.
12:46Je vous jure, monsieur.
12:47Le vin,
12:47je l'ai ramené chez moi
12:48sans l'avoir bu.
12:49En plus,
12:50ce soir-là,
12:50j'étais malade.
12:51Mais je n'ai pas tué
12:52Mme Royer, monsieur,
12:53je vous j'assure.
12:54J'avais travaillé pour elle.
12:55Elle était gentille.
12:57Jamais j'aurais pu lui faire du mal.
12:58Et d'abord,
12:59quel que c'est
13:00que ces témoins
13:00qui parlent sans savoir ?
13:02Tout ça, monsieur,
13:02c'est parce que je suis un arabe.
13:04Les gens ici sont racistes.
13:05Ils ne m'ont jamais accepté
13:06au village.
13:06Jamais.
13:07Et maintenant,
13:08ils veulent faire croire
13:09que je suis un assassin.
13:10Écoutez, monsieur Ougalem,
13:11moi, je ne suis pas raciste.
13:13Pour moi,
13:14un homme est un homme,
13:14quelle que soit sa couleur
13:15ou sa religion.
13:17Je vous ai mis en garde à vue
13:18parce que vous étiez
13:19le seul suspect,
13:20parce que les témoins
13:21vous ont vu rôder
13:21le jour du crime
13:22près de chez Martroyer.
13:24Videmment, monsieur,
13:25j'ai pu passer
13:25près de chez elle.
13:28Monsieur Ougalem,
13:32vous êtes libre
13:32de rentrer chez vous,
13:33mais je vous demanderai
13:34de ne pas quitter le village.
13:37Merci, monsieur.
13:38C'est vrai,
13:39je bois de temps en temps
13:39parce que ici,
13:41la vie, elle est dure.
13:42Il fait froid.
13:42Neuf mois sur douze.
13:44Il n'y a pas de soleil.
13:45Mais je ne suis pas
13:45un assassin, monsieur.
13:47Demandez à tous ceux
13:47pour que je travaille
13:48dans le village.
13:49Demandez au curé.
13:50C'est moi qui ai réparé
13:51son enfant Jésus
13:51qui avait un bras cassé.
13:53Il vous dira
13:53que je n'ai pas voulu
13:54me convertir,
13:54mais je ne suis pas
13:55un assassin, monsieur.
13:56Karim Ougalem
13:58avait des accents
13:59de sincérité
14:00qui auraient remué
14:01les cœurs
14:02les plus endurcis.
14:04Était-il coupable ?
14:06Vous le saurez
14:07dans quelques instants.
14:08Martroyer,
14:19une vieille dame
14:20vivant seule
14:20dans une maison isolée,
14:22a été assassinée.
14:25Pour entrer
14:25chez sa victime,
14:26le meurtrier
14:27a défoncé la porte
14:28à coups de pioches
14:29et à coups de bottes
14:29dont les empreintes
14:30très visibles
14:31ont été relevées.
14:34On a même pu en déduire
14:35que ces bottes
14:35sont vertes
14:36de taille 42,
14:38usées,
14:39avec deux crampons
14:40manquant au pied droit.
14:42Un seul suspect,
14:44Karim Ougalem,
14:45a été mis en garde à vue.
14:48Des témoins
14:48l'ont aperçu
14:49rôdant le jour du crime
14:50près de la maison
14:51de Martroyer.
14:52De plus,
14:53Ougalem a une réputation
14:55d'homme coléreux
14:56et quand il a bu,
14:58il sort volontiers
14:59son couteau.
15:00Mais Karim Ougalem
15:01se défend
15:02avec l'énergie
15:03du désespoir,
15:03n'ayant retrouvé
15:05chez lui
15:05ni les bottes vertes
15:06ni l'arme du crime
15:07et n'ayant aucune preuve
15:09contre lui,
15:10je décide donc
15:11de le libérer.
15:14Karim Ougalem
15:14libéré,
15:15je me renseignais
15:16auprès de ceux
15:16de ses employeurs
15:17dont il m'avait donné
15:18les noms.
15:19En effet,
15:20contrairement à la rumeur
15:22qui avait circulé
15:22de ferme en ferme,
15:24chez tous ceux
15:25pour qui Ougalem
15:25avait travaillé,
15:26le son de cloche
15:27était tout à fait différent.
15:29Et pas seulement
15:30chez le curé
15:30qui me fit
15:31les plus grands éloges
15:32sur le travail artistique
15:33de Karim,
15:34mais chez plusieurs
15:35habitants du village.
15:36C'est un gars
15:37qui m'a fait
15:37un travail impeccable,
15:38Karim.
15:39Il a repeint
15:40entièrement la maison,
15:41tapissé les chambres
15:42sans problème.
15:43Évidemment,
15:43après le travail,
15:44mais seulement après,
15:45il aimait bien
15:46boire un petit coup.
15:47Et c'est vrai
15:48que quand il a bu,
15:49il pique une colère,
15:50il sort facilement
15:51son opinion,
15:52mais c'est pas bien méchant
15:53tout ça.
15:54Nos autres,
15:55ça nous fait
15:55plutôt rigoler.
15:56Lui,
15:57un assassin ?
15:58Vous plaisantez ou quoi ?
15:59Le Karim,
16:00c'est un brave garçon.
16:02L'enquête
16:04qui avait commencé
16:05dix jours plus tôt
16:06était au point mort.
16:09Pas d'autre
16:10suspect à l'horizon.
16:11Quant à ce pauvre
16:12galème,
16:13il me paraissait
16:14de moins en moins
16:15capable
16:16d'avoir tué
16:17Martroyer.
16:19Un soir,
16:20tandis que je reprenais
16:21une fois de plus
16:22le dossier du meurtre,
16:24on va me prévenir
16:24qu'un cultivateur
16:26de la commune
16:26de Bassu
16:27s'était présenté
16:28à la gendarmerie
16:29afin de porter plainte
16:30contre son voisin
16:31et qu'il insistait
16:32pour me voir.
16:34J'accepte de le recevoir
16:35et je me trouve
16:36face à un homme indigné
16:38et encore sous le coup
16:39de l'émotion.
16:40Son fils,
16:41Frédéric,
16:41seize ans,
16:42a été blessé au bras
16:43par une cartouche de douze
16:44tirée par son voisin,
16:45Bernard Deland,
16:46avec un fusil de chasse.
16:48Bernard Deland,
16:49excédé par le bruit
16:50de la mobilette
16:51du jeune Frédéric,
16:52aurait tiré
16:52plusieurs coups de fusil,
16:54dont un
16:54qui a atteint le jeune homme
16:55et qui l'a blessé au bras,
16:56heureusement,
16:57sans trop de gravité.
16:58C'est une chance,
17:00car Deland était
17:01tellement furieux
17:01que le jeune Frédéric
17:03aurait pu être tué.
17:05Je pars immédiatement
17:06en compagnie
17:07de deux de mes hommes
17:08chez ce Bernard Deland
17:09qui a la gâchette
17:11un peu trop facile.
17:13Arrivé à Bassu,
17:15nous frappons
17:16à la porte
17:16de la petite maison
17:17que le père de Frédéric
17:18nous a indiquée
17:19comme étant celle
17:20de son irrascible voisin.
17:22Un homme,
17:23grand,
17:24fort,
17:24la quarantaine,
17:25nous ouvre la porte.
17:26« Oui,
17:27qu'est-ce que c'est ? »
17:29« Monsieur Deland ? »
17:30« C'est moi. »
17:32« Monsieur Deland,
17:33votre voisin,
17:33monsieur Pierrefont,
17:34a porté plainte contre vous.
17:36Son fils Frédéric,
17:37âgé de 16 ans,
17:38a été blessé
17:38d'un coup de fusil.
17:39« Je ne vois pas
17:40comment il aurait été blessé,
17:41le gamin,
17:42vu que j'ai tiré en l'air
17:43pour lui faire peur. »
17:44« Monsieur Deland,
17:45si vous aviez tiré en l'air,
17:46comme vous dites,
17:47les plombs ne seraient pas
17:48entrés si profondément
17:49dans la chair.
17:51Vous auriez pu tuer
17:52ce jeune garçon,
17:53monsieur Deland.
17:53Je dois vous demander
17:54de me remettre votre arme
17:55et de vous présenter demain
17:56à neuf heures à mon bureau.
17:57« Monsieur,
17:58c'est un sensé,
17:59ça !
17:59Ce moum,
18:00il fait du bruit
18:00toute la journée,
18:01même le soir,
18:02avec sa mobilette
18:02qui fait pétarder sans arrêt.
18:04C'est insupportable,
18:05ça, ce boucan !
18:06J'ai juste tiré
18:07quelques coups de fusil
18:08pour lui montrer que moi aussi
18:09j'allais faire du bruit
18:10s'il n'arrêtait pas
18:10son vacarme. »
18:12« Monsieur Deland,
18:13je vous prie
18:13de me remettre votre fusil. »
18:14« Très bien,
18:15je vais le chercher
18:15et dans l'armise. »
18:18Bernard Deland
18:19quitte la pièce
18:20et se dirige vers une cabane
18:21en préfabriqué
18:22qui défigure son jardin.
18:26Instinctivement,
18:26je ne sais pourquoi,
18:28je lui emboîte le pas,
18:30suivi de mes hommes.
18:32Deland ouvre la porte
18:33de la remise
18:34et au moment
18:35où il saisit le fusil
18:36qui est accroché au mur,
18:39au premier coup d'œil,
18:40je les vois.
18:41Elles sont là,
18:43à peine éclairées,
18:43mais bien réelles,
18:45boueuses,
18:47usées.
18:47Une paire
18:50de bottes vertes.
18:52En deux enjambées,
18:53j'y suis.
18:53Je saisis les bottes
18:54et je les retourne
18:55pour examiner les semelles
18:56et je vois
18:58ce que j'attends
18:59depuis si longtemps.
19:01Des semelles
19:02usées du côté gauche,
19:04deux crampons
19:05manquant à la semelle droite,
19:06des bottes vertes,
19:08pointure 42.
19:11Cette fois,
19:12je sens
19:12que je touche au but.
19:14Il ne me reste
19:15qu'à les comparer
19:16aux empreintes
19:16prises par Beauvais
19:17dans la maison du crime.
19:20Monsieur Deland,
19:21veuillez nous suivre
19:21jusqu'à la gendarmerie
19:22et couvrez-vous.
19:25La nuit risque
19:25d'être froide
19:26et longue.
19:29Quelques instants
19:30plus tard,
19:31sous les yeux
19:32médusés
19:33de Bernard Deland
19:34qui n'a pas encore
19:34réalisé ce qui lui arrivait,
19:37nous constatons
19:38que ces bottes vertes
19:39correspondent
19:40exactement
19:40aux empreintes
19:42relevées
19:42chez Martroyer
19:43par le chef Beauvais.
19:44L'interrogatoire
19:47commence.
19:49Monsieur Deland,
19:51ces bottes
19:52vous appartiennent-elles ?
19:54Bien sûr,
19:54c'est mes bottes
19:54de chasse.
19:57Monsieur Deland,
19:58où étiez-vous
19:59le mardi 17 novembre
20:00à 7h du soir ?
20:0317 novembre ?
20:03Mais j'en sais rien,
20:04moi,
20:04qu'est-ce que je vous dise ?
20:05Qu'est-ce qu'il y a
20:06à la fin ?
20:07Il n'y a pas de problème,
20:08j'ai avoué
20:08pour le petit Frédéric.
20:09J'étais énervé,
20:10alors j'ai tiré,
20:11mais il n'en est pas mort.
20:12Il ne s'agit plus
20:14de Frédéric Pierrefond,
20:15monsieur Deland,
20:16mais de Martroyer
20:17qui, elle,
20:18est morte
20:19le mardi 17 novembre.
20:22Alors ?
20:23Où étiez-vous
20:24ce soir-là ?
20:25Mais je vous ai dit
20:25que j'en savais rien,
20:26moi !
20:27Monsieur Deland,
20:28vous étiez
20:29chez Martroyer.
20:30Vous avez défoncé
20:31sa porte à coups
20:31de pioches
20:32et à coups de pieds.
20:33Inutile de lier,
20:34monsieur Deland,
20:35nous avons relevé
20:35les empreintes
20:36de vos bottes.
20:37Vous avez tué
20:38Martroyer,
20:40n'est-ce pas,
20:41monsieur Deland ?
20:42Bernard Deland
20:44est comme un rat
20:45pris au piège.
20:47Après avoir
20:48faiblement tenté
20:49de se disculper,
20:51il finit par avouer
20:52son horrible crime.
20:56Oui,
20:56je savais
20:57qu'il y avait
20:57des économies.
20:59J'avais besoin
20:59d'argent.
21:01Je me suis dit
21:01que sa maison
21:02était isolée
21:03et que personne
21:04n'entendrait.
21:05Alors j'ai frappé
21:06à la porte
21:06et elle n'a pas
21:07voulu m'ouvrir.
21:08Alors j'ai enfoncé
21:09la porte.
21:09J'étais
21:09comme enragé.
21:11Je voulais
21:11son magot
21:12dont elle ne se servait
21:13pas parce que moi
21:14j'en avais besoin.
21:15Et puis je pensais
21:16qu'on accuserait
21:17l'arabe
21:17puisqu'il avait
21:18travaillé chez elle
21:19et qu'il avait
21:19la réputation
21:20de jouer du couteau
21:21et que dans la maison
21:22il avait peut-être
21:22laissé des empreintes
21:23puisqu'il avait
21:24fait du bricolage
21:25là-bas
21:25il y a peu de temps.
21:28Ce sont vos empreintes
21:29à vous
21:29qui vous ont trahis,
21:30monsieur Deland.
21:30Comment avez-vous tué
21:33madame Royer ?
21:35Avec un couteau
21:37de cuisine.
21:39Je lui ai tranché
21:39la gorge.
21:42Qu'avez-vous fait
21:43de l'arme du crime ?
21:45Vous trouverez le couteau
21:46dans une gouttière
21:47de la maison
21:47de la vieille Royer.
21:49C'est là
21:49que je l'ai caché.
21:53Et c'est bien là
21:54qu'on retrouvera
21:54le couteau
21:55ensanglanté.
21:56Pour moins de
21:58trois mille francs
22:00une vieille dame
22:01avait été assassinée.
22:03Son meurtrier
22:04était sous les verrous.
22:06Au village
22:07après toutes ses émotions
22:08la vie reprenait
22:09son cours
22:10calme et monotone.
22:13En passant
22:13devant l'église
22:14j'avais rencontré
22:15Karim Ougalem
22:16qui marchait
22:17d'un bon pas.
22:18Comment allez-vous
22:19monsieur Ougalem ?
22:20Tout va très bien monsieur.
22:21Ma femme l'attend
22:22bébé.
22:22J'ai du travail.
22:23Je demande rien d'autre.
22:24Du travail,
22:25la liberté.
22:26Au revoir monsieur.
22:26Merci.
22:29Un peu plus loin
22:29on installait
22:30les vitrines
22:30et les guirlandes
22:31de Noël.
22:33Nous étions dans
22:33les premiers jours
22:34de décembre.
22:36Oui.
22:37Il fallait bien
22:38que la vie continue.
22:39N'est-ce pas ?
22:40Vous venez d'écouter
22:47Au cœur du crime,
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22:49issu des archives
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