00:00– Vous avez dit qu'il était devenu ami avec Guy Georges.
00:08– Oui, c'est dans mon livre.
00:09– Je sais, il y a beaucoup de gens qui ont été choqués.
00:13– C'est un être humain, pour moi, c'est un être humain comme un hôte.
00:17Oui, mais en prison, vous voulez qu'il parle à qui ?
00:20Il parle à d'autres personnes aussi.
00:22Sinon, il parle aux quatre murs de sa cellule.
00:25– Qui a été choqué par cette déclaration ?
00:28Raymond et Géraldine ?
00:29– Oui, avant.
00:30– Moi, je suis choquée partout, donc je ne suis pas à la hauteur de ce débat,
00:33donc je passe mon tour, en fait.
00:34– Moi, je suis choquée partout.
00:35– En fait, moi, je vous entends, vous êtes extrêmement brillants,
00:38pardonnez-moi, vous êtes très brillants,
00:39donc vous nous expliquez le droit, et j'entends.
00:42Et moi, je n'arrive pas à me placer au niveau du droit,
00:44je n'y arrive pas intellectuellement.
00:45– Je comprends.
00:46– Je n'y arrive pas, je me mets au niveau de l'émotion, de la morale,
00:50donc en fait, je suis limitée intellectuellement pour y arriver,
00:54pour faire un pas vers vous par rapport à ce que vous m'expliquez.
00:57Et j'entends la relaxe, déjà, je trouve que la loi,
00:58elle est incroyablement injuste, je trouve que quand on dit femme sur quelqu'un,
01:04je trouve que c'est incroyable qu'on ait le droit de le faire
01:06à partir du moment où on est éventuellement coupable pour se protéger,
01:10je trouve que c'est incroyable.
01:11– Le droit de mentir.
01:12– Le droit de mentir, en fait, je suis complètement larguée
01:14dans tout ce que vous me dites, mais voilà,
01:17donc c'est pour ça, moi, je passe mon tour,
01:18parce que je ne suis pas au niveau, et je trouve que tout est indécent, voilà.
01:21– Vraiment.
01:22– Moi, comme Gérardine, déjà, si Gérardine, intellectuellement,
01:24elle ne peut pas y aller, imaginez-moi, c'est encore pire.
01:27– Et je me fais aussi endormir par un monsieur l'avocat
01:30qui est très bon et qui m'endort quelque part.
01:32– Excellent, Randal.
01:32– Il me dit, voilà, ferme-la, parce que tu connais à la loi, ferme-la.
01:36Et moi, dans l'émotion, je me dis, moi, c'est pareil,
01:39votre fils, vous dites, c'est un être humain.
01:41C'est difficile ce que je vais dire, mais pour moi,
01:43les êtres humains, ils ne font pas ça, ils ne font pas ce qu'a fait votre fils.
01:45Donc, je le mets à côté.
01:46– Il parlez de Guy-Georges.
01:47– Il reste, Guy-Georges, c'est encore moins un être humain,
01:50qui demande de sortir, lui, maintenant, parce qu'il peut faire des demandes de sortie.
01:53Donc, pour moi, j'ai du mal.
01:55Alors, quand vous me dites, il reste entre quatre murs,
01:56il faudrait peut-être qu'il reste entre quatre murs, ouais.
01:58– Mais si vous permettez, j'entends ce que vous dites avec Géraldine,
02:02et je le comprends, franchement, je le comprends,
02:04parce que même des proches que je fréquente peuvent me dire la même chose que vous,
02:08c'est comment peux-tu dire ça moralement, émotionnellement, comment c'est possible.
02:13C'est parce que la loi, c'est ce que j'ai dit, la loi est dure, mais c'est la loi.
02:16Et elle est parfois dure.
02:17Sur l'être humain, ok, il y a du merveilleux dans l'être humain,
02:21mais il y a aussi le plus sombre dans l'être humain, et ça reste l'humanité.
02:24Les guerres ne se font pas toutes seules.
02:27On a beaucoup, moi, quand j'étais jeune, on parlait beaucoup de la Shoah,
02:29le massacre des Juifs sous la Seconde Guerre mondiale
02:31ont été fait par des milliers, des centaines de milliers de personnes.
02:34Les goulags, le mal fait partie de l'humanité.
02:38L'horreur fait partie de l'humanité.
02:40Il faut être capable de l'affronter.
02:41Et dans chaque être humain, il y a plusieurs visages,
02:44et il y a plusieurs composants.
02:46Je voudrais dire quelque chose, Vandal,
02:48c'est que, moi aussi, je comprends tout ce que vous dites,
02:51et je suis complètement d'accord avec vous.
02:52Après, il ne faut pas oublier, c'est sa maman.
02:57Donc c'est vrai que...
02:58Bien sûr.
02:58Voilà, je vous le dis, en vérité, c'est aussi simple que ça.
03:02Bien sûr.
03:02C'est son fils.
03:04Et c'est vrai que, moi, je me mets à la place de Martine.
03:06On fait tout pour un enfant.
03:07Et c'est vrai que, voilà, moi, je ferai tout aussi pour...
03:10Bien sûr.
03:10Et on peut tous avoir un enfant...
03:11Exactement, oui.
03:12...qui dysfonctionne, alors qu'il a été élevé comme les autres,
03:15très bien éduqué, qui, à un moment, passe à l'acte.
03:18J'ai des cas, y compris dans une affaire criminelle abominable.
03:21Elle n'a pas dit qu'elle cautionne.
03:22Elle n'a jamais dit qu'elle jamais...
03:23Pour elle, c'est...
03:24Elle le dit à chaque fois.
03:27C'est dramatique, ce qui s'est passé.
03:30On veut à son fils, forcément.
03:32Mais c'est son fils, donc elle décide...
03:34Voilà, c'est compliqué.
03:35Et je vous dis, ce que vivent les parents d'Alexia, c'est le pire.
03:41C'est horrible et c'est bien pire que ce que vit Martine.
03:43Moi, je n'aimerais pas, par exemple...
03:44Mais ce que vit Martine, c'est compliqué.
03:47C'est être la maman d'un mari.
03:49C'est différent.
03:50Oui.
03:51Et puis, je voulais dire, moi, quand je suis arrivée là-bas dans la prison,
03:54Guy Georges, je ne le connaissais même pas.
03:57Je ne savais même pas qui c'était, moi.
03:59Donc, du moment qu'il nous dit bonjour, qu'il cause à mon fils,
04:02pour moi, c'est un être humain comme un autre.
04:05Mais moi, je n'aurais pas été content de voir la mère du meurtrier de ma fille
04:11sur les plateaux de télé.
04:13Je n'aurais pas été content de la voir faire un livre.
04:15Je n'aurais pas été content de raconter.
04:16Je l'ai vu ce week-end et ça va très bien.
04:18Et on a parlé de Patrick et de Josiane.
04:20Je n'aurais pas été content.
04:21Mais il faut lire le...
04:22Lisez le livre.
04:23Lisez le témoignage.
04:24Lisez le témoignage.
04:25Je respecte votre démarche.
04:26C'est votre...
04:27Vous faites du bien.
04:28Je respecte.
04:29Moi, il trouve ça extrêmement choquant.
04:30Si vous permettez...
04:31Ce n'est pas grave, c'est ce que vous pensez.
04:34Si vous ressentez le livre venir dire...
04:36Si j'ai fait ça...
04:38Si vous permettez, il y a deux coups de fil qui ont été terribles.
04:41Il y a le premier coup de fil qui est de dire
04:44on a retrouvé votre fille, elle est morte.
04:46Ça, c'est les parents d'Alexia.
04:47Et le deuxième coup de fil qui est terrible,
04:49votre fils est en garde à vue, votre fils est un meurtrier.
04:52Et si vous avez des enfants, et les gens qui ont des enfants,
04:55quand ce coup de fil arrive, c'est cataclysmique.
05:00C'est-à-dire que vous n'avez rien demandé à personne.
05:02Vous êtes honnête.
05:02Vous vivez votre vie honnêtement.
05:04Vous avez des espoirs dans votre enfant.
05:06Et là, on vous dit du jour au lendemain,
05:08vous êtes le parent d'un meurtrier.
05:10Vous vous rendez compte de ce qui vous tombe sur la tête.
05:11Et ce témoignage, c'est simplement de dire
05:13voilà moi comment je vis et comment j'ai vécu
05:15et comment je suis rentré dans un monde que je ne connaissais pas.
05:18Je pense que Martine se serait bien abstenue,
05:20y compris de venir chez vous,
05:21même si c'est très sympathique de venir vous voir
05:23en tant que mère de meurtrier.
05:25C'est le sens du témoignage.
05:26Mais je veux dire, eux, ce qu'ils se disent avant tout,
05:27c'est quand ils placent d'abord, ils se disent
05:29les parents d'Aix-Aix-Aix, ça a été encore pire pour eux
05:31de savoir qu'ils ne verraient plus leur fille
05:33et que leur fille a été assassinée, c'est ça.
05:36Moi, je vous le dis, les yeux dans les yeux,
05:38ce qui m'a choqué, c'est l'allusion à Guy Georges.
05:41Guy Georges, c'est quand même le tour de l'Est parisien,
05:44sept meurtres.
05:44Et je trouve que, je comprends en tant que maman,
05:46mais quand vous expliquez,
05:47il faut bien qu'ils boivent un café ensemble du moment qu'ils sont bien ensemble,
05:51que tout se passe bien, c'est tout ce que je demande.
05:53Moi, Guy Georges qui boit un café tranquillement en prison,
05:56même s'il ne fait pas de demande de libération, moi, ça m'a choqué.
05:59Oui, mais vous savez, moi, je parle comme je le ressens.
06:03Je ne vais pas vous raconter un mensonge pour faire plaisir.
06:07Je suis naturelle, donc ça blesse, oui, ça choque, mais j'en ressentis à moi.
06:15Voilà, j'entends effectivement et je comprends l'émoi de mes camarades
06:19parce que je ne suis pas loin de le partager.
06:20Et en même temps, si on se place du côté du droit, il n'y a même pas de débat, en fait.
06:25Ce que dit maître, voilà, le procureur l'a dit, toutes les instances judiciaires l'ont dit.
06:30Et en fait, ce qui est intéressant, c'est que tout à coup,
06:33vient faire l'irruption de quelque chose qu'on veut mettre à distance,
06:36c'est qu'est-ce qui se passe une fois qu'on a dit à quelqu'un qu'il était condamné
06:38à 15, 20, 30 ou à perpétuité.
06:42Et on ne veut pas voir la réalité de ce qui se passe réellement.
06:43La réalité, c'est que, oui, des meurtriers qui prennent perpète
06:49ou qui prennent 30 ans incompressibles, ils se retrouvent ensemble.
06:52Et qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce que finalement, on accepte d'imaginer
06:56qu'ils ont une vie après ?
06:58Et c'est là toute la question.
06:59C'est un vrai sujet.
07:00C'est un vrai sujet.
07:00Un gros sujet.
07:01Et effectivement, il est à, j'imagine à N.C. Saïm.
07:04C'est ça, exactement.
07:05Il y a N.C. Saïm, là où sont tous les tueurs.
07:06Nordal-Lelandais, Thalyssaïm.
07:09Transisol, mais Thalyssaïm, ils se croisent, ils se parlent.
07:11C'est assez terrible, mais c'est à nous aussi de nous poser la question collectivement.
07:14Qu'est-ce qu'on supporte ou pas de l'après ?
07:16Voilà, sinon, il faut les mettre tout seuls, constamment tout seuls
07:18et les continuer à les punir, punir, punir, punir, jusqu'à ce qu'ils meurent.
07:22Dans ces cas-là, il y a le meilleur temps de remettre en place la peine de mort.
07:25Martine, c'est quoi votre vie aujourd'hui ?
07:27Comment vous arrivez à avancer ?
07:29Mes enfants, mes petits-enfants, les enfants que je garde, ça me pousse.
07:34Vous en parlez encore entre vous de cette affaire ou pas du tout ?
07:37Vous essayez d'en parler de moins en moins ?
07:38Oui, si, on en parle encore, enfin.
07:40Surtout quand ça repasse comme ça.
07:43Mais vous essayez d'éviter ou ça ne fait pas ?
07:45Non, si on en parle, on en parle.
07:47On n'évite rien.
07:49Chacun est libre de dire ce qu'il a dit.
07:53Je suis assez ouverte d'esprit.
07:55Il y a déjà des gens dans la rue ou dans votre ville qui vous ont dit
08:02« Oui, vous êtes la mère d'un meurtrier, c'est une missile ? »
08:05Non, jamais personne, à part monsieur.
08:08Mais sinon, non, jamais personne.
08:10Aussi bien dans la ville que dans notre petite campagne, non.
08:15Très bien.
08:16Merci Martine d'avoir été avec nous.
08:18De rien, Siri.
08:19Et merci Maître Randall, Chouard de Force.
08:20Toujours un bonheur de vous voir.
08:21Merci beaucoup.
08:25Merci.
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