00:00A chaque saison des concours, c'est la même comédie nationale qui se rejoue.
00:04Des milliers de Gabonais armés de leur baccalauréat et d'une faune espérance
00:08se ruent vers les grandes écoles, rêvant d'une ascension sociale par le mérite.
00:12Mais derrière cette façade de sélection républicaine se cache une mécanique brutale,
00:16injuste et souvent cynique, dont l'efficacité est réelle, comme la finalité sociale, interroge.
00:21Alors que Libreville bruit son corps de l'insouciance des vacances scolaires,
00:25une autre agitation plus fébrile monte,
00:27celle des concours d'entrée à l'école nationale d'administration,
00:30à l'école normale supérieure, à l'Institut universitaire des sciences de l'organisation
00:34ou encore à d'autres centres dits de formation d'excellence.
00:38Des écoles qui, chaque année, n'ouvrent que quelques centaines de places
00:41pour plusieurs milliers de candidats.
00:43Une compétition impitoyable que les autorités présentent comme juste,
00:47méritocratique, républicaine.
00:49En réalité, c'est une fabrique de frustration.
00:52Car derrière la quête légitime de sélection se dissimule une équation cynique,
00:56faire payer à 1 000, 2 000, voire 3 000 candidats des fins d'inscription,
01:00alors qu'on sait d'avance que seules quelques dizaines sont retenues.
01:03Une stratégie bien huilée mais socialement injustifiable,
01:06sauf un enseignant d'une grande école sous anonymat.
01:09Ce modèle, fondé sur la rareté entretenue,
01:12semble surtout destiné à rompir les caisses et à épuiser la jeunesse.
01:17Pourquoi continuer à organiser des concours surdimensionnés
01:19alors que les capacités d'accueil restent dérisoires ?
01:22Pourquoi autoriser autant de candidatures sans filtre
01:24si ce n'est pour perpétuer un système fondé sur l'espoir et le découragement ?
01:28La planification fait défaut, mais plus grave encore,
01:31l'orientation est absente.
01:33Les filières techniques, professionnelles ou intermédiaires sont négligées,
01:36alors même qu'elles répondraient aux réalités du marché.
01:39Résultat, tout le monde s'engouffre dans les mêmes filières,
01:42croyant à tort que seule l'entrée d'une grande école garantit un avenir.
01:46Une vision élitiste et dépassée qui crée plus de laissés pour compte que de talons épanouis.
01:52Pour beaucoup de jeunes issus de familles modestes,
01:54ces concours deviennent une double peine,
01:55cofinancier lourd, échec répété et sentiment d'inutilité.
02:00Cette saturation des concours n'est pas seulement inefficace, elle est injuste.
02:04Le mythe du mérite est souvent battu en preuve par des pratiques opaques,
02:07des suspicions de favoritisme et une méritocratie biaisée.
02:10Sans mécanisme d'accompagnement ni transparence réelle,
02:13le système finit par broyer les espoirs et miner la confiance des jeunes dans l'institution.
02:18Il est urgent que l'État cesse de brondir les grandes écoles comme ce voie d'excellence.
02:22La jeunesse gabonaise mérite une politique éducative diversifiée,
02:25équitable, orientée vers les besoins réels du pays.
02:29Refonder le système de concours ne doit pas être un tabou.
02:31C'est un impératif si l'on veut faire de l'éducation un levier d'égalité
02:35et non une machine à reproduire les privilèges.
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