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  • il y a 4 mois

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00:00Bienvenue dans les récits extraordinaires de Pierre Bellemare, un podcast issu des archives d'Europe 1.
00:12Voyez-vous, dans la plupart des affaires judiciaires, les choses sont relativement simples, je veux dire, d'un point de vue moral.
00:19Il y a d'un côté la victime, de l'autre le coupable, et entre les deux la police et la justice, qui sont chargées de faire respecter le bon droit.
00:30On sait quoi penser, on sait de quel côté on est, on prend partie sans réserve, parfois même on s'indigne.
00:40Et puis, il y a d'autres affaires qui sont plus nuancées, plus contradictoires, plus douloureuses aussi.
00:51Là, il n'y a plus d'un côté le noir, et de l'autre le blanc, ce n'est plus le bien contre le mal.
00:57Et on comprend, même si on n'approuve pas toujours, on comprend les uns comme les autres.
01:04Et on éprouve malgré soi une sensation de gêne et de malaise.
01:08On aimerait que tout soit simple, que l'un ait tort, l'autre raison.
01:12Non, mais non, décidément, ce n'est pas si simple.
01:17Comme nous allons le voir dans cette affaire Finali, par exemple,
01:22qui a agité la France pendant les années qui ont suivi la Deuxième Guerre mondiale.
01:26Dans cette nuit du 14 au 15 février 1944, à la Tronche, près de Grenoble, tout dort.
01:50Mais, brusquement, un bruit dans le silence.
01:55Une traction avant stoppe dans un crissement de frein, le claquement de deux portières,
01:59des pas lourds et rapides dans l'escalier d'une maison endormie,
02:02des coups de poing contre une porte qui tarde à s'ouvrir,
02:05une femme en chemise de nuit apparaît dans le trevaillement,
02:08et devant elle, deux hommes, en imperméable mastic le sinistre uniforme de la Gestapo.
02:15« Madame Finali, suivez-nous avec votre mari. »
02:23Voilà.
02:25Une arrestation comme tant d'autres à cette époque.
02:29Jamais on ne retrouvera monsieur et madame Finali.
02:34On ne saura jamais dans quel camp d'extermination
02:38ou dans quel wagon à bestiaux ils ont trouvé la mort.
02:40Ils ne laisseront derrière eux aucune nouvelle, aucune trace.
02:47C'est là qu'ils ont quitté le monde.
02:51Ils ont disparu pour tous dans cette nuit froide
02:54du 14 au 15 février 1944 à la Tronche,
03:00près de Grenoble.
03:03Les Finali sont des juifs autrichiens qui avaient quitté leur pays
03:07au moment de son rattachement à l'Allemagne.
03:10Le mari de docteur Finali était médecin dans un hôpital de Vienne.
03:15Il avait devant lui un brillant avenir,
03:17mais l'histoire en a décidé autrement.
03:22Les Finali, fuyant vers l'ouest, ont abouti en France, dans l'Isère.
03:26Là, on les a accueillis, on les a cachés.
03:29Ils ont eu deux enfants, Robert en 1941 et Gérard en 1942.
03:36Le docteur Finali, qui était un juif pratiquant,
03:39militant dans des organisations sionistes,
03:41du temps où c'était encore possible en Autriche,
03:44avait fait circoncire ses enfants.
03:46Mais, comme il se sentait une dette de reconnaissance vis-à-vis de la France
03:50et de ses habitants de l'Isère,
03:52chez qui il avait trouvé un refuge,
03:53il avait fait naturaliser l'aîné des deux garçons, Robert.
03:58Bon, ce ne sont pas là des détails sans importance.
04:01On en reparlera beaucoup par la suite.
04:03Et dès le départ, tout est nuancé.
04:08Les deux enfants sont juifs
04:09et l'un d'eux est nationalisé français.
04:14Sur les conseils du maire de la Tronche,
04:16les Finali, qui se savaient traquer,
04:18ont placé leurs enfants dans une institution religieuse voisine.
04:22Après l'arrestation,
04:24une amie du couple va rechercher des enfants
04:26car même là, leur sécurité n'est pas entièrement assurée.
04:30On risque de les retrouver.
04:32Mais, que faire ?
04:34À qui les confier ?
04:36Qui va accepter de s'occuper d'eux ?
04:38De les cacher au péril de sa vie ?
04:42C'est alors qu'elle pense à Mademoiselle Brun.
04:45C'est une personnalité, Mademoiselle Brun.
04:49Elle fait partie des gens qui, dans l'ombre,
04:51essayent de venir en aide à tous ceux qui sont traqués,
04:54les résistants, les juifs.
04:56La cinquantaine, corpulente,
04:59cheveux frisés, militante catholique,
05:01Mademoiselle Brun dégage une impression de chaleur et d'énergie.
05:04Elle a déjà recueilli plusieurs enfants de déportés
05:08qu'elle élève à sa manière,
05:10à la fois autoritaire et maternelle.
05:13Quand on vient lui proposer les deux petits finalis,
05:15cette femme dévouée et courageuse n'hésite pas.
05:18Ça fera deux de plus à la maison.
05:21On se serrera un peu.
05:23C'est donc seule
05:24qu'elle les nourrit,
05:26qu'elle les élève
05:27et qu'elle leur sert de mère jusqu'à la libération.
05:30Mars 1945.
05:34La région de Grenoble est déjà libérée depuis septembre 1944,
05:37quand le maire de la Tronche reçoit une curieuse lettre
05:40avec un magnifique timbre d'un pays qu'il ne connaît pas.
05:44Il faut dire que ce n'est pas courant,
05:46une lettre de Nouvelle-Zélande.
05:49Le maire serait bien tenté de découper le timbre
05:51pour le mettre dans sa collection,
05:52mais il n'en a pas le droit.
05:54Il doit garder l'enveloppe pour justifier de la provenance.
05:57L'expéditrice se nomme Mme Fichel.
06:02Elle demande des nouvelles de son frère,
06:03le docteur Finali,
06:04de sa belle-sœur
06:05et de leurs enfants.
06:08Par retour du courrier,
06:09le maire répond que les parents ont été déportés
06:11et les enfants confiés à Mlle Brun.
06:15Il sait que le docteur Finali souhaitait qu'en cas de malheur,
06:18les enfants soient confiés à l'une de ses sœurs.
06:20Mais pour l'instant,
06:21il faut attendre.
06:22Tous les déportés ne sont pas encore rentrés d'Allemagne
06:25et on ne peut pas conclure au décès des parents.
06:29Par la suite,
06:31Mlle Brun elle-même écrit à Mme Fichel.
06:34Elle lui dit que les enfants sont en bonne santé,
06:36mais qu'il n'est pas question
06:38qu'ils aillent la rejoindre en Nouvelle-Zélande,
06:40à l'autre bout du monde,
06:41car la guerre vient de se terminer depuis quelques semaines à peine
06:43et ce serait vraiment trop dangereux.
06:45Et c'est à partir de ce moment
06:48que l'affaire Finali va commencer.
06:52Dans un premier temps,
06:54elle va prendre l'allure d'une incroyable
06:56et d'une interminable
06:57bataille juridique.
07:00En novembre 1945,
07:02Mlle Brun réunit un conseil de famille
07:04pour décider du sort légal des enfants Finali.
07:07Je vous rappelle
07:08qu'un conseil de famille doit réunir
07:10devant le juge de paix du canton
07:12trois membres de la branche paternelle
07:15et trois membres de la branche maternelle
07:17où, si la famille n'existe plus,
07:19des amis et des voisins.
07:21Et là, Mlle Brun commet sa première
07:23irrégularité juridique.
07:25Elle ne signale pas au juge de paix
07:27l'existence de la tente de Nouvelle-Zélande.
07:31C'est donc en toute logique
07:32et en toute bonne foi
07:32que le juge la nomme tutrice des enfants.
07:36Quand Mme Fichel la prend là-bas aux antipodes,
07:40elle n'accepte pas ce fait accompli.
07:41Au contraire, elle commence des démarches
07:43par la voie diplomatique
07:44mais est sans résultat.
07:47Mme Fichel s'adresse alors au plus haut.
07:49Elle écrit à Georges Bidot
07:50qui est en août 1946
07:52président du gouvernement provisoire.
07:55Georges Bidot
07:55transmet le dossier à la Croix-Rouge
07:57et cette fois, il y a un résultat.
07:59Un représentant parvient à entrer en contact
08:01avec Mlle Brun
08:02mais c'est pour conclure dans son rapport
08:05Mlle Brun refuse catégoriquement
08:07de rendre les enfants.
08:09Nous sommes le 5 octobre 1946
08:13et cette fois, l'affrontement est ouvert
08:14entre Mlle Brun et la famille Finali.
08:18Quelques semaines plus tard, d'ailleurs,
08:19Mlle Brun refuse tout aussi catégoriquement
08:21de rendre les enfants
08:22à une Mme Finali,
08:24veuve d'un frère du docteur,
08:26mort lui aussi en déportation.
08:28L'assistante sociale
08:29qui était présente à cet entretien
08:31note dans son rapport
08:33Mlle Brun a déclaré
08:34qu'elle ne laisserait à aucun prix
08:36partir les enfants
08:37qu'elle considère comme les siens
08:38les ayant sauvés de l'arrestation
08:40et de la déportation.
08:42Alors que personne ne voulait les prendre,
08:43elle a été la seule
08:44à les accepter.
08:46Elle s'engage à leur donner
08:47la meilleure instruction possible,
08:49elle promet d'entretenir des relations
08:51avec la famille en Nouvelle-Zélande
08:52et ailleurs
08:53et même d'organiser au moins une fois
08:55un voyage à ses frais.
08:56L'année 1947,
09:00tout entière se passe
09:01sans aucun fait nouveau.
09:03Oui, c'est une affaire douloureuse.
09:05Bien sûr, d'un côté,
09:06la famille a raison
09:07de réclamer les enfants
09:08et la loi le veut ainsi.
09:11Mais d'un autre côté,
09:13Mlle Brun qui a recueilli
09:14et élevé ses enfants
09:15au péril de sa vie
09:16et qui leur a sauvé la vie à eux,
09:19à comment dire,
09:20une sorte de droit moral,
09:23maintenant elle s'y est attachée
09:24et il faudrait les rendre
09:26et même pas à leurs parents
09:28mais à des tantes,
09:29à des oncles
09:29qu'ils n'ont jamais vus
09:30et qui le plus habitent à l'étranger,
09:32parlent une autre langue,
09:33sous un autre climat.
09:37Oui, ce n'est pas simple
09:38et c'est douloureux.
09:43Mais en 1948, voyez-vous,
09:45se produit un fait
09:46qui va tout changer
09:47et qui va faire basculer
09:48totalement l'affaire Finale
09:49et lui donner
09:51une toute autre signification.
09:53Le jour de Pâques 1948,
10:00Mlle Brun fait baptiser
10:01Robert et Gérard.
10:04Sur la photo traditionnelle,
10:05il se rit gentiment,
10:06ces deux beaux garçons
10:07de 6 et 7 ans,
10:08en short et chemisette blanche,
10:10avec leur croix de bois
10:11sur la poitrine.
10:12Ils ont l'air heureux
10:13et pourtant,
10:15à partir de cet instant,
10:16ils vont être l'enjeu
10:17d'un drame qui les dépasse.
10:18car ce qu'il était jusque-là
10:22qu'un douloureux cas humain
10:23va devenir une affaire religieuse.
10:27Il est probable qu'aujourd'hui,
10:29un prêtre aurait refusé
10:30de célébrer un tel baptême.
10:32On ne peut pas donner
10:33ce sacrement contre
10:34l'avis des parents
10:35ou de la famille,
10:36à moins, bien entendu,
10:37que ce soit l'intéressé
10:38lui-même qui le demande.
10:39Mais à 6 et 7 ans,
10:40c'est quand même un peu tôt.
10:42C'est peu de temps après
10:43qu'intervient une troisième
10:45tante des enfants.
10:47Mme Rosner,
10:47père, sœur du docteur Finali.
10:51Mme Rosner habite
10:52avec son mari,
10:53la Palestine,
10:54qui est devenue
10:54depuis quelques semaines
10:55le nouvel État d'Israël.
10:57C'est elle qui, désormais,
10:59va agir au nom de la famille,
11:01car la famille s'est entendue
11:03pour lui confier les enfants.
11:05Mme Rosner charge
11:07un grenoblois,
11:08M. Keller,
11:09de défendre sur place
11:10ses intérêts.
11:12Entre-temps,
11:12l'évêque de Grenoble
11:13convoque Mlle Brun,
11:14car l'affaire commence maintenant
11:15à agiter les milieux catholiques.
11:17Et devant l'évêque,
11:18Mlle Brun présente une défense
11:19en quatre points
11:20qui est un résumé
11:21de toute l'affaire.
11:22Premièrement,
11:23elle est la tutrice légale
11:24des enfants.
11:26Mais cela,
11:27nous le savons,
11:27c'est au prix
11:28d'une irrégularité.
11:29Elle a caché au juge de paix
11:30que les petits Finali
11:31avaient encore une famille.
11:33Deuxièmement,
11:34le docteur Finali
11:35avait une dette
11:37de reconnaissance
11:37envers la France.
11:38Après sa mort,
11:39les enfants doivent
11:40s'acquitter de cette dette
11:41en restant français.
11:42D'ailleurs,
11:42le docteur avait fait
11:43naturaliser l'aîné.
11:44Troisièmement,
11:46les enfants sont nés en France,
11:47ils y ont toujours vécu,
11:48ils ont maintenant
11:49six et sept ans,
11:50ils n'ont pratiquement
11:51pas connu leurs parents,
11:52ils avaient un an
11:53et deux ans
11:53à l'arrestation
11:54et ils étaient déjà
11:55depuis plusieurs mois
11:56séparés d'eux.
11:57C'est elle qui les a élevés.
11:58Ils l'appellent maman.
12:00Et quand on leur demande
12:01leur nom de famille,
12:02ils répondent brun.
12:03Il est évident
12:06que ces deux points
12:06sont justes
12:07dans son optique à elle.
12:09Mais Mlle Brun
12:10ajoute,
12:11et c'est là
12:11le quatrième point,
12:13si les parents
12:14étaient israélites,
12:15les enfants ont librement
12:16choisi leur religion
12:17par le baptême.
12:21Il faut la comprendre,
12:22Mlle Brun.
12:24Elle aime ses enfants
12:25comme si c'était les siens
12:26et dans son esprit,
12:27dans sa certitude
12:27de catholique militante,
12:30les faire baptiser,
12:31c'est leur donner
12:31la chose la plus précieuse
12:32qu'elle puisse leur donner.
12:33L'espérance du paradis
12:34au lieu de l'enfer
12:35qui attend immanquablement
12:37les juifs.
12:38Mais là,
12:38Mlle Brun est allée trop loin.
12:40Ses enfants sont bien juifs.
12:42Ils sont tous deux circoncis
12:43et n'oublions pas
12:44que nous sommes juste
12:45après la guerre,
12:46après le plus terrible massacre
12:48qu'on ait jamais vu
12:49contre un peuple
12:49et une religion.
12:51Dans l'état d'esprit
12:52de l'époque,
12:53le geste de Mlle Brun
12:54va soulever
12:54dans les milieux juifs français
12:55et bientôt du monde entier
12:57une émotion considérable.
12:59Au nom des finalis,
13:00M. Keller porte plainte
13:02devant le procureur
13:03de Grenoble
13:04qui décide
13:04un nouveau conseil
13:05de famille
13:06qui se tient
13:06en septembre 1949.
13:09Et cette fois,
13:09la décision est
13:10toute différente.
13:12Avant un mois,
13:13Mlle Brun
13:14remettra les enfants
13:15à Mme Rosner
13:16et la famille finalis
13:18paiera à Mlle Brun
13:19tous les frais
13:20qui avaient été nécessaires
13:22pour élever les enfants.
13:24La bataille juridique
13:25atteint alors son maximum.
13:27Pour un vice de forme,
13:28Mlle Brun
13:29arrive à faire casser
13:30ce second conseil
13:31de famille.
13:32Alors on convoque
13:33un troisième conseil
13:34de famille
13:35qui est cassé
13:36à son tour.
13:38Ce n'est qu'en juin 1952
13:39que la cour d'appel
13:40de Grenoble
13:40confirme
13:41que les enfants
13:42doivent être remis
13:43aux époux Rosner
13:44et c'était bien sûr
13:46la stricte application
13:48de la loi.
13:48Mais la cour
13:49avait tenu
13:50à rendre hommage
13:51à Mlle Brun.
13:52Elle a eu le grand mérite
13:53de donner asile
13:55à ses enfants
13:55au moment
13:56où ils étaient gravement
13:57menacés
13:57et de prendre
13:58à sa charge
13:59avec un courage
14:00peu commun
14:00les risques
14:02qui pesaient sur eux
14:03de les faire ensuite élever
14:04dans d'excellentes conditions
14:05en les entourant
14:06de sa constante
14:07sollicitude.
14:10Mais
14:11quand un mois plus tard
14:13M. Keller
14:14se présente
14:15chez Mlle Brun
14:15pour récupérer
14:16les enfants,
14:18il n'y a plus personne.
14:20Ils sont partis.
14:21L'affaire Finali
14:23va encore une fois
14:24changer de dimension.
14:25Elle va maintenant
14:25devenir une fantastique
14:27course-poursuite
14:28à travers la France
14:28sous les yeux
14:29de l'opinion française
14:30et même mondiale.
14:38Les récits extraordinaires
14:40de Pierre Belmar
14:41un podcast européen.
14:43M. Keller
14:43a porté plainte
14:44pour non-présentation
14:45d'enfants
14:45et la police,
14:46les gendarmes
14:47se mettent à chercher
14:48une vieille demoiselle
14:49accompagnée
14:50de deux garçonnés.
14:51Mais
14:51ce n'est pas si facile
14:53car les enfants Finali
14:54ont commencé
14:54avec Mlle Brun
14:55une course
14:56folle
14:57à travers la France
14:58qui les conduit
14:59d'établissement scolaire
14:59en établissement scolaire.
15:01D'abord
15:01chez des religieuses
15:02à Paris
15:03puis au collège
15:04Saint-Jean à Marseille.
15:05A chaque fois
15:05ils sont inscrits
15:06sous de faux noms
15:07avec la complicité
15:08des supérieurs
15:09et de certains enseignants.
15:11Car c'est là
15:11un fait nouveau.
15:12Des membres
15:13du clergé catholique
15:14se font complices
15:15dans la fuite
15:16des enfants
15:17contre la famille Finali,
15:18contre la justice
15:19et les lois
15:20du pays elle-même.
15:22A Marseille
15:22il faut fuir encore.
15:24Les journaux,
15:25les revues
15:25ont publié
15:26un peu partout
15:26la photo des enfants.
15:27On craint
15:28qu'ils n'aient été reconnus.
15:29On décide
15:30de fuir à Bayonne.
15:32Et là
15:32pour la première fois
15:33le directeur du collège
15:33Saint-Louis de Gonzague
15:34où sont placés
15:35les enfants
15:36ne marche pas.
15:37Le père supérieur
15:38a reconnu immédiatement
15:39les enfants Finali
15:40et lui
15:41prévient les autorités.
15:43Nous sommes
15:43le 1er février 1953.
15:46Informé aussitôt
15:47M. Keller
15:47se rend
15:48à Saint-Louis de Gonzague.
15:50On a enfin retrouvé
15:51les enfants.
15:52Les choses
15:52vont rentrer dans l'ordre.
15:54L'affaire Finali
15:55semble terminée.
15:57En fait,
15:57c'est maintenant
15:57qu'elle va prendre
15:59son aspect
16:00le plus dramatique.
16:02Quand M. Keller
16:03pénètre
16:04dans le solennel
16:05parloir du collège
16:05et quand il voit
16:07le visage du père supérieur,
16:09il comprend tout de suite.
16:11Pas besoin d'explication,
16:12les enfants ont disparu
16:13encore une fois.
16:14Mais cette fois-ci,
16:17c'est plus grave.
16:19Car Bayonne
16:19est tout près
16:20de la frontière.
16:22Des centaines
16:22de gendarmes
16:23et de gardes mobiles
16:23peuvent bien patrouiller
16:24dans la région
16:25pendant des semaines.
16:27Tout le monde
16:27se doute
16:27que leurs efforts
16:29seront vains.
16:30Il est évident
16:30que les enfants
16:31ont franchi
16:31la frontière espagnole.
16:32Ils sont sans doute
16:33déjà dans un couvent
16:35outre-Pyrénées
16:35et on sait bien
16:36que les religieux
16:37espagnols
16:38qui sont particulièrement
16:39traditionnalistes
16:39ne rendront pas facilement
16:41ces jeunes convertis
16:42à la communauté juive
16:44qui veulent les faire
16:45retourner
16:45à leur première religion.
16:47Si c'est bien cela,
16:48l'affaire Finali
16:49est entrée
16:50dans une impasse
16:50et peut-être même
16:51on ne reverra
16:52jamais les enfants.
16:54Et c'est bien cela
16:55en effet.
16:57Avec l'aide
16:58de plusieurs religieux
16:59de Bayonne
16:59et des environs,
17:00les enfants Finali
17:00ont d'abord
17:01gagné un village frontalier
17:02et ont été confiés
17:03au curé.
17:04Le curé
17:05leur a fait passer
17:06la frontière
17:06accompagnée
17:07de deux passeurs
17:07professionnels.
17:09C'est alors
17:10pour le petit groupe,
17:11les passeurs,
17:11les enfants,
17:12le curé
17:12et un complice,
17:13commerçant à Saint-Jean-de-Luz,
17:15une équipée
17:15rocambolesque
17:16à travers la montagne.
17:17Cinq heures de marche
17:18dans la neige,
17:19quelquefois jusqu'aux genoux
17:20pour arriver épuisés
17:21de l'autre côté.
17:23Et c'est dans un couvent
17:23de Bénédictin
17:24à 60 kilomètres
17:26de Saint-Sébastien
17:27en plein Pays Basque
17:28que les enfants
17:29trouvent refuge.
17:30Là,
17:30ils sont presque inaccessibles.
17:33En attendant,
17:34en France,
17:35l'émotion est considérable.
17:36La Ligue des droits de l'homme,
17:37les associations
17:38de résistants,
17:38de déportés
17:39multiplient les protestations.
17:41Mais c'est surtout évidemment
17:42dans la communauté juive
17:43que l'émotion est à son comble.
17:45Le grand rabbin Kaplan
17:46dénonce le fanatisme religieux
17:48et demande
17:48aux gardes des Sceaux
17:49d'intervenir vigoureusement.
17:51L'Alliance israélite universelle
17:53envoie un télégramme
17:54au pape Pie XII
17:54lui faisant part
17:55de l'émotion
17:56des communautés juives
17:57du monde entier
17:58et demandant
17:58l'intervention du pape
18:00pour ramener la paix
18:01entre les esprits.
18:03En attendant,
18:03la police fait son travail
18:04et les arrestations
18:05se multiplient.
18:08Outre Mademoiselle Brun,
18:10on voit arriver en prison
18:11des gens
18:11qu'on n'a pas l'habitude
18:12d'y voir.
18:14Il y a les passeurs
18:15qui ont aidé
18:15à franchir la frontière,
18:17aux commerçants
18:18de Saint-Jean-de-Luzes,
18:19mais aussi la mer supérieure
18:21d'un couvent de Grenoble,
18:22le curé du village frontalier
18:23et trois autres prêtres
18:24de la région.
18:26Et dans les semaines
18:26qui suivent,
18:27d'autres religieux
18:28sont arrêtés à leur tour.
18:29Tous ont participé
18:30directement ou indirectement
18:32à la fuite
18:32des enfants finalis.
18:33Tous revendiquent hautement
18:36leur acte
18:36qu'ils considèrent
18:37comme un devoir sacré
18:39et une partie
18:40de l'opinion catholique
18:41les approuve.
18:42De l'autre côté,
18:44avec Maître Maurice Garçon,
18:45l'avocat de la famille Finali,
18:47l'autre partie de l'opinion
18:48est tout aussi virulente
18:50en sens contraire.
18:51Est-ce que les querelles
18:52de religion
18:53vont se réveiller en France
18:55en plein XXe siècle ?
18:57Il faut faire quelque chose,
18:58et vite !
18:59Mais quoi ?
19:00Car la justice française
19:01peut bien arrêter
19:02les responsables
19:03qui d'ailleurs ne nie pas.
19:05Cela n'avance à rien.
19:07Ce n'est pas ce qui peut
19:07faire revenir les enfants.
19:09L'État espagnol
19:10est souverain
19:11et très respectueux
19:12de ce que font
19:13les communautés religieuses,
19:14même si ce n'est pas
19:15entièrement légal.
19:16En fait,
19:17une seule autorité
19:18peut négocier
19:18le retour des enfants,
19:20l'Église catholique
19:21de France.
19:23Car dans sa très grande majorité,
19:26le clergé français
19:26a désapprouvé
19:27la conduite
19:27de certains de ses membres,
19:29conduite contraire
19:30aux lois
19:30et à la liberté
19:31de conscience
19:31de chacun.
19:34Le 6 juin,
19:35le grand rabbin Kaplan
19:36et le cardinal Gerlier
19:37Prima des Gaules
19:37concluent
19:39un protocole d'accord.
19:41La communauté juive
19:42charge l'Église catholique
19:43de négocier
19:44le retour des enfants
19:45en France
19:46et le pape lui-même
19:47approuve cet accord.
19:48Oui,
19:50il a fallu aller
19:51jusqu'au pape
19:52pour résoudre
19:53l'affaire Finali.
19:54À partir de ce moment,
19:56les autorités espagnoles,
19:57civiles et religieuses
19:58ne peuvent que s'incliner.
20:01Le 27 juin 1953,
20:02une voiture passe en trombe
20:03le pont d'Andaille
20:04et les policiers
20:06des deux côtés
20:06de la frontière
20:07s'écartent respectueusement.
20:08Ils ont des ordres.
20:09Cette fois,
20:10les enfants Finali
20:11sont revenus en France.
20:14Ils n'y resteront pas longtemps.
20:16Un mois plus tard,
20:16exactement le 27 juillet
20:181953,
20:19sur une piste discrète
20:21du Bourget,
20:22un avion de la compagnie
20:23Elal
20:23s'envole à destination
20:24de Jérusalem.
20:26À l'intérieur,
20:26il y a Mme Rosner,
20:28la tante d'Israël
20:29et deux petits garçons
20:31en culotte courte
20:31qui se prénomment
20:32Gérard et Robert.
20:35Pourtant,
20:36l'affaire Finali
20:36n'est pas encore
20:38tout à fait terminée.
20:40Il reste à régler
20:40les suites judiciaires.
20:43C'est d'abord,
20:43en mars 1954,
20:44Mlle Brun
20:45qui comparaît
20:46devant la cour d'Orion.
20:48Elle est accusée
20:49d'enlèvement d'enfants,
20:50mais au terme
20:50de l'article 336 du Code,
20:52c'est-à-dire
20:53sans fraude
20:54ni violence.
20:57Il y a foule
20:57pour la voir paraître
20:58dans son tailleur noir
20:59une large croix d'or
21:00sur son corsage blanc.
21:01La vieille demoiselle
21:03parle avec fougue,
21:05avec comportement
21:05et il faut bien le dire
21:06avec une sincérité
21:07qui touche.
21:08D'ailleurs,
21:09tout le monde
21:10veut l'apaisement.
21:11L'avocat général
21:12conclut à la fin
21:13d'un réquisitoire
21:13particulièrement modéré
21:14« Mlle Brun
21:17a droit
21:17à une certaine
21:17bienveillance.
21:19Elle ne doit
21:19subir
21:20aucune sanction
21:21corporelle.
21:22Je demande
21:23à la cour
21:23de prononcer
21:23une sanction
21:25indulgente.
21:26Ce sera là,
21:26je crois,
21:27faire preuve
21:27d'une bonne justice. »
21:29Maître Lambert,
21:31avocat de la partie civile,
21:32se lève de son banc
21:33juste le temps nécessaire
21:34pour dire que la famille
21:35Finali renonce
21:36à toute poursuite
21:37et Maître Floriot,
21:40avocat de Mlle Brun,
21:41n'a plus qu'à conclure
21:43en résumant
21:44l'avis général.
21:45Jeter le voile
21:46de l'oubli
21:47sur cette pénible affaire
21:48à quitter
21:49la vieille dame
21:50qui n'a péché
21:52que par excès
21:52de tendresse.
21:55Je ne vous surprendrai
21:55pas en vous disant
21:56que Mlle Brun
21:57fut effectivement
21:58acquittée.
21:59Le second
22:00et le dernier acte judiciaire
22:02a eu lieu
22:02un an plus tard,
22:03le 8 juin 1955,
22:05chez le juge
22:06d'instruction de Bayonne.
22:07Les 18 personnes
22:08accusées de complicité
22:10dans l'affaire,
22:11une mère supérieure,
22:12des curés,
22:13des abbés,
22:13des enseignants religieux
22:14sont relaxées.
22:16La partie civile
22:17ayant retiré sa plainte,
22:19l'affaire se termine
22:19par un non-lieu.
22:21Voilà comment s'achève
22:22cette affaire Finali
22:24qui a passionné
22:25et a failli diviser
22:27la France
22:28entre 1945
22:29et 1953.
22:32Alors aujourd'hui,
22:33il ne reste qu'une question,
22:35la seule vraiment importante.
22:37Que sont devenus
22:38les enfants Finali ?
22:41Eh bien,
22:42ils sont restés en Israël.
22:44Ils ont aujourd'hui
22:4535 et 36 ans.
22:47Ils sont tous les deux
22:48mariés,
22:48pères de famille.
22:50L'aîné Robert
22:50est médecin comme son père.
22:51Le cadet Gérard
22:52travaille dans la mécanique
22:53de précision.
22:55Alors,
22:56puisqu'aujourd'hui,
22:57les petits Finali
22:58sont devenus des hommes
22:59comme les autres,
23:01je crois qu'on peut dire
23:01que l'affaire Finali
23:02est une affaire
23:04qui se termine bien.
23:05Vous venez d'écouter
23:25les récits extraordinaires
23:27de Pierre Bellemare,
23:28un podcast
23:29issu des archives
23:31d'Europe 1.
23:31Réalisation et composition musicale
23:35Julien Tarot
23:36Production
23:37Estelle Lafon
23:38Patrimoine sonore
23:40Sylvaine Denis
23:41Laetitia Casanova
23:42Antoine Reclus
23:44Remerciements
23:45à Roselyne Bellemare
23:46Les récits extraordinaires
23:48sont disponibles
23:49sur le site
23:50et l'appli Europe 1.
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