00:00Dominique Grimaud, merci d'être avec nous ce soir. C'est un plaisir de vous accompagner.
00:03J'aurais aimé que ce soit dans d'autres circonstances que vous reveniez.
00:07Ça va aller Bertrand.
00:09Dominique, je vais vous laisser un mot sur Didier que vous avez parfaitement connu.
00:13Oui, c'est à la fois un confrère, un ami, un frère.
00:22On s'est connu il y a près de l'un demi-siècle.
00:25J'étais journaliste de presse écrite.
00:28Lui, il débutait à Téléfoot.
00:31On est à la fin des années 70.
00:35Quand il rentre à TF1 à Cognac-Ger à l'époque, il a à peine 18 ans.
00:41C'est sa maman qui a fait jouer ses relations pour faire entrer Didier.
00:49Didier est accepté immédiatement par l'équipe de TF1.
00:54Des confrères qui étaient aussi des amis, Georges Decaune, François Jeannin.
00:58Jean Reynal qui commentait surtout le basket.
01:02Et Jean Reynal qui va parrainer en fait Didier.
01:04Et Didier immédiatement se singularise par un ton, par une apparence qui ne fait même pas semblant d'entretenir.
01:15Il est lui, c'est quelqu'un de libre, c'est quelqu'un d'indépendant.
01:23Et je trouve que c'est dans notre métier une force de savoir être indépendant.
01:29Il a son ton, il a son langage, il a ses mots.
01:32Il a surtout, et ça Charles Bietry le disait, je lisais encore, parenthèse pour dire que Charles s'accroche encore à la vie, qu'on le salue très chaleureusement.
01:44Charles Bietry disait dans son tweet, que j'ai lu il y a quelques minutes, qu'il avait surtout le sens de l'image.
01:52Et c'est vrai qu'il avait le sens de l'image.
01:54Moi je l'ai connu ensuite à TF1, j'ai rejoint TF1 en 88.
01:59Didier à l'époque était le réalisateur, le metteur en scène de téléfoot.
02:04En plus d'être le présentateur.
02:06Et ce qu'il aimait par-dessus tout, c'est de passer ces nuits, du samedi au dimanche, enfermés dans les cabines de montage.
02:17C'est-à-dire qu'il inventait, il imaginait ce qu'allait être téléfoot.
02:21Donc voilà, et puis ensuite, ça a été un long parcours, on ne s'est jamais perdu de vue.
02:26Si ce n'est ces dernières semaines, j'ai encore une fourmille d'anecdotes.
02:35Le concernant, je me souviens aussi de ce qu'on a fait à l'Olympique de Marseille, il y a 15 ans.
02:41J'avais été nommé directeur des médias et je l'ai fait engager par l'Olympique de Marseille pendant une saison.
02:49Aux combien saison réussie, puisque doublée de l'OM, c'était 2009-2010.
02:54Alors au début, on n'a pas été très bien reçu par les supporters.
02:59Je me souviens de Banderole, dans le Vélodrome, qui nous indiquait la direction des toilettes et de Paris.
03:06On n'était pas marseillais vraiment, donc on n'était pas vraiment acceptés.
03:09Et puis les résultats de l'équipe entraînée par Deschamps et Stéphane ont fait qu'ensuite,
03:13on est rentré dans le cœur des supporters marseillais.
03:16Voilà, je pense à Didier, je pense à Didier à Marseille, je pense à nos têtes à tête
03:20et je pense surtout à nos dîners en tête à tête, où l'on refaisait non pas le match.
03:24Mais les matchs de l'histoire, en fait c'était notre passion commune.
03:29C'était de refaire l'histoire du foot.
03:31Et puis vous Bertrand, au moment où vous vous apprêtez à nous quitter,
03:35quitter la chaîne L'Équipe pour de nouvelles aventures,
03:36et vous savez qu'on vous souhaite le meilleur.
03:38Vous avez aussi grandi aux côtés de Didier régulièrement dans l'équipe du soir,
03:41avec ses coups de gueule, avec ses prises de position,
03:44avec parfois ses non-envies de télé traditionnelles.
03:48Vous avez appris beaucoup à ses côtés, j'imagine.
03:49Oui, forcément.
03:58Il m'a fait chier cent fois Didier, mais je suis fier d'avoir pu travailler avec lui.
04:05Il m'a forcément appris des choses.
04:08Je pense que des journalistes comme lui, avec sa dimension, il n'y en aura plus.
04:11Plus jamais.
04:13Je pense que l'époque, et c'est en ça que je pouvais avoir des points communs avec lui,
04:17c'est qu'il n'a pas cette époque, et je pense qu'il y a des choses qu'il a vécues,
04:20que j'aurais aimé vivre.
04:22La proximité avec les athlètes, la liberté qu'il s'est donnée.
04:26Il a dit merde à plein de gens.
04:27C'est pour ça qu'il a aussi changé pas mal de fois de chaîne.
04:30Je pense qu'il ne s'est jamais menti.
04:32Il n'y avait pas de faux semblants avec lui.
04:34Je pense que c'est quelque chose qu'il faut avoir en tête.
04:38Je pense qu'il peut être fier d'avoir réussi ça, d'avoir touché toutes les générations.
04:44Moi, je n'ai pas connu l'époque de téléfoot.
04:46Ce n'était pas le mec de l'équipe de soir avec lequel j'allais boire des verres après,
04:50mais il restera, on s'en souviendra toute notre vie.
04:53Je pense que quand on le rencontre un jour, on s'en souvient.
04:57Et c'est vrai que c'est une immense peine de dire qu'on ne le reverra plus.
05:04Il y a aussi ce qu'il a fait en dehors, ce syndicat qu'il a créé.
05:09Il était là aussi précurseur parce que quand on voit toutes les problématiques dont on parle,
05:14les mecs qui jouent trop, etc.,
05:16lui, il a voulu prendre la défense des footballeurs avec n'importe qui,
05:20avec Kanto, avec Maradona, avec tous ces gens-là.
05:23Il n'a pas pu aller au bout de ce combat-là,
05:25mais il a éveillé les consciences de ce point de vue-là.
05:29J'espère qu'un jour, ça avancera et qu'à ce moment-là,
05:32on lui rendra grâce aussi de ce point de vue-là.
05:36J'ai revu depuis ce matin,
05:38j'en avais déjà eu connaissance,
05:39mais tous ces documentaires qu'il avait pu faire, etc.,
05:41cette manière très singulière qu'il avait
05:43de parler de foot et de le raconter.
05:48Voilà, j'ai...
05:48Il y a vraiment beaucoup, beaucoup de peine.
05:52C'est très difficile.
05:54Merci en tout cas d'être venu ce soir,
05:56alors que je sais que c'est très compliqué.
05:58Vickage d'Orasso, quand on parle...
05:59Je parlais d'homme libre, je parlais de liberté,
06:02Dom et Bertrand, on parlait de proximité aussi avec les joueurs.
06:05C'était une autre époque, un autre temps,
06:07plein de réseaux sociaux.
06:08C'est pas le « c'était mieux avant », Didier,
06:09c'est pas « c'était mieux avant », c'était différent.
06:11Et il a toujours, lui aussi, cultivé un peu cette différence
06:15et ce côté « j'avance comme j'ai envie d'avancer »
06:18et qu'il était metteur en scène à la fois de son émission,
06:21de ses reportages et de sa vie.
06:23Vous l'avez connu aussi.
06:24Très bien, vous avez été plusieurs fois à ses côtés.
06:28Oui, foot citoyen, Tatane, il est venu nous aider,
06:31il a commenté des matchs pour nous.
06:34Dès que je l'appelais, il répondait et on pouvait discuter.
06:38Il était toujours dispo pour les actions,
06:41pour les plus faibles notamment,
06:44lutter contre les discriminations, le racisme.
06:47Évidemment, le syndicat, Bertrand en parlait,
06:49il m'avait raconté tout sur le syndicat.
06:51C'était passionnant, comme il avait convaincu Maradona,
06:56Cantona, et puis après que le système l'avait rattrapé.
07:00Voilà, c'était aussi quelqu'un qui, d'une certaine manière,
07:03était du côté des joueurs.
07:04Évidemment, moi, ça me touche énormément.
07:06Il était avec nous.
07:07On savait et c'est pour ça qu'on l'aimait beaucoup.
07:10Et puis aussi, il était quelqu'un qui luttait plutôt
07:12contre le système et contre le pouvoir.
07:14Donc, c'est aussi pour ça qu'il était avec les joueurs.
07:17Et puis moi, évidemment, j'ai grandi avec lui.
07:20C'était les foot, les reportages.
07:22Je les ai vus à l'époque.
07:25J'avais vu Karam Pudjabar, Michael Jordan.
07:27C'est pour ça que j'ai séparé entre les moins de 40 ans
07:29et les plus de 40 ans.
07:30Je me suis permis de le faire.
07:30Oui, on a grandi avec lui.
07:32Parce que c'est ça, c'est ce que tout le monde
07:34m'a témoigné aujourd'hui comme histoire.
07:36Et puis, on a continué.
07:37Quand je tombais sur l'équipe du soir et je vous écoutais,
07:41c'est quand même une émission qu'on adore.
07:43Et de l'écouter lui, c'était un ton.
07:45Et c'était aussi, comment dire, il imposait son rythme.
07:48C'était lui qui décidait ce qui allait se passer.
07:51Et c'est quand même assez unique.
07:52Basile Bolli était avec nous ce soir dans l'EDG.
07:55Bonsoir Basile.
07:56Merci d'avoir répondu à notre invitation
07:57pour parler de Didier Roustan.
08:00Je ne vais pas être très original dans ma première question.
08:02Quel souvenir vous avez de Didier et Basile ?
08:05C'était un mec, on pouvait rire de tout, pas de foot.
08:12Il avait une philosophie à part dans le monde du foot.
08:17C'était mes premiers pas au CERB, mon premier reportage.
08:21Cette amitié qui a duré pendant près de 40 ans à Marseille.
08:30Après, on a travaillé pendant 7 ans ensemble.
08:32Et puis, on a lié une amitié vraiment solide.
08:39Et puis, Didier, c'était une philosophie du foot.
08:42Cruyff, Rivellino, Maradona, c'était un amoureux.
08:47C'est le tchèque, comme je l'appelle.
08:51Vous étiez tous les deux en train de rigoler, période 93.
08:55Et puis, on discute ensemble, histoire de se souvenir aussi des jolies choses.
09:00Bonjour tout le monde.
09:01Pour ce questionnaire roux-roux, j'ai à mes côtés un joueur petit niveau.
09:07Quoi petit niveau ?
09:08Promotion d'honneur.
09:10Les événements ont fait que le bonheur a décidé qu'un jour,
09:14cet homme nul de la tête ferme les yeux et que ça arrive sur sa tête.
09:18J'ai été ouvert les yeux.
09:19Et la légende, je suis refermé, tu veux que je te sorte la photo, je suis refermé les yeux.
09:24Tu n'étais pas un bon joueur de tête.
09:26Non, c'est vrai.
09:27Alors, comment c'est possible, ça ?
09:28J'ai eu la chance d'avoir Carlos Moser et Casoni tous les jours.
09:33Donc, on apprend.
09:35C'est vrai qu'on sent une complicité.
09:37C'est compliqué aujourd'hui de dire un joueur de foot que vous ne connaissez pas.
09:39Tu n'étais pas un bon joueur de foot.
09:40Tu fermes les yeux.
09:41On sent quand même une proximité et que vous aviez envie de vous marrer avec lui
09:45en parlant d'un moment d'histoire du foot français, tout simplement.
09:49C'était le témoin du foot français des années 70 et 90.
09:54C'était quelqu'un qui avait une mémoire exceptionnelle.
09:58Il m'a raconté une histoire quand même qui est extraordinaire.
10:02Je ne sais pas si vous la connaissez.
10:04Il avait 17 ans quand Pierre Cagnoni l'amène à TF1.
10:10Il est rentré à TF1 grâce au foot parce qu'il jouait à Cannes dans l'équipe de Pierre Cagnoni.
10:16Il a magouillé en disant qu'il avait 18 ans.
10:20En fait, il n'avait pas 18 ans quand Cagnoni l'a imposé à TF1.
10:28Et en même temps, c'était son dieu.
10:30C'était quelqu'un qu'il aimait beaucoup.
10:33C'est-à-dire qu'il m'en parlait.
10:37Cet après-midi, j'ai eu Dimitri, son fils.
10:44C'était lourd.
10:46C'est mon tchèque.
10:48C'était Bérangère.
10:51Je ne sais pas si vous avez vu le reportage qu'il avait fait en 1993 avec le loup.
10:56Il n'y avait que lui qui pouvait le faire.
10:58Avec son originalité, avec sa façon de voir le foot.
11:01C'est vrai que je n'étais pas son type de joueur.
11:03Mais il m'aimait bien parce que je faisais penser à Piazza, à ses stoppeurs rigoureux.
11:09Et puis, il avait une affection pour moi.
11:21Mais vraiment, il est rentré dans ma vie.
11:26Il a vu mes débuts.
11:28Il était toujours avec moi.
11:31On perd le tchèque, mais on perd un scientifique du foot qui avait sa façon de parler, sa façon d'être aussi libre.
11:46Il avait une putain de liberté dans sa façon de dire les choses.
11:50Et il restera gravé dans nos cœurs.
11:53Vous parliez de scientifique, c'est original.
11:55C'est un mot que je n'avais pas encore eu quand on a préparé cette émission.
11:58Mais il y avait aussi ce côté poète avec ses reportages.
12:00Le mot metteur en scène est arrivé dans mon texte, dans les mots de Dôme, dans les mots de Vicache Dorasso également.
12:06Il y avait ça.
12:06Il était capable de vous entraîner au-delà de ce qu'on pouvait imaginer quand on était joueur.
12:10Vous aviez envie de le suivre, de lui faire confiance, Basile Bolli ?
12:14Oui, à l'époque, il bossait pour France Télévisions.
12:17Donc, il a demandé à Giroud de venir faire un reportage sur moi.
12:22Giroud était un peu sceptique.
12:24Il est arrivé.
12:24Il avait son idée en tête.
12:29Donc, il a placé mes chaussures.
12:31Il a placé ma mobilette.
12:33Il a tout mis en scène pour que ça se passe comme il avait été dans la tête.
12:38C'était quelqu'un qui vivait vraiment ce qu'il faisait.
12:44Dans son métier, il n'y avait pas autre chose que la création, le petit truc qui fait à ce que les reportages ne se ressemblent pas.
12:57Il n'y a pas longtemps, il y a deux mois, il m'a remis la cassette des loups en 1993.
13:04Voilà, franchement, c'est bon.
13:15Merci beaucoup, Basile, d'avoir répondu à notre invitation.
13:17On vous laisse à votre émotion et on pense tous très fort à Didier Roustan.
13:20On va continuer à lui rendre hommage, évidemment, pour se souvenir de l'immense journaliste qu'il était, de l'empreinte qu'il va laisser.
13:26Merci, Basile, d'avoir répondu à notre invitation, même si je sais que c'est difficile.
13:29On apprécie énormément votre gentillesse et bravo pour être venu malgré l'émotion.
13:35Alicia, d'autres hommages, évidemment.
13:36Notamment de la part des champions d'Europe 84, avec à chaque fois, vous le verrez, des anecdotes.
13:41On en parle depuis le début de l'émission, ce côté original, cette part artistique finalement de Didier Roustan.
13:48Les mots de Michel Platini pour l'équipe.
13:50Il est arrivé après Thierry Roland et avant Thierry Gillardi avec son propre style, sa voix, sa passion pour l'Amérique du Sud et sa bonne connaissance du football.
13:57On était copains, mais pas amis. J'étais sûrement un peu trop normale pour lui.
14:02On a déjeuné ensemble à Cassis il y a quelques mois.
14:04C'était vraiment quelqu'un de bien.
14:06Le témoignage aussi d'Alain Gires, qui sera notre invité un peu plus tard dans l'émission.
14:10Il avait le feu sacré du football et le respect.
14:13On avait une proximité à l'époque.
14:15Pour mon dernier match, en 88, il avait fait un reportage avec toujours ce côté original qu'on aimait.
14:20Ce jour-là, à Marseille, il m'avait fait porter un nez de clown pour montrer que je savais m'amuser.
14:24Il avait fait venir Eric Cantona, qui avait signé à l'OM et puis encore un autre hommage avec Luis Fernandez.
14:30Il avait réalisé un film sur moi qui s'appelait Rocky, qui était merveilleux.
14:34Il m'a fait connaître Maradona au Parc des Princes, dans les couloirs, lors d'un France Argentine.
14:38Il était d'une simplicité, d'une gentillesse, d'une humilité.
14:41Il avait la connaissance du foot.
14:43Je ne l'ai jamais entendu dire du mal de quelqu'un d'autre.
14:45Je suis bouleversé.
14:47On lira d'autres hommages qui affluent aujourd'hui, après la disparition ce matin.
14:54On l'a pris de notre ami et collègue, et respecté, voire même vénéré, Didier Roustan.
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