- il y a 9 mois
Geneviève Montillet est finalement condamnée à 25 ans de réclusion criminelle tandis que son fils Fabrice et Yann Baudet sont condamnés à 5 ans de prison.
Fabrice est sorti de prison en septembre 2004 après avoir coupé tous ses liens avec sa mère, tandis que Yann Baudet est toujours incarcéré pour le meurtre de son père en 1998.
Geneviève Montillet meurt à 65 ans, des suites d'une longue maladie, après 11 ans de détention à l'hôpital de la prison de Rennes, le 15 mai 2010. Valéry Desmullier meurt dans unaccident de voiture sur l'autoroute A8 à Saint-Laurent-du-Var le 31 août 2015, à l'âge de 40 ans.
Fabrice est sorti de prison en septembre 2004 après avoir coupé tous ses liens avec sa mère, tandis que Yann Baudet est toujours incarcéré pour le meurtre de son père en 1998.
Geneviève Montillet meurt à 65 ans, des suites d'une longue maladie, après 11 ans de détention à l'hôpital de la prison de Rennes, le 15 mai 2010. Valéry Desmullier meurt dans unaccident de voiture sur l'autoroute A8 à Saint-Laurent-du-Var le 31 août 2015, à l'âge de 40 ans.
Catégorie
✨
PersonnesTranscription
00:00:31Geneviève Montillet, cette femme a-t-elle du cœur, un peu de cœur, ou n'est-elle que perversité de la tête aux pieds ?
00:00:38Songez qu'elle a voulu faire assassiner son premier mari, et qu'après l'avoir quitté, elle a voulu faire assassiner son nouveau compagnon,
00:00:45et qu'elle a demandé à ses propres enfants de faire le sale boulot.
00:00:49Deux jumeaux, deux garçons un peu paumés qu'avant cela, elle avait opportunément laissé s'enfoncer dans la drogue des enfants qu'elle a chargés au procès pour se disculper elle-même.
00:00:58C'était leur idée, ce n'était pas la sienne.
00:01:01Ce qui est grave chez Geneviève Montillet, ce n'est pas seulement qu'elle ait commandité le meurtre de son compagnon,
00:01:06non ce qui est grave, c'est qu'elle a utilisé ses enfants, manipulé ses fils au point qu'ils ne veulent plus jamais la voir.
00:01:121er novembre 1992, jour de la Toussaint à Jouin-les-Pains, sur la Côte d'Azur.
00:01:22Eric Devrien quitte sa résidence.
00:01:26Il est 18h50.
00:01:27Eric a 35 ans.
00:01:31Il est dépressif et de santé fragile.
00:01:34Et sa compagne lui a dit que ça lui ferait du bien de prendre l'air, d'aller faire un tour en vélo.
00:01:40Alors il a pris son courage à deux mains, et il a pris la route sinueuse du Cap d'Antibes.
00:01:47Soudain, il est violemment percuté par une voiture.
00:01:50Et le conducteur prend la fuite.
00:02:02Eric Devrien est transporté à l'hôpital d'Antibes, dans un état critique.
00:02:11Pour le commissariat voisin, c'est un banal accident de la route, avec délit de fuite.
00:02:17Ce dossier, sur une pile, comme parmi tant d'autres, de centaines d'autres d'ailleurs, rien d'un normal,
00:02:24mis à part qu'il s'agit d'un véhicule en fuite, mais comme aucun élément ne permet d'identifier ce véhicule,
00:02:29aucune trace, aucun indice, aucun témoin visuel,
00:02:33donc même avec une boule de cristal, il est impossible de pouvoir se diriger sur une piste quelconque d'un véhicule quelconque.
00:02:41Les indices que les policiers recueillent sur les lieux de l'accident ne les mènent pas bien loin.
00:02:47Je remarque des débris de verre à l'endroit exact de l'accident,
00:02:56donc je m'en saisis pour être mis sous-scellé.
00:02:58Malheureusement, on constate que sur ces débris de verre,
00:03:01aucune gravure d'inscription, de marque ou de numéro de série de phare
00:03:05qui aurait pu permettre l'identification de la marque du véhicule.
00:03:08Dans ce quartier huppé et résidentiel, il n'y a aucun témoin direct de l'accident.
00:03:15Seul un voisin a entendu un choc violent.
00:03:19Il n'a pas pu voir le véhicule, mais il nous affirme qu'en tant qu'électro-mécanicien de son métier,
00:03:28il était sûr de la marque du véhicule par rapport au bruit du moteur.
00:03:32Je crois qu'il nous signale à l'époque une simiquette à le bout.
00:03:36Donc nos recherches se sont faites dans le secteur,
00:03:38parce qu'il rajoute que ce véhicule passe assez fréquemment le soir dans ce secteur.
00:03:42Cette piste ne donne rien.
00:03:45Les policiers passent à d'autres affaires.
00:03:55À l'hôpital, Eric de Vriand, lui, est dans un état semi-comateux.
00:04:05Quand j'avais été appelé ce jour-là en réanimation pour venir le voir, pour le prendre dans le service,
00:04:09il a été du premier pratiquement au dernier jour tel qu'il était,
00:04:12c'est-à-dire un patient qui était dans un état ce qu'on appelle végétatif.
00:04:16Donc un patient qui respire tout seul,
00:04:20qui est capable de rester comme ça des heures et des heures,
00:04:25tel qu'on le met, tel qu'on le pose, sans émotions particulières.
00:04:31Geneviève Montillet, sa compagne, est à son chevet tous les jours.
00:04:35Elle s'occupait beaucoup de son mari,
00:04:37non seulement par ses questions et par, en effet, sa présence.
00:04:40Au lieu d'arriver, de donner à manger,
00:04:42ou de rester des après-midi, ou d'amener ses enfants.
00:04:45Elle avait amené une fois ou deux sa petite-fille, ou des choses comme ça.
00:04:47Donc oui, elle était présente.
00:04:49On peut dire que c'est une personne qui était présente.
00:04:52Au bout de deux mois d'hospitalisation,
00:04:54Geneviève Montillet décide de ramener son mari à la maison.
00:04:57Il est dans un état végétatif, mais elle veut être à ses côtés en permanence.
00:05:02Il rentre donc.
00:05:03Mais le 15 janvier, quatre jours seulement après sa sortie d'hôpital,
00:05:07Éric de Vrient décède.
00:05:15Alain Chémama, vous, à l'époque, vous êtes l'avocat de la mère, la maman d'Éric.
00:05:20Dans quelles conditions est-ce qu'elle apprend la mort de son fils ?
00:05:26C'est un véritable coup de tonnerre qui s'abat sur elle,
00:05:29lorsqu'elle reçoit un appel de Mme Montillet,
00:05:32qui lui annonce tout à la fois la mort de son fils,
00:05:36le fait qu'il ait été incinéré immédiatement après sa mort,
00:05:40soi-disant sur la base de sa volonté exprimée par écrit.
00:05:44Vous êtes en train de me dire que la maman d'Éric de Vrient
00:05:48apprend la mort de son fils alors qu'il est déjà incinéré ?
00:05:52Absolument.
00:05:53Et de l'accident, elle n'avait pas connaissance non plus ?
00:05:55Et de l'accident, elle en a eu connaissance juste un peu avant,
00:05:58mais sans qu'elle mesure la gravité de celui-ci,
00:06:00puisqu'elle a été tenue dans l'ignorance de l'hospitalisation,
00:06:04dont elle avait été totalement écartée.
00:06:07Comment est-ce qu'elle réagit ?
00:06:07Elle réagit assez vite,
00:06:10parce qu'elle comprend immédiatement,
00:06:13peut-être avec son instinct de mère,
00:06:16mais aussi avec sa raison,
00:06:19elle comprend immédiatement que ces événements qui se sont déroulés
00:06:22ne relèvent pas du hasard ou de la coïncidence,
00:06:27mais relèvent au contraire d'une certaine logique criminelle
00:06:31dont elle a la conviction quasiment immédiatement.
00:06:34Et qu'elle attribue à sa belle-fille.
00:06:36Elle attribue à sa belle-fille, Mme Montillet.
00:06:38D'entrée ?
00:06:39D'entrée.
00:06:40Mais c'est basé sur quoi, ça ?
00:06:42Elle a le sentiment qu'Éric de Vrient, donc,
00:06:45a été plus ou moins accaparé par Mme Montillet,
00:06:50notamment et essentiellement pour des raisons financières,
00:06:53et sa conviction est faite,
00:06:55son fils n'est pas mort, ni par hasard,
00:06:57ni à la suite d'un accident.
00:06:59La mère d'Éric de Vrient n'est pas la seule à avoir des doutes.
00:07:03Les assurances aussi se posent des questions.
00:07:06Éric de Vrient bénéficie de plusieurs contrats d'assurance-vie,
00:07:11et une énorme somme d'argent est en jeu.
00:07:14Alors avant de payer, les assureurs veulent en savoir plus.
00:07:17Ils envoient sur les lieux de l'accident un de leurs experts.
00:07:20C'est le fait que M. de Vrient est physiquement
00:07:24pas un grand sportif de haut niveau,
00:07:271m80 et à peine 50 kilos,
00:07:30et donc c'est le critère qui déjà amène son premier doute.
00:07:35Et à 18h30 ou 18h45, même sur la côte d'Azur,
00:07:39encore une fois, le 1er novembre, théoriquement, il fait nuit noire.
00:07:42Et donc un vélo de course à cette heure-là dans un chemin,
00:07:44c'est quand même extrêmement curieux de la part de M. de Vrient.
00:07:46de M. de Vrient.
00:07:48Donc c'est vraiment l'élément déclencheur.
00:07:51Du vélo en pleine nuit.
00:07:53Les assureurs trouvent ça bizarre.
00:07:55Mais il y a plus étrange encore.
00:07:58On s'est aperçu en plus assez rapidement
00:08:00que nous étions en face d'un, ce qu'on appelle dans notre jargon,
00:08:05cumul de garantie d'assurance,
00:08:06c'est-à-dire qu'il y avait 8 contrats
00:08:08qui avaient été souscrits par M. Éric de Vrient,
00:08:11lesquels, en cumul de capitaux, assurance, décès,
00:08:16faisaient environ, à l'époque, pas loin de 10 millions de francs.
00:08:19Et les assureurs se penchent de plus près sur ces 8 contrats
00:08:29et ils découvrent des clauses pour le moins insolites.
00:08:31Par exemple, le capital versé double
00:08:34en cas de mort survenue un jour férié
00:08:37et il triple en cas d'accident de la route.
00:08:40Or, Éric de Vrient a eu un accident de la route
00:08:43le dimanche 1er novembre 92,
00:08:46jour férié, fête de la Toussaint.
00:08:49Les assureurs sont persuadés d'être face à une escroquerie.
00:08:53Alors ils saisissent la police qui tombe des nus.
00:08:56Le commissariat d'Antibes n'était même pas au courant
00:08:59du décès d'Éric de Vrient.
00:09:02Pour les policiers aussi, l'affaire devient louche.
00:09:07Il était bizarre aussi que Mme Montillet, concubine,
00:09:11ou qu'un membre de la famille,
00:09:12qui aurait dû être avisé par Mme Montillet,
00:09:14ne se soit manifesté dans nos services
00:09:16pour y déposer une plainte
00:09:17pour des blessures suite à un accident d'un délit de fuite.
00:09:24Geneviève Montillet commence à intéresser pigrement les policiers,
00:09:27qu'il la convoque au commissariat
00:09:29et découvre une femme particulière.
00:09:32Mme Montillet apparaît d'une manière assez...
00:09:38une femme sûre d'elle.
00:09:42Vraiment pas attristée ou peinée de cet accident
00:09:45qui aura entraîné la mort de M. de Vrient.
00:09:50Sûre d'elle.
00:09:52Elle explique qu'Éric de Vrient avait une santé fragile
00:09:54et qu'il avait fait plusieurs séjours en hôpital psychiatrique.
00:09:58C'est pour ça, dit-elle, qu'il a souscrit autant d'assurance décès
00:10:03pour protéger sa compagne et sa petite fille.
00:10:07L'argument tient la route.
00:10:10Les policiers réentendent les assureurs
00:10:11qui n'ont rien de plus que leurs doutes.
00:10:14On est sortis très inquiets, très déçus,
00:10:20en disant, bon, là, visiblement, c'est pas bien parti.
00:10:23Dans le dossier, a priori, malgré les éléments,
00:10:26nous allons devoir certainement faire face
00:10:28à une décision de justice qui va nous être défavorable,
00:10:30décision de justice qui va nous dire,
00:10:31M. l'assureur, vous n'avez pas apporté la preuve irréfutable
00:10:35que nous sommes en présence d'un homicide volontaire,
00:10:37nous sommes en présence d'un accident de la route,
00:10:39il y a des circonstances qui sont peut-être un peu troublantes,
00:10:42mais en tout cas, votre garantie est acquise
00:10:43et donc, vous devez payer les indemnités.
00:10:46Mais devant la somme en jeu,
00:10:4810 millions de francs, 1,5 million d'euros,
00:10:51les assureurs s'accrochent.
00:10:53Ils font expertiser les 8 contrats
00:10:55par un graphologue.
00:11:00Les contrats d'assurance en question
00:11:01n'ont pas tous été souscrits par M. Devrient,
00:11:04mais certains ont été souscrits par Mme Montillet
00:11:08en imitant la signature de M. Devrient.
00:11:10Éléments supplémentaires qui nous ont donc convaincus
00:11:15que nous n'étions pas en face d'un dossier normal, original.
00:11:24La mère d'Éric Devrient et les compagnies d'assurance
00:11:27ont donc des doutes.
00:11:29Ils portent plainte
00:11:30et le procureur de la République décide le 23 février 1993
00:11:34d'ouvrir une information judiciaire pour assassinat.
00:11:37Les policiers vont notamment se pencher
00:11:39sur ce moment où Éric Devrient,
00:11:41qui est dans un état végétatif à l'hôpital,
00:11:43rentre chez lui à l'initiative de sa compagne.
00:11:47Très curieuse, cette décision.
00:11:48Ça se passe deux mois après l'accident.
00:11:53Éric Devrient est toujours à l'hôpital,
00:11:55dans un état végétatif, stationnaire.
00:11:58Les services sociaux ont proposé à Geneviève Montillet
00:12:00un placement dans un centre de rééducation.
00:12:04Mais curieusement, elle annule le séjour
00:12:06et insiste pour récupérer son compagnon chez elle
00:12:10pour s'en occuper.
00:12:13Éric respire sans assistance,
00:12:14il peut s'alimenter, mais il est très faible,
00:12:17sous perfusion,
00:12:18et nécessite la visite d'un kiné et d'une infirmière
00:12:21deux fois par jour.
00:12:27Quand je signe les papiers le matin,
00:12:29donc les ordonnances de sortie,
00:12:30on est dans un contexte d'hospitalisation à domicile.
00:12:33Pour moi, ce patient quitte une structure
00:12:36pour entrer dans une autre structure.
00:12:38Il n'y a pas de rupture de la continuité des soins.
00:12:41Le dispositif d'hospitalisation à domicile
00:12:43sera opérationnel le 15 janvier.
00:12:48Mais le 11 janvier,
00:12:50Geneviève Montillet organise le départ précipité d'Éric,
00:12:53à 18 heures, en dehors des horaires de sortie habituels.
00:12:58Elle appelle elle-même une ambulance privée
00:13:00et rapatrie son compagnon sans assistance médicale,
00:13:04ce que les médecins n'auraient jamais autorisé.
00:13:07La première infirmière ne se présente à domicile
00:13:10et quelques quatre jours plus tard.
00:13:12Éric ne va pas trop mal.
00:13:14Mais en fin de journée,
00:13:15elle est rappelée d'urgence.
00:13:16En arrivant,
00:13:21j'ai sa compagne qui m'ouvre la porte
00:13:24et affolée,
00:13:27me fait rentrer dans le salon
00:13:29où était aménagé son lit.
00:13:31Et en effet,
00:13:32je vois ce monsieur décédé.
00:13:36Tout de suite,
00:13:36je m'en rends compte,
00:13:38complètement inanimée,
00:13:39plus de poux.
00:13:40j'ai tout tenté,
00:13:42essayé de voir ce qu'il en était
00:13:44et en effet,
00:13:45j'ai témoigné comme quoi il était décédé.
00:13:48Éric est mort.
00:13:51Or, quand il a quitté l'hôpital,
00:13:52quatre jours plus tôt,
00:13:53rien ne laissait penser
00:13:54que ces jours étaient comptés.
00:13:58Ce patient,
00:13:58quand il a quitté l'hôpital,
00:14:00avait ses constantes
00:14:01qui étaient tout à fait normales,
00:14:03standards,
00:14:04n'étaient pas fébriles,
00:14:05n'étaient pas plus mal
00:14:07ni moins mal
00:14:07que quand il était rentré dans le service.
00:14:09C'était un patient
00:14:10qui était dans un état végétatif.
00:14:13Et la mort d'Éric de Vrient
00:14:14ne semble pas beaucoup affecter
00:14:16Geneviève Montillet.
00:14:20J'ai senti que cette femme
00:14:21était pressée dans les démarches.
00:14:24Une fois qu'il était décédé,
00:14:26il fallait rapidement avoir un médecin
00:14:28pour faire le certificat de décès.
00:14:31À la demande de Geneviève Montillet,
00:14:33l'infirmière appelle SOS médecin.
00:14:35Le docteur Coury arrive
00:14:36chez Éric de Vrient
00:14:37à 18h.
00:14:39pour constater son décès.
00:14:41Le jour même
00:14:42où j'ai fait le certificat,
00:14:43il n'y avait aucun doute.
00:14:46Il s'agissait pour moi
00:14:47d'une mort naturelle
00:14:48chez un patient
00:14:49à des longs antécédents médicaux.
00:14:54La mission du docteur Coury
00:14:55aurait dû s'arrêter là.
00:14:57Mais le lendemain matin,
00:14:58Geneviève Montillet
00:14:59vient le voir
00:15:00à son cabinet.
00:15:01Elle était assise en face
00:15:03sans, sans presque parler,
00:15:07avec des regards,
00:15:08je dirais,
00:15:11froids.
00:15:13Des yeux sans vie,
00:15:15un visage
00:15:16portant les marques
00:15:19plutôt de la souciance
00:15:22que de la souffrance.
00:15:24Geneviève Montillet a un souci.
00:15:26Elle voudrait qu'il rédige
00:15:27un autre certificat de décès.
00:15:29car le premier évoque
00:15:30un arrêt cardiaque
00:15:31et ça, c'est un problème
00:15:32pour les assurances
00:15:33car elle doit apporter
00:15:34la preuve
00:15:35que la mort d'Éric
00:15:36est liée
00:15:37à un accident
00:15:38de la route.
00:15:43Il m'a parlé, je crois,
00:15:45qu'elle a besoin d'argent,
00:15:47que sans ce certificat,
00:15:49elle ne pourra pas toucher l'argent.
00:15:51Donc, d'ailleurs,
00:15:53entre parenthèses,
00:15:54elle est venue
00:15:54pour m'agler ma consultation.
00:15:57Elle m'a dit
00:15:57que je n'avais pas d'argent hier
00:15:58aujourd'hui,
00:15:59je ne peux que vous régler
00:16:00la moitié de la consultation.
00:16:03Geneviève Montillet
00:16:04suggère au docteur Coury
00:16:06qu'Éric a fait ce qu'on appelle
00:16:07une fausse route
00:16:08qu'il a avalée de travers
00:16:10et que c'est à cause
00:16:11de son accident.
00:16:13Le médecin
00:16:14n'a aucun moyen
00:16:16de vérifier.
00:16:21Cliniquement,
00:16:22le lendemain,
00:16:23je ne me rappelle plus
00:16:24de ce que j'ai vu.
00:16:25Est-ce qu'elle a vraiment été
00:16:26cyanosée ?
00:16:28Est-ce que vraiment
00:16:28elle était jaune ?
00:16:30C'était plus
00:16:32dans ma possibilité
00:16:32de pouvoir juger
00:16:34réellement
00:16:36les signes cliniques
00:16:36qui m'orientent
00:16:37vers la nature
00:16:38du décès.
00:16:39Une fausse route,
00:16:41pourquoi pas ?
00:16:42Mais le docteur Coury
00:16:43passe quand même
00:16:43un coup de fil
00:16:44à l'hôpital.
00:16:46La cause qui avait évoquée,
00:16:47la fausse route,
00:16:48est une cause
00:16:49qui tenait largement
00:16:50le pavé,
00:16:51sans aucun doute.
00:16:53Le docteur Coury
00:16:54rédige donc
00:16:55qu'un certificat
00:16:56de décès
00:16:56par fausse route.
00:16:58Geneviève Montillet
00:16:59a enfin son document
00:17:00pour les assurances
00:17:01et un permis d'inhumé.
00:17:03Trois jours après
00:17:03la mort d'Éric,
00:17:04elle le fait incinérer
00:17:05sans qu'aucun membre
00:17:06de sa famille
00:17:07ne soit prévenu.
00:17:08Dominique Rizet,
00:17:16parlez-moi de lui,
00:17:17Éric de Vrient,
00:17:18qui est cet homme
00:17:19qu'on vient d'incinérer
00:17:21sans amis,
00:17:22sans famille
00:17:22comme un chien.
00:17:24Il est né au Japon,
00:17:25à Tokyo,
00:17:26en 1957,
00:17:27dans une famille
00:17:28extrêmement riche.
00:17:30Son père était
00:17:30un banquier.
00:17:31Sa mère,
00:17:32Jenny Topinka,
00:17:33était la fille
00:17:34d'un riche brasseur.
00:17:35Donc beaucoup d'argent
00:17:36dans la famille.
00:17:36Beaucoup d'argent
00:17:37dans la famille.
00:17:37En 1969,
00:17:39ses parents se séparent.
00:17:40Il a 12 ans.
00:17:41Il revient avec sa mère
00:17:42en France,
00:17:43vit un temps
00:17:43sur la Côte d'Azur,
00:17:44s'installe à Paris.
00:17:46Études,
00:17:46service militaire.
00:17:48C'est un garçon banal,
00:17:50un jeune homme banal,
00:17:51sans relief.
00:17:53Ceux qui l'ont connu,
00:17:53le décrivent comme naïf,
00:17:54gentil, serviable.
00:17:55C'est surtout quelqu'un
00:17:56qui a des problèmes psy
00:17:57depuis l'enfance.
00:17:59Il est maniaco-dépressif
00:18:00et il souffre
00:18:01d'un dédoublement
00:18:02de la personnalité
00:18:03et ça se manifeste parfois
00:18:04par des actes de violence.
00:18:06Il va effectuer
00:18:07plusieurs séjours
00:18:08en psychiatrie
00:18:08et c'est là
00:18:09qu'il rencontre
00:18:10Geneviève Montillet
00:18:11parce que son job
00:18:12à elle,
00:18:13c'est de louer
00:18:13des téléviseurs
00:18:14à des gens
00:18:15qui sont hospitalisés.
00:18:16Quand il sort
00:18:17de l'hôpital psychiatrique,
00:18:18elle s'installe avec lui
00:18:19dans son appartement
00:18:20à Pantin,
00:18:21porte de Pantin à Paris
00:18:22et elle a 40 ans,
00:18:24il en a 28.
00:18:25la mère d'Eric
00:18:26de Vrient décide
00:18:28de couper les liens.
00:18:30Elle ne l'alimente
00:18:30plus financièrement
00:18:31parce qu'elle ne cautionne pas
00:18:32cette liaison
00:18:33qu'il a avec Geneviève Montillet.
00:18:36Alors là,
00:18:36il va se mettre
00:18:37à faire des petits boulots
00:18:37pour vivre,
00:18:38de gardiennage.
00:18:40En 1987,
00:18:41ils s'installent
00:18:41tous les deux,
00:18:42Geneviève Montillet et lui,
00:18:42sur la côte d'Azur.
00:18:44Elle a 42 ans,
00:18:45elle est enceinte
00:18:46et elle va donner naissance
00:18:48à leur fille,
00:18:49Emmanuel.
00:18:49Les mauvaises langues
00:18:50disent que,
00:18:51comme il n'était pas marié,
00:18:52elle est lui,
00:18:53elle a eu cet enfant
00:18:54pour s'assurer
00:18:55que l'héritage
00:18:56ne lui échapperait pas.
00:18:58Lui, à cette époque-là,
00:18:59il fait de plus en plus
00:18:59de séjours en psychiatrie.
00:19:01Son cas est de plus en plus grave,
00:19:03d'ailleurs,
00:19:03il passe quasiment
00:19:04tout son temps
00:19:05dans les hôpitaux
00:19:06et en 1991,
00:19:08son père meurt.
00:19:10Il lui lègue
00:19:10un magnifique héritage.
00:19:12La mère d'Éric de Vrient,
00:19:14de peur que Geneviève Montillet
00:19:16capte cet héritage,
00:19:17demande à ce que son fils
00:19:18soit placé sous curatelle
00:19:19et savaitre
00:19:20le début de la séparation
00:19:22entre Éric de Vrient
00:19:23et sa famille.
00:19:23Et deux ans plus tard,
00:19:24le 15 janvier 1993,
00:19:26il meurt,
00:19:26il a 36 ans.
00:19:29À ce stade de l'enquête,
00:19:31les policiers sont intimement convaincus
00:19:33que Geneviève Montillet
00:19:34est responsable
00:19:36de la mort de son compagnon.
00:19:37Mais ils n'ont aucune preuve.
00:19:41C'est frustrant
00:19:42parce qu'on a l'incertitude
00:19:43de tenir une coupable.
00:19:47Mais il est vrai
00:19:48que dans une infraction,
00:19:50il faut tous les éléments
00:19:50constitutifs
00:19:51et les mots matériels
00:19:53vraiment nous échappent.
00:19:56Tranquillement,
00:19:57le dossier s'achemine donc
00:19:59vers un enlieu.
00:20:00On rappelle que l'accident
00:20:02d'Éric de Vrient
00:20:03remonte à novembre 92.
00:20:05Il meurt en janvier 93.
00:20:08Sur la base des doutes
00:20:10de la maire
00:20:10et des compagnies d'assurance,
00:20:11pendant trois ans,
00:20:1293, 94 et 95,
00:20:16les policiers enquêtent.
00:20:16Et puis pendant trois ans,
00:20:1896, 97, 98,
00:20:21il ne se passe rien.
00:20:22Aucun acte d'instruction.
00:20:23Le dossier est complètement enterré.
00:20:25En 1998,
00:20:27une nouvelle juge d'instruction
00:20:28est nommée
00:20:28à Grasse,
00:20:29Véronique Maugendre.
00:20:31Tout le monde s'attend
00:20:31à ce qu'elle décide
00:20:32de refermer
00:20:33le dossier de Vrient
00:20:34en prononçant un non-lieu.
00:20:36Elle relie au contraire
00:20:37les 15 tomes du dossier
00:20:39et elle a la conviction
00:20:40qu'il s'agit d'un meurtre.
00:20:42Elle décide donc
00:20:43de relancer l'enquête
00:20:44et demande à la police judiciaire de Nice
00:20:45de s'intéresser de près
00:20:47à Geneviève Montillet.
00:20:50Une femme curieuse,
00:20:52cette Geneviève Montillet.
00:20:56Née en 1945,
00:20:59elle a été abandonnée
00:21:00par ses parents
00:21:00dans la région de Roubaix.
00:21:07Elle a été placée
00:21:08dans des foyers,
00:21:09chez des familles,
00:21:09dans des foyers
00:21:10et elle a gardé
00:21:11un très mauvais souvenir
00:21:12parce que pour elle,
00:21:13elle se souvient
00:21:16d'âmes
00:21:17qui lui donnaient
00:21:17des douches froides,
00:21:18etc.
00:21:19Donc,
00:21:19très désagréable.
00:21:21À 4 ans,
00:21:23elle est adoptée
00:21:23par une famille bourgeoise
00:21:24qui ne peut pas avoir d'enfant
00:21:26et elle grandit
00:21:27dans un milieu aisé.
00:21:29Elle y reçoit
00:21:29l'éducation
00:21:30d'une petite fille modèle,
00:21:32cours de danse classique,
00:21:33première communion,
00:21:35vacances au bord de la mer.
00:21:36Le fait d'avoir vécu
00:21:38toute son enfance
00:21:38en adolescence
00:21:39dans une famille riche,
00:21:41certainement,
00:21:42ça lui a donné
00:21:42le goût de l'argent.
00:21:44Et donc,
00:21:44c'est vrai que ça a été
00:21:45son objectif
00:21:47et son souci numéro un,
00:21:48ça a été l'argent,
00:21:49effectivement.
00:21:51Un goût prononcé
00:21:51pour l'argent
00:21:52que René Desmuliers,
00:21:54son premier mari,
00:21:55n'a pas tardé
00:21:55à remarquer.
00:21:57Ils se sont rencontrés
00:21:57au lycée.
00:22:00Moi,
00:22:00j'étais assez fort en français,
00:22:02elle forte en mathématiques,
00:22:04donc on était
00:22:05un peu complémentaires.
00:22:06Voilà.
00:22:06C'est comme ça
00:22:07qu'on est partis
00:22:08dans la vie.
00:22:09on ne sait plus,
00:22:11on a été amoureux,
00:22:12vraiment,
00:22:13assez rapidement.
00:22:16Il donne naissance
00:22:17à des jumeaux,
00:22:18deux garçons,
00:22:19Fabrice et Valérie.
00:22:20Et René découvre vite
00:22:22l'intérêt de sa femme
00:22:23pour l'argent.
00:22:25Elle aimait l'argent,
00:22:26elle aimait le luxe,
00:22:28c'était une femme
00:22:28qui avait du goût,
00:22:30donc elle faisait
00:22:31beaucoup les magasins
00:22:32et les jumeaux,
00:22:33quand ils étaient tout petits,
00:22:34ils étaient déjà habillés
00:22:35en marques,
00:22:36Lacoste,
00:22:37etc.
00:22:37Voilà.
00:22:38Elle aimait l'argent,
00:22:39elle n'en avait pas assez.
00:22:41Et moi,
00:22:41j'étais quatre,
00:22:42je gagnais bien ma vie,
00:22:43mais insuffisamment,
00:22:45malgré tout.
00:22:48Après 19 ans
00:22:49de vie commune,
00:22:50Geneviève Montillet
00:22:51décide de divorcer.
00:22:55Elle quitte son mari
00:22:57et ses enfants
00:22:58pour aller s'installer
00:23:00avec le jeune et riche
00:23:01Eric de Vrient
00:23:02qui a dix ans
00:23:03de moins qu'elle.
00:23:04Elle m'a dit
00:23:05je veux divorcer,
00:23:06j'ai rencontré un homme.
00:23:08Et cet homme,
00:23:09elle me l'a décrit
00:23:09d'une façon assez bizarre.
00:23:11C'est un homme très riche,
00:23:13il était d'une grande famille,
00:23:15il avait une Ferrari,
00:23:17pourquoi tous ces détails,
00:23:18à quoi ça servait ?
00:23:20Et elle me l'a dit plus tard,
00:23:21en fait,
00:23:21c'était pour m'assommer,
00:23:22pour bien me montrer
00:23:24que je ne faisais plus le poids
00:23:26en quelque sorte.
00:23:28Au bout d'un an,
00:23:29Geneviève et Eric
00:23:31s'installent sur la côte d'Azur.
00:23:33Ils ne se marient pas,
00:23:34mais ils ont une petite fille,
00:23:35Emmanuelle.
00:23:38Eric de Vrient est dépressif
00:23:39et enchaîne les séjours
00:23:40en hôpital psychiatrique.
00:23:42Sa santé mentale se dégrade,
00:23:44mais Geneviève Montillet
00:23:45s'occupe de tout.
00:23:49Les jumeaux,
00:23:50Valérie et Fabrice,
00:23:51vivent maintenant avec eux,
00:23:53sur la côte.
00:23:54À l'adolescence,
00:23:55ils tombent dans la drogue,
00:23:57jusqu'à prendre de l'héroïne,
00:23:58ce qui ne semble pas
00:24:00inquiéter Geneviève,
00:24:02bien au contraire.
00:24:05Elle nous achetait
00:24:06de la drogue
00:24:07et nous,
00:24:10comme on se droguait pas mal,
00:24:12il fallait qu'on aille
00:24:12en acheter,
00:24:13ça coûte très cher,
00:24:14donc on l'a délée.
00:24:16Donc,
00:24:17elle nous gardait
00:24:17les bonbonnes
00:24:18et on allait les vendre.
00:24:20Et elle se faisait
00:24:21sa petite part de bénéfice.
00:24:22elle a obéré
00:24:28complètement
00:24:29dans leur esprit
00:24:29ce que pouvait être
00:24:31l'amour maternel,
00:24:32puisque c'était
00:24:32une très bonne mère,
00:24:33elle les maintenait
00:24:35dans leur dépendance.
00:24:37Au lieu
00:24:37d'avoir le réflexe inverse
00:24:39qui est plutôt habituel,
00:24:41c'était un réflexe
00:24:42allant
00:24:44et accompagnant
00:24:45la toxicomanie
00:24:46de ces jeunes.
00:24:46la dépendance
00:24:48des jumeaux
00:24:49devient vide
00:24:49pour Geneviève
00:24:50un formidable
00:24:51moyen de pouvoir.
00:24:52Ils sont à sa merci
00:24:54et elle fait aussi
00:24:55en sorte
00:24:55qu'ils coupent
00:24:56les ponts
00:24:56avec leur père.
00:24:57Elle déménage
00:24:58sans lui laisser
00:24:59d'adresse.
00:25:00Alors,
00:25:01après quelques mois
00:25:01sans nouvelles
00:25:02de ses fils,
00:25:03René se rend
00:25:04au commissariat
00:25:04d'Antibes.
00:25:08Le commissaire me voit
00:25:09et me dit
00:25:09vous vous appelez
00:25:10des muliers ?
00:25:12Oui.
00:25:13Est-ce que
00:25:13vous êtes parent
00:25:14avec des jumeaux
00:25:16du même nom ?
00:25:18Et je lui dis
00:25:18oui,
00:25:19mais ce sont mes fils
00:25:19et je suis ici
00:25:21pour avoir
00:25:21de leurs nouvelles.
00:25:23Alors,
00:25:23il a vu
00:25:24que j'ignorais
00:25:24toute la situation
00:25:25et puis avec
00:25:26beaucoup de tact,
00:25:26il m'a dit
00:25:27écoutez,
00:25:28désolé de vous dire ça
00:25:29mais vos fils
00:25:31sont des toxico-notoires
00:25:34et puis voilà,
00:25:35ils vivent
00:25:36dans un squat
00:25:37et ils sont
00:25:38déscolarisés
00:25:39depuis longtemps
00:25:39et en fait,
00:25:40c'était devenu...
00:25:42C'est dur
00:25:43pour moi
00:25:43de dire ce mot
00:25:44mais il n'y en a
00:25:45pas d'autres.
00:25:45A l'époque,
00:25:46c'était devenu
00:25:46vraiment des voyous.
00:25:48Fabrice et Valérie
00:25:49passent leur journée
00:25:50dans un squat d'Antibes
00:25:51tout près du luxueux
00:25:53appartement de leur mère.
00:25:54René Desmuliers
00:25:55comprend alors
00:25:56que Geneviève Montillé
00:25:57lui a adressé
00:25:58chaque trimestre
00:25:58de faux bulletins de notes
00:26:00pour continuer
00:26:01à toucher
00:26:01la pension alimentaire.
00:26:03Elle ne m'a jamais
00:26:04contacté
00:26:05pour me dire
00:26:06au secours
00:26:07les jumeaux ont mal tourné
00:26:08et ça c'est incompréhensible.
00:26:11Il faut vraiment
00:26:11qu'elle soit elle-même
00:26:12pas équilibrée
00:26:13pour avoir adopté
00:26:15une situation pareille
00:26:16vis-à-vis de ses fils.
00:26:26Fabrice, vous êtes
00:26:26l'un des fils
00:26:27de Geneviève Montillé,
00:26:28l'un des...
00:26:29deux jumeaux.
00:26:31Je voudrais qu'on revienne
00:26:32sur votre adolescence.
00:26:35Pourquoi est-ce que
00:26:35vous êtes parti de la maison,
00:26:37vous et votre frère ?
00:26:38Parce qu'on faisait
00:26:41des larcins,
00:26:41un petit peu de larcins,
00:26:42on volait un peu.
00:26:44Ma mère en avait marre
00:26:45aussi un petit peu
00:26:45de nous,
00:26:46de tout ça, quoi.
00:26:47Vous étiez en conflit
00:26:48permanent avec votre mère ?
00:26:48Toujours.
00:26:50Elle nous vire
00:26:50parce que
00:26:51on se drogue,
00:26:54voilà,
00:26:54et puis comme je vous dis,
00:26:55elle nous reprend
00:26:56une fois qu'elle voit
00:26:58qu'on peut lui apporter
00:26:59des bijoux,
00:27:00qu'elle peut se faire
00:27:00de l'argent avec nous.
00:27:02Et puis quand elle
00:27:02ne vous supporte plus,
00:27:03elle vous renvoie
00:27:04à la rue ?
00:27:06Voilà, dans un squat,
00:27:07où on a vécu
00:27:08beaucoup dans un squat.
00:27:09Comment est-ce que
00:27:10vous définiriez
00:27:11les relations
00:27:11que vous aviez
00:27:12avec votre mère ?
00:27:13D'abord,
00:27:14est-ce qu'elle vous aimait ?
00:27:17Non, je n'ai pas vraiment
00:27:20l'impression
00:27:20qu'elle nous aimait.
00:27:21Elle nous gardait
00:27:22avec elle
00:27:23pour pas mal de raisons,
00:27:24pour son bien personnel,
00:27:27par rapport à mon père,
00:27:29la pension alimentaire,
00:27:32enfin, que pour elle, quoi.
00:27:34Elle nous gardait
00:27:35parce qu'elle se faisait
00:27:36de l'argent avec nous,
00:27:37voilà.
00:27:38Mais est-ce qu'elle avait
00:27:39envers vous
00:27:40des attentions de maman,
00:27:42genre bisous dans le cou,
00:27:44genre câlins ?
00:27:45Ça a duré jusqu'à ce que
00:27:46mon beau-père arrive.
00:27:47À partir de 14 ans,
00:27:48une fois qu'on est arrivés
00:27:48sur la côte,
00:27:50que mon beau-père
00:27:51était avec ma mère,
00:27:52et jaloux de nous,
00:27:54non, ça n'allait plus du tout.
00:27:55Quelles étaient
00:27:56vos relations avec lui ?
00:27:58Mes relations avec lui,
00:27:59c'était un homme
00:28:01qui frappait ma mère,
00:28:02quand même,
00:28:03qui était en hôpital psychiatrique
00:28:05toute la semaine
00:28:06et qui revenait
00:28:07le week-end.
00:28:09D'ailleurs,
00:28:10on a assisté
00:28:10à certaines settles
00:28:11de violence
00:28:12quand on était jeunes.
00:28:13Donc, non,
00:28:14notre beau-père,
00:28:15relation,
00:28:17ça a été jusqu'au jour,
00:28:18en fait,
00:28:19où on a commencé
00:28:20à lui dire
00:28:21arrête de frapper ma mère,
00:28:22ce qu'elle nous faisait
00:28:23croire toujours,
00:28:24que mon beau-père
00:28:26continuait à la frapper
00:28:26alors qu'il avait
00:28:27un traitement de cheval,
00:28:29il prenait du lithium
00:28:30ou je ne sais plus quoi,
00:28:31et qu'il était doux
00:28:32comme un agneau.
00:28:33Ce que vous êtes
00:28:33en train de dire,
00:28:34Fabrice,
00:28:34c'est qu'au début,
00:28:36votre beau-père
00:28:37était violent
00:28:38et qu'ensuite,
00:28:41elle vous a fait croire
00:28:41qu'il était violent
00:28:42pour vous manipuler.
00:28:43Voilà,
00:28:44elle nous a fait croire
00:28:44qu'il redevenait violent.
00:28:46Et là,
00:28:46elle vous a menti.
00:28:48Complètement.
00:28:48En 98 donc,
00:28:565 ans après la mort
00:28:57d'Éric de Vrient,
00:28:58l'enquête redémarre,
00:29:00menée cette fois
00:29:00par la police judiciaire
00:29:01de Nice
00:29:02à l'initiative
00:29:03d'une juge d'instruction
00:29:04qui croit à un assassinat
00:29:06et pour dire les choses
00:29:06clairement,
00:29:07qui croit
00:29:08qu'il a été assassiné
00:29:09par sa compagne,
00:29:11Geneviève Montillet,
00:29:12pour empocher
00:29:12les 10 millions de francs,
00:29:131,5 million d'euros,
00:29:15des 8 contrats
00:29:15d'assurance décès.
00:29:17En attendant,
00:29:18Mme Montillet,
00:29:19elle,
00:29:19n'a toujours pas touché
00:29:20son argent
00:29:20et elle n'est pas prête
00:29:22de le toucher.
00:29:24Car le commandant bloc
00:29:26de la crime de Nice
00:29:27ne va pas lui faire de cadeau.
00:29:306 ans après les faits,
00:29:31il décide de placer
00:29:32tout le monde sur écoute.
00:29:33Geneviève,
00:29:35son premier mari
00:29:36et les jumeaux,
00:29:38Fabrice et Valérie.
00:29:40En espérant
00:29:40que les langues
00:29:41se délient au téléphone
00:29:42avant une convocation générale
00:29:44programmée dans quelques semaines.
00:29:45En programmant
00:29:47des auditions
00:29:48de ces personnes,
00:29:49je savais qu'on allait
00:29:50remettre
00:29:51au bout du jour
00:29:53l'ancien dossier
00:29:55qui s'éteignait
00:29:56et que ça permettrait
00:29:57peut-être
00:29:58d'avoir la chance
00:29:59d'entendre
00:29:59des brives
00:30:02de conversation
00:30:03concernant
00:30:04ce vieux dossier.
00:30:07Mais Geneviève Montillet
00:30:08connaît bien
00:30:09les techniques
00:30:09des policiers
00:30:10et elle reste
00:30:11très prudente.
00:30:13Quand on l'entendait
00:30:14au départ,
00:30:15elle disait,
00:30:15elle prenait
00:30:16ses précautions,
00:30:16elle disait à tout le monde
00:30:17de ne pas parler
00:30:18au téléphone.
00:30:20Elle le disait
00:30:20à ses fils,
00:30:21elle le disait
00:30:21à son ancien mari.
00:30:23Donc,
00:30:24ce n'était pas
00:30:25si évident
00:30:27que ça
00:30:27de les faire parler.
00:30:29Ce dont les policiers
00:30:30vont se rendre compte
00:30:31rapidement,
00:30:33c'est que Geneviève Montillet
00:30:34reste obsédée
00:30:35par l'argent
00:30:36des assurances.
00:30:39Geneviève Montillet
00:30:40n'attendait qu'une chose,
00:30:42c'est de récupérer
00:30:43l'argent des assurances.
00:30:44Et ça,
00:30:44ça a été la première chose
00:30:45dont on a eu connaissance.
00:30:49Elle harcelait
00:30:49les assurances
00:30:50pour savoir
00:30:50quand elle allait être payée
00:30:52des sommes
00:30:53qui, théoriquement,
00:30:54lui revenaient.
00:30:55Ça, c'était important
00:30:56pour elle.
00:30:57Elle nous disait,
00:30:58ça y est,
00:30:59les enfants,
00:31:00vous n'avez plus
00:31:01de soucis à vous faire,
00:31:03vous serez riche,
00:31:05vous inquiétez pas,
00:31:06vous allez vivre bien
00:31:07maintenant.
00:31:07Au bout de quatre mois,
00:31:11les policiers
00:31:11perdent espoir.
00:31:13Les écoutes
00:31:13ne donnent rien
00:31:14et ils sont sur le point
00:31:15d'abandonner la partie.
00:31:18Quand le 8 juillet,
00:31:20ils interceptent
00:31:21une conversation
00:31:21surprenante
00:31:23entre Geneviève Montillet
00:31:24et sa voisine.
00:31:27La vieille dame
00:31:28a servi d'alibi
00:31:28à Geneviève Montillet
00:31:29le jour de la mort d'Éric
00:31:30et à la veille
00:31:32de son audition,
00:31:33ils l'entendent
00:31:33se faire dicter
00:31:34mot pour mot
00:31:35ce qu'elle doit dire
00:31:36aux policiers
00:31:36par Geneviève
00:31:38Montillet.
00:31:43Vous direz
00:31:44que vous êtes
00:31:45venus avec moi,
00:31:46que vous êtes venus
00:31:47chez moi,
00:31:48qu'on a vu
00:31:49Éric Devrien vivant.
00:31:51Vous l'avez très bien vu,
00:31:52il vous a fait un signe,
00:31:54on est partis
00:31:54ensemble
00:31:55à l'hôpital.
00:31:57À l'hôpital,
00:31:58ensuite,
00:31:58on a fait
00:31:58chacune
00:31:59ce qu'on avait à faire
00:32:00et lorsque nous sommes revenus,
00:32:03à ce moment-là,
00:32:03vous avez vu
00:32:04ensemble,
00:32:06on a vu
00:32:06qu'Éric
00:32:07était mort.
00:32:09Une semaine plus tard,
00:32:11les policiers
00:32:12interceptent
00:32:13la conversation
00:32:14qu'ils attendaient.
00:32:15C'est un coup
00:32:22de téléphone
00:32:23entre Valéry,
00:32:25l'un des jumeaux,
00:32:26et son père.
00:32:29À l'époque,
00:32:30je me souviens encore
00:32:31de cette conversation
00:32:32où il lui dit
00:32:33« ce que ta mère
00:32:34t'a fait faire
00:32:35est ignoble ».
00:32:35Enfin,
00:32:36c'est ce genre
00:32:36de terminologie
00:32:37qui est utilisé
00:32:38dans une très,
00:32:38très longue conversation
00:32:39et une phrase
00:32:41au moins
00:32:41devenait capitale,
00:32:42il disait
00:32:43« l'individu
00:32:44que ta mère
00:32:45a fait recruter
00:32:45pour renverser Éric,
00:32:47c'était suffisamment précis,
00:32:49ça devenait
00:32:50tangible,
00:32:51palpable ».
00:32:52Après autant de temps,
00:32:53je ne serais jamais dit
00:32:54que nous étions encore
00:32:55sous écoute téléphonique.
00:32:56Je me dis
00:32:57« il faut que j'en parle
00:32:57à mon père,
00:32:58c'est trop lourd ».
00:32:59Il fallait vraiment
00:33:00que j'en parle à quelqu'un.
00:33:01Et je me mets
00:33:02à éclater en sanglots
00:33:03et je lui explique tout.
00:33:06Moi,
00:33:06je me doute très bien
00:33:07que c'est Fabrice,
00:33:08accompagné d'un autre.
00:33:09ami et de ma mère,
00:33:11donc que c'est
00:33:12tous les trois
00:33:13qui ont fait tout ça,
00:33:16qui ont fait,
00:33:17qui ont participé
00:33:18à l'assassinat.
00:33:21Mais René Desmuliers
00:33:22ne dénonce pas
00:33:23son fils Fabrice,
00:33:24même s'il comprend
00:33:25qu'il est complice
00:33:27de l'assassinat
00:33:28d'Éric de Vrient.
00:33:32Il était mort.
00:33:34Et que faire ?
00:33:36Si je disais
00:33:37quoi que ce soit,
00:33:38si j'allais trouver
00:33:39la police
00:33:40en leur disant
00:33:40« C'était impossible
00:33:42pour moi
00:33:42d'aller trouver la police,
00:33:43comment j'aurais pu le faire ? »
00:33:45J'ai impliqué directement Fabrice
00:33:46et puis finalement,
00:33:49ça servait à quoi ?
00:33:50Ça ne servait plus à rien.
00:33:52Il était mort,
00:33:53je n'avais plus
00:33:54à protéger un mort.
00:33:56Donc,
00:33:56j'étais coincé en fait.
00:33:58J'étais coincé,
00:33:58il fallait encore une fois
00:34:00que je protège Fabrice.
00:34:01Fabrice,
00:34:07en 1998,
00:34:09les écoutes téléphoniques
00:34:10révèlent que
00:34:11vous êtes impliqué,
00:34:12vous,
00:34:14dans la mort
00:34:14d'Éric de Vrient.
00:34:15C'est votre mère
00:34:16qui vous l'a demandé.
00:34:17Vous pouvez nous raconter
00:34:17comment ça s'est passé, ça ?
00:34:19Alors,
00:34:19parce que vers 17 ans,
00:34:21je volais des voitures.
00:34:24Et donc,
00:34:24elle a commencé
00:34:25à monter un plan
00:34:26pour des assurances de vie,
00:34:29nous faire croire
00:34:31qu'il était violent
00:34:32et que c'était
00:34:34soit elle,
00:34:35soit lui
00:34:35qui allait mourir.
00:34:36Elle vous demande
00:34:36de l'aider
00:34:38à éliminer Éric de Vrient ?
00:34:40Elle me dit
00:34:40« Il faut que tu voles
00:34:42une voiture,
00:34:43il faut qu'on monte un coup
00:34:44et il faut absolument
00:34:46que tu l'écrases
00:34:47au Cap d'Antibes.
00:34:49Il faut que tu prennes
00:34:50une voiture volée
00:34:50et que tu ailles
00:34:51le tanquer,
00:34:52comme on dit,
00:34:53au Cap d'Antibes.
00:34:54Votre frère Valéry
00:34:55refuse
00:34:57de faire cela.
00:34:58Oui.
00:34:58Vous acceptez, vous.
00:35:00Pourquoi ?
00:35:00Alors que vous êtes
00:35:01si proche
00:35:01et si ressemblant.
00:35:03Parce que moi,
00:35:04j'ai beaucoup plus
00:35:05d'attaches avec ma mère
00:35:06que mon frère.
00:35:07Moi,
00:35:09comme je vous dis,
00:35:10elle me manipule beaucoup,
00:35:12elle me rappelle
00:35:12des souvenirs.
00:35:14Au début,
00:35:14vous refusez ?
00:35:15Au début ?
00:35:15À chaud ?
00:35:16Oui, bien sûr.
00:35:17Je refuse
00:35:18de tuer mon beau-père.
00:35:20Il est hors de question.
00:35:22Mais ensuite,
00:35:23elle va encore plus loin.
00:35:24Elle me propose
00:35:25un million de francs.
00:35:27Je voudrais que vous me disiez,
00:35:28d'après vous,
00:35:29quelle est la part
00:35:30de la drogue ?
00:35:32Quelle est la responsabilité
00:35:34de la drogue
00:35:34dans cette docilité
00:35:36qui est la vôtre
00:35:36à l'égard de votre mère ?
00:35:37Elle est énorme.
00:35:39Elle est énorme.
00:35:39Parce qu'elle sait très bien
00:35:40qu'en me droguant,
00:35:42en me proposant
00:35:42un million de francs,
00:35:43en me disant
00:35:44que je n'ai pas
00:35:46toute ma tête.
00:35:47Je me drogue
00:35:47énormément.
00:35:49Vous êtes shooté
00:35:50complètement ?
00:35:50Complètement.
00:35:51On n'a plus
00:35:52les idées claires.
00:35:53Et on a 17 ans.
00:35:53On est tout jeunes,
00:35:54quand même.
00:35:55Donc,
00:35:55on n'a pas la réflexion
00:35:56de quelqu'un
00:35:57de 20 ou 25 ans.
00:36:00Donc,
00:36:00ouais,
00:36:00elle nous manipule
00:36:01complètement.
00:36:02Et puis,
00:36:02voilà.
00:36:03Grâce aux écoutes,
00:36:05l'enquête a fait un bond.
00:36:07Le 19 janvier 1999,
00:36:09André Bloch
00:36:10peut enfin placer
00:36:11Geneviève Montillier
00:36:12et ses fils
00:36:12en garde à vue.
00:36:15Les assurances
00:36:16étaient prêtes à payer.
00:36:17On était,
00:36:18à l'échéance,
00:36:19les assurances
00:36:20allaient régler
00:36:21Madame Montillier.
00:36:26André Bloch
00:36:27décide stratégiquement
00:36:28de placer également
00:36:30René Desmuliers,
00:36:31son ex-mari,
00:36:32en garde à vue.
00:36:36Je savais que
00:36:37l'arrivée,
00:36:38et bien entendu,
00:36:39ça,
00:36:39ça avait été
00:36:40calculé
00:36:41et fait exprès,
00:36:42l'arrivée
00:36:42de l'ancien mari
00:36:44de Geneviève Montillier
00:36:47pouvait la déstabiliser
00:36:48ou en tout cas
00:36:48la surprendrait.
00:36:50Et c'est vrai
00:36:51que ça s'est un petit peu
00:36:52passé comme ça
00:36:52parce qu'on était passés
00:36:53devant mon bureau exprès
00:36:54lorsqu'elle a vu
00:36:56son ancien mari
00:36:56en garde à vue.
00:36:57Je crois que
00:36:58ça a eu en tout cas
00:37:00un effet psychologique
00:37:00important sur elle.
00:37:03La présence de René Desmuliers
00:37:04va aussi déstabiliser
00:37:06son fils Valéry
00:37:06qui craque en premier.
00:37:08Donc, sur le moment,
00:37:11je n'y ai un petit peu,
00:37:12moi quand même.
00:37:14Et au bout d'un certain moment,
00:37:17ils me disent
00:37:17mais arrête Valéry,
00:37:18arrête,
00:37:19on sait très bien,
00:37:20on connaît tout.
00:37:21Les gens de ta famille,
00:37:22on ne te dit pas ça
00:37:23pour te prendre au vice.
00:37:24Les gens de ta famille
00:37:25nous ont raconté l'histoire.
00:37:27Toi-même,
00:37:27tu as raconté l'histoire
00:37:28à quelqu'un de ta famille.
00:37:29Et là, je comprends
00:37:31que vu que je l'avais raconté
00:37:34à mon père,
00:37:34mon père a dû raconter.
00:37:35Et là, je craque
00:37:37et je dis
00:37:38oui, c'est vrai,
00:37:40je sais telle chose,
00:37:42telle chose,
00:37:42telle chose.
00:37:43Face aux policiers,
00:37:45Fabrice,
00:37:45son frère jumeau,
00:37:46ne résiste pas
00:37:47non plus très longtemps.
00:37:48Il avoue qu'à la demande
00:37:49de sa mère,
00:37:50il a recruté un copain,
00:37:51Yann,
00:37:52pour percuter Eric
00:37:52en voiture.
00:37:53Fabrice,
00:37:55en garde à vue,
00:37:57vous passez
00:37:58tout de suite
00:37:58aux aveux.
00:38:00Pratiquement.
00:38:02Et vous racontez
00:38:02tout de suite
00:38:04comment tout s'est passé.
00:38:05Bien sûr.
00:38:07Parce que
00:38:07quand je me fais arrêter,
00:38:08j'ai un certain âge.
00:38:10J'ai 21 ans.
00:38:12Donc de 17 à 21,
00:38:14j'ai quand même
00:38:16vachement mûri.
00:38:17Et puis là-dedans...
00:38:18Et ça commençait
00:38:19à travailler énormément,
00:38:20bien sûr.
00:38:21Et j'ai commencé
00:38:22à apprendre des choses
00:38:23qui n'étaient pas du tout vraies.
00:38:24Qu'il était encore méchant,
00:38:26ce n'était pas vrai du tout.
00:38:27Il n'était plus méchant.
00:38:28J'ai compris
00:38:29que c'était vraiment
00:38:30une manipulation
00:38:31du début à la fin.
00:38:32Donc autant
00:38:33lâcher le morceau...
00:38:35Mais même
00:38:36pour ma conscience.
00:38:37C'est incroyable
00:38:38parce que ça fait du bien.
00:38:39Alors vous leur expliquez
00:38:40que bon,
00:38:41certes,
00:38:41vous avez joué un rôle,
00:38:43mais ce n'est pas vous
00:38:43qui conduisiez la voiture.
00:38:46C'est votre copain.
00:38:47Oui.
00:38:49Alors ça,
00:38:49c'est parce que moi,
00:38:50ça,
00:38:50je n'ai pas accepté
00:38:51d'être dans la voiture.
00:38:53Je ne me sentais pas
00:38:55de le faire.
00:38:56Je n'avais pas le courage.
00:38:58Il était hors de question
00:38:59que je tente quelqu'un
00:39:01à 80 km heure en vélo.
00:39:03Il était hors de question.
00:39:04Donc vous expliquez
00:39:05aux policiers
00:39:06que c'est Yann
00:39:07qui conduisait la voiture,
00:39:08que c'est vous
00:39:08qui l'avez recruté.
00:39:09Que c'est moi
00:39:10qui l'ai recruté,
00:39:11que c'est lui
00:39:14qui fait le coup
00:39:15et que moi,
00:39:16je n'étais pas dans la voiture.
00:39:16vous savez évidemment
00:39:18qu'en avouant,
00:39:20vous risquez gros.
00:39:21Ah oui,
00:39:22mais je le sais
00:39:22depuis longtemps.
00:39:24Je sais depuis longtemps
00:39:25que je vais me faire arrêter.
00:39:26Et que vous irez en prison.
00:39:27Je le savais.
00:39:29Donc vous savez,
00:39:30au moment où vous avouez
00:39:30que le soir même,
00:39:31vous dormirez en cellule.
00:39:33Oui.
00:39:34Accusé de complicité de meurtre,
00:39:35ce qui n'est pas rien.
00:39:36Exactement.
00:39:43Fabrice et Valérie
00:39:44viennent de lâcher le morceau.
00:39:45Mais les policiers
00:39:46ne sont pas au bout
00:39:47de leur surprise
00:39:48car dans le bureau d'à côté,
00:39:49leur père,
00:39:50René Desmuliers,
00:39:51l'ex-mari de Geneviève Montillet,
00:39:53leur raconte
00:39:54une histoire passionnante.
00:39:56Lui aussi
00:39:57a failli être assassiné
00:39:58par Geneviève.
00:40:01Ça remonte à
00:40:02février 1985.
00:40:05À l'époque,
00:40:06René Desmuliers
00:40:06était directeur des ventes
00:40:08pour une société japonaise.
00:40:10Il travaillait
00:40:11porte de la chapelle
00:40:12à Paris.
00:40:14Un soir,
00:40:14il a quitté son bureau,
00:40:16traversé son parking
00:40:17comme d'habitude,
00:40:18sans se douter
00:40:18qu'il venait d'échapper
00:40:19à un assassinat.
00:40:22Quand je suis arrivé
00:40:22à la maison,
00:40:24elle est arrivée
00:40:25en même temps que moi.
00:40:26Je suis assez surprise
00:40:27de me voir là.
00:40:27Et en même temps,
00:40:29alors qu'il y avait
00:40:30quelques minutes
00:40:30qu'on était dans l'eau
00:40:31d'entrée tous les deux,
00:40:32le téléphone sonne.
00:40:34C'est le commissariat
00:40:35du 18e à Paris.
00:40:37Les policiers
00:40:38veulent le voir
00:40:38tout de suite.
00:40:40Ils m'ont appris
00:40:41brutalement
00:40:41que Geneviève
00:40:43avait tenté
00:40:43de m'assassiner.
00:40:44Voilà.
00:40:45Qu'elle avait passé
00:40:46un contrat sur moi.
00:40:47Ça semblait tellement
00:40:48surréaliste
00:40:50que je ne pouvais
00:40:51pas y croire.
00:40:53Parce que
00:40:53rien ne laissait
00:40:55supposer ça.
00:40:56Absolument rien.
00:40:57Et un des trois policiers
00:41:01s'est levé,
00:41:01m'a emmené
00:41:02dans une pièce à côté.
00:41:03Enfin,
00:41:03il a entre-ouvert
00:41:03une porte.
00:41:04Il m'a demandé
00:41:05si,
00:41:06en me présentant
00:41:06à un jeune garçon
00:41:07qui attendait
00:41:09sur une chaise,
00:41:09il m'a demandé
00:41:10si je le connaissais.
00:41:11Et je lui ai dit
00:41:12non, bien évidemment,
00:41:13je ne le connais pas du tout.
00:41:14Et il m'a dit
00:41:15parce que c'est
00:41:15le jeune homme
00:41:16qui était censé
00:41:17vous assassiner.
00:41:19Voilà.
00:41:20Donc,
00:41:21ma surprise
00:41:21était énorme.
00:41:23C'est évident.
00:41:23Ce jeune homme,
00:41:26c'est un certain
00:41:27Dimni,
00:41:28chômeur.
00:41:29Il a répondu
00:41:30à une petite annonce
00:41:31passée par Geneviève Montillet.
00:41:33Elle cherchait
00:41:33un coursier.
00:41:35Mais en fait,
00:41:36elle lui a proposé
00:41:37un tout autre marché.
00:41:39Abattre son mari
00:41:40contre la somme
00:41:41de 300 000 francs,
00:41:4345 000 euros.
00:41:44Il devait agir
00:41:45un soir
00:41:45à la sortie
00:41:46de son travail.
00:41:47Mais trois jours
00:41:48avant la date fixée,
00:41:49Dimni a craqué
00:41:50et il s'est rendu
00:41:51au commissariat
00:41:51pour dénoncer
00:41:52le plan de Geneviève Montillet.
00:41:54Il est alors devenu
00:41:55la part des policiers.
00:41:58Donc,
00:41:59nous lui avons dit
00:41:59de marcher dans la combine
00:42:00pour voir jusqu'où
00:42:01elle irait.
00:42:01Évidemment,
00:42:02sous notre surveillance
00:42:03et à chaque fois
00:42:03de nous prévenir
00:42:05à chaque fois
00:42:05qu'elle téléphonait.
00:42:07Les policiers
00:42:08n'ont pas lâché
00:42:08Dimni
00:42:09jusqu'au jour J.
00:42:11Et en écoutant
00:42:11son téléphone,
00:42:12il constate
00:42:13que Geneviève Montillet
00:42:14maintient son contrat
00:42:15sur son mari.
00:42:17Nous allons
00:42:17l'appréhender
00:42:18donc à son domicile,
00:42:19une villa
00:42:20à Saint-Huit,
00:42:21une belle villa d'ailleurs,
00:42:22bien meublée.
00:42:23meublée,
00:42:24meublée laquée chinois même.
00:42:27Et nous la ramenons
00:42:29donc au commissariat
00:42:31du XVIIIe.
00:42:33Là,
00:42:34au début,
00:42:34bien sûr,
00:42:34elle nie,
00:42:35mais devant
00:42:35les aveux de Dimni,
00:42:37sa déclaration et tout,
00:42:39donc,
00:42:39elle passe aux aveux
00:42:41complets.
00:42:41Elle raconte
00:42:43qu'elle ne s'entend pas
00:42:44avec son mari
00:42:45depuis plusieurs mois,
00:42:47qu'elle a un amant
00:42:48et qu'elle a pensé
00:42:51faire sa vie
00:42:52avec son amant.
00:42:54Mais comme son mari
00:42:55ne voulait pas divorcer,
00:42:56il n'était pas question
00:42:57de divorce,
00:42:58elle avait donc décidé
00:42:59de le tuer.
00:43:00Elle a dit que
00:43:07je la gênais,
00:43:08en fait,
00:43:10et comme elle imaginait
00:43:11que ce divorce
00:43:13me faisait souffrir,
00:43:14ça,
00:43:15c'est authentique,
00:43:15ce que je vous dis,
00:43:16ça sort de sa bouche.
00:43:18Comme elle imaginait
00:43:18que j'aurais souffert
00:43:19et mal supporté
00:43:20ce divorce,
00:43:22et bien finalement,
00:43:22il valait mieux
00:43:23que je meure,
00:43:24le plus naturellement
00:43:25du monde.
00:43:27En fait,
00:43:27c'était un assassinat
00:43:28très altruiste.
00:43:31René Desmuliers
00:43:32se retrouve face
00:43:33à un choix cornélien.
00:43:34S'il dépose plainte,
00:43:35sa femme dormira en prison.
00:43:37S'il abandonne
00:43:38les poursuites,
00:43:39elle rentrera à la maison
00:43:40comme si de rien n'était.
00:43:43J'ai choisi
00:43:43de faire en sorte
00:43:44que les jumeaux
00:43:45ne soient pas traumatisés
00:43:46en sachant
00:43:48que leur mère
00:43:49était en prison.
00:43:50Ils n'auraient jamais compris,
00:43:51ils étaient trop petits,
00:43:51ils avaient 10 ans.
00:43:52Voilà,
00:43:53donc,
00:43:53on est revenus,
00:43:55elle était en larmes,
00:43:56elle n'a pas prononcé
00:43:58un mot
00:43:58dans la voiture
00:43:59jusqu'à ce qu'on arrive
00:44:00chez nous
00:44:00et elle n'a plus
00:44:03prononcé un mot
00:44:04pratiquement
00:44:04pendant 4 ou 5 mois
00:44:06jusqu'à ce qu'elle me dise
00:44:08qu'elle voulait divorcer.
00:44:15Dominique Rizet,
00:44:16comment se fait-il
00:44:17que cette affaire
00:44:17n'ait pas eu
00:44:18de suite judiciaire
00:44:19et que Geneviève Montillier
00:44:20n'ait pas été inquiétée ?
00:44:22D'abord,
00:44:22parce que son mari
00:44:23n'a pas porté plainte.
00:44:25Même si c'est étrange,
00:44:25c'est son droit
00:44:26le plus absolu.
00:44:28Deuxièmement,
00:44:28et ça,
00:44:28c'est beaucoup plus surprenant,
00:44:30parce que le parquet,
00:44:31le procureur de la République,
00:44:32n'a pas décidé
00:44:33de poursuivre Geneviève Montillier.
00:44:35Pourtant,
00:44:35il y avait matière A.
00:44:37Elle aurait pu être poursuivie
00:44:38pour tentative d'assassinat.
00:44:39Il y avait des éléments
00:44:40constitutifs
00:44:41du délit,
00:44:42du crime
00:44:43et il y a aussi
00:44:44ses aveux.
00:44:45C'est quand même
00:44:45pas n'importe quoi.
00:44:46Et curieusement,
00:44:47eh bien,
00:44:47la justice ne poursuit pas.
00:44:49Deuxième réponse,
00:44:50pourquoi cette affaire
00:44:51n'a-t-elle pas eu de suite ?
00:44:52Eh bien,
00:44:53parce qu'elle ne figure pas
00:44:53au casier judiciaire
00:44:55de Geneviève Montillier.
00:44:56Son casier judiciaire
00:44:57est vierge.
00:44:58La seule trace
00:44:58qui existe
00:44:59de cette affaire,
00:45:01c'est cette procédure judiciaire
00:45:03qu'on a retrouvée,
00:45:04qui existe
00:45:05et qui est au commissariat
00:45:06de Roubaix.
00:45:08À l'époque,
00:45:08en 1985,
00:45:09on appelait ça
00:45:09la pelure.
00:45:10C'était le double
00:45:11de la procédure.
00:45:12C'est la seule trace
00:45:13qui reste de cette histoire.
00:45:14C'est la seule trace.
00:45:14Donc,
00:45:15c'est la seule chose
00:45:15qui est archivée.
00:45:16Et cette procédure,
00:45:17elle a été rédigée
00:45:17pour acte préparatoire
00:45:19exécutée
00:45:19pour la commission
00:45:20d'un meurtre
00:45:21non suivi
00:45:22d'un commencement
00:45:23d'exécution.
00:45:23Ça,
00:45:24c'est important.
00:45:25Pour une meilleure compréhension,
00:45:26il faut comprendre
00:45:26que la loi distingue
00:45:27entre les actes préparatoires
00:45:29et l'exécution.
00:45:31Ce qui veut dire
00:45:31qu'entre avoir l'intention
00:45:33de faire les choses
00:45:34et faire les choses,
00:45:36il y a un monde.
00:45:37Je m'explique.
00:45:39Acte préparatoire,
00:45:40ça n'est pas punissable.
00:45:42Donc,
00:45:43la justice a dit,
00:45:44en l'occurrence,
00:45:45que c'était simplement
00:45:46des actes préparatoires
00:45:47et qu'il n'y avait pas
00:45:47de commission d'effet.
00:45:48Ce qui est vrai.
00:45:49Et comme Geneviève Montillet
00:45:51est vraiment dans son jour de chance,
00:45:53va s'ajouter à ce vide juridique
00:45:55un problème de compétence
00:45:56des procureurs de la République.
00:45:58Écoutez bien,
00:45:59il y a trois procureurs
00:46:00dans cette affaire.
00:46:02Le procureur de Lille,
00:46:04puisque l'homme recruté
00:46:05pour tuer habite Roubaix.
00:46:07Le procureur de Paris,
00:46:08puisque les faits,
00:46:10le meurtre,
00:46:10devait être commis à Paris.
00:46:11Et le procureur de Pontoise,
00:46:13parce que Geneviève Montillet,
00:46:14à l'époque,
00:46:15habite Saint-Vitz,
00:46:16dans le Val-d'Oise.
00:46:17Or,
00:46:17ces trois procureurs
00:46:18vont se rejeter la balle.
00:46:20Jusqu'à ce que l'un d'eux
00:46:21soit quand même saisi,
00:46:22celui de Lille,
00:46:23et il va classer sans suite.
00:46:25La bonne nouvelle,
00:46:26c'est que cette affaire
00:46:27a mis en lumière
00:46:27un manquement
00:46:28au niveau de la législation
00:46:29et qu'aujourd'hui,
00:46:30l'affaire Montillet
00:46:31est devenue un cas d'étude
00:46:33à l'École nationale
00:46:34de la magistrature.
00:46:36Pendant quatre mois,
00:46:37René et Geneviève
00:46:38vont continuer
00:46:39à vivre ensemble
00:46:40comme un couple
00:46:41presque normal.
00:46:42Je dormais à côté d'elle,
00:46:43oui,
00:46:43ça peut vous paraître bizarre,
00:46:45mais le lit était très large.
00:46:47Je ne faisais que dormir
00:46:49dans le même lit qu'elle,
00:46:50en fait.
00:46:52Mais que croyez-vous,
00:46:54je n'arrêtais pas
00:46:54de me poser des questions.
00:46:56Je savais que je dormais,
00:46:59enfin,
00:46:59j'habitais encore
00:47:00avec quelqu'un
00:47:01qui avait tenté
00:47:02de m'assassiner.
00:47:04C'est donc finalement Geneviève
00:47:05qui demande le divorce
00:47:06pour partir vivre
00:47:08avec Éric de Vriat.
00:47:09René Desmuliers
00:47:11n'est pas au bout
00:47:11de ses surprises.
00:47:12Son épouse
00:47:13n'a pas seulement
00:47:14tenté de le tuer
00:47:15avant de le quitter,
00:47:16elle a aussi
00:47:17dilapidé son argent.
00:47:18Quand elle est partie,
00:47:20eh bien,
00:47:21j'ai vu le désastre financier.
00:47:25On avait des économies
00:47:25et elles ont disparu.
00:47:27Je me suis retrouvé,
00:47:28comme on dit vulgairement,
00:47:29une main derrière,
00:47:30une main devant,
00:47:31en fait.
00:47:32J'avais beaucoup de dettes
00:47:33et, bon,
00:47:35je m'en suis sorti
00:47:36un peu à la fois
00:47:37parce que je gagnais
00:47:38bien ma vie,
00:47:38mais je n'avais plus
00:47:39d'économie,
00:47:39je n'avais plus rien du tout.
00:47:41En fait,
00:47:41j'avais un trou
00:47:41d'à peu près,
00:47:42à l'époque,
00:47:43200 000 francs.
00:47:45Geneviève Montillier
00:47:45a mis son mari
00:47:46sur la paille
00:47:47et elle l'a quitté
00:47:48pour aller vivre
00:47:48avec Éric de Vriyante,
00:47:50un nouveau compagnon
00:47:51qu'elle a très vite
00:47:52l'intention
00:47:52de tuer.
00:47:54Mais cette fois-ci,
00:47:56elle veut faire ça
00:47:56en famille.
00:47:58Ce sont ses fils
00:47:59de 11 ans
00:48:00qui seront chargés
00:48:01de le liquider.
00:48:03Ça tombe bien,
00:48:05ils ont reçu chacun
00:48:06une carabine à plomb
00:48:07pour Noël.
00:48:12Ma mère nous dit,
00:48:13bon, bah,
00:48:13aujourd'hui,
00:48:14vous allez aller
00:48:15avec Éric
00:48:16dans la forêt,
00:48:17vous allez chasser
00:48:18les petits oiseaux,
00:48:19vous allez regarder
00:48:20un petit peu partout
00:48:20comme si de rien n'était
00:48:21et vous vous arrangez
00:48:24entre vous,
00:48:26il y en a un de vous deux
00:48:27qui lui tirera dessus.
00:48:37On a des petits regards complices
00:48:39avec Fabrice,
00:48:40on est quand même
00:48:41sous une extrême tension,
00:48:42croyez-moi.
00:48:43et on chasse les oiseaux,
00:48:47donc,
00:48:48et moi,
00:48:50j'ose pas,
00:48:51je sais que je le ferai pas,
00:48:52je sais que je n'oserai pas.
00:48:55Donc, moi,
00:48:56je tire à droite,
00:48:57à gauche,
00:48:58des petits plombs
00:48:59sur des oiseaux
00:49:00à droite,
00:49:00à gauche,
00:49:01et je vois Fabrice,
00:49:03il me regarde,
00:49:05et là,
00:49:05il prend sa carabine,
00:49:07hop,
00:49:07il suit un oiseau
00:49:08et arrivé vers la tête
00:49:09du beau-père,
00:49:10hop,
00:49:10il tire.
00:49:12Et d'un seul coup,
00:49:13on voit notre beau-père
00:49:14faire,
00:49:14aïe,
00:49:15et s'effondrer par terre.
00:49:17Là,
00:49:17Fabrice,
00:49:18j'y êtes la carabine à plomb
00:49:19et s'en va en courant,
00:49:21en pleurant.
00:49:23Éric de Vrient
00:49:24n'est que légèrement blessé.
00:49:26Il veut croire
00:49:27que ça n'est qu'un accident.
00:49:29Et la mère
00:49:30rassure ses fils.
00:49:33Bon, ben,
00:49:34vous avez fait ce que vous pouviez,
00:49:36ça n'a pas marché,
00:49:38mais ne dites rien.
00:49:40Ce que tu as dit, Fabrice,
00:49:41au policier,
00:49:41c'est très, très bien.
00:49:43Il faudra toujours dire ça,
00:49:44quoi qu'il arrive,
00:49:45si un jour,
00:49:46vous êtes réinterrogé.
00:49:47Il faudra toujours dire
00:49:48la même chose.
00:49:49C'est très bien
00:49:49ce que vous avez fait.
00:49:56Bruno Albuy,
00:49:56vous êtes vice-procureur
00:49:58à Grasse,
00:49:59à l'époque.
00:50:00L'instruction sur la mort
00:50:01d'Éric de Vrient
00:50:02a démontré
00:50:02que par deux fois,
00:50:04Geneviève Montillier
00:50:04a voulu se débarrasser
00:50:06de ses compagnons.
00:50:08Qu'est-ce que vous avez appris
00:50:09d'autre sur elle ?
00:50:10Nous avons appris
00:50:11que Mme Montillier
00:50:14avait commis
00:50:16une escroquerie
00:50:18au préjudice
00:50:20de la caisse
00:50:20de retraite
00:50:23de son père.
00:50:24Son père était décédé
00:50:25et Mme Montillier
00:50:26n'a pas déclaré
00:50:28ce décès,
00:50:29a continué
00:50:30à remplir,
00:50:31en imitant la signature
00:50:32de son père,
00:50:33Mme Montillier
00:50:34a continué
00:50:35à remplir
00:50:35les documents
00:50:36et a donc perçu
00:50:37indûment
00:50:37les sommes
00:50:39que percevait
00:50:40son père.
00:50:42Pendant longtemps ?
00:50:43Pendant plusieurs années,
00:50:44deux, trois ans.
00:50:45C'est une véritable escroquerie.
00:50:46C'est une véritable escroquerie
00:50:47avec toujours
00:50:48ce but,
00:50:49ce but unique
00:50:50qui a guidé
00:50:51toute son action,
00:50:54c'est-à-dire
00:50:54avoir de l'argent,
00:50:56avoir de plus en plus
00:50:58d'argent,
00:50:58avoir toujours de l'argent.
00:51:00Vous en avez d'autres
00:51:00comme ça ?
00:51:01J'en ai d'autres.
00:51:03Les fils,
00:51:04les deux jumeaux,
00:51:05ont dit
00:51:06que leur mère
00:51:07leur avait demandé
00:51:08par deux fois
00:51:09de commettre
00:51:10des vols.
00:51:11Alors,
00:51:12la première fois
00:51:12au préjudice
00:51:13de leur propre père
00:51:13et une deuxième fois
00:51:15au préjudice
00:51:16de voisins.
00:51:17Donc,
00:51:17elle les envoyait voler ?
00:51:18Elle les envoyait voler.
00:51:18Elle n'a pas de casier judiciaire,
00:51:20pourtant.
00:51:21C'est étonnant.
00:51:21Elle n'a pas de casier judiciaire,
00:51:22sauf une condamnation,
00:51:23je crois,
00:51:24en 98
00:51:24pour des faits
00:51:25de four en écriture privée.
00:51:27Mais sinon,
00:51:28une casier judiciaire vierge.
00:51:29Sinon,
00:51:29une casier judiciaire vierge.
00:51:37Geneviève Montillier
00:51:37est maintenant
00:51:38coincée.
00:51:39Contre elle,
00:51:40la juge
00:51:40a les écoutes,
00:51:41les aveux
00:51:42de ses deux fils,
00:51:43le témoignage
00:51:43de son ex-mari René.
00:51:45Les policiers
00:51:46ont désormais
00:51:46deux ou trois questions
00:51:47à lui poser.
00:51:48Geneviève Montillier
00:51:51est une forte tête.
00:51:53Mais contre toute attente,
00:51:54le 20 janvier,
00:51:55après 24 heures
00:51:56de garde à vue,
00:51:58elle passe aux aveux.
00:51:58à ce moment-là,
00:52:02elle me demande,
00:52:02puisqu'il y avait
00:52:03trois personnes avec moi,
00:52:05elle me demande
00:52:06de faire sortir les gens.
00:52:08Elle me dit,
00:52:08je vais vous expliquer
00:52:09comment ça s'est passé.
00:52:10Elle me parle
00:52:10de l'accident
00:52:12de la circulation.
00:52:13Elle confirme
00:52:14ce qu'avaient dit
00:52:15ses fils.
00:52:15C'est-à-dire
00:52:16qu'elle avait demandé
00:52:17aux jumeaux
00:52:17de trouver quelqu'un,
00:52:18qu'elle avait rencontré
00:52:19cette personne,
00:52:20qu'elle lui avait expliqué
00:52:21qu'il fallait le renverser,
00:52:23qu'il fallait le tuer
00:52:23pour récupérer
00:52:24de l'argent
00:52:25des assurances,
00:52:27qu'il fallait le supprimer.
00:52:29Les confessions
00:52:30de Geneviève Montillier
00:52:31ne vont pas plus loin.
00:52:32C'est bien elle
00:52:33qui a commandité
00:52:34l'accident de vélo.
00:52:35Elle le reconnaît,
00:52:37mais elle n'a pas tué Eric
00:52:38plus tard,
00:52:39à la maison.
00:52:40Ses aveux partiels
00:52:41suffisent néanmoins
00:52:41à l'envoyer
00:52:42derrière les barreaux.
00:52:46Elle laisse derrière elle,
00:52:47Emmanuel,
00:52:49la fille qu'elle a eue
00:52:49avec Eric de Vrient.
00:52:51Une adolescente
00:52:52qui doit affronter
00:52:52une réalité terrible.
00:52:57Emmanuel est partagé
00:52:58quand même.
00:52:58Il faut voir la situation
00:52:59d'un enfant.
00:53:00Certes, son père
00:53:01a été assassiné.
00:53:02Elle a du mal
00:53:02à le croire
00:53:03par sa mère.
00:53:05Donc, au début,
00:53:06c'est un travail
00:53:07de longue haleine
00:53:08pour lui faire croire
00:53:09que ce que je raconte,
00:53:11ce ne sont pas
00:53:12des balivernes,
00:53:13mais que c'est
00:53:14la réalité du dossier,
00:53:15que sa mère
00:53:16est un assassin.
00:53:18Après les aveux
00:53:18de Geneviève Montillier
00:53:20et de ses fils,
00:53:21les policiers
00:53:22interpellent
00:53:22l'ami de Fabrice,
00:53:24celui qui est censé
00:53:24avoir renversé Eric
00:53:26sur la route.
00:53:27Yann Baudet
00:53:27est un jeune délinquant
00:53:28de 17 ans.
00:53:30Il a commencé
00:53:30à traîner un peu
00:53:32avec mon frère.
00:53:33Je le voyais
00:53:33de plus en plus ensemble.
00:53:35Ma mère l'invitait
00:53:37à manger,
00:53:37ce qu'elle ne faisait
00:53:38jamais avec d'autres copains.
00:53:39Jamais, jamais, jamais.
00:53:40Et voilà, je le vois
00:53:43de plus en plus,
00:53:44de plus en plus.
00:53:45Moi, je n'ai pas
00:53:45beaucoup d'affinités
00:53:46avec lui,
00:53:47parce que malgré
00:53:48que nous soyons jumeaux,
00:53:49Fabrice et moi,
00:53:50on a eu pas mal
00:53:51de périodes
00:53:52où on avait chacun
00:53:53nos copains.
00:53:55Et donc,
00:53:56je vois très bien
00:53:57en tout cas
00:53:57qu'il se rapproche
00:53:59de lui
00:53:59et que ma mère
00:54:00l'aime beaucoup.
00:54:01A cette époque-là,
00:54:03Yann a complètement rompu
00:54:05avec sa famille.
00:54:06Il a quitté la maison
00:54:07et dort sur la plage.
00:54:09Toxicomane,
00:54:10il vit de petits boulots.
00:54:12C'est une mère,
00:54:13entre guillemets,
00:54:14qui a la différence
00:54:15de sa mère biologique,
00:54:17lui procure le gîte
00:54:18et le couvert.
00:54:20Et quand vous êtes adolescent,
00:54:21quand vous êtes mineur,
00:54:22que vous êtes à la rue,
00:54:24dans tous les sens du terme,
00:54:25cette femme
00:54:26qui est la mère
00:54:27de ses meilleurs amis,
00:54:28qui lui ouvre sa porte,
00:54:29qui l'accueille,
00:54:30qui lui permet
00:54:31de dormir,
00:54:31qui lui permet de manger,
00:54:33c'est un refuge.
00:54:35C'est un refuge
00:54:36et il va forcément
00:54:39lui faire confiance.
00:54:40Elle a pris Yann
00:54:40sur son aile,
00:54:41surtout parce qu'à mon avis,
00:54:42elle avait repéré
00:54:42que ce serait
00:54:43le bon pigeon,
00:54:46entre guillemets,
00:54:47dans le sens
00:54:47où elle pourrait plus...
00:54:48C'était celui
00:54:49qui était le plus malléable
00:54:50et qui serait à même,
00:54:51je pense,
00:54:52parce que tout le monde
00:54:52n'est pas à même
00:54:53d'assassiner quelqu'un.
00:54:54Donc déjà,
00:54:54de voler une voiture,
00:54:55tout enfant ne va pas le faire
00:54:57et encore moins
00:54:58d'aller assassiner
00:54:59un inconnu.
00:55:00Donc je pense que
00:55:00dans le groupe d'amis
00:55:01qu'ils étaient,
00:55:02elle a repéré Yann
00:55:03comme étant le plus...
00:55:05le plus proche
00:55:07de ce qu'elle avait besoin.
00:55:09Pour convaincre
00:55:10Yann Baudet
00:55:10de l'aider,
00:55:12Geneviève joue
00:55:12sur sa corde sensible.
00:55:14Elle sait
00:55:14qu'il a été battu
00:55:15par son père.
00:55:16Alors elle prétend
00:55:16qu'elle connaît
00:55:17le même sort.
00:55:18Éric de Vrienne
00:55:19serait violent avec elle.
00:55:21Elle va déployer
00:55:22des quantités d'arguments
00:55:23variés,
00:55:25pertinents
00:55:25pour le faire changer d'avis.
00:55:27En lui faisant
00:55:28assimiler son compagnon,
00:55:30Éric de Viendre,
00:55:30finalement,
00:55:31à ce père
00:55:32qui a été tant violent
00:55:34avec lui,
00:55:35qu'il a,
00:55:36à de multiples reprises,
00:55:38rabroué,
00:55:39mis dehors,
00:55:39poursuivi parfois
00:55:40dans la campagne.
00:55:41Il a toujours été
00:55:47fasciné par l'argent,
00:55:49des grosses sommes d'argent
00:55:50qui venaient facilement
00:55:50sans faire grand-chose.
00:55:52Donc je suppose
00:55:53que si on lui a proposé
00:55:54une bonne somme d'argent
00:55:55pour le faire,
00:55:57pour lui,
00:55:57c'était quoi,
00:55:57un vol de voiture
00:55:58et conduire,
00:55:59c'était facile
00:56:00et c'était ce qu'il aimait.
00:56:04Pour faire flancher Yann,
00:56:06elle évoque
00:56:07l'argent des assurances
00:56:08et lui fait miroiter
00:56:10une récompense
00:56:11de 500 000 francs,
00:56:1475 000 euros.
00:56:18En garde à vue,
00:56:20Yann Baudet
00:56:20rentre dans les détails.
00:56:23Geneviève Montillier
00:56:24lui aurait demandé
00:56:24de faire marche arrière
00:56:25après avoir percuté Éric
00:56:27pour mieux l'écraser
00:56:30et être sûr
00:56:31de l'achever.
00:56:36Geneviève Montillier
00:56:38va lui reprocher
00:56:39dans les jours,
00:56:42les semaines
00:56:42qui suivent
00:56:43d'avoir raté son coup.
00:56:47Alors,
00:56:48elle lui demande
00:56:49de finir le travail.
00:56:54Elle va littéralement
00:56:55forcer Yann
00:56:56à venir jusqu'à l'hôpital.
00:56:59Elle va tenter
00:56:59de lui mettre
00:57:00la seringue dans la main,
00:57:01si je peux dire,
00:57:01en lui disant
00:57:01« Tu vas faire
00:57:02ce que je te dis ».
00:57:03Yann refuse
00:57:04et alors là,
00:57:06devant les yeux
00:57:06quand même
00:57:07assez stupéfaits
00:57:08du jeune homme,
00:57:09elle sort
00:57:10une seringue
00:57:11de sa poche
00:57:12ou de son manteau
00:57:12et elle va
00:57:14tenter d'injecter
00:57:15une bulle d'air
00:57:16dans la perfusion
00:57:18qui maintient
00:57:18Éric
00:57:19de Viendre
00:57:20en vie.
00:57:21Elle va,
00:57:22de mémoire,
00:57:22s'y prendre
00:57:23à plusieurs reprises
00:57:24sans résultat.
00:57:26La juge
00:57:28confronte Yann
00:57:30à Geneviève Montillet
00:57:31et ses fils.
00:57:33Yann maintient
00:57:34sa version.
00:57:37Cette révélation
00:57:38brutale
00:57:38dans la salle
00:57:39de confrontation
00:57:40de non seulement
00:57:41il y a eu
00:57:42une première tentative
00:57:43mais il y en a eu
00:57:43une deuxième
00:57:44qui poussait
00:57:45sur un lit d'hôpital
00:57:46vers quelqu'un
00:57:46qui était en état
00:57:48de survie.
00:57:49C'est absolument
00:57:50terrifiant.
00:57:51C'est terrifiant.
00:57:52Il y a un silence
00:57:52absolument total
00:57:53dans la salle
00:57:54de confrontation
00:57:55au fur et à mesure
00:57:55que Yann raconte cela.
00:58:04Fabrice,
00:58:05lors d'une confrontation
00:58:06devant le juge
00:58:07d'instruction,
00:58:08vous confirmez
00:58:09ce que Yann Baudet
00:58:09a déjà dit.
00:58:10C'est-à-dire que
00:58:10votre mère
00:58:11vous a aussi demandé
00:58:13à vous,
00:58:13vous Fabrice,
00:58:15d'achever
00:58:16Éric de Vrient
00:58:17à l'hôpital.
00:58:18Oui.
00:58:18Qu'est-ce qu'elle
00:58:19vous a demandé exactement ?
00:58:20Il fallait que j'aille
00:58:21avec elle à l'hôpital
00:58:22pour lui mettre
00:58:22une bulle d'air
00:58:23dans le sang
00:58:24pour qu'il fasse
00:58:25un arrêt cardiaque.
00:58:26Avec une seringue ?
00:58:27Voilà,
00:58:28avec une seringue
00:58:28dans sa perfusion.
00:58:30Elle vous l'a demandé,
00:58:31ça ?
00:58:31Oui,
00:58:32plusieurs fois.
00:58:33Sans gêne ?
00:58:34Alors qu'elle vous a...
00:58:35Sans aucune gêne
00:58:35puisque elle,
00:58:36ce qu'elle voulait,
00:58:37c'est qu'il soit mort
00:58:38sur le coup.
00:58:39Il n'est pas mort sur le coup
00:58:40donc elle ne touchait
00:58:41pas ses assurances.
00:58:42Donc il fallait absolument
00:58:43finir le travail.
00:58:45Comment vous avez réagi
00:58:46quand elle vous a demandé ça ?
00:58:47Moi, j'ai dit non.
00:58:49Hors de question.
00:58:53Geneviève Montillet
00:58:54est une nouvelle fois
00:58:55mise en examen
00:58:56pour tentative d'assassinat
00:58:58sur Eric à l'hôpital
00:58:59et pour l'avoir assassiné
00:59:01à la maison.
00:59:03Mais maintenant,
00:59:05elle a une nouvelle explication.
00:59:07Eric aurait eu
00:59:08un comportement incestueux
00:59:09avec leur petite fille,
00:59:12Emmanuel.
00:59:12Je lui ai posé la question
00:59:19est-ce que ton papa
00:59:20a eu des fois
00:59:20des gestes
00:59:21quelque peu équivoques ?
00:59:23La réponse a été
00:59:25assez violente.
00:59:27C'est-à-dire qu'elle m'a indiqué
00:59:29avec ses mots d'enfant
00:59:31que son père,
00:59:33quand même dans ce dossier,
00:59:33il était mort pour rien,
00:59:35qu'il avait certainement
00:59:37souffert dans son être
00:59:38d'avoir été trimballé
00:59:40déjà l'accident
00:59:42de la circulation,
00:59:43l'hôpital,
00:59:43à prendre le ramène,
00:59:44on le finit,
00:59:45parce que c'est ça,
00:59:45on l'a fini.
00:59:47Il m'a dit
00:59:47vous ne pensez pas
00:59:48que c'est quand même
00:59:49beaucoup pour un seul homme ?
00:59:51Et elle m'a nié
00:59:52avec la véhémence
00:59:54de ses 15 ans
00:59:55en disant
00:59:56attendez mon père
00:59:57il était adorable avec moi,
00:59:58il n'y avait pas de problème.
01:00:01Les policiers,
01:00:02eux non plus,
01:00:03ne croient pas une seconde
01:00:04à ces accusations
01:00:05de pédophilie.
01:00:06Pour eux,
01:00:07le seul mobile,
01:00:08c'est l'argent.
01:00:09Il leur reste à déterminer
01:00:10le rôle que Valérie,
01:00:11l'autre jumeau,
01:00:13a joué dans cette affaire.
01:00:15J'ai donné beaucoup
01:00:16de versions différentes
01:00:18à la police
01:00:19parce que pendant des années,
01:00:22ma mère,
01:00:23à chaque peur,
01:00:25entre guillemets,
01:00:26du petit détail
01:00:28qu'il fera,
01:00:29qu'elle se fera attraper,
01:00:31elle nous disait
01:00:32tout le temps,
01:00:32tout le temps,
01:00:32tout le temps,
01:00:33tu diras ça,
01:00:34tu ne diras pas si,
01:00:35tu diras ça,
01:00:36tu ne diras pas si.
01:00:37Donc nous,
01:00:37on avait une version
01:00:38dans notre tête
01:00:38pendant un ou deux ans,
01:00:40admettons.
01:00:41Après bourrage de crâne,
01:00:42bourrage de crâne,
01:00:43on ne se rappelle plus
01:00:44et moi,
01:00:45je me suis embrouillé moi-même.
01:00:48La juge décide
01:00:49de placer Valérie
01:00:50en détention
01:00:51où il retrouve
01:00:52son frère Fabrice.
01:00:53À la prison,
01:00:57il n'y a qu'un grillage
01:00:58qui nous sépare.
01:01:00Donc Fabrice me dit
01:01:02voilà,
01:01:04maman est en train,
01:01:05il crie un peu
01:01:06parce qu'on est quand même
01:01:07séparés par une dizaine
01:01:08de mètres.
01:01:10Maman est en train
01:01:11de nous charger
01:01:12au maximum.
01:01:13Elle dit que c'est nous
01:01:14qui avons eu l'idée
01:01:15que c'est toi
01:01:16qui étais dans l'appartement,
01:01:18donc que c'est toi
01:01:18qui achevais Eric.
01:01:20Elle est en train
01:01:20de tout mettre
01:01:21sur notre dos.
01:01:21Moi, j'y crois pas,
01:01:24je crois pas mes oreilles.
01:01:28C'est pourtant bien vrai.
01:01:30Geneviève Montillé
01:01:30est en train
01:01:31d'enfoncer Valérie.
01:01:33Elle l'accuse
01:01:33d'avoir tué Eric
01:01:35à la maison.
01:01:39Croyez-vous que c'est lui
01:01:40qui l'est achevé ?
01:01:41Elle fait...
01:01:43Ben,
01:01:44vu qu'il était
01:01:44dans l'appartement,
01:01:45certainement,
01:01:46oui, oui,
01:01:46c'est lui, sûrement.
01:01:49Il ne vous l'a pas dit
01:01:50textuellement,
01:01:51il ne nous a pas dit
01:01:52j'ai achevé Eric.
01:01:54Non, non, mais bon,
01:01:55il ne l'aimait pas du tout,
01:01:57donc, comme il était
01:01:58dans l'appartement,
01:01:59c'est lui
01:02:00qui l'a achevé.
01:02:02Alors moi,
01:02:03je la regarde
01:02:03pendant la confrontation,
01:02:05je dis,
01:02:05mais maman,
01:02:06ça va pas ou quoi ?
01:02:07Je peux plus sortir un mot,
01:02:10je suis bouche bée.
01:02:11Juste une chose,
01:02:12c'est de me lever
01:02:14ou bien lui mettre une gifle
01:02:15ou bien quelque chose
01:02:16comme ça.
01:02:16une envie
01:02:18de violence extrême,
01:02:19j'y croyais pas
01:02:21à mes oreilles.
01:02:22J'en croyais pas
01:02:22à mes oreilles.
01:02:24Eric,
01:02:25achevé par Valérie
01:02:26parce que Valérie
01:02:27ne l'aimait pas.
01:02:29C'est insoutenable.
01:02:31Il ne nous a jamais
01:02:32engueulés,
01:02:33il ne nous a jamais
01:02:33vraiment grondés,
01:02:35je sais pas comment vous dire.
01:02:36Moi,
01:02:36j'avais le sentiment
01:02:37que c'était un homme gentil
01:02:38et je l'aimais bien.
01:02:40Interrogé par la juge,
01:02:42Geneviève Montillet
01:02:43ne s'arrête pas là.
01:02:44Elle a une nouvelle version.
01:02:45Finalement,
01:02:46c'est Fabrice
01:02:46qui a eu l'idée du meurtre,
01:02:48Fabrice
01:02:48qui a eu l'idée
01:02:49de l'accident de vélo.
01:02:51Désormais,
01:02:52elle se dit
01:02:52totalement innocente.
01:02:54Et la coude massue
01:02:55sur la tête
01:02:56de Fabrice,
01:02:58eh bien sa mère
01:02:59revient sur ses aveux
01:03:01et dit,
01:03:02eh bien moi,
01:03:03je n'ai rien fait,
01:03:04en fait,
01:03:05le vrai criminal
01:03:06dans ce dossier,
01:03:07c'est mon fils.
01:03:09Il a fallu
01:03:10que je m'interpose
01:03:12entre une mère
01:03:13et son fils
01:03:14dans un contexte
01:03:16on ne peut plus particulier
01:03:17entre plusieurs policiers
01:03:19qui, quelque part,
01:03:21avaient été aussi surpris
01:03:22que moi.
01:03:28Fabrice,
01:03:29il va aussi y avoir
01:03:30une confrontation,
01:03:31toujours dans le bureau
01:03:31du juge,
01:03:33au cours de laquelle
01:03:33non seulement
01:03:34elle va nier
01:03:34être l'instigatrice
01:03:35de cet assassinat
01:03:38mais au cours duquel
01:03:40elle va vous accuser,
01:03:42vous, Fabrice,
01:03:42d'avoir tout monté.
01:03:43Oui.
01:03:44Comment elle formule ça ?
01:03:45Ça se passe comment ?
01:03:46Elle me fait porter le chapeau.
01:03:48C'est moi qui ai monté
01:03:49le coup, presque.
01:03:50C'est pas presque.
01:03:51Elle fait croire
01:03:51que je monte le coup,
01:03:52à 17 ans.
01:03:54Oui, elle dit,
01:03:55moi, je n'ai rien fait.
01:03:56Ce n'est pas ma propre initiative.
01:03:57Voilà, presque.
01:03:58Je lui mets le couteau
01:03:59sous la gorge
01:04:00pour lui faire faire signer
01:04:01des assurances vie
01:04:02à 17 ans.
01:04:03Voilà, elle nous met
01:04:05tout sur le dos, quoi.
01:04:07Elle me met
01:04:07les assurances vie
01:04:09sur le dos.
01:04:10Comment est-ce que
01:04:10vous vivez ça, vous ?
01:04:12Je lui saute dessus, presque.
01:04:14On me retient,
01:04:15je lui saute dessus.
01:04:16Je ne revenais pas.
01:04:18Je me dis,
01:04:18c'est la...
01:04:19Excusez-moi,
01:04:20la pire des pourris.
01:04:23On ne peut pas faire ça
01:04:24à ses enfants, quoi.
01:04:26On ne peut pas...
01:04:27Une fois qu'on est attrapé,
01:04:29il faut avouer, quoi.
01:04:31Il faut assumer.
01:04:31Il faut assumer.
01:04:32Il faut assumer.
01:04:32Il faut exactement.
01:04:33Vous manifestez votre colère.
01:04:35Exactement.
01:04:35J'ai dit,
01:04:35mais qu'est-ce que tu racontes-moi ?
01:04:36Mais tu te rends compte un peu, là ?
01:04:38Qu'est-ce que tu crois que...
01:04:39On va te croire ?
01:04:41Qu'est-ce que tu crois ?
01:04:42C'est monstrueux, non ?
01:04:43C'est monstrueux.
01:04:44C'est diabolique.
01:04:47Pour sauver sa tête,
01:04:49elle charge ses enfants
01:04:50au risque de les envoyer
01:04:52pour des années
01:04:53en prison.
01:04:55On est dans une sorte d'assèchement
01:05:03de l'amour maternel.
01:05:04C'est là où on peut, effectivement,
01:05:08parler d'une instrumentalisation.
01:05:10Mais pour avoir atteint
01:05:12ce niveau d'instrumentalisation,
01:05:14il faut tout de même présenter
01:05:16un certain hugocentrisme,
01:05:18c'est-à-dire avoir
01:05:19une vision de soi
01:05:23extrêmement monolithique
01:05:25et qui n'a absolument plus...
01:05:28Enfin, il n'y a plus d'échange
01:05:29sur le plan affectif.
01:05:32Quant à sa fille,
01:05:33elle l'a purement et simplement
01:05:35escroquée.
01:05:36Emmanuel était héritière
01:05:37du père d'Éric,
01:05:38son grand-père.
01:05:39Quand il est mort,
01:05:39elle a hérité de 450 000 francs,
01:05:4268 000 euros.
01:05:43À l'arrestation de sa mère,
01:05:45elle a déchanté.
01:05:45Emmanuel me parle de l'héritage
01:05:48en me disant,
01:05:49bon, si je n'ai plus ma mère,
01:05:50de toute façon,
01:05:51je suis quand même
01:05:51un petit peu à l'abri du besoin
01:05:53parce que mon grand-père
01:05:54est décédé,
01:05:55m'a laissé un petit héritage
01:05:56et je pourrais rebondir
01:05:58et commencer dans la vie.
01:05:59Et à ce moment-là,
01:06:00je suis bien obligé de lui dire
01:06:01que l'héritage,
01:06:02il a fondu comme neige au soleil.
01:06:04Réaction de l'enfant,
01:06:06colère,
01:06:07incompréhension.
01:06:09Ma mère m'a supprimé mon père,
01:06:11elle me supprime aussi mon avenir.
01:06:13C'est dur,
01:06:14surtout quand vous avez 15 ans.
01:06:16Sur son compte,
01:06:18il reste un euro.
01:06:19Elle était outrée.
01:06:21Et je crois peut-être
01:06:21que c'est à ce moment-là
01:06:22où la fille s'est séparée de la mère.
01:06:27Ses fils vont en faire autant.
01:06:28J'ai quand même,
01:06:31avant toutes ces histoires,
01:06:32de très bons souvenirs avec elle.
01:06:34C'était quand même ma petite maman.
01:06:36Elle savait,
01:06:37elle nous aimait,
01:06:38je pense quand même.
01:06:40Mais oui,
01:06:41c'est dur de se dire
01:06:43qu'elle nous a manipulés comme ça.
01:06:47Mais non,
01:06:47je ne veux plus rien avoir à faire avec elle.
01:06:49Elle a démontré
01:06:50que ses enfants,
01:06:52si quelque part,
01:06:53ils pouvaient lui servir
01:06:54à telle ou telle fin,
01:06:56elle s'en servirait
01:06:58quitte à faire de ses enfants
01:07:02ses pires ennemis.
01:07:03Après deux mois de préventive,
01:07:10Valéry a été relâché
01:07:12et écarté de cette affaire.
01:07:13Il a bénéficié d'un non-lieu.
01:07:15Ils sont donc trois
01:07:16à comparaître devant la cour d'assises.
01:07:18La cour d'assises des mineurs,
01:07:19puisque Yann et Fabrice,
01:07:21les complices de Geneviève Montillier,
01:07:22avaient 17 ans au moment des faits.
01:07:24Les deux garçons comparaissent libres.
01:07:26Ils ont déjà fait trois ans
01:07:27de détention provisoire,
01:07:28ce qui est le maximum
01:07:29pour des mineurs.
01:07:32Juin 2003.
01:07:33Plus de dix ans après les faits,
01:07:35le procès s'ouvre
01:07:36devant la cour d'assises
01:07:37des mineurs des Alpes-Maritimes.
01:07:39Geneviève Montillier
01:07:40a alors 58 ans.
01:07:42Son avocat comprend tout de suite
01:07:44qu'il va devoir faire face
01:07:45à une opinion publique
01:07:46très hostile.
01:07:50Lorsqu'elle est entrée
01:07:52dans la salle de la cour d'assises,
01:07:55lorsqu'elle s'est positionnée
01:07:56dans le box,
01:07:57je pense que,
01:07:59assez naturellement,
01:08:00les jurés voyaient
01:08:02effectivement
01:08:02celles qui avaient été
01:08:04schématisées,
01:08:07stigmatisées,
01:08:08comme la diabolite d'Antibes.
01:08:11Les deux autres accusés
01:08:12sont Yann et Fabrice.
01:08:14Ils sont libres,
01:08:15alors qu'ils encourt
01:08:15la prison à perpétuité
01:08:17pour complicité d'assassinat.
01:08:18Très vite,
01:08:19l'audience tourne en leur faveur.
01:08:21Ils sont libres,
01:08:23ils sont assis à nos côtés,
01:08:25même, je dirais,
01:08:25que symboliquement,
01:08:26visuellement,
01:08:28je crois que nous donnons
01:08:30l'impression que la vérité
01:08:31est de notre côté.
01:08:32Au moment où les jurés
01:08:33prennent leur place,
01:08:34à l'instant où le jury
01:08:35finit d'être composé,
01:08:37symboliquement,
01:08:38les rôles sont déjà
01:08:39bien distribués.
01:08:40Et les avocats
01:08:43des deux jeunes complices
01:08:44vont réussir
01:08:45à faire passer le message.
01:08:46Oui,
01:08:47Yann et Fabrice sont coupables,
01:08:48mais ils sont aussi,
01:08:49et peut-être avant tout,
01:08:50victimes de Geneviève Montillet,
01:08:52qui a su profiter
01:08:53de leurs faiblesses respectives.
01:08:55Ce sera
01:08:56leur ligne de défense.
01:08:58Il a fait
01:08:59une plaidoirie
01:09:00très poignante
01:09:01en retranscrivant
01:09:03toutes les violences
01:09:04dont Yann a été victime,
01:09:05que ce soit par mon père,
01:09:07plus le côté
01:09:08d'être dans la rue,
01:09:09toutes ces anecdotes
01:09:11qui ont fait
01:09:11que ça a été très poignant.
01:09:13Ça a vraiment,
01:09:14on va dire,
01:09:15ça a retourné
01:09:15toute la salle,
01:09:16parce qu'on était
01:09:16beaucoup à pleurer,
01:09:17on était vraiment
01:09:18très émus,
01:09:19très pris,
01:09:21on va dire,
01:09:22pris à la gorge
01:09:23par cette plaidoirie.
01:09:26Les avocats
01:09:27de Yann et Fabrice
01:09:28ont réussi
01:09:29à émouvoir tout le monde,
01:09:31y compris les avocats
01:09:32de la famille de Vrient.
01:09:34L'ensemble des avocats
01:09:35intervenant
01:09:36aux intérêts
01:09:37des diverses parties civiles
01:09:38a eu une attitude
01:09:40très sympathique,
01:09:42on va dire le mot
01:09:42sympathique
01:09:43vis-à-vis des deux jeunes.
01:09:45L'avocat de Geneviève Montillet
01:09:47sent bien que Yann et Fabrice
01:09:48ont gagné
01:09:49la faveur de la salle,
01:09:51tandis que sa cliente
01:09:52prend le titre
01:09:53de mère indigne.
01:09:54Maître Philippe Soucy,
01:10:01vous devenez l'avocat
01:10:02de la maman
01:10:03d'Éric de Vrient
01:10:04à la fin de l'instruction
01:10:05et au moment du procès.
01:10:07On a cette expression
01:10:08« la diabolique d'Antibes »
01:10:10mais on l'appelait vraiment
01:10:11comme ça à l'époque,
01:10:11Geneviève Montillet.
01:10:13Il y a une attente
01:10:13de voir la diabolique
01:10:15dans le box.
01:10:16Je ne sais pas si le diable
01:10:17a à voir avec tout ça,
01:10:19mais ça a marqué les esprits
01:10:20parce qu'il faut se rappeler
01:10:22que sont impliqués
01:10:24ses propres enfants,
01:10:26en tout cas devant
01:10:27la cour d'assises,
01:10:28l'un de ses fils,
01:10:29l'ami de l'un de ses fils
01:10:31et ce qui frappe
01:10:33dans ce procès
01:10:33au point parfois
01:10:35qu'on a dû rappeler
01:10:36du côté des partis civils
01:10:37qu'il fallait parler
01:10:39de la victime,
01:10:40Éric de Vrient,
01:10:41mais c'est qu'on est
01:10:42devant une cour d'assises
01:10:43avec des accusés
01:10:44qui sont véritablement
01:10:45des victimes.
01:10:47Au moment de plaider,
01:10:49l'avocat de Geneviève
01:10:50Montillet tente
01:10:51de réhabiliter sa cliente
01:10:53dans son rôle de mère.
01:10:55Je crois qu'il n'est pas
01:10:56possible de dire
01:10:57qu'elle n'aimait pas
01:10:58ses enfants.
01:10:59Je crois qu'il n'est
01:11:00pas possible de dire
01:11:01qu'elle ne nourrissait pas
01:11:02à leur égard
01:11:03des sentiments.
01:11:06Je crois par contre
01:11:06que sa vie a été
01:11:07extrêmement difficile,
01:11:08qu'elle a peut-être
01:11:09forgé un caractère
01:11:10qui fait que
01:11:12l'expression
01:11:13de ce qu'elle pouvait
01:11:14ressentir à l'égard
01:11:16de ses enfants,
01:11:17qu'ils soient
01:11:17les jumeaux
01:11:19ou sa fille,
01:11:20étaient déformés
01:11:21par ça.
01:11:22Mais on ne peut pas
01:11:24condamner à mon sens
01:11:25une mère
01:11:26à l'aridité
01:11:28des sentiments
01:11:29à l'égard
01:11:29de ses enfants.
01:11:32Dans le boxe,
01:11:33Geneviève Montillet
01:11:34cache son regard
01:11:35sous d'épaisses lunettes.
01:11:36elle évite de croiser
01:11:39le regard de ses fils
01:11:40qu'elle n'a pas vu
01:11:42depuis trois ans.
01:11:48Pendant le procès,
01:11:50moi, je regardais
01:11:52ma mère.
01:11:52Je voulais absolument
01:11:53qu'elle croise mon regard.
01:11:55Mais elle avait
01:11:56la posture du penseur
01:11:57de Rodin.
01:11:58Elle ne regardait
01:11:59personne.
01:12:00Et à chaque fois
01:12:01qu'on l'incriminait,
01:12:02c'était un hochement
01:12:03de tête.
01:12:03C'était comme si
01:12:06tout le monde
01:12:07était contre elle.
01:12:10Mais jamais
01:12:12j'ai croisé
01:12:13son regard.
01:12:14Elle n'a regardé
01:12:14personne de sa famille.
01:12:18Elle faisait la victime.
01:12:19Elle était là.
01:12:21On se demandait
01:12:21pourquoi presque.
01:12:22emmurée dans ses mensonges,
01:12:26arc-boutée
01:12:26sur sa position
01:12:27de victime.
01:12:28Elle a demandé
01:12:29à ses avocats
01:12:30de plaider l'acquittement.
01:12:31Logique,
01:12:32puisqu'à aucun moment
01:12:33elle n'a amorcé
01:12:34le début
01:12:35d'un aveu.
01:12:39C'était toujours
01:12:40la faute des autres.
01:12:42Et tout le monde mentait.
01:12:44De temps en temps,
01:12:45elle se levait,
01:12:45elle était outrée
01:12:46et s'adressant
01:12:48à quelqu'un
01:12:49qui était à la barre,
01:12:50vous mentez,
01:12:51c'est pas vrai,
01:12:51et c'est pas comme ça
01:12:52que ça s'est passé.
01:12:54Tout le monde
01:12:54était menteur.
01:12:55Elle avait tout le temps
01:12:55la vérité.
01:12:56Elle a toujours eu
01:12:56la vérité d'ailleurs.
01:12:58Surtout.
01:12:59Elle a toujours pris
01:12:59les gens
01:13:00pour des imbéciles
01:13:03et elle avait
01:13:04un énorme complexe
01:13:06de supériorité.
01:13:07Sa vérité doit être
01:13:08la vérité.
01:13:10C'est-à-dire
01:13:10on ne l'a pas comprise.
01:13:11On ne la comprend pas.
01:13:13C'est le côté,
01:13:13si vous voulez,
01:13:14mégalomaniaque,
01:13:16non pathologique
01:13:17de la personne
01:13:18qui estime
01:13:19avoir raison.
01:13:21J'ai raison,
01:13:21je me suis persuadé
01:13:24d'avoir fait beaucoup
01:13:24pour mes enfants,
01:13:25j'allais leur donner,
01:13:26tout le monde
01:13:27allait en profiter,
01:13:28etc.
01:13:29Sans en obérant
01:13:31tout à fait
01:13:32l'aspect criminel
01:13:33de l'entreprise.
01:13:38Bruno Albuy,
01:13:39vous êtes avocat général
01:13:41au procès
01:13:42de Geneviève Montillet.
01:13:44Quel va être
01:13:45votre réquisitoire
01:13:46à son encontre ?
01:13:47Alors mon réquisitoire
01:13:48va être
01:13:48comme c'est assez
01:13:50fréquent
01:13:51en matière d'assises
01:13:53quand on requiert
01:13:54dans une cour d'assises,
01:13:54va être tenté
01:13:55de démontrer
01:13:55une culpabilité.
01:13:57Particulièrement
01:13:57dans ce dossier
01:13:58parce que
01:13:58Mme Montillet
01:13:59conteste
01:14:01tous les faits.
01:14:01Donc il faut démontrer
01:14:03que c'est elle.
01:14:04Il faut démontrer
01:14:04que c'est elle,
01:14:05il faut démontrer
01:14:05qu'il y a un faisceau
01:14:06d'éléments
01:14:07qui converge vers elle
01:14:08et il faut d'autant plus
01:14:09le démontrer
01:14:09que le corps a disparu,
01:14:11que Mme Montillet
01:14:14l'a fait
01:14:14conformément
01:14:15à la volonté
01:14:16exprimée par
01:14:17M. Devrien,
01:14:19l'a fait incinérer.
01:14:20Donc on n'a pas
01:14:20de corps,
01:14:22on n'a pas
01:14:22de déterminer
01:14:24la manière
01:14:24dont Mme Montillet
01:14:26a tué son compagnon.
01:14:27Donc il va falloir
01:14:28faire un effort pédagogique.
01:14:30Faire une démonstration.
01:14:31Faire une démonstration.
01:14:32Mais au-delà,
01:14:32montrer qu'elle est plus responsable
01:14:34qu'elle n'en a l'air.
01:14:37Montrer qu'elle est manipulatrice,
01:14:38montrer qu'elle a remonté
01:14:39ses enfants,
01:14:40je suppose.
01:14:40Oui, oui.
01:14:40Responsable,
01:14:41elle l'est.
01:14:41Elle est pénalement responsable.
01:14:42Mais il faut,
01:14:43effectivement,
01:14:43vous avez raison,
01:14:44démontrer que
01:14:45ce qu'elle a commis
01:14:48procède aussi
01:14:50de cette manipulation
01:14:51qui est un élément constant
01:14:53de sa manière d'être.
01:14:55Vous demandez combien ?
01:14:56Alors,
01:14:57elle encourt
01:14:57la peine,
01:14:59la réclusion criminelle
01:15:00à perpétuité.
01:15:00On est en matière
01:15:01d'assassinat,
01:15:02tentative d'assassinat.
01:15:03Et je vais requérir
01:15:05contre elle
01:15:0530 années
01:15:06de réclusion criminelle
01:15:07avec une peine
01:15:08de sûreté
01:15:09des deux tiers.
01:15:10Combien,
01:15:11demandez-vous pour Yann
01:15:11et pour Fabrice ?
01:15:12Alors,
01:15:12contre Yann,
01:15:13Baudet et Fabrice,
01:15:15je demande une peine
01:15:16de prison comprise
01:15:17entre 5 et 8 ans,
01:15:18étant précisé que
01:15:19tous les deux sont mineurs,
01:15:21qu'ils bénéficient
01:15:22de l'excuse de minorité,
01:15:23que je considère
01:15:24qu'ils peuvent en bénéficier
01:15:25et que je considère
01:15:26que le dossier
01:15:27a démontré
01:15:28que Mme Montillet
01:15:31les avait manipulés
01:15:33et qu'ils étaient
01:15:34de jeunes,
01:15:35tous les deux toxicomanes,
01:15:36lourdement toxicomanes,
01:15:38en errance
01:15:39et qu'ils ont été
01:15:40purement et simplement
01:15:42des objets
01:15:43entre les mains
01:15:43de cette femme.
01:15:50Fabrice,
01:15:51comment ça se passe
01:15:51au procès ?
01:15:52J'imagine
01:15:54qu'au procès,
01:15:55vous cherchez
01:15:55à capter son regard
01:15:56quand même.
01:15:57Toujours,
01:15:58puisqu'on est
01:15:58sur les bancs
01:15:59des accusés
01:16:00et ma mère
01:16:00est sur ma gauche,
01:16:02donc je l'ai
01:16:03face à face,
01:16:05elle ne me regarde
01:16:06jamais.
01:16:06Pas un regard ?
01:16:09Non.
01:16:10Pas un sourire ?
01:16:11Non,
01:16:12quand elle va entendre
01:16:13mon avocat parler,
01:16:15elle va hausser
01:16:16les épaules,
01:16:17elle va faire
01:16:18du genre n'importe quoi,
01:16:20mais elle ne cherche
01:16:22pas mon regard
01:16:23une seule fois.
01:16:23Qu'est-ce que vous
01:16:24espérez, vous,
01:16:25de ce procès ?
01:16:27Qu'est-ce que j'espère ?
01:16:28Que tout soit vite terminé,
01:16:32que tout soit clair,
01:16:34qu'on soit jugé
01:16:35et qu'on termine
01:16:36cette histoire au plus vite.
01:16:37Et qu'elle assume
01:16:38publiquement
01:16:39sa part de responsabilité.
01:16:41Et qu'elle assume.
01:16:41Moi, j'étais persuadé
01:16:42qu'elle allait assumer,
01:16:43que ça y est,
01:16:44au procès,
01:16:45tout était réglé,
01:16:46la juge Maugeandre
01:16:47avait bien fait son travail,
01:16:48tout était clair,
01:16:50et voilà,
01:16:50qu'elle n'allait pas
01:16:52continuer à mentir.
01:16:54Quelle peine est-ce
01:16:55que votre mère mérite,
01:16:56selon vous,
01:16:57au moment où les jurés
01:16:58se retirent pour délibérer ?
01:17:00Je ne suis pas juge.
01:17:03Ça, je ne peux pas
01:17:04vous répondre.
01:17:04si,
01:17:08qu'elle prenne
01:17:09le maximum
01:17:10pour avoir essayé
01:17:11de tuer mon père
01:17:11et d'avoir essayé
01:17:13de me manipuler,
01:17:14de raconter,
01:17:15de faire croire
01:17:16que c'est moi,
01:17:18en fait,
01:17:18qui ai monté le coup
01:17:19avec Yann.
01:17:21J'espère
01:17:22qu'elle ne ressort plus
01:17:22sur le moment.
01:17:24Voilà.
01:17:25Qu'elle prenne le max, quoi.
01:17:26Qu'elle prenne le max.
01:17:26Le max,
01:17:30c'est aussi
01:17:31ce qu'attend Valérie.
01:17:34Je me dis,
01:17:35il ne faut pas
01:17:36qu'elle ressorte,
01:17:36il ne faut pas
01:17:37qu'elle ressorte,
01:17:37elle recommencera.
01:17:39J'en suis optimement
01:17:39convaincu de ça.
01:17:42Donc,
01:17:43j'espère qu'elle
01:17:44prenne le maximum,
01:17:45c'est malheureux à dire,
01:17:46c'est ma mère,
01:17:47mais c'est comme ça.
01:17:48J'espère qu'elle prenne
01:17:49le maximum
01:17:49et qu'elle nous laisse
01:17:51tranquille.
01:17:51je ne veux plus
01:17:53l'avoir,
01:17:53c'est terminé,
01:17:54je ne veux plus
01:17:55entendre parler.
01:17:59Après une semaine
01:18:00de débat,
01:18:02le verdict est clément
01:18:02pour Fabrice et pour Yann.
01:18:04Cinq ans
01:18:04de prison ferme.
01:18:07Dans l'assassinat
01:18:08d'Éric de Vrient,
01:18:09Geneviève Montillet,
01:18:10elle,
01:18:11garde
01:18:11le premier rôle.
01:18:14Certes,
01:18:15on ne sait pas
01:18:15comment les choses
01:18:16se sont finies.
01:18:17Comment a-t-elle
01:18:18finalement tué
01:18:19Éric de Vrient ?
01:18:20A-t-elle injecté
01:18:20à son compagnon
01:18:21une surdose
01:18:22de médicaments
01:18:23ou pire,
01:18:24la drogue
01:18:24de ses fils.
01:18:28Malgré cette inconnue,
01:18:29les jurés
01:18:29la reconnaissent coupable.
01:18:31Coupable d'avoir
01:18:32organisé
01:18:32l'accident de vélo
01:18:33du 1er novembre.
01:18:34Coupable d'avoir
01:18:35tenté de tuer
01:18:36Éric de Vrient
01:18:36à l'hôpital.
01:18:38Coupable d'y être
01:18:38finalement parvenu
01:18:39à son domicile
01:18:40le 15 janvier.
01:18:43Il la condamne
01:18:44à 25 ans
01:18:45de réclusion criminelle.
01:18:48Pour tout ce qu'elle a fait,
01:18:50parce qu'elle a
01:18:50essayé de me faire,
01:18:52c'est-à-dire
01:18:52de m'éliminer.
01:18:54Ça, je m'en fiche.
01:18:55Mais ce qu'elle a fait
01:18:56aux jumeaux,
01:18:59je ne lui pardonnerai
01:19:00jamais, absolument jamais.
01:19:02Et quand j'ai entendu
01:19:02la sentence,
01:19:03les 25 ans
01:19:04de prison,
01:19:07je me suis dit
01:19:07franchement,
01:19:09elle ne les a pas volés.
01:19:09quoi.
01:19:15Maître Souci,
01:19:16lorsque tombe
01:19:17le verdict,
01:19:1825 ans
01:19:19pour Geneviève Montillier,
01:19:225 ans
01:19:22pour son fils
01:19:24Fabrice
01:19:24et 5 ans
01:19:25pour Yann Baudet,
01:19:27comment est-ce que
01:19:27réagit votre cliente,
01:19:28la maman
01:19:29d'Éric de Vrient ?
01:19:30Ça n'était pas
01:19:31une partie civile
01:19:32vindicative.
01:19:33Elle n'avait pas
01:19:34l'idée
01:19:34de ce que devait être
01:19:35une peine juste.
01:19:37elle considère
01:19:37tout simplement
01:19:38par rapport
01:19:38à cette peine
01:19:39de 25 années
01:19:40que la justice
01:19:41est passée.
01:19:42Elle n'a pas
01:19:43donc de regret
01:19:44que le fils
01:19:44ne prenne
01:19:45que 5 ans
01:19:46pour une complicité
01:19:47de meurtre ?
01:19:48C'est peu.
01:19:49Aucun.
01:19:50Aucun.
01:19:50Et j'étais moi-même
01:19:51parfaitement d'accord
01:19:53avec ma cliente
01:19:53sur ce point.
01:19:54En tant qu'avocat
01:19:55de la partie civile,
01:19:56je me suis souvent pris
01:19:58à avoir envie
01:19:59de le défendre
01:20:00pendant le procès
01:20:00parce que,
01:20:01véritablement,
01:20:02il était une victime.
01:20:03Une victime de sa mère
01:20:04qui a commis
01:20:05un acte évidemment grave.
01:20:07le concernant
01:20:07de complicité
01:20:09d'assassinat
01:20:09mais c'était
01:20:09d'abord une victime.
01:20:11Lorsque s'achève
01:20:12ce procès,
01:20:13elle a quoi
01:20:15comme sentiment
01:20:15à l'égard
01:20:15de Geneviève Montillet ?
01:20:16Elle en sort
01:20:17avec un regret profond
01:20:19qui est celui
01:20:21de n'avoir
01:20:22rien entendu
01:20:23de la part
01:20:23de l'accusé
01:20:23en particulier,
01:20:24aucune explication.
01:20:26Ça a été d'ailleurs
01:20:26très frappant
01:20:27de voir que Geneviève Montillet
01:20:29s'est beaucoup battu
01:20:30pendant l'instruction
01:20:30y compris jusqu'à écrire
01:20:32des lettres
01:20:33de 100 pages
01:20:33à son juge
01:20:34et s'est véritablement
01:20:35effondré
01:20:36devant la cour d'assises.
01:20:36Elle ne s'est pas défendue.
01:20:37Je crois que l'accusation
01:20:38était extrêmement lourde.
01:20:40Les éléments
01:20:40étaient accablants.
01:20:42Je crois qu'elle est intelligente.
01:20:43Elle s'est aperçue
01:20:44d'elle-même
01:20:45que son système
01:20:45de défense
01:20:46ne tenait pas la route.
01:20:47Mais est-ce qu'à la fin
01:20:48au moins
01:20:48la maman de M. de Vrient
01:20:50sait
01:20:51pourquoi Geneviève Montillet
01:20:52a tué son fils ?
01:20:54Oui, elle le sait
01:20:55mais elle le sait
01:20:55depuis déjà un bon moment.
01:20:57Elle l'a tué
01:20:57pour l'argent.
01:20:58quand vous la voyez
01:21:04partir
01:21:06Fabrice
01:21:06votre maman
01:21:07après l'énoncé
01:21:09du verdict
01:21:10vous vous dites quoi ?
01:21:14Ouf, tant mieux.
01:21:19Enfin terminer
01:21:20comme je vous ai dit
01:21:20et puis
01:21:21bah qu'elle fasse sa peine
01:21:23et qu'elle réfléchisse.
01:21:24Voilà.
01:21:26Et est-ce que vous vous dites
01:21:27on se reverra jamais plus ?
01:21:30Moi c'est ce que j'espère.
01:21:32Dans ma tête
01:21:32c'est ce que j'espère.
01:21:34Mais ?
01:21:35Mais elle va sortir
01:21:38et elle va tout faire
01:21:39pour nous revoir.
01:21:40Vous y pensez souvent quoi ?
01:21:42Pas souvent
01:21:43parce que j'essaie
01:21:44d'y penser le moins souvent.
01:21:45Maintenant j'essaie
01:21:45de mettre ça derrière moi
01:21:47au maximum.
01:21:49Ce qui n'est pas possible
01:21:50ça sera à vie
01:21:51je le garderai à vie
01:21:52toute cette histoire.
01:21:55Mais oui
01:21:55j'espère ne plus jamais
01:21:56la revoir.
01:22:02Geneviève Montillet
01:22:03n'a pas fait appel
01:22:04de sa condamnation.
01:22:06Quant à Yann Baudet
01:22:07le jeune garçon
01:22:08qui conduisait la voiture
01:22:09il est toujours en prison
01:22:10car en 1998
01:22:12plus de 5 ans
01:22:13après avoir tenté
01:22:14d'écraser Eric de Vrient
01:22:15il a tué
01:22:17celui qui le battait
01:22:18quand il était enfant
01:22:19son père.
Commentaires