00:00Dans Vengeance de Johnny Toe, c'est un film dans la galaxie Melville, un réalisateur que vous aimez beaucoup.
00:06Enfin, revu et corrugé quand même par Hong Kong.
00:09Vous jouez un personnage très solitaire, prêt à risquer sa vie pour sauver et retrouver son enfant.
00:15En quoi ce scénario vous a touché vraiment au plus profond de vous-même ?
00:20Déjà parce que dans le personnage de Costello, Francis Costello,
00:25moi j'ai basé mon personnage, c'était déjà Costello quand il arrive pour voir sa fille qui monte,
00:36il arrive dans un monde qu'il ne connaît pas, comme très loin de chez nous.
00:41Nous on est latins, ils sont comme asiatiques, ils ont une culture totalement différente de l'un d'autre.
00:47Et lui il se trouve paumé.
00:49Et ça tombait bien parce que moi, en tant qu'acteur, quand je suis arrivé à Hong Kong, j'étais également paumé.
00:55Parce que j'étais, bon, c'est vrai que tout est différent de chez nous.
00:59Les gens ne s'expriment pas, ne parlent pas beaucoup, ne parlent très très peu anglais, pas du tout français.
01:06Moi j'étais un peu paumé.
01:07Ça m'a servi pour le personnage.
01:08Et surtout dans le personnage, ce qui m'a aidé à penser et à interpréter le personnage,
01:15c'est que le personnage auparavant qui devait être, on pense, un ancien gangster
01:20qui a reçu une balle dans la tête, qu'on n'a pas pu lui extraire parce qu'autrement il en serait mort,
01:26a des pertes de mémoire momentanées.
01:29Donc j'ai joué un petit peu là-dessus.
01:32Donc obligatoirement le personnage était, bon, solitaire dans un pays étranger,
01:36et puis il a des pertes de mémoire par instant.
01:41Donc des fois il se demande même où est-ce qu'il est, qu'est-ce qu'il fait là,
01:45et il ne se rappelle même plus pourquoi il est venu.
01:48Solitaire, vous l'avez été aussi, vous ?
01:50Vous savez, on fait amitié, on est tous solitaires à un moment donné de notre vie,
01:57c'est pas continuellement, c'est par moments, on a tous des moments de solitude.
02:02Vous savez, quand on fait une longue tournée,
02:04et qu'on a un public de 10 000, 20 000 ou 50 000 personnes devant nous,
02:10et qu'on se retrouve après tout seul dans une chambre d'hôtel à 4h du matin,
02:16après tout ce qui s'est passé sur la scène, etc.,
02:18c'est vrai qu'on a des moments de solitude, c'est normal.
02:22Alors, on suppose après cette dernière tournée,
02:26voir un peu plus souvent Johnny Hallyday au cinéma,
02:28il y a Vengeance, avec un personnage qui colle bien,
02:31en tout cas à celui que vous représentez.
02:34Est-ce que dans les futurs films, vous allez faire des films que vous avez vraiment envie de voir ?
02:40Oui, oui, c'est le but.
02:41Vous savez, si j'ai fait Vengeance de Johnny Toe,
02:44quand j'ai lu le scénario, en le lisant, je me suis dit,
02:48ça c'est un film que j'irai voir au cinéma.
02:51Maintenant, il y a des films, vous savez, des fois,
02:53il y a des films que les metteurs en scène sont intéressants,
02:57et puis le scénario, c'est pas tout à fait ce qu'on a envie de faire,
03:01mais on se dit, avec ce metteur en scène-là, ça peut être intéressant.
03:04Donc, on tente notre chance, en se disant, on va essayer d'interpréter ça pour essayer de le faire de notre manière.
03:13Moi, je suis très confiant là-dessus.
03:15Moi, j'ai, là, après la projection de Vengeance de Johnny Toe,
03:19j'ai passé la soirée avec Tarantino, qui m'a proposé un rôle pour son prochain film l'année prochaine.
03:24Donc, déjà, aussi, c'est un cinéma que j'aime bien.
03:28Donc, voilà, pour l'instant, les choses se passent bien, quoi.
03:34Revenons un petit peu à cette tournée.
03:35Est-ce que le fait que ce soit la dernière grande tournée, et non pas une tournée d'adieu,
03:39fait que vous prenez...
03:41Oui, parce que j'aime pas le mot « adieu », vous savez, c'est...
03:43Il n'y a jamais... Vous savez, dans notre métier, il n'y a toujours...
03:46Ce n'est qu'un au revoir, c'est jamais d'adieu.
03:49Est-ce que vous prenez, si vous me permettez l'expression, davantage votre pied ?
03:52Peut-être parce que vous savez qu'en 2010, 2011, vous allez pouvoir faire autre chose.
03:59Écoutez, pour reprendre votre expression, je prends toujours mon pied avec tout ce que je fais.
04:06Quand je fais du cinéma, je prends mon pied, et quand je fais de la scène, je prends mon pied.
04:10Donc, je ne me force pas à faire des choses.
04:12Je les fais parce que j'ai envie de les faire, et puis parce que, surtout, ça me plaît.
04:17Non, c'est parce que je vous y vais en concert avant-hier, et vous paraissiez tellement heureux.
04:21Oui, je suis heureux quand je suis sur scène, et je suis heureux quand je suis avec d'autres acteurs devant une caméra,
04:25et que je dois interpréter un personnage autre que le chanteur ou Johnny Hallyday.
04:30Vous savez, les gens attendent de moi, quand je vais sur scène, d'être ce qu'ils connaissent de moi,
04:34c'est-à-dire Johnny Hallyday, avec tout ce que je leur ai donné depuis toutes ces années.
04:40Quand on fait au cinéma, on n'est plus Johnny Hallyday, on n'est plus le chanteur.
04:45On est M. Dupont, M. Durand, M. Smet, on est ce que vous voulez.
04:50Et on interprète quelqu'un d'autre, et surtout pas soi.
04:55Alors, vous avez des fans extraordinaires, ça vous le savez depuis le temps, du plus humble au plus puissant.
04:59Moi, j'ai envie que vous me parliez peut-être de ces fans les plus modestes, socialement parlant,
05:04qui souvent se privent de vacances à la limite, qui vous suivent partout.
05:09Comment est-ce que vous vivez ça, un peu dans votre bulle aussi, quelque part ?
05:13Écoutez, moi, d'abord, j'en suis très touché, mais des fois, je ne comprends pas très bien,
05:18parce que moi, j'ai eu des idoles dans ma vie.
05:21J'ai eu Elia Cazan, Brando, Montgomery Cliff, James Dean, et j'en passe, Gabin, Lilo Ventura, Delon.
05:32Mais jamais je n'aurais couché, je veux dire, devant un cinéma pour être le premier à rentrer dedans, dans la salle.
05:39Je n'ai jamais osé demander un autographe à quelqu'un.
05:46Enfin, moi, j'ai beaucoup de respect pour ces gens que j'admire.
05:51Donc, bon, vous savez, chaque être humain a une façon différente de montrer son admiration et son amour.
05:59C'est vrai qu'on vous imagine mal ne plus chanter, ne plus faire d'album.
06:03Je suppose que vous êtes d'accord avec une très belle phrase qui résume peut-être bien ce que vous êtes en train de faire aujourd'hui.
06:09C'est Jean Gabin qui a dit un jour, il faut réussir son entrée et sa sortie, et au milieu, se débrouiller pour chanter.
06:14Oui, ce n'était pas Gabin qui disait ça, c'était Maurice Chevalier.
06:19Maurice Chevalier.
06:21Oui, oui, c'est ça.
06:23Puis, vous savez, quand on fait un métier, il faut le faire avec passion.
06:30Si on n'a pas de passion, il ne faut pas le faire.
06:31Parce que si on n'a pas de passion, on est mauvais.
06:35Merci.
06:35Merci beaucoup, Johnny.