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  • il y a 5 mois
Transcription
00:00J'ai complètement arrêté, j'ai tout effacé.
00:01Il fallait que j'aille dans une zone de grand inconfort pour moi.
00:09Est-ce que c'était difficile de se dire je ne vais pas faire un nouveau Titan
00:11et de partir dans une autre direction ?
00:14Oui, c'est ce que je voulais mais je n'ai pas réussi tout de suite.
00:17J'avais commencé à développer un autre film après Titan
00:20et à un moment j'ai réalisé que j'étais dans la redite
00:26et que ce que je disais dans le film, les sujets que j'abordais
00:28et puis même l'univers général du film, je l'avais déjà dit, je l'avais déjà fait
00:33en mieux, dans Titan, dans Grave, ça ne m'apportait rien
00:37et que ça n'apporterait rien au spectateur.
00:39J'étais dans une zone de confort en fait
00:41et je pense qu'après Titan, cette zone de confort là,
00:44je pense que j'étais obligée de passer par là
00:46parce qu'évidemment ce prix fait peur.
00:50Donc du coup je pense que j'ai essayé de me rassurer comme ça
00:52même si mon intention évidemment n'a jamais été
00:57il faut refaire la même recette ou un truc comme ça, au contraire
01:00mais je crois qu'inconsciemment quand j'écrivais
01:03j'allais vers quelque chose de safe
01:07et du coup j'ai complètement arrêté, j'ai tout effacé
01:09et je me suis dit qu'il fallait que j'aille dans une zone de grand inconfort pour moi
01:13à plein d'égards.
01:15Ce film c'est un film auquel je pense Alpha depuis très très très très longtemps
01:19mais que je ne pensais pas faire avant, je ne sais pas à quel âge,
01:23je ne sais pas ce que je me disais, je me disais quand je serais plus mûre,
01:25plus expérimentée, que j'aurais plus vécu.
01:29Alors je ne sais pas à quel âge ça correspond de manière absolue
01:32mais en tout cas ce n'était pas maintenant.
01:34Quand j'ai réalisé qu'il fallait vraiment que je me bouscule,
01:37c'est la première idée que j'ai eu en tête, c'était bon bah fais celui-là maintenant
01:40et puis tu verras bien ce que ça donne.
01:42Il était inconfortable et risqué pour moi parce qu'évidemment il est très personnel,
01:50j'y mets beaucoup aussi de mon rapport à la famille,
01:53je m'expose beaucoup plus au niveau des émotions
01:56en essayant d'enlever la distance sécuritaire que le genre implique.
02:01Le genre ça implique une distance sécuritaire dans le sens où quand on voit quelque chose,
02:05un film de genre, quel qu'il soit, on sait que ça n'existe pas.
02:07Cette distance sécuritaire-là, elle fait qu'on peut catharsiser au sein de la salle
02:10mais que quand on sort, on est rassuré et on peut reprendre notre vie.
02:15Sur un sujet comme celui-là, il était hors de question évidemment de faire ça
02:18et surtout pour moi, à aucun moment c'était un film de genre en fait.
02:22C'est un drame qui est ancré dans mes souvenirs des époques très noires
02:26de la pandémie de Sida dans les années 80-90.
02:31Vu que je ne voulais pas faire un film historique, j'ai dû inventer une maladie
02:35parce que ce dont je voulais parler réellement, c'était l'impact terrible
02:39que la contamination de la peur et de la honte dans la société
02:42a eu sur les malades, leur famille, les générations d'après
02:47et même de manière plus générale sur la sexualité de toute une génération derrière.
02:54Le rapport à l'autre de manière encore plus générale
02:56a été complètement chamboulé par la maltraitance de la société
03:01vis-à-vis de ces malades à l'époque.
03:03Et c'est quelque chose qu'on n'a jamais purgé,
03:05quelque chose où il n'y a jamais eu de réparation,
03:07il n'y a jamais eu d'excuses, on n'en a jamais parlé de cette maltraitance.
03:12Et je pense que, c'est un peu aussi le sujet du film,
03:15le trauma traverse les générations quand on ne parle pas,
03:18quand on ne fait pas le deuil d'une situation brutale et horrible.
03:22Pour toutes ces raisons-là, c'était infiniment personnel.
03:25Et aussi parce qu'évidemment, là, pour moi, la première fois,
03:28il fallait, vu qu'il est beaucoup question de lutter contre le non-dit,
03:32justement pour ne pas reproduire les choses,
03:34il fallait que ça parle dans mon film.
03:36Et c'est la première fois, réellement, que je m'attache à ça
03:39en tant que scénariste et en tant que directrice d'acteur,
03:42de vraiment diriger des mots.
03:45Les mots sont parfois impudiques et ça me fait très peur
03:47parce que je suis très pudique comme personne.
03:49Je n'aime pas les choses explicatives.
03:51Donc du coup, manier les mots, c'est quelque chose de très nouveau pour moi.
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