00:00Ce qui me rend fier, c'est la famille que j'ai fondée.
00:02C'est ma famille nucléaire, ce qui me rend le plus fier.
00:05Évidemment, et de loin.
00:07Ma femme et mes enfants.
00:08Sinon, dans mon métier, ce qui me rend fier, c'est d'avoir tenu.
00:13Ne pas avoir répondu à l'appel des sirènes d'une façon ou d'une autre,
00:17ou à une espèce de facilité.
00:19Dans le choix des rôles, dans le choix des films,
00:21dans le non-choix, beaucoup aussi,
00:25que ce soit ici ou autre Atlantique,
00:27les noms, d'avoir tenu sur ça, parce que parfois, c'est séduisant.
00:31Je ne parle pas d'argent.
00:32Parfois, on nous propose des projets,
00:35particulièrement Outre-Atlantique,
00:36j'ai reçu quelques projets avec des noms d'acteurs
00:38qui m'ont fait rêver, qui m'ont inspiré.
00:42Et je dois dire non.
00:44C'est dur.
00:45Il y a beaucoup de choses.
00:47Je dirais qu'il y a encore beaucoup de genres que je n'ai pas explorés.
00:50Il y a une poche en moi, je ne peux pas trop expliquer,
00:53qui n'est toujours pas comblée.
00:57J'espère qu'elle ne le sera jamais,
00:58parce que si toutefois, elle venait à être comblée,
01:01peut-être que j'arrêterai.
01:03Mais j'ai une sorte d'insatisfaction
01:04de vouloir pratiquer mon métier,
01:07l'explorer, l'explorer,
01:09et continuer de l'expérimenter.
01:11C'est d'ailleurs la morale du film d'Aznavour.
01:14C'est ça.
01:15C'est une extension,
01:17soit de nous-mêmes,
01:18ou de ce personnage,
01:20avec laquelle moi, je vais cohabiter,
01:21et je vais même fusionner corps et âme
01:24pendant tout le tournage,
01:26et avant le tournage.
01:27J'en ai besoin.
01:28Une fois que ça termine,
01:30je quitte mes personnages assez rapidement,
01:32parce que,
01:33pour ma santé mentale,
01:35ce n'est pas très conseillé.
01:37Et puis, je ne veux pas imposer ça aux autres.
01:40C'est un peu la première fois que ça m'arrive.
01:41C'est étrange,
01:41parce que j'avais une espèce de distance
01:43avec ce que je voyais à l'image,
01:45parce que j'avais l'impression
01:45de voir un autre moi.
01:47Vraiment, pour le coup,
01:48c'était étrange.
01:49Le corps n'est pas pareil,
01:51il ne bouge pas pareil,
01:52ce qui est déjà arrivé parfois.
01:53Mais là, il y avait aussi
01:55ce côté squelettique,
01:57une autre voix qui était nasillarde
01:59dans un autre rythme.
02:01Leur regard, tout était différent.
02:03Mais c'est moi, je le sais.
02:04Mais en même temps,
02:05bizarrement, je voyais un autre moi.
02:07Si un film pouvait être appelé un corps,
02:09un corps battant,
02:11j'ai envie de dire,
02:11ça serait celui-ci.
02:12Quand on perd plus de 20 kilos
02:13pour un rôle,
02:14c'est impressionnant,
02:16surtout quand on n'est pas très épais.
02:17Et souvent, on s'arrête à ça,
02:19parce que justement,
02:20c'est impressionnant,
02:21parfois choquant.
02:22Mais il est vrai que derrière,
02:24tout ce qui est à construire
02:25est d'autant plus difficile.
02:27Et la raison pour laquelle
02:28cet aspect physique était nécessaire
02:31et capital au film,
02:32c'est qu'il est inhérent au projet.
02:34S'il n'y a pas cette apparence physique,
02:36d'abord, moi, personnellement,
02:38j'aurais du mal à y croire.
02:40Ensuite, je risque d'abîmer
02:42le film au spectateur.
02:43Ce n'était pas obligé
02:44d'aller si loin,
02:45mais j'en ai eu besoin, justement.
02:47Quand Julia était suffisamment
02:48satisfaite et inquiète aussi,
02:50quand j'avais perdu
02:51un certain nombre de kilos,
02:53je lui ai dit de laisser moi faire,
02:55je vais aller plus loin.
02:57Elle me dit,
02:57oui, mais fais attention.
02:58Je dis, ça va aller.
02:59J'étais très bien surveillé,
02:59cela dit en passant.
03:01Mais j'ai eu besoin, justement,
03:02de dépasser ça
03:02pour aller toucher l'intérieur
03:03du personnage
03:04et de pouvoir, justement,
03:05créer tout ce qu'il y a
03:07à faire vivre,
03:09et vibrer
03:10et raconter l'histoire
03:11de ce Amine,
03:11l'apparence physique
03:12était la porte d'entrée.
03:13C'est maman, la petite.
03:15Je pourrais aller là-bas.
03:16Tu la verras
03:16quand t'auras
03:17deux ou trois kilos en plus, non ?
03:19J'ai fait des tripocondriacs
03:20que j'ai été.
03:21Tout va bien maintenant.
03:22Finito.
03:23Même si on aime
03:24à me le rappeler parfois,
03:25c'est fini.
03:26Et j'ai réalisé, en fait,
03:27en faisant quelques interviews
03:28autour de ce film-là,
03:29que peut-être
03:30ça pouvait venir de là
03:31en écoutant Julia
03:31parler du...
03:32Parce que j'ai la sensation
03:33qu'elle l'a...
03:33Elle l'a plus conscientisée
03:36plus tôt que moi.
03:38Et quand j'entends ça,
03:39je me dis,
03:39peut-être ça vient de là.
03:40Alors ensuite,
03:41quand je convoque mes souvenirs,
03:42il y a eu un moment marquant.
03:44On entendait parler de tout ça,
03:45mais on est quand même des gosses.
03:46Donc oui,
03:48on nous prévient.
03:49Moi, j'étais plus prévenu
03:51de tout ça
03:52que quelqu'un
03:54qui en prenait
03:55vraiment conscience.
03:57Seulement,
03:57il y a eu ce moment,
03:58cette bascule
03:59où Freddie Mercury
04:00est décédé.
04:02Tout à coup,
04:03quelqu'un
04:04qui a
04:04visuellement
04:06tous les moyens possibles
04:07pour bien vivre
04:08et se guérir,
04:08n'en guérissait pas.
04:12Donc ça n'épargnait personne.
04:13Et c'est à ce moment-là
04:14que j'ai compris,
04:15enfin,
04:15réalisé profondément
04:16que cette maladie
04:17était mortelle.
04:18Et malheureusement,
04:19plus tard,
04:19j'ai un ami à moi
04:20qui l'a contracté.
04:24Il va très bien,
04:24aujourd'hui,
04:25on vit bien avec ça,
04:26heureusement.
04:27Et du coup,
04:27ça m'a marqué.
04:28Forcément,
04:29c'est des endroits
04:29qui m'ont parlé
04:30de manière assez intime.
04:32ça aurait absolument
04:34changé mon regard
04:35s'il avait été autre avant.
04:37La vérité,
04:38c'est que j'ai côtoyé
04:39quelqu'un pour qui
04:39j'ai beaucoup d'amitié
04:40profondément
04:42qui a traversé ça.
04:43Alors,
04:43ce n'était pas au stade
04:44de l'aiguille,
04:45mais c'est allé au stade
04:46juste avant.
04:47Et cette personne
04:47a eu le courage
04:48de se sevrer elle-même,
04:50sans passer par des cures,
04:51sans substitut,
04:52sans rien du tout.
04:54Et j'étais avec elle.
04:54Et ce que j'ai vu
04:57pendant les deux semaines,
04:59ce que j'ai pu voir,
05:00l'état du corps,
05:01les tremblements,
05:02la transpiration,
05:04enfin,
05:04tout ce que j'ai pu voir
05:05dans l'état du manque,
05:07c'est encore plus loin,
05:10c'est quand même
05:10un stade encore plus loin
05:11que ce que vous,
05:12vous pouvez voir
05:12dans le film.
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