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les crises économiques de l'Histoire

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00:00Mes chers camarades, bien le bonjour. Depuis 2007 et l'effondrement des valeurs
00:08boursières dans le monde entier, on entend régulièrement parler du risque d'une nouvelle
00:12crise financière ou des efforts déployés par les pouvoirs publics pour l'éviter. Cette crise,
00:17elle a eu des conséquences tragiques en cascade dont on n'a toujours pas fini de mesurer l'ampleur.
00:22Mais une crise financière, finalement, c'est quoi ? Déjà, il faut rappeler qu'une crise
00:27financière, ça n'est pas la même chose qu'une crise économique, même si les unes entraînent
00:31souvent les autres. L'économie de marché semble en effet être régie par une succession de périodes
00:36de croissance et de récession qui forme ensemble ce qu'on va appeler des cycles économiques. Une
00:40fluctuation assez normale des échanges qui est due à de nouvelles innovations et à de nouveaux débouchés,
00:45ou à l'inverse, à l'apparition de chocs imprévus qui vont affecter la production et la consommation,
00:51comme par exemple la pandémie de Covid-19. Mais une crise financière, elle peut être totalement
00:56déconnectée des cycles économiques. Elle peut survenir alors que les entreprises sont prospères
01:01et que la production est en pleine croissance. En fait, une crise financière, c'est une perte
01:05de confiance. Une perte de confiance rapide et durable en la capacité des acteurs de l'économie
01:10à poursuivre leur activité et à faire face à leurs obligations de paiement. Et pour mieux
01:14comprendre pourquoi et comment s'opère une crise financière, il y a un truc qui est vraiment très
01:19pratique, l'histoire. Alors bien sûr, il y a une grande diversité de crises à travers l'histoire,
01:23et on va profiter de cet épisode en partenariat avec Citeco, le musée de l'économie, pour
01:28détailler trois exemples historiques à la fois extraordinaires et particulièrement parlants.
01:33Considéré par les historiens comme la première crise financière de l'histoire du capitalisme,
01:43le krach de la tulipe a lieu en février 1637 aux Pays-Bas. Dans les trois années qui précèdent,
01:48le prix de certaines tulipes augmente de presque 6000%. Certaines fleurs, au plus haut de la
01:54frénésie spéculative, valent plus qu'une grande maison dans le centre-ville d'Amsterdam. Mais
01:58pourquoi est-ce qu'on en est arrivé à de telles absurdités autour de cette fleur ?
02:03La tulipe est un produit de luxe. C'est un produit exotique, originaire d'Asie centrale,
02:08et qui est parvenu en Europe à l'époque moderne par l'intermédiaire de l'empire ottoman. Cultivée dans
02:13les jardins des particuliers, elle témoigne de la richesse de celui qui la possède. Comme un sac à
02:18main ou une grosse voiture aujourd'hui. Le roi de France Louis XIII en a popularisé l'usage auprès
02:23des nobles du royaume. Et bientôt, la plupart des privilégiés du continent se les arrachent.
02:27Aux Pays-Bas, qu'on nomme à l'époque les provinces unies, ce sont les riches marchands et
02:32notables des grandes villes qui participent à la tulipomanie, cette folie de la tulipe.
02:36En effet, le pays est à l'époque l'un des plus riches du monde grâce à sa maîtrise du commerce maritime,
02:41à tel point qu'on qualifie souvent le XVIIe siècle hollandais de « siècle d'or ». Et je vous
02:47prépare d'ailleurs un épisode entièrement consacré à ce sujet.
02:49Aux Pays-Bas, et à Amsterdam en particulier, on a donc une classe de riches bourgeois, de commerçants
02:55et d'armateurs qui recherchent en permanence de nouvelles opportunités financières. Et la
02:59tulipe, c'est LE produit idéal pour la spéculation financière. Au départ de cette tulipomanie,
03:05il y a des horticulteurs, des producteurs qui cultivent et grèvent des tulipes pour créer de
03:10nouvelles variétés plus belles et surtout plus rares.
03:13Pendant un temps, on achète les tulipes uniquement à l'été, lorsqu'elles sortent de terre et qu'on
03:17peut vérifier la marchandise. Celles qui ont les formes ou les couleurs les plus étonnantes sont
03:22plébiscitées par les acheteurs. Mais rapidement, des courtiers spécialisés se placent en intermédiaire
03:26entre les clients et les horticulteurs. Ils proposent à l'achat non plus des fleurs, mais des bulbes.
03:33Pour les débutants en jardinage, le bulbe, c'est en fait la plante à l'état dormant. C'est un stock de
03:38nourriture qu'a constitué la plante pour pouvoir germer quand les conditions sont bonnes.
03:42Les oignons, par exemple, c'est des bulbes. Et en vendant les bulbes plutôt que les fleurs
03:47ouvertes, on met le doigt dans l'engrenage financier. En gros, les courtiers vendent ce
03:51qu'on appelle un billet à effet. C'est une promesse de vente. Et bientôt, ces billets à effet
03:56là vont devenir l'objet de spéculations absolument énormes. On en vient à acheter des promesses de vente
04:01uniquement pour les revendre plus cher, sans savoir à quelles tulipes elles sont liées. C'est un peu comme
04:07quand t'achètes un pack de booster Pokémon et que tu sais pas sur quoi tu vas tomber. Sauf que là,
04:11bah c'est des tulipes et pas des Pokémon. Certains billets réputés changent de main
04:14plusieurs fois par jour. Et comme chaque revendeur encaisse son bénéfice, les prix
04:18grimpent très rapidement. Le produit financier, c'est-à-dire le fait même de vendre ses promesses
04:23de vente, est en quelques semaines devenu complètement indépendant de la marchandise qu'il représente.
04:28Et à ça s'ajoute l'habitude des marchands néerlandais d'acheter à découvert. C'est-à-dire de régler à leur
04:34fournisseur un accompte et de leur promettre le reste uniquement lorsqu'ils auront réalisé leur
04:39propre vente. C'est une pratique qui, théoriquement, est illégale aux Pays-Bas à l'époque, mais les
04:43marchands s'en moquent pas mal. En fait, ça peut faire gagner plusieurs jours sur ses concurrents,
04:47et si on connaît bien ses clients, ça pose généralement pas trop de problèmes. Mais dans
04:51le marché des bulbes de tulipes, qui en grande partie n'est pas du tout régulé, on s'échange les
04:57titres de propriété dans les salons, les tavernes ou sur la place publique sans contrôle particulier,
05:03en espérant faire des bénéfices le plus vite possible. C'est vraiment la foire à la saucisse,
05:07enfin la foire à la tulipe quoi. Durant l'hiver 1636-1637, les prix s'envolent. La palme revient à la
05:14variété Semper Augustus dont les pétales blancs et rouges font sensation. Moins d'une dizaine de
05:19bulbes sont produits et un seul d'entre eux s'échange en janvier 1637 contre 10 000 florins,
05:26l'équivalent de plus de 100 000 euros aujourd'hui. Toute la bonne société Amstello-Damoise est en effervescence.
05:32Les bourgeois promettent des fortunes aux horticulteurs pour qu'ils grèvent de
05:36nouvelles variétés rares et précieuses. Et bien sûr, ce qui doit arriver arrive,
05:40les prix s'effondrent. Pouf ! On connaît même la date précise, ça se passe le mardi 3 février 1637.
05:47À ce moment-là, des courtiers en fleurs proposent dans le quartier d'Harlem des bulbes à la vente
05:51qui ne trouvent pas preneur. Ils baissent leurs prix, mais toujours rien. Subitement,
05:55plus personne ne veut de tulipes. Des rumeurs courent que l'Etat va réglementer les prix. La nouvelle de
06:02cette dépréciation se répand et fait l'effet d'une bombe. En quelques jours, les prix dans tout le
06:07pays s'effondrent de plus de 95%. Les conséquences de ce crack restent sans doute assez limitées,
06:13parce que les billets à effet ont été transformés en de simples obligations d'achat par décret. Ce qui
06:18veut dire que l'acheteur pouvait se désengager contre le paiement d'une toute petite fraction de
06:23sa dette. Du coup, assez peu de spéculateurs ont fait faillite. Les billets à effet, finalement,
06:28c'était plus que du papier sans valeur. Et les véritables bulbes, eux, ne trouvaient plus preneur.
06:33L'explosion de la bulle spéculative va bien révéler à quel point un tel emballement était
06:37absolument absurde. Les néerlandais vont d'ailleurs l'appeler à l'époque « win handle », à savoir
06:43« le commerce du vent ». Deuxième exemple de crise financière pour tenter d'y voir un peu plus clair
06:52sur ce sujet, celui qui se déroule pendant la révolution française sous le régime du directoire.
06:57Alors, pour ceux qui ne savent pas trop de quoi il s'agit, un petit rappel.
07:01Le directoire, c'est un régime un peu spécial qui est issu de la constitution de 1795. Il y a
07:07deux assemblées élues au suffrage censitaire. En fait, ça veut juste dire qu'il n'y a que les
07:1130 000 plus riches qui votent et au sommet de l'Etat, il n'y a pas de président mais cinq directeurs,
07:16d'où le nom de directoire. C'est la République bourgeoise par excellence où ce sont les modérés
07:21qui ont repris la main après la chute de Robespierre. Sauf que le fameux directoire, en 1797,
07:26il n'est pas vraiment au mieux. Il n'y a plus un rond dans les caisses de l'Etat et tout le monde
07:31complote contre lui. À droite, les monarchistes et à gauche, les jacobins qui veulent le faire
07:35disparaître. Bref, c'est pas la joie. Les élections du printemps 1797 voient d'ailleurs émerger une
07:40majorité monarchiste. Face à cette menace imminente de disparition, le régime répond par le coup d'Etat
07:45du 4 septembre 1797 où 18 fructidors de l'an V dans le calendrier républicain. Une grande partie
07:53des députés monarchistes sont renvoyés, certains sont exilés en Guyane, la presse est censurée,
07:58on fusille pour trahison. Bref, on n'est pas dans un climat politique très serein et c'est dans ce
08:03contexte que survient la banqueroute des deux tiers. Le régime avait en fait hérité d'une situation
08:07économique désastreuse. À la veille de la révolution, en 1788, la dette de l'Etat représente déjà 80% de la richesse.
08:15nationale. Pour rappel, c'est cette mauvaise situation financière qui force le roi à convoquer les
08:20Etats généraux pour lever de nouveaux impôts. Situation dont il perd le contrôle et qui débouche
08:25sur les événements révolutionnaires. La république fait le choix de ne pas renier les emprunts du roi
08:30pour ne pas se discréditer auprès de ses créanciers. Bah oui parce que si tu dis que tu payeras pas tes
08:34dettes, forcément personne ne veut plus te prêter d'argent. Donc elle va traîner les dettes de Louis XVI
08:39plus toutes les autres contractées depuis le début de la révolution, en particulier pour financer les guerres à
08:44répétition. Pour payer la dette, la mesure phare de la révolution, c'est la mise en circulation des
08:49assignats. En fait, ce sont des bons à intérêt qui permettent aux particuliers d'acheter les biens
08:54nationaux confisqués à l'Eglise et du coup de rembourser la dette de l'Etat. Mais le problème,
08:58c'est que ces bons se transforment rapidement en papier monnaie. Le manque de monnaie métallique
09:02dans le pays conduit la population à utiliser les assignats pour payer les dépenses du quotidien.
09:07Du coup, on va réimprimer en boucle des billets pour que les gens en aient assez pour les utiliser.
09:12Et au fur et à mesure, les assignats qui étaient indexés sur la valeur des biens nationaux vont
09:17se déconnecter de cette valeur, ce qui va engendrer une augmentation des prix. C'est ce qu'on appelle
09:21l'inflation. Réquisitions, emprunts forcés, pillages des pays voisins occupés, rien n'y fait. On
09:27manque de monnaie métallique et le papier imprimé en trop grande quantité n'inspire plus confiance.
09:32Sa valeur dégringole. Les mendiants eux-mêmes refusent le papier monnaie qu'on leur donne. En
09:37désespoir de cause, le Directoire fait briser le 19 février 1796 les planches qui servaient à
09:42imprimer les assignats. Et il met en circulation d'autres bons à intérêt, les mandats territoriaux.
09:48Une loi vient même punir de mort le trafic de monnaie métallique. Mais ça n'arrange absolument rien.
09:53La seule solution pour assainir les finances de l'Etat, c'est d'organiser la banqueroute.
09:57C'est la banqueroute des deux tiers, le 30 septembre 1797, aussi appelée « tiers consolidé »
10:04ou « liquidation ramel » du nom du ministre des Finances, Ramel Nogaret. Cela consiste non
10:10pas à rembourser la dette en numéraire, en argent si vous préférez, mais à distribuer des
10:14bons aux créanciers pour les deux tiers de la somme. Ces bons sont valables pour l'achat
10:19de biens nationaux et portent un intérêt de 5 ou 10%. En fait, ce sont des nouveaux assignats,
10:24et leurs valeurs s'effondrent sans surprise quasi instantanément en faisant perdre leurs
10:28investissements aux créanciers de l'Etat. L'Etat se défausse en fait des deux tiers de
10:32sa dette. Personne ne regagne sa mise de départ, mais l'Etat, lui, sort la tête de l'eau.
10:37En complément, le régime procède à une réorganisation de la perception des impôts. Dans chaque département
10:42est créée une agence des contributions. Les taxes sont augmentées par le tabac, la poste,
10:47la pêche, la chasse, la douane, les trajets en diligence, le péage, etc.
10:53Il faut faire rentrer l'argent par tous les moyens. En novembre 1798, le directoire va même
10:59jusqu'à créer un impôt sur les portes et les fenêtres, resté en vigueur jusqu'en 1926.
11:04Dernier exemple, l'épisode spectaculaire de l'hyperinflation allemande de 1923. Pendant
11:14quelques mois, on assiste vraiment à des scènes surréalistes. Les billets de banque ne valent
11:19absolument plus rien. Tellement rien qu'on doit remplir une pleine brouette de billets
11:23pour aller faire ses courses. Ou qu'on s'en sert même pour tapisser les murs.
11:26On le sait peu, mais la fin de la première guerre mondiale en Allemagne est le théâtre d'une
11:30révolution. L'Empire allemand, qui était né de la victoire sur la France en 1870, est dissous
11:37par la défaite de 1918, un peu moins de 50 ans plus tard. Le régime politique qui sort de cette
11:42révolution est une république. La république de Weimar. Mais dès sa création, Weimar fait face à une situation
11:48intenable. Avec la mobilisation de 10 millions d'hommes dans l'armée en 1918 et le blocus
11:54continental établi par l'ennemi, l'industrie allemande est en crise. Sa production a pratiquement
11:59diminué de moitié par rapport à l'avant-guerre. L'agriculture est à peu près dans le même état
12:04et une grande partie de la population est réduite à la misère. Quelques provinces tentent même de
12:09faire sécession et l'armée doit intervenir à plusieurs reprises. À ça s'ajoutent les compensations
12:15colossales imposées par la France dans le traité de Versailles et l'endettement massif du pays.
12:19L'effort de guerre allemand a en fait été largement financé à crédit par des bons du
12:24trésor ou des obligations auprès de la population. Pourtant pendant quelques temps,
12:28les finances allemandes semblent tenir le coup. En tout cas jusqu'en juin 1922.
12:32À cette période, le ministre des Affaires étrangères, Walter Rattenau est assassiné par
12:37les nationalistes de l'organisation Consul. La presse de droite s'était déchaînée depuis des mois
12:42contre le ministre en particulier parce qu'il était juif et parce qu'il avait signé un traité de bon
12:47voisinage avec l'URSS. Cet assassinat fait l'effet d'un détonateur. L'instabilité politique qui règne
12:53dans le pays depuis 1919 est sur le point de dégénérer et fait perdre confiance aux investisseurs
12:59étrangers. Ils ont peur que l'état allemand fasse faillite et ne rembourse jamais ce qu'il doit.
13:04Et en conséquence beaucoup cherchent à vendre les obligations de l'état allemand qu'ils détiennent.
13:08Mais en transformant leur épargne en monnaie, ils vont augmenter la masse monétaire en circulation,
13:13ce qui va stimuler l'inflation. Celle-ci devient complètement incontrôlable à partir de janvier
13:181923, lorsque la France décide d'occuper la région allemande de la Roux en réaction aux défauts de
13:23paiement des réparations dues par l'Allemagne en vertu du traité de Versailles. La situation devient
13:27alors incontrôlable. L'impression de millions de billets de banque pour payer les ouvriers de la Roux,
13:32en grève contre l'occupation française, finit de discréditer la monnaie allemande sur le marché
13:37d'échange. En novembre 1922, un dollar vaut 9000 marques, la monnaie allemande. Six mois plus tard,
13:43en avril 1923, il vaut 40 000 marques. Et un an après, le 1er novembre 1923, au plus fort de la crise,
13:51un dollar s'échange contre un milliard de marques. Cette chute vertigineuse ainsi que l'excès de
13:58monnaie en circulation dans le pays entraîne la hausse des prix, qui entraîne la hausse des salaires,
14:02qui entraîne de nouvelles impressions de billets de banque, etc. C'est un véritable cercle vicieux.
14:08L'inflation est tellement rapide entre octobre et décembre 1923 que le prix d'un produit change
14:13d'une heure à l'autre. Et tout le monde se tient informé du cours de la monnaie en temps réel,
14:18en particulier grâce à l'essor de la radio et du téléphone à cette époque. Dès qu'on a de l'argent,
14:23il faut le dépenser tout de suite, avant qu'il ne perde sa valeur. Tout stock de monnaie est
14:27impossible. Et la circulation accélérée des billets aggrave encore l'inflation.
14:32Résultat, pour un verre de bière ou un paquet de cigarettes, à la fin de l'année 1923,
14:36il faut débourser environ 4 milliards de marques. Ça fait beaucoup.
14:40Le redressement de la situation provient de l'intervention de l'Etat, en interdisant
14:45notamment qu'un autre organisme que la banque centrale n'émette de la monnaie, mais surtout
14:49en mettant en circulation des Rentenmarks, ou Marx foncier, indexés sur la richesse agricole
14:54et industrielle du pays. Les entreprises allemandes cèdent en fait 6% de leurs valeurs
14:59ajoutées à l'Etat sous forme d'hypothèque. Et c'est cette somme qui garantit les Rentenmarks,
15:04indexés donc sur une valeur réelle et stable. Dès décembre 1923, ces mesures montrent des effets
15:10positifs et l'emballement s'arrête.
15:12Les conséquences de ces trois crises, elles sont assez différentes et elles témoignent
15:21du rôle qu'a pris la finance dans l'économie au fil des siècles.
15:23Aux Pays-Bas, au XVIIe siècle, le krach de la tulipe a des conséquences très limitées.
15:27Les pertes ne concernent que quelques centaines de spéculateurs et l'Etat se mêle peu de
15:32l'affaire car elle ne menace pas de faillite les grandes compagnies marchandes ou les manufactures
15:36du pays. Les conséquences sont pratiquement nulles sur la société et il y a sans doute eu à
15:40l'époque moderne de nombreuses autres petites crises spéculatives qu'on a fini par oublier.
15:45En 1797, en France, les conséquences de la crise sont plus importantes pour les populations.
15:50L'inflation pénalisait les urbains et profitait aux agriculteurs qui produisaient des richesses
15:55réelles. Mais le retour sans transition à la monnaie métallique, dont on manquait,
16:00finit par pénaliser ces agriculteurs qui n'arrivent plus à vendre leurs denrées.
16:04Les problèmes économiques sont donc plus profonds que les seules fluctuations monétaires.
16:08En Allemagne, en 1923, l'inflation sans précédent a énormément pénalisé les épargnants. Ce qu'ils
16:15avaient patiemment mis de côté perd toute sa valeur en quelques semaines. Mais les artisans et
16:20classes moyennes en général ont pu s'en sortir à peu près correctement. Ce qui est certain,
16:25c'est que la crise a accru les inégalités. Même au plus fort de la crise, il y a toujours une bonne
16:30partie de la société qui vit très confortablement de ses affaires et qui investit dans tout ce qui ne
16:34perd pas de la valeur, en particulier les usines, les immeubles ou tout simplement les dollars.
16:39Les touristes étrangers ayant des dollars en poche peuvent s'offrir un luxe inouï.
16:43Américains, Suisses et hollandais se ruent en Allemagne. Cette opulence réservée aux étrangers va
16:48renforcer encore le sentiment d'humiliation et la xénophobie. Cocaïne, banquets et spectacles
16:54pornographiques côtoient les files d'attente devant le bureau des allocations chômage ou les sous populaires
16:59pour ceux qui ont perdu leur travail. Quand on regarde ces trois exemples, on perçoit que les
17:04crises financières ont eu des conséquences de plus en plus grandes dans les sociétés qui les
17:08subissent. Ce qui n'a ruiné que quelques centaines de spéculateurs à Amsterdam au XVIIe siècle,
17:13a sérieusement ébranlé l'économie allemande en 1923. Mais ces crises ne sont rien à côté de celles
17:20qui ont suivi. Celles de 1929 et 2007 ont profondément secoué le monde et engendré pour le coup une
17:26destruction de très nombreux emplois. Aujourd'hui, les coûts des crises sont considérables. Non seulement
17:32parce que les économies sont imbriquées les unes avec les autres, mais aussi parce que les marchés
17:36financiers sont internationaux. N'importe quelle structure, comme un état ou une entreprise,
17:40peut donc emprunter ce qu'elle veut ailleurs dans un autre pays pour se développer. Une politique qui,
17:46couplée à la mondialisation, aggrave les risques. Résultat, quand il y a un problème, la propagation
17:52de l'onde de choc initiale se fait immédiatement ressentir sur toute la planète, avec des
17:57répercussions importantes en termes de disparition d'entreprise, de perte d'emploi, et au final,
18:02tout ça a des conséquences sociales très graves. Prendre en compte les erreurs du passé, c'est donc
18:07déjà une bonne base pour éviter de replonger dans une crise financière. Par exemple, se souvenir
18:12que c'est toujours l'État, la collectivité, qui peut prévenir les débordements. Et pas simplement
18:18intervenir pour réparer les dégâts. Heureusement, aujourd'hui, on a quand même su tirer les leçons
18:22du passé et les autorités savent que pour contrer les effets dévastateurs d'une crise mondialisée,
18:27comme celle qu'on vit actuellement avec le Covid-19 ou celle qu'on a vécu en 2008-2009,
18:32il faut non seulement que les États et les banques centrales interviennent massivement pour soutenir
18:37l'économie, mais aussi qu'ils imposent davantage de règles de prudence aux acteurs financiers. Et ça,
18:42c'est hyper important. Merci à tous d'avoir suivi cet épisode en partenariat avec Citeco,
18:47le premier musée d'Europe consacré à l'économie qui permet d'y voir un petit peu plus clair sur
18:51l'économie. Justement, le musée est situé au cœur de Paris, dans un magnifique château né au
18:56Renaissance. Il abrite une expo permanente, des expos temporaires, il propose des conférences,
19:01il y a aussi plein de trucs pour les enfants pour expliquer l'économie parce que l'économie
19:05ça semble toujours un petit peu obscure. Bref, n'hésitez vraiment pas à y aller,
19:09et puis vous pouvez aussi aller faire un petit tour sur leur site web que je vous mets en description,
19:13qui contient plein d'infos et de dossiers intéressants et vulgarisés pour le public.
19:18Merci à Luc Appacot pour la préparation de cette émission, on se retrouve très bientôt sur
19:22Nota Bene pour de nouveaux épisodes. Salut !
19:43Merci à Luc Appacot pour la préparation d'avisodes en ville !
19:50Merci à Luc Appacot pour la préparation d'aujourd'hui !
19:52Merci à Luc Appacot pour la préparation d'aujourd'hui !
19:54...
19:56Sous-titrage FR ?
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